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Grand entretien avec … Sylvie Maignan, Responsable de la Maison du Savoir-Faire et de la Création

“ Le Made in France bénéficie d’une image très positive auprès des consommateurs “ Créée il y a tout juste 15 ans, la Maison du Savoir-Faire et de la Création, s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs clés dans la valorisation du Fabriqué en France, œuvrant très concrètement à tisser des liens entre marques et fabricants pour dynamiser le secteur. Avec Sylvie Maignan, le point sur l’engagement de cette institution, d’intérêt général, affiliée à l’UFIMH et financée par le DEFI.  La Maison du Savoir-Faire et de la Création a été créée en 2011 par les organisations professionnelles du secteur. Pouvez-vous nous rappeler ses grandes missions ? Notre vocation n’a pas changé depuis 15 ans, même si nous lui avons insufflé une nouvelle dynamique ! Nous avons pour objectif de tisser des liens entre les marques et les fabricants, qui s’articule autour de 4 grandes missions. Nous cherchons tout d’abord à valoriser les façonniers et fabricants français qui détiennent des savoir-faire uniques, en les recommandant aux marques qui souhaitent produire en France. Pour cela, nous sommes présents sur les salons, nous communiquons sur nos réseaux sociaux et surtout, nous nous rendons tous les mois sur le terrain pour visiter les ateliers, appréhender leurs savoir-faire que nous mettons en lumière via notre magazine en ligne. Notre seconde mission consiste à faciliter la mise en relation entre fabricants et donneurs d’ordres. Pour favoriser l’accès aux fabricants, nous avons créé une plateforme professionnelle et gratuite de mise en relation, qui répertorie toute la palette de la fabrication française de mode avec près de 600 entreprises référencées (confectionneurs, bureaux d’études, fabricants de matières textiles...). Cette base de données, la plus qualifiée du secteur, est enrichie et actualisée en permanence. Derniers objectifs, nous accompagnons les marques et créateurs de mode dans leurs projets Made in France avec des conseils personnalisés ; nous gérons ainsi chaque année, environ 300 demandes de marques qui cherchent à produire localement. Enfin, nous contribuons à des actions stratégiques de la filière avec l'ensemble des Fédérations, sur différents sujets clés comme la promotion des métiers techniques de la mode. Depuis 15 ans, le paysage de la mode française a évolué. Pouvez-vous nous en dresser un rapide panorama ? Et quels sont aujourd’hui les défis des entreprises de la filière ?   Je ne vais pas m’appesantir sur les 40 ans de délocalisation qu’a connu la France mais ce rappel est essentiel. Il a obligé une majorité des fabricants à se spécialiser dans le luxe pour perdurer, ce qui constitue l’une des spécificités de la confection française. En dépit de cela, la France a su préserver un tissu industriel d’environ 450 façonniers, avec des savoir-faire d’excellence reconnus dans le monde entier. La filière compte plusieurs grands groupes mais les entreprises sont majoritairement des PME. Ces dernières ont récemment vu l’arrivée d’une nouvelle génération d’ateliers, plus généralistes et flexibles, qui produisent de petites séries afin de répondre aux besoins des jeunes marques de mode et des créateurs émergents, qui souhaitent des productions maîtrisées (sans surstock), dans une démarche RSE. Dans ce contexte global, les fabricants français doivent relever plusieurs défis. D’abord celui de la compétitivité, car on sait que le prix du Made in France est plus élevé que le « Made in ailleurs ». Si on ne peut agir sur le coût de production (indexé sur les salaires), l’enjeu est de réduire le temps de confection grâce à plusieurs innovations, notamment le prototypage virtuel. L’automatisation de certaines étapes de production se développe également lorsqu’elle ne nécessite pas de maîtrise particulière de savoir-faire. Par ailleurs, les enjeux de formation et de recrutement restent importants, de même que le contexte géopolitique et la morosité de la consommation qui freinent le développement du Fabriqué en France. Votre objectif-clé est la promotion de la fabrication française. Quels sont ses atouts dans un univers très compétitif et comment participez-vous à les valoriser ?  Le Fabriqué en France bénéficie d’une image très positive auprès des consommateurs en France comme à l’international, grâce à la qualité et la durabilité intrinsèque des produits. C’est un facteur de vente, avec un impact important sur l’économie française : il permet de créer des emplois, soutient l’économie locale et favorise la préservation des savoir-faire. Il s’agit d’une caractéristique à laquelle les marques sont de plus en plus sensibles car elles constituent un atout majeur de leur communication. Fabriquer en France induit aussi des avantages en termes de RSE, avec un impact carbone réduit du fait de notre système énergétique. C’est également la garantie du respect des normes sociales et environnementales les plus strictes et d’une totale traçabilité de la production. Pour les marques, fabriquer en France induit enfin une flexibilité de production avec des minimums de quantités souvent inférieurs aux autres pays, permettant une meilleure gestion des stocks. Nous valorisons ces atouts grâce à notre plateforme qui permet aux fabricants de promouvoir leurs savoir-faire, d’être identifiés et directement contactés par les donneurs d’ordres qui l’utilisent. Surtout, nous rappelons cette valeur ajoutée aux marques et nous attirons leur attention sur les questions de business model et de marges compatibles avec les coûts de fabrication français. Comment encouragez-vous les relations fabricants & marques ? Et quelles sont vos actions de conseil auprès des uns et des autres ?  Faciliter les relations fabricants & marques est au cœur de notre activité. Notre plateforme de mise en relation dispose d’un moteur de recherche puissant, capable de croiser 200 critères pour proposer des résultats ultra-ciblés. Près de 800 marques utilisent aujourd’hui cette plateforme, disponible en anglais (20% de nos visiteurs venant de l’international). Notre taux de fréquentation est excellent, avec plus de 32 000 visiteurs par an. Par ailleurs, nous multiplions les actions de conseil auprès des donneurs d’ordres qui nous sollicitent pour produire en France ou relocaliser une partie de leur production. Ceci représente un large éventail d’acteurs : Maisons de luxe, marques haut de gamme et premium, jeunes marques, grands magasins, retailers… Selon leurs besoins, nous leur recommandons plusieurs fabricants en précisant leurs savoir-faire et spécificités. Nous avons aussi créé un forum d’échange et d’entraide entre fabricants qui connaît un vrai succès. Et nous animons tous les mois des webinaires de sensibilisation à destination des porteurs de projets, sur les questions de production en France. L’engagement éco-responsable et l’innovation sont des éléments clés pour l’avenir de la filière. Comment contribuez-vous à accélérer cette transition ? En agissant sur la mise en relation entre marques et fabricants français, nous participons concrètement à cette transition. Nous facilitons l’accès à des ateliers implantés en France et encourageons une production plus locale, plus transparente et plus responsable. Notre plateforme permet d’identifier des partenaires adaptés, grâce à notre outil de recherche qui intègre plus de 30 labels RSE. Nous jouons également un rôle de sensibilisation. À travers notre magazine et nos échanges avec les marques, nous diffusons les bonnes pratiques du Made in France, encourageant une meilleure compréhension de la production pour éviter des erreurs fréquentes qui alourdissent l’empreinte des collections. Enfin, nous valorisons des ateliers français les plus innovants, engagés dans l’optimisation des matières, l’innovation technique et la production en séries maîtrisées. La France et l’Europe sont aujourd’hui pionnières sur les enjeux RSE et notre rôle est de donner de la visibilité à ces acteurs en orientant les marques vers des solutions concrètes et durables. A ce titre, nous avons co-organisé l’année dernière un évènement avec le Groupement de la Fabrication Française (membre de l’UFIMH), qui dispose d’un label RSE « Les Ateliers Engagés » pour valoriser les atouts d’une fabrication locale. Autre sujet-clé, la formation et le recrutement. Là encore, comment agissez-vous pour répondre aux besoins des entreprises ? L’enjeu de valorisation et de préservation des savoir-faire est essentiel, sachant qu’un quart des salariés en atelier partiront à la retraite dans les 10 prochaines années. Les métiers techniques de la mode, comme les couturiers et couturières, sont des métiers en tension. Les ateliers forment et recrutent une jeune génération, mais aussi des personnes en reconversion qui ont envie de se réaliser par leurs aptitudes manuelles. Plusieurs ateliers ont même leur école de formation intégrée. De notre côté, nous sommes contributeurs de la campagne Savoir pour Faire, en charge de la promotion des métiers techniques de la mode et du luxe, initiée par le Comité Stratégique de Filière Mode & Luxe il y a 7 ans. Cette campagne, très active sur les réseaux sociaux, permet de découvrir la richesse des métiers techniques, d’identifier les établissements de formation et de trouver un emploi, un stage ou une alternance grâce à un job board. Votre institution est affiliée à l’UFIMH et soutenue par le DEFI. Que vous apporte ce compagnonnage et quels sont vos projets ?  Notre lien à l’UFIMH nous permet d’être au cœur de l’écosystème des Fédérations professionnelles de l'habillement, une filière innovante et engagée qui puise sa dynamique dans le collectif. Faire partie de cet écosystème nous donne une assise indéniable. Nous sommes réunis dans les mêmes locaux, ce qui permet un travail en synergie pour faire avancer les sujets. Par ailleurs, nous sommes entièrement financés par le DEFI depuis notre création. Notre maison est une structure d’intérêt général, et tous nos services sont gratuits, grâce à ce soutien. Fort de nos résultats, nous sommes engagés dans une stratégie de visibilité accrue pour continuer à faire connaître nos services et poursuivre nos actions de promotion des fabricants français. Nous sommes très présents sur les salons et serons exposant au prochain Blossom Première Vision, qui accueille pour la première fois des façonniers français. Un nouveau rendez-vous pour promouvoir les savoir-faire, et valoriser une mode durable et désirable. En savoir plus sur la Maison du savoir-Faire et de la Création : maisondusavoirfaire.com Et sur la campagne Savoir pour Faire : savoirpourfaire.fr

