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Grand entretien avec… Thibaut Ledunois, Directeur de l’entrepreneuriat et de l’innovation de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin, membre de l’UFIMH.

« Les marques qui réussissent associent prudence, ambition et créativité ». Une nouvelle génération de marques prend une place grandissante dans le marché, renouvelant la façon de penser la création comme le fonctionnement même de la mode. Communauté, produit, gestion, développement international… Avec Thibaut Ledunois, le point sur les stratégies qui redonnent de l'élan au prêt-à-porter français. 1/ On observe aujourd’hui un vrai renouveau du secteur avec des marques nées dans les années 2010 qui s'imposent peu à peu sur le marché français. Que représentent-elles dans l'écosystème de la mode ? Dans le contexte économique et géopolitique actuel, les marques nées avec l'essor du e-commerce et des réseaux sociaux, résistent et continuent d'influencer le secteur. Avec dix à vingt ans d'activité, elles apportent un dynamisme précieux, à la fois créatif, économique et politique. Cela dit, leur poids n'est pas proportionnel à leur influence. Face aux volumes de l'ultra fast fashion, des grandes marques traditionnelles et de la seconde main, leur part dans le marché du prêt-à-porter, en France comme à l'international, reste modeste. Certains estiment le chiffre d'affaires de Sezane entre 500 et 600 millions d'euros en 2025, mais la majorité des jeunes marques françaises réalise plutôt entre 1 et 40 millions d'euros et pèsent environ 3 % du marché. Cette génération, dite des DNVB (Digital Native Vertical Brands, nées en ligne qui maîtrisent leur distribution) influence et inspire, car elle porte une nouvelle vision de la consommation de mode et du prêt-à-porter français. On lui doit un engagement fort en matière d'inclusion et de respect du vivant, mais aussi des approches marketing devenues des évidences : sentiment d'appartenance à une communauté, collections exclusives, omnicanalité, création de contenus. 2/ La plupart n'hésitent pas à bousculer les stratégies habituelles de développement, et cela dès leur création. Quels sont leurs choix les plus spécifiques, et en quoi participent-ils à leur succès ? Je voudrais tout d’abord saluer cette génération qui, loin des clichés, laisse une vraie place aux femmes, à l’image de Balzac, Make My Lemonade, Livy… Une spécificité française dont on peut être très fier, dans un univers où les inégalités demeurent en termes d’entrepreneuriat au global. En revanche, on réduit souvent ces marques à celles des « diplômés d'écoles de commerce». Veja a ouvert la voie, suivie par Le Slip Français, Faguo, Asphalte… Pour certaines, ce n'est pas faux, mais très réducteur. Selon moi, leur réussite tient justement à un équilibre très fin entre un vrai sens des affaires, une parfaite maîtrise de la communication et du marketing, qu'elles ont dépoussiérés en incarnant une fraîcheur accessible, sans compter l'exigence du produit. Le métier d'entrepreneur de mode est devenu extrêmement exigeant. Il faut être très curieux, comprendre les enjeux du secteur et ses mutations, faire évoluer sans cesse sa marque, son image et son produit, et rester très agile dans ses investissements comme dans ses stratégies. Les fondateurs et fondatrices qui réussissent ont en commun de gérer leur entreprise « en bons pères et mères de famille », avec cet équilibre fin entre prudence et créativité.  3/ Cette nouvelle façon de penser l’entreprise se poursuit à mesure que la marque se développe. Quelles initiatives vous semblent les plus inspirantes ? J'insiste aujourd'hui sur trois points clés. Le premier, c'est la force communautaire de la marque. Dans un moment d'incertitude, de fragmentation et de perte de repères, les marques sont plus que jamais des espaces où les consommateurs expriment leur identité. Une marque forte incarne un mode de vie, une vision de la société, des codes culturels capables de fédérer une communauté. Elle devient un étendard, au même titre qu'un club de basket ou une origine géographique. Le deuxième, c'est le produit, qui doit rester au centre du projet. Il ne doit pas être désirable, il doit être irrésistible. Deux options s'offrent alors à la marque. Soit le produit est si singulier qu'il en devient irremplaçable (« je veux ce pull parce que je n'en trouverai jamais de pareil ailleurs »), soit le rapport entre qualité, désirabilité et prix est parfait.  Parmi les marques qui fonctionnent bien, Triple Sphère, Bazist ou Sœur répondent davantage au premier modèle tandis que Museum Garment, Maison Lecomte Flament ou Barnis correspondent plutôt au second. Mais dans tous les cas, trois critères sont pris en compte : on ne peut en négliger aucun. Le troisième, je l’ai déjà mentionné, c'est une gestion rigoureuse et prudente. La mode a longtemps profité de marges confortables pour absorber des dépenses inutiles, une gestion « instinctive » ou des frais « d'image ». C'est terminé. Les consommateurs ne comprennent plus certains niveaux de prix, et les coûts de fabrication augmentent. Résultat ? La marge opérationnelle baisse, ce qui impose un pilotage très fin des dépenses, du retour sur investissement, des achats et des stocks. Cela repose souvent sur un duo ou un trio à la tête de l'entreprise, une attention portée aux chiffres, et la capacité à bien s'entourer. 4/ Vous le précisez, certaines de ces maisons pionnières ont entamé leur développement il y a plus de dix ans. Quel retour d'expérience peut-on en tirer ? Et constitue-t-il un viatique pour penser demain ? Je parlais récemment avec le fondateur d'une marque qui réalise aujourd'hui 40 millions d'euros de chiffre d'affaires, lui demandant si l'histoire serait la même s'il se lançait maintenant. Il m'a d'abord répondu « bien sûr », puis s'est repris quelques secondes plus tard : « En fait non, ce serait plus difficile. » La génération des années 2010 a su profiter de la vague des réseaux sociaux, de l'essor du e-commerce et de la recomposition du tissu industriel européen. Son enjeu, désormais, est de durer. Elle doit poursuivre son internationalisation, sur laquelle reposent en grande partie nos succès français, et innover dans ses processus comme dans l'intégration de l'IA, tout en préservant ses savoir-faire et sa capacité à comprendre notre époque par l'humain. Pour les marques qui émergent en ce moment, reproduire à l’identique ces recettes serait une erreur. Elles restent valides mais, partant de ce socle, la mission est aujourd’hui d'inventer de nouveaux codes, dans un monde de social commerce, de vidéos publicitaires entièrement générées par l'IA…. C'est exactement le type de défi qu’ont relevé, il y a quinze ans, les marques qui réussissent aujourd'hui. Aller plus loin en découvrant le magazine Flair