Groupe Franaud, une démarche de transparence, de fiabilité et de polyvalence

Implanté dans le Grand Ouest, le groupe fédère quatre ateliers de confection et un bureau d’études spécialisés dans le prêt-à-porter haut de gamme et luxe. Derrière cette organisation, une ambition claire : préserver et structurer un savoir-faire industriel et artisanal français, tout en offrant aux marques et Maisons une capacité de production à la fois agile, réactive et coordonnée. Notre reportage, réalisé par les équipes de la Maison du Savoir-faire et de la Création, affiliée à l’UFIMH. Fondé par Françoise Piou et Arnaud Nassiet, le groupe s’impose aujourd’hui comme un maillon essentiel de la confection française. Grâce à une stratégie de synergie entre ateliers et à une montée en compétence continue, le groupe Franaud est capable à la fois de répondre aux exigences du luxe et de faire vivre les savoir-faire sur le territoire. Une organisation par ateliers : spécialisation et complémentarité des savoir-faire Le groupe Franaud bénéficie de l’alchimie d’un duo de dirigeants aux profils complémentaires. Françoise Piou a construit une carrière internationale dans les achats et la gestion de production textile industrielle, avant de revenir dans sa région natale pour “retrouver le contact avec la matière” en reprenant l'atelier La Ferrière Couture. Arnaud Nassiet, quant à lui, apporte une expérience issue de la verrerie et du management, avant de rejoindre Françoise pour reprendre ensemble les ateliers Legé Haute Façon et L'Aiguillon Couture. Sous leur impulsion, ces rachats ont impulsé la création du quatrième atelier et peu à peu un groupe s’est constitué. Les ateliers ont été structurés, modernisés, montés en gamme et diversifiés avec de nouveaux équipements et savoir-faire : maille, plumasserie, collage. “Notre principal investissement a toujours été dans le bâtiment, le matériel et les machines… Et ce, à chaque fois que nous développions un nouveau savoir-faire", souligne Françoise Piou. Monter en gamme pour le luxe a été un véritable challenge et Françoise Piou est consciente de l’intensité humaine que demande ce travail de sophistication, elle explique : “quand j’ai repris la Ferrière, avec la montée en gamme on passait de 300 pièces par jour à 50 pièces luxe, car la valeur se trouve ailleurs et ce changement là se vit dans le corps”. L’une des forces du groupe réside dans son organisation claire et lisible : chaque atelier est identifié par un savoir-faire principal, reconnu et valorisé. “La Ferrière Couture (créée en 1972) se concentre sur la confection de pantalons et jupes en chaîne et trame, tailleur ou soie. Legé Haute-Façon développe les techniques du flou et de la couture main, notamment pour la robe de mariée. L’Aiguillon Couture s’affirme dans la maille structurée et la plumasserie tandis qu'Arnoise Collage Confection innove à travers l’assemblage par collage ou par couture au moyen de découpe par ultrasons ou laser”, explique la co-dirigeante. Un duo dirigeant au service de lagilité et de la transmission “Chaque atelier a son savoir-faire principal, mais aussi un second voire un troisième. Cela nous permet de jongler d’un atelier à l’autre, d’être agiles et polyvalents”. Cette organisation donne au groupe une souplesse rare dans la confection : en cas de départs, de pics d’activité ou de besoins spécifiques, les collaborateurs peuvent être redéployés, les compétences mutualisées, et les savoir-faire transmis d’un atelier à l’autre. Une logique essentielle dans un contexte où les métiers de la confection ne peuvent plus reposer sur une seule personne-clé. En effet, les cheffes d’atelier, présentes depuis le début du groupe “gèrent tout, donc on doit structurer nos ateliers car demain quand la personne partira à la retraite nous n'aurons pas toutes ces compétences en une seule et même personne. Il faut communiquer, former et informer”, déclare Françoise Piou. La formation et la polyvalence sont ainsi au cœur du modèle. “Pour monter en compétence une personne en flou luxe, il faut minimum trois ans, rappelle Françoise Piou. Ainsi, le groupe recrute, forme et encourage la montée en compétence et manage selon une logique du Lean Management qui “réunit et élève les gens, c’est un socle qui fédère l’entreprise, il ne faut plus de gens seuls et isolés”, témoigne la co-dirigeante. La diversification technique soutient cette dynamique. L’atelier Arnoise, unique entité créée par le groupe, a par exemple investi dans des presses et machines ultrason/laser pour garantir la qualité du thermocollage. “Nous menons constamment des tests pour trouver la bonne colle, la bonne température, la bonne épaisseur et les bons fournisseurs. Cet atelier est une vraie fourmilière”, raconte Françoise. Avec ses savoir-faire établis comme la couture floue et surtout le pantalon structuré aux finitions luxe et ceux acquis ces dernières années telles la plumasserie pour accessoires de mode et la maille haut de gamme, le groupe entend poursuivre sa progression, convaincu que l’avenir du Made in France repose sur l’alliance entre innovation et excellence artisanale. Un engagement RSE et une adaptation permanente L’engagement du groupe Franaud se lit aussi dans sa démarche RSE structurée : labellisation Origine France Garantie, certification GOTS, et obtention prochaine du label Les Ateliers Engagés prévue pour début 2026. Ces initiatives traduisent une responsabilité sociale, environnementale et humaine assumée, en réponse aux exigences croissantes des Maisons. “Les Maisons de luxe nous challengent fortement sur les sujets RSE, notamment avec les audits et leur vision”, souligne Arnaud Nassiet. Le duo dirigeant incarne une direction de terrain, “nous allons chaque semaine dans tous les ateliers du groupe”, confie-il. Une proximité qui permet de rester connecté à la réalité du geste, des équipes et des clients. Mais les défis demeurent : la concurrence internationale, la tension sur les ressources humaines et les fluctuations du marché du luxe. Une lucidité qui souligne la résilience nécessaire pour maintenir un modèle de façonnier français solide. Enfin, si le groupe revendique son positionnement haut de gamme, il reste pragmatique : “À La Ferrière, pour certaines commandes, on sort parfois un peu du luxe, ce qui permet d’embaucher et d’apprendre aux jeunes les gestes”. Cette capacité à s’adapter sans se dénaturer résume bien l’esprit Franaud : un équilibre entre héritage et modernité, excellence et ancrage territorial. Le groupe Franaud incarne un mariage réussi entre histoire industrielle régionale et ambition d’excellence. Grâce à la vision de Françoise Piou et Arnaud Nassiet, à l’organisation spécialisée de ses ateliers et à son engagement constant pour la transmission et l’innovation, il démontre que la fabrication française peut allier finesse, agilité et responsabilité pour continuer à faire rayonner le savoir-faire de la confection sur le territoire. Pour en savoir plus, découvrez les fiches des différents ateliers du groupe Franaud :

3 questions à… Laurent Drouard, Directeur du bureau d’études Lecarpentier

« Notre socle, c’est notre savoir-faire ». Spécialisé dans la Couture et le prêt-à-porter, le bureau d’études Lecarpentier est l’un des bureaux d’études de référence pour les grandes marques et Maisons de luxe. Son directeur, Laurent Drouard, nous dévoile les clés de la réussite de cette entreprise installée à deux pas de Cholet, et qui participe depuis près de 50 ans à l’excellence de la fabrication française. 1/ Pouvez-vous tout d'abord nous présenter votre activité ? Nous sommes au cœur du processus de production d’un vêtement, notre mission est de donner corps aux idées des créateurs. Notre travail commence dès réception des croquis et d’une discussion approfondie entre nos patronnières et nos clients pour la bonne compréhension des attentes. Celles-ci réalisent les patronages, qui rejoignent ensuite le bureau des prototypistes où sera monté un premier prototype en toile, envoyé au client pour d’éventuelles retouches. Une fois les modifications portées, nous travaillons à la réalisation d’un prototype conforme, ce qui est le cœur de métier de tout bureau d’études.  Après cette étape, les prototypes validés sont repris par les équipes qui travaillent à leur industrialisation, appelé aussi normalisation. Elles élaborent alors un dossier technique qui contient la gradation des modèles (l’évolution selon les tailles), les différentes sections de montage. Une fois complet, ce dossier est envoyé à la marque qui le transmet à son façonnier pour la réalisation en série des vêtements. 2/ Votre entreprise connait un développement continu dans un marché assez difficile. Quels sont, selon vous, les recettes de ce succès ? Ce marché est concurrentiel, mais aussi très volatile. Nos clients sont, pour beaucoup, des fidèles, mais nous avons de plus en plus de contrats ponctuels, ce qui impose une agilité importante. Nos partenaires nous font confiance pour deux raisons essentielles. La première est la qualité de notre savoir-faire, issue d’une expérience de plus de 40 années. Cette expertise est une assurance pour nos clients, qui savent que le travail sera parfaitement exécuté et rendu dans les délais. Nous avons mis du temps à acquérir cette reconnaissance et elle constitue l'élément clé de notre réussite. Notre socle, c'est notre savoir-faire, notre rigueur et notre méthodologie. Ce qui fait la différence ensuite, c'est une agilité, une capacité à travailler dans des délais courts et sur une multitude de produits et de problématiques. Nous pouvons répondre à toutes les demandes de modèles dans des matières très différentes, du chemisier en voile de soie au manteau en draps de laine ou fausse fourrure. Cette richesse est le résultat d’années d'expérience de nos équipes. Nous avons peu de turnover ; nos collaborateurs sont fidèles parce que le métier est exigeant mais passionnant ! On ne s'ennuie jamais car nous avons un nouveau challenge chaque semaine ! Nous organisons dans les ateliers la montée en compétences des plus jeunes salariées. Il faut au moins 5-6 ans de pratique après la formation initiale pour devenir une bonne patronnière, de même pour une prototypiste. Cette expérience s’acquiert par la transmission et l’humilité de vouloir apprendre tout au long de sa carrière. Votre entreprise va bientôt fêter ses 50 ans. Quels sont vos projets pour la suite ? Nous venons de franchir une étape majeure avec le rachat du bureau d’études Court Métrage, autre acteur historique et référence reconnue du secteur en France. La réunification des deux structures sur le même site de Mortagne sur Sèvre en Vendée déjà effectué, notre priorité est aujourd’hui de consolider ce rapprochement. Celles-ci sont de tailles assez équivalentes, avec des savoir-faire complémentaires, ce qui va nous permettre de proposer une palette d'expertises plus large et de compléter nos équipements industriels ; notamment avec une coupe automatique, que nous n’avions pas. Nous allons ainsi doubler le nombre de nos salariés (15 en tout) et augmenter considérablement les capacités de l'entreprise. L’équipe va être constituée de 7 modélistes et près de 5 Prototypistes ainsi que de 2 personnes en charge de prestations de contrôle qualité. Cet investissement m’a semblé essentiel pour poursuivre notre développement. Aujourd’hui, des sociétés comme la nôtre doivent atteindre une taille critique pour répondre aux exigences des maisons : être en capacité d’accepter des commandes plus diversifiées, être agile pour répondre à des délais de plus en plus resserrés. Les façonniers français ont déjà commencé cette démarche de regroupement et de consolidation et c’est dans cette même logique, selon moi, que les bureaux d’études doivent aujourd’hui penser le même changement d'échelle. Retrouvez les informations sur le bureau d’études Lecarpentier sur la plateforme de la Maison du Savoir-Faire et de la Création : https://maisondusavoirfaire.com/user/login?destination=/entreprises/lecarpentier  