Enquête : Communication, les nouvelles règles du jeu.

Renouveau des médias traditionnels, rôle majeur des influenceurs, nouvelle place donnée aux événements… Les marques doivent aujourd’hui repenser leur communication pour augmenter visibilité et désirabilité. Notre regard sur ces grandes évolutions avec Johanna Sebag, fondatrice de l’agence Dress Code qui accompagne plusieurs dizaines de marques dans leur développement, dont certaines adhérentes des fédérations qui composent l’UFIMH.  C’était il y a 20 ans, c’était un autre monde. Pour se faire connaître, les marques avaient pour principale cible les magazines féminins qui donnaient le LA du style, du bon goût et de la modernité. En deux décennies, cet univers s’est radicalement transformé ; la presse classique ne constitue plus la référence ultime, rattrapée par la puissance des nouveaux médias, des influenceurs et des réseaux sociaux. Il est donc essentiel de bâtir une communication qui intègre l’ensemble de ces acteurs et tienne compte de l’évolution des désirs des consommateurs, comme l’assure Johanna Sebag. « L'écosystème a totalement changé. Dans les années 2000, on avait les magazines print, l'affichage et c'est tout. L'apparition du digital et les nouvelles attentes des clients ont bouleversé le champ de la communication qui doit désormais être singulière, multicanale et parfaitement orchestrée ».   Un récit fondateur pour mettre en avant savoir-faire, émotion et authenticité. Premier élément-clé de cette stratégie, l’élaboration d’une plateforme de marque capable de définir son identité et sa singularité par rapport à ses concurrents. « Il faut que la marque écrive son territoire, son ADN afin qu’elle puisse d’abord se comprendre elle-même, confirme Johanna Sebag. Elle doit pour cela élaborer un récit authentique et sincère, mettant en lumière les valeurs fortes qui suscitent l’adhésion des consommateurs : l'artisanat, le savoir-faire, l'émotion, l'authenticité, le respect des hommes et de la planète. La traçabilité constitue aussi l’un des critères majeurs. Les clients ont envie de savoir comment et où la marque produit. Ils plébiscitent l’engagement, notamment à travers les certifications ou des labels comme BCorp ». Une exploitation raisonnée de l’ensemble des médias.  Une fois cette vision définie, reste à composer ces différents acteurs qui possèdent chacun leurs atouts, à commencer par les magazines féminins ou dédiés à la mode. Si leur audience a chuté, tous conservent une valeur ajoutée : le sérieux et l’expertise liés à la rigueur journalistique, sans compter une vraie culture de mode. « La presse magazine reste un passage obligé, assure Johanna Sebag. Elle raconte une histoire que l'on ne peut pas raconter via d'autres canaux. Elle aborde les sujets par la culture, la création et sacralise la mode sur un support physique -le papier- qui valorise une forme de noblesse et une intemporalité ». Sérieux, culture… Autant d’atouts dont s’emparent aussi les médias on-line tout en offrant une vision plus fraîche et contemporaine de la mode, notamment en termes visuels. De plus, tous fédèrent leur communauté en élargissant le champ des références, dans une transversalité qui signe l’époque…. On y retrouve la mode bien sûr mais aussi la littérature, la food, la musique ou la sociologie ; mis en avant par des artistes ou les créateurs eux-mêmes ». Restent enfin les influenceurs qui ont incontestablement participé à remodeler les habitudes de consommation avec une parfaite compréhension des codes numériques et un message qui privilégie l’émotion plutôt que l’information. L’essentiel consiste alors à choisir les ambassadeurs les plus en phase avec l’ADN de la marque, sachant que la prime est à la nano-influence avec des Key Opinion Leaders qui disposent d’une petite communauté mais très qualifiée. « Ces acteurs sont précieux car complémentaires mais cet écosystème ne peut exister seul ajoute Johanna Sebag. Il doit également s’enrichir de prises de parole de la marque elle-même ».  