Grand entretien avec… Xavier Romatet, directeur général de l’Institut Français de la Mode (IFM)

“L’IFM entretient des liens uniques au monde avec l’écosystème de la mode” C’est l’une des écoles internationales les plus reconnues, plébiscitée pour l’excellence de ses formations en mode, savoir-faire et fashion design, mais également en management. Avec Xavier Romatet, le point sur les différents cursus et les défis que l’institution doit relever pour former les jeunes générations aux métiers de demain. L’IFM est aujourd’hui l’une des écoles les plus prestigieuses. Qu’est ce qui fait sa force et sa singularité ?  La première force de l'IFM, c'est Paris ; la capitale mondiale de la mode qui abrite les sièges des plus grands acteurs du secteur et les fashion weeks les plus influentes. Quand un étudiant français ou étranger s’intéresse à la mode, il se pose d'abord la question de la ville où suivre sa formation et la réponse est Paris. Et il s'avère qu'il y a sur place une grande école de mode qui s'appelle l'IFM. Le second atout de l’école tient aux liens qu’elle a tissés avec tout l'écosystème de la mode : grandes et petites maisons, industriels, distributeurs…. Ecole privée mais à but non lucratif, l’IFM a été voulue et elle est aujourd’hui soutenue par tous les acteurs de la profession. Preuve de cette intégration unique au monde, ce sont les étudiants de Master et de Bachelor en design de l’IFM qui ouvrent la Fashion Week de Paris avec leur défilé. Diffusé sur les grandes plateformes de la Fashion Week parisienne, ceux-ci constituent une vitrine unique pour nos élèves. Notre troisième atout tient au fait que - contrairement à d’autres écoles internationales-, nous ne sommes pas une école d'art, avec un département mode. L’IFM est une école de mode qui forme à tous les métiers de la mode. Nous réunissons 1400 étudiants dans 3 cursus principaux (management , design, savoir-faire), tous capables de comprendre les codes et le langage des autres. Ils sont ainsi mieux préparés à la réalité des entreprises. Dernier atout enfin, qui est essentiel, l’excellence de nos formations. Les programmes de l'IFM sont des références ; certifiés par le ministère de l'Enseignement Supérieur avec un mix d'intervenants académiques et professionnels, ce qui crée une dualité très complémentaire et spécifique à l’IFM. Quel constat faites-vous de l’univers de la mode aujourd’hui et quels sont, selon vous, les défis auxquels il est confronté ?  La mode connaît une profonde évolution qui n’est pas uniquement conjoncturelle mais également structurelle. Le rapport à la mode et au luxe en général a totalement changé. Le premier défi est de recréer de la désirabilité auprès de consommateurs qui doivent retrouver du sens et des raisons d’acheter des produits de mode. Le second sujet tient à l’intégration de la technologie, notamment de l’IA, qui percute tous les modes opératoires de la mode, qu’il s’agisse de création, de distribution, de communication ou de production avec l’ensemble de la supplychain. Le questionnement est double, sociologique et opérationnel, avec un défi à la clé : comment opérer de façon efficace pour concevoir et produire une mode plus désirable, plus rationnelle et plus respectueuse de l'environnement ? Pour l’IFM, cela pose en creux une question-clé : quels profils former pour penser les demains de la mode. Dans ce contexte, comment faites-vous évoluer vos formations ? Nous répondons à la question sociologique en renforçant le socle d’enseignement historique et culturel. L’histoire de la mode et celle de l'art, et plus généralement la culture, sont intimement liées et cette relation entre mode, art et société est essentielle dans les enseignements. Quand vous disposez d’une connaissance forte de l'origine de ces liens, d’un socle et d’une ouverture culturelle importante, vous pouvez davantage répondre aux questions qui se posent aujourd'hui. Par ailleurs, nous intégrons de façon massive à nos cursus les sujets de tech et d’IA comme nous l’avons fait il y a cinq ans avec la sustainability. Tous nos étudiants ont un socle minimum de 9h d'enseignement à l’IA avec un cursus qui leur permet à la fois de comprendre le contexte, les enjeux, les langages et les outils… Nous proposons aussi des ateliers où les étudiants utilisent l’IA, par exemple des analyses de défilés. Nous développons des expérimentations avec notre chaire d'enseignement et de recherche où nous travaillons avec des maisons sur différents sujets. Nous mettons à la disposition de nos étudiants en design des outils sophistiqués qui permettent de travailler sur des processus de création alternant une phase de conception dite « humaine » et un temps d'exploration et d’expérimentation avec l’IA. Cette formation à l’éducation et à l'usage de l’IA permet d’évaluer ses forces et ses faiblesses à travers une multitude d'expérimentations. Nos étudiants explorent ainsi de nouveaux territoires et observent concrètement ce qui fonctionne ou pas. A partir de septembre, ce cursus concernera l'intégralité des disciplines, avec deux professeurs référents qui superviseront l'ensemble de la pédagogie autour de l’IA et nous aborderons les questions de l’agentique. Dans ce contexte de mutation, comment pensez-vous l’avenir de l’école ? Quels sont vos projets pour les 5-10 prochaines années ? Durant cette période de mutation, notre façon d'enseigner évolue profondément. Nous offrons toujours à nos étudiants une expertise en matière de management, de création, de communication mais une question reste en suspens. Ce que l’on enseigne aujourd'hui sera-t-il valable demain ? Il n’y a pas de réponse à cela. Voilà pourquoi notre ambition est d’aider nos étudiants à développer une capacité d’analyse, de questionnement pour adopter les bons réflexes... Nous les plaçons dans des situations où ils apprennent à se poser les bonnes questions. On ne les juge pas sur les solutions trouvées mais sur leur appréhension des sujets, et leur capacité à penser le champ des possibles. L’IFM est adhérente à l’UFIMH. Quels liens avez-vous tissé avec l’Union et que vous apporte ce compagnonnage ? Il est essentiel que les acteurs du secteur se réunissent autour d’organisation fédératrices comme l’UFIMH, qui puissent être des porte-paroles respectés, notamment des pouvoirs publics. L’IFM a la particularité d’être soutenu par tous les acteurs du secteur qui considèrent l’éducation comme un bien commun, au service de tous. Un lien fluide avec l’ensemble de la profession fait d’écoute, de dialogue et de respect mutuel est l’une des raisons du succès de l’IFM au cours des dernières années. Pour en savoir plus sur l’IFM : www.ifmparis.fr  

Enquête : L’Homme est aussi l’avenir de l’AICP

L’Académie Internationale de Coupe de Paris (AICP) relance sa formation de Modéliste International du Vêtement Homme interrompue pendant la pandémie, initiative d’autant plus attendue que le secteur connait un regain d’activité. Les enjeux de ce cursus à découvrir au fil de l’enquête réalisée par la Maison du Savoir-Faire et de la Création, membre de l’UFIMH. L’Académie Internationale de Coupe de Paris (AICP) s’apprête en effet à ouvrir en septembre 2026 un nouveau cursus de "Modéliste International du Vêtement Homme”, de niveau 5 et renoue avec ses anciennes amours… Créée en 1830 par une association de tailleurs pour hommes, l’AICP était historiquement destinée à former les techniciens de ces derniers. Au fil des décennies et épousant l’évolution de la filière, l’école s’est ouverte à la formation, initiale ou continue, aux métiers techniques de la mode, essentiellement au métier de modéliste, et cela aussi bien pour l’Homme que la Femme. Nouvelle classe de Modéliste International du Vêtement Homme “Après une interruption entre 2019 et 2023 de l’enseignement Homme, nous l’avons repris doucement en 2023 et souhaitons désormais le relancer de manière plus ambitieuse, explique Christine Walter Bonini, la Présidente de l’AICP. Nous avons en effet constaté des besoins. Alors que les hommes font aujourd’hui davantage attention à leur apparence, s’intéressent à la mode et la consomment, le masculin est en effet devenu un levier de croissance. Certains créateurs et marques développent des collections Homme en complément de la Femme. Or, les programmes en formation technique sont rares alors que beaucoup de modélistes dans les entreprises sont à la veille de leur retraite”. Comme les précédents programmes de l’école, la nouvelle formation Modéliste International du Vêtement Homme dispensera à temps plein, à raison de 35 heures par semaine dans ses locaux, dans le quinzième arrondissement de Paris, un apprentissage de neuf mois entièrement centré sur des notions techniques. Objectif : former des modélistes, des techniciens produits-finis, des patronniers-gradeurs, des mécaniciens modèles ou encore des chefs d’atelier. “D’autres écoles françaises forment au stylisme et modélisme pour l’Homme, mais peu enseignent la technique, pourtant fondamentale. Nous sommes les seuls à faire un tel focus sur celle-ci, en enseignant à la fois la coupe à plat, le moulage et le prototypage”, souligne la Présidente. Partie d’un enseignement tailleur, l’AICP a fait évoluer sa propre méthode de réalisation des patronages, dite “Vauclair-Darroux”, à la base sur mesure, pour l’adapter à l’industrialisation masculine et ensuite féminine. “En sortant de l’école, nos étudiants peuvent travailler aussi bien dans l’industriel que dans le sur-mesure et la demi-mesure -dont nous constatons le retour en France. Les hommes veulent en effet des pièces de qualité, bien confectionnées et dotées de technicité”. 18 à 22 étudiants maximum La future classe de 18 à 22 étudiants (un maximum, comme toutes celles de l’AICP) accueillera surtout des jeunes diplômés en mode (bac pro MMV, BTS MMV ou école de mode) et des professionnels expérimentés dans la fabrication du vêtement souhaitant se spécialiser dans l’Homme. “Il n’est possible de suivre ce programme, identique pour ces deux publics, qu’à condition d’être déjà capable de coudre et de monter des vêtements. Pour des reconversions professionnelles ou des jeunes diplômés issus d’une formation différente, n’ayant jamais eu d’accès à la couture, les élèves doivent d’abord intégrer notre cursus préparatoire avant d’entrer dans nos formations au modélisme”, précise Christine Walter Bonini. Pour obtenir le diplôme, il faut valider l’ensemble des modules (Coupe à plat, Patronage, Transformation, Fiche technique, Prototypage, Moulage, Retouches, Gradation et CAO) de la formation et réaliser un stage d’environ trois mois, un service de l'AICP aidant à le trouver, en général en France. Mais il est aussi possible de ne pas viser le diplôme et de ne suivre qu’une partie de ces modules. “Nous proposons un puzzle qui laisse une grande liberté aux professionnels notamment”, fait valoir la Présidente. Les étudiants ont tous affaire à des professeurs à la fois experts de la méthode Darroux-Vauclair de l’AICP et connectés à la réalité. Tous sont en effet d’anciens diplômés de l’école ayant travaillé dans la filière avant de la réintégrer en tant qu’enseignants. Rendez-vous privés avant admission Ce ne sont pas les occasions qui manquent pour découvrir l’école et décider de déposer son dossier. Des Journées Portes Ouvertes sont en effet organisées tous les mois. Pour les personnes intéressées, des rendez-vous privés sont alors organisés avec l’équipe, soit in situ, soit par téléphone pour les internationaux. “Nous tenons à connaître tous ceux qui vont rejoindre l’école” souligne Christine Walter Bonini avant de préciser : “pour intégrer l’AICP, le passage d’un test est aussi obligatoire afin d’évaluer les compétences techniques déjà acquises et si les postulants ont le niveau pour intégrer nos cours”. Ceux-ci auront toutes les chances, à l’issue de leur formation, d’être recrutés par les entreprises du secteur masculin : des marques, des créateurs, des bureaux d’étude, des façonniers… Christine Walter-Bonini n’hésite d’ailleurs pas à orienter des marques avec lesquelles elle est en contact, en quête de fabricants pour leurs collections masculines, vers la Maison du Savoir-Faire et de la Création (MSFC). C’est en effet la vocation de la MSFC et de sa Plateforme de mise en relation d’orienter les donneurs d’ordre vers les façonniers hexagonaux qui répondent à leurs besoins de confection. L’international en ligne de mire Aujourd’hui vouée à répondre aux besoins de la filière française, la nouvelle formation Modéliste International du Vêtement Homme pourrait s’exporter dans un futur plus ou moins proche. Et ce, en commençant par…Tashkent, en Ouzbékistan, où l’AICP a ouvert un campus en 2019 en partenariat avec l’université ITILT. Mais elle pourrait aussi s’implanter dans un pays majeur pour le textile, la Chine, où l’Académie travaille sur un projet de partenariat voué à démarrer fin 2026, début 2027. D’autres destinations pourraient s’ajouter à la liste : désireuse de se développer davantage à l’international via de nouvelles collaborations, l’AICP expose à cette fin sur de nombreux Salons, avec Campus France, l’agence nationale chargée de promouvoir l’enseignement supérieur hexagonal à l’étranger… Quoi qu’il en soit, le nouveau programme Homme de l’AICP s’inscrit dans une tendance encourageante en France : celle de la demande croissante dans la filière habillement et ses clients pour la maîtrise de ses savoir-faire. Avec un besoin, à la clef : de nouveaux cursus pour former les salariés à même de répondre aujourd’hui et demain aux besoins des créateurs et des Maisons de mode… La Maison du Savoir-Faire et de la Création est affiliée à l’UFIMH et soutenue par le DEFI : www.maisondusavoirfaire.com Pour en savoir plus sur l’AICP : www.aicp.fr

3 questions à ….Charlotte Jamas, cheffe de projets, direction Appui aux Branches et Action Prospective, OPCO2i.

« Nous accompagnons les entreprises dans tous leurs projets de formation ». Participation au recrutement d’alternants, financement de plans de formation pour les salariés et valorisation des métiers de la filière… Cet opérateur multiplie les actions pour permettre aux entreprises d’agir en faveur de la transmission des savoir-faire et du renouvellement des compétences. Explications. 1/ Pouvez-vous tout d’abord nous rappeler les grandes missions d’OPCO 2i ? OPCO 2i est l’opérateur de compétences des entreprises du secteur de l’industrie. Nous agissons principalement en faveur des TPE et des PME et nous avons pour mission de les conseiller et les accompagner, en apportant notre expertise dans l’élaboration de projets ou la simplification des procédures administratives. Nous finançons notamment des actions de formation pour les salariés, notamment des plans de développement des compétences. Nous mettons à disposition un catalogue de formation et des diagnostics & accompagnements sur des enjeux tels que l’appropriation de nouveaux outils industriels, la digitalisation de certains process ou la transition écologique. Nous participons au recrutement d’alternants en prenant en charge les coûts pédagogiques et en accompagnant les entreprises dans le montage des contrats. Nous finançons des contrats d’apprentissage et de professionnalisation. Par ailleurs, nous mettons à disposition des entreprises des études prospectives sur l’emploi et les compétences. De façon plus globale, nous travaillons à soutenir l’attractivité des métiers industriels en valorisant l’alternance et en développant des actions emploi-formation. Enfin, nous menons des actions collectives au niveau national ou régional pour former des salariés à coûts optimisés autour de compétences stratégiques (industrie du futur, performance industrielle). 2/ Dans le cadre de la branche « Industries créatives mode et luxe », quels types d’accompagnement proposez-vous aux entreprises ? Dans le secteur de l’habillement, nous proposons un large éventail de formations continues autour de métiers précis ou de compétences plus transversales. Nous accompagnons le recrutement d’apprentis dans les secteurs de la couture, du modélisme ou de la maintenance, afin de répondre aux besoins de transmission des savoir-faire et de renouvellement des compétences. Nous offrons également un accompagnement à la création et finançons des actions en faveur de la promotion et de l’attractivité des métiers du secteur, via des kits de communication ou des événements. Nous soutenons par exemple « Savoir pour Faire », la campagne nationale de valorisation des métiers techniques, des formations et savoir-faire d’exception des industries créatives françaises, portée depuis 2019 par le Comité Stratégique de Filière Mode et Luxe dont l’UFIMH, partenaire actif, siège au conseil d’administration. 3/ Comment, concrètement, bénéficier de ces différents services ? Les entreprises peuvent s’adresser à leur conseiller OPCO 2i pour être accompagnées dans le développement des compétences de leurs salariés via un compte dédié. Ce conseiller aidera concrètement l’entreprise à identifier ses besoins, mobiliser les dispositifs de financement adaptés (formation, alternance) et monter des projets de formation. Dans tous les cas, nous offrons un accompagnement personnalisé tout en tenant compte des enjeux du territoire. Toutes les infos sur la campagne Savoir pour Faire : www.savoirpourfaire.fr Et sur l’OPCO2i : www.opco2i.fr  

Grand Entretien avec Hedwige Gronier, directrice du mécénat culturel de la Fondation Bettencourt Schueller

« Les métiers d’art, le nouveau soft power français ». Longtemps restés dans l’ombre, nos métiers d’art retrouvent leur prestige mais aussi leur juste place dans l’économie française. Avec Hedwige Gronier, directrice du mécénat culturel de la Fondation Bettencourt Schueller et grande spécialiste du domaine, le point sur le développement de la filière, et ses défis pour demain. 1/La fondation Bettencourt s’est engagée voilà plus de 25 ans aux côtés des métiers d’art. Quelle conviction a présidé à cette démarche et quelles sont les grandes actions menées ? Je voudrais tout d’abord rappeler un constat : la France est l’un des pays plus riches en matière d’artisanat d’art, avec quelque 281 métiers qui constituent un patrimoine envié par le monde entier. Et pourtant, cet univers est longtemps resté méconnu. Voilà pourquoi la Fondation a choisi de s’engager en faveur de ces métiers d’excellence dès 1999, créant le Prix pour l’Intelligence de la Main qui met en lumière les meilleurs savoir-faire et a déjà récompensé 135 artisans d’art. Au fil des années, cet engagement pionnier s’est enrichi de multiples initiatives pour encourager le développement de la filière. Plus concrètement, ce mécénat se fixe pour mission de penser l’avenir du secteur en montrant que les métiers d’excellence sont aussi des métiers contemporains. L’artisanat d’art est fondé à accompagner l’évolution de notre société, il témoigne d’ une vitalité incroyable et infuse de nombreux univers : mode mais aussi  design, industrie…Dans le même temps, on assiste à l’émergence d'une nouvelle génération d’artisans d’art, militant pour une production durable et capable de relever le défi de la réindustrialisation de nos territoires. Cette dynamique est largement soutenue par la Fondation qui favorise l’ouverture du secteur à  l’international, l’interdisciplinarité, la recherche et l’innovation. 2/ Quel est aujourd’hui le poids des métiers d’art dans l’économie française ? Baptisée Les Éclaireurs et publiée fin 2024, la dernière enquête en date a marqué un vrai tournant, révélant  le réel périmètre du secteur. En France, les métiers d’art représentent 234 000 entreprises, 500 000 actifs, et 68 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit une part significative de l’économie productive française. De plus, les exportations, en constante augmentation, atteignent 9 milliards d’euros selon les dernières analyses sectorielles. Co-financée par la Fondation, le Comité Colbert, le Fonds Terre et fils, le ministère de la Culture et réalisée avec l’appui de Xerfi Specific, cette étude a contribué à repositionner les métiers d’art comme un secteur stratégique, d’un point de vue culturel et économique. Son objectif était double. Tout d’abord remédier à l’absence de données consolidées pour le secteur de métiers d’art dont l’écosystème est très diversifié ; ensuite fournir aux parties prenantes les moyens d’anticiper les défis à venir et accompagner les stratégies publiques et privées (dont l’UFIMH) pour assurer la pérennité de ces métiers. 3/ Reste que le secteur doit relever de nombreux défis, notamment celui de l’innovation. Comment inciter les entreprises à renouveler leurs pratiques ? L’innovation constitue un enjeu crucial pour la filière : intégration de techniques contemporaines, nouveaux matériaux, écoresponsabilité, design collaboratif… Les métiers d’art doivent impérativement faire évoluer leur savoir-faire pour répondre aux valeurs et aux besoins de l’époque. La Fondation a choisi de soutenir l’innovation de plusieurs façons. Le Prix pour l’Intelligence de la Main® valorise des démarches innovantes et donne la possibilité aux lauréats de disposer d’un temps de recherche avec un accompagnement financier sur trois ans,  Par ailleurs, nous avons contribué à la création du Laboratoire des pratiques durables des Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national. Un espace de recherche qui a pour vocation de favoriser la rencontre entre artisans d’art, designers, ingénieurs et chercheurs. Ce lieu œuvre concrètement à tester de nouveaux procédés, matériaux et technologies, et encourage les approches expérimentales qui renouvellent les savoir-faire. Le Labo participe notamment à l’élaboration de nouvelles matières :  textile à partir de sédiments marins, cuir d’algues, fausse fourrure à base de fibres, teinture végétale pour les tissus. Ces expérimentations vont nourrir des applications très concrètes pour les métiers d’art. 4/ Second objectif tout aussi majeur, la croissance à l’international…. Grâce à la hausse de ses exportations,  la filière est devenue un acteur économique essentiel sur le plan international. Plusieurs marchés se distinguent par leur dynamisme : l’Asie et notamment le Japon, Le Moyen-Orient, les Etats Unis… La Fondation a récemment renforcé l’accompagnement international de nos talents en soutenant les résidences culturelles françaises à l’étranger – Villa Kujoyama à Kyoto,  Albertine aux Etats-Unis, Médicis à Rome ;  offrant aux artisans l’opportunité de confronter leur pratique à la culture locale et rendant plus visible nos métiers  à l’étranger. Par ailleurs, elle soutient des initiatives comme la Semaine Oui Design, devenue un rendez-vous majeur pour les métiers d’art et la création française à New York. Avec ce dispositif, l’ambition est double : accroître le rayonnement international des savoir-faire français et  offrir  aux artisans d’art des débouchés durables sur des marchés internationaux porteurs. Autant d’initiatives qui ont participé très directement à faire des métiers d'art un outil de soft power précieux pour notre pays.   Pour en savoir plus sur la Fondation Bettencourt Schueller : www.fondationbs.org

Evènement du 7 au 12 avril 2026, 4 bonnes raisons de courir aux Journées Européennes des Métiers d’Art…

Évènement unique au monde, ces Journées offrent l’occasion d’une véritable plongée dans l’univers des métiers d’art, via un réseau de centaines d’ateliers, entreprises et institutions qui dévoilent leurs savoir-faire à travers l’Europe. Une façon très efficace de valoriser les pratiques artisanales et industrielles de la filière, que l’UFIMH accompagne au quotidien pour encourager l’excellence et la compétitivité française … 1/ Un foisonnement de découvertes et d’expériences.

Imaginées en 2002 sous la houlette de l’Institut National des Métiers d’Art pour mettre en lumière la création française, les JEMA n’ont cessé d’élargir leur horizon, s’ouvrant à l’Europe dès 2014 et accueillant chaque année un nombre grandissant de participants (dont beaucoup sont membres de l’UFIMH). Façon de témoigner de la vitalité d’un secteur qui compte, dans notre pays, 281 métiers, 234 000 entreprises et plus de 500 000 professionnels.  

Pour cette édition qui met à l’honneur la région Centre-Val-de-Loire pour la France et la Belgique pour l’Europe, artisans d’art, TPE et PME (notamment les entreprises du patrimoine vivant) et associations en lien avec la restauration du patrimoine accueilleront tous les publics. Dans les villes et les régions, les artisans et les manufactures proposeront des portes ouvertes d’ateliers avec des démonstrations de leurs techniques. Les musées et les institutions dévoileront leurs collections et organiseront des conférences autour des savoir-faire mais aussi de l’innovation et du développement durable, axes-clés pour l’avenir de ces métiers. Enfin, de nombreux établissements de formation à l’artisanat d’art accueilleront les jeunes générations pour leur faire découvrir ces métiers, source d’épanouissement et important vivier d’emplois. Une sensibilisation précieuse pour la filière, plus que jamais en recherche de talents pour contribuer au rayonnement du secteur et valoriser le Made in France.

2/ L’accès à des lieux prestigieux au cœur de la capitale et en Ile de France. Pour cette édition, plus de 200 événements seront organisés à Paris et en Ile-de-France. On retiendra notamment ceux du Palais Galliera qui proposera des rencontres avec des brodeurs, des créatrices textiles, des plumassiers, des modistes…. Haut lieu de la création contemporaine, le Viaduc des Arts organisera des échanges avec les 37 artisans qui y ont ouvert leurs ateliers : souffleurs de verre, ébénistes, restaurateurs d’œuvres, orfèvres, bijoutiers, mosaïstes…  Enfin, les Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national, le Campus Mode Métiers d’Art et Design et le Comité Colbert inviteront à une plongée inédite dans ces métiers avec l’évènement « Entrez en Matières #5 » à la Fondation Fiminco située à Romainville. Du 9 au 12 avril, plus d’une trentaine de savoir-faire d’exception y seront présentés : bois, métal, cuir, céramique… à travers des démonstrations en direct. L’occasion de découvrir le savoir-faire des artisans qui oeuvrent dans les maisons et institutions françaises les plus prestigieuses : brodeurs de la Maison Chanel, orfèvres de la Maison Christofle, céramistes, créateurs bois et textiles des Manufactures Nationales -Sèvres et Mobilier National. 3/ Des démonstrations de savoir-faire à travers toute la France… Les régions de France participeront toutes à l’aventure avec, pour chacune, le choix d’un thème en lien avec le secteur les plus emblématiques de leur territoire. Le Grand Est s’attachera à sensibiliser à la culture de l’osier, notamment à Fayl-Billot -capitale historique de la vannerie- où seront proposées expositions, démonstrations et initiations au tressage d’osier, le tout complété par la visite de musées, d’ateliers et d’oseraies. Dédiée au boutis et au piqué marseillais, la manifestation organisée par la région Occitanie, invitera à la découverte du village de Calvisson, qui abrite La Maison du Boutis -unique musée en France dédié à ce savoir-faire et doté d’une collection de broderies en relief, inscrites au patrimoine culturel immatériel français depuis 2019… La ville, l’association Les Cordelles du Boutis et les artisanes partenaires proposeront des ateliers, des démonstrations et une conférence pour faire découvrir ce savoir-faire rare, toujours transmis et pratiqué. En Pays-de-Loire, L’Institut de Bijouterie de Saumur déploiera La Ville en parure, projet porté par les étudiants en formation pour l’obtention du Diplôme National des Métiers d’Art et du Design (DNMADE) Objet – Bijou. Réalisés pour l’occasion par les élèves, des bijoux contemporains originaux autour du thème de l’année « Coeurs à l’ouvrage » seront exposés dans les vitrines d’une vingtaine de commerces du centre de Saumur, transformé en parcours d’exposition. … Et dans 26 pays d’Europe. Mise à l’honneur à l’occasion de cette édition 2026, la Belgique présentera le meilleur de ses savoir-faire, de la dentellerie et des arts textiles en Flandre aux techniques du verre, du métal et de la céramique en Wallonie, en passant par la bijouterie, la restauration de mobilier ancien et la création contemporaine à Bruxelles. En Espagne, plus de 700 découvertes sont programmées à travers le pays, tandis que l’Italie concentre une grande part de ses événements en Toscane via l’institution Artex, notamment ses manufactures textiles, ses ateliers de design, de travail du bois ou de l'orfèvrerie mais la manifestation sera déclinée dans l’ensemble du pays, de la Sicile à la Vénétie. Programme de l’ensemble des manifestations et inscriptions pour les visites, https://www.journeesdesmetiersdart.fr

Focus sur Maison Marcy Plumassier : l’art de la plume en héritage

À la tête de la maison, Marie-Laure Coltee incarne une transmission familiale où le geste se conjugue à la réflexion et à l’expérimentation créative. Ici, rien n’est standardisé car chaque plume impose son rythme par sa texture, sa couleur et chaque commande devient un terrain d’invention au service des créateurs, des Maisons de luxe et des arts de la scène. A découvrir avec ce reportage signé de la Maison des Savoir-faire et de la Création, affiliée à l’UFIMH.

L’histoire d’un artisanat de famille

Le lieu est indissociable de l’histoire de la famille Coltee. En 1850, on y confectionnait des robes de soirée et des tenues de mariée dans des espaces déjà pensés pour accueillir des pièces aux volumes variés, une modularité encore précieuse aujourd’hui pour notamment “des grandes pièces de Music-Hall”, note la dirigeante. En 1966, son père fonde l’atelier. Ébéniste de formation, il commence par fabriquer des métiers pour plumassiers, notamment pour ses propres parents qui produisaient les fameuses houppettes en peau de cygne, avant de devenir lui-même artisan de la plume. L’entreprise connaît alors une phase de fort développement, passant d’un réseau d’ouvrières travaillant à domicile dans plusieurs régions à près de 70 salariés sur site. Puis la concurrence internationale bouleverse l’équilibre économique avec l’arrivée de produits importés à très bas prix obligeant l’atelier à se réinventer pour répondre notamment aux exigences des grandes Maisons de luxe, part importante de sa clientèle. Aujourd’hui, l’atelier fonctionne avec une équipe resserrée d’une dizaine de personnes, toutes hautement polyvalentes. “Elles se sont très bien formées par transmission en interne, notre savoir-faire évolue en fonction des demandes et donc de la mode”. Une structure familiale demeure : père, frère, mari, fille travaillent ensemble, dans une transmission informelle mais continue, “je n’ai fait aucune formation dans la plume mais je suis ici depuis que j’ai deux ans”, confie la dirigeante.

Une matière sous contraintes : sélectionner, protéger, archiver

Dans la plumasserie, le travail commence bien avant l’assemblage, il débute par la compréhension d’une matière organique, fragile et réglementée. “Avant, on allait piocher dans le vivant sans réfléchir aux conséquences”, reconnaît Marie-Laure Coltee. Aujourd’hui, seules des plumes issues d’espèces autorisées et de la consommation alimentaire sont utilisées (coq, dinde, poule, oie, autruche, faisan, perdrix…), ce qui impose de composer avec une disponibilité et des prix variables et des exigences de traçabilité. Les contraintes sanitaires sont lourdes et la logistique particulièrement risquée : “s’il manque un document douanier, le colis est détruit. Il n’y a pas d’assurance”, exprime la dirigeante. Les plumes arrivent nettoyées et pré-triées, mais un second tri est systématiquement réalisé à l’atelier. Longueur, souplesse, densité, teinte, régularité : chaque critère conditionne l’usage futur. “Il y a des plumes d’ailes, de queue, de corps… des tailles différentes”. Cette sélection est déterminante car on ne choisit pas la même plume pour une frange, un boa, une broderie, une parure ou un accessoire. “La plume se conserve très bien si elle est bien protégée, car on est sur une composition en cellulose et kératine”, précise la dirigeante. La plume n’aime pas la lumière et les mites ! D’où une organisation de stockage conséquente avec un entrepôt de 1 500 m² et des réserves sur site sur plusieurs niveaux, qui permettent de sécuriser la matière et de conserver un fonds d’archives exceptionnel. Certaines plumes datent de 1890 et ne sont destinées qu’aux musées et aux arts de la scène puisque “nos archives ne servent jamais à du commercial », rappelle Marie-Laure Coltee. Elles nourrissent un travail de reconstitution et de création pour des productions majeures : opéras, théâtre, cinéma, Disney, Le Roi LionLes Trois Mousquetaires, ou plus récemment Emily in Paris. Une façon de faire vivre le patrimoine, tout en préservant la rareté des matières anciennes.

Transformer la plume, gestes, teinture et création sur-mesure

Une fois la matière sélectionnée, commence le véritable cœur du métier : la transformation. La teinture occupe une place centrale dans ce processus. Réalisée entièrement à la main, à partir de colorants destinés aux matières naturelles et délicates, elle ne repose sur aucune recette figée. Hydrométrie, structure de la plume, absorption de la couleur, chaque paramètre influe sur le résultat. “On ne peut jamais reproduire exactement une teinte de la même manière”, explique Marie-Laure Coltee. Certaines plumes nécessitent un traitement spécifique, d’autres ne supportent pas la chaleur. Le séchage doit alors être adapté, sans apport thermique direct, avant que les plumes ne soient étendues puis battues pour retrouver leur volume. La teinture des plumes n’est pas « grand teint », certaines couleurs foncées ou vives peuvent dégorger. Ainsi un passage au pressing est recommandé pour certains produits afin de stabiliser la couleur, une contrainte assumée pour préserver la matière. Le reste du travail est quasi exclusivement manuel. Boas, franges, pompons, broderies ou accessoires requièrent une véritable main. “Les seules machines que nous avons sont les machines à coudre, le reste, c’est la main de la plumassière”, déclare la dirigeante. Pour un boa classique, il faut compter environ quatre jours de travail, entre tri, teinture, séchage, préparation et tournage. Cette dernière étape, aussi appelée le frimatage, consiste à faire tourner la matière sur elle-même à la main ou à l’aide d’un dispositif développé en interne, afin de lui donner volume et mouvement avant la pose sur le modèle. L’atelier innove aussi par nécessité. Les essais de teinture sont réutilisés pour créer des séries limitées, vendues en ligne permettant de ne pas gaspiller et de créer des pièces uniques. Les commandes en ligne se développent, notamment autour des plumeaux et l’atelier affectionne tout particulièrement la création de pièces exclusives, parfois produites à un ou deux exemplaires seulement. Parallèlement, Marcy Plumassier développe ses propres collections d’accessoires et de bijoux, aux couleurs chaudes et dégradées, qui seront présentées notamment sur le salon Maison & Objet du 15 au 19 janvier. Pour Marie-Laure Coltee, l’enjeu est clair, “la plume est un objet du désir, mais on ne veut pas qu’elle reste confidentielle”. Démocratiser sans banaliser, proposer des pièces accessibles sans renoncer à l’exigence : une vision fidèle à l’ADN de l’atelier, où héritage, créativité et respect de la matière avancent ensemble.   La Maison du Savoir-Faire et de la Création est affiliée à l’UFIMH et soutenue par le DEFI : www.maisondusavoirfaire.com Pour en savoir plus sur Maison Marcy Plumassier : www.plume-marcy.com

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