La création d’événements qui font de la marque son propre porte-parole.  Ces prises de parole permettent à la marque d’entrer directement en relation avec sa communauté, raconter son histoire en dehors d'une journaliste, d'une influenceuse ou d'un talent.  Une façon de sacraliser un dialogue qui peut prendre de multiples formes… Des événements on-line ou physique, la création de book-clubs, de running-clubs, le partage d’un engagement autour d’une cause fédératrice portée par le/ la fondatrice qui peut s’exprimer à travers son compte Instagram ou même un podcast. Dans tous les cas, cette incarnation tisse une proximité inestimable avec les clients. Elle soude une communauté qui se sent encore plus proche de la marque et de ceux qui la font, dans un partage de valeurs et d’émotions. Mais rappelons-le, ces outils ne sont précieux que s’ils nourrissent une vraie vision pour la marque, assure Johanna Sebag. « Aujourd’hui tout est important : le off-line, le on-line, l'influence, les talents, l'affichage sauvage, les podcasts… Ce qui fait la différence, c’est l'enchaînement entre ces modes de communication pour assurer une visibilité sur le temps long, et la cohérence de l’écosystème global. La clé du succès ? Un message fort, une pluralité d'expressions, et un parfait tempo. »

3 questions à… Guillemette Bataille, fondatrice de Maison Guillemette.

« Nous parions sur une gestion millimétrée de notre production ». Alors que la marque fête cette année les 10 ans de la création de son prêt à porter, sa fondatrice nous dévoile les éléments clés d’une stratégie de développement qui a permis à la maison d’enregistrer une croissance saine et régulière, et cela depuis sa création… 1/Vous avez fondé Maison Guillemette en 2014. Dans quel esprit l’avez-vous pensée sur le plan créatif et quel modèle économique avez-vous choisi de mettre en place ? J’ai toujours aimé la mode mais j’ai fait une école de commerce et, même si j’étais plutôt habile de mes mains, je ne savais pas coudre ! J’ai donc débuté par l’univers qui me semblait le plus accessible, l’accessoire et le bijou que j’ai d’emblée pensés pour des moments d’exception. J’ai commencé à créer des pièces assez singulières, très couture ; des couronnes de fleurs ou des ornements de cheveux pour les futures mariées qui ont connu un vrai succès. En 2016, j’ai dessiné une première pièce de mode, un top noir dos nu avec de la dentelle de Calais que l’on pouvait accessoiriser avec l’une de mes broches. A ma grande surprise, nous en avons vendu 50 exemplaires en 48h ! J’ai compris que les fidèles de la maison attendaient de moi un univers plus large et me suis lancée dans le prêt à porter avec un fil rouge, des collections délicates, féminines, et une certaine sophistication. Le développement de la maison s’est fait ainsi, mélange de prudence et d’intuition, avec des règles précises. Tout d’abord, la mise en place d’un système de précommandes pour limiter les invendus, puis la création de notre atelier de production à Montreuil. Celui-ci rassemble aujourd’hui plusieurs couturiers, une équipe de passionnés qui confectionnent une grande partie de nos collections. Ce lieu témoigne de notre attachement au Made in France et nous offre une agilité en termes de volume comme de création puisque nous lançons en continu des prototypes. Côté sourcing, nous travaillons avec des fournisseurs français, notamment les dentelliers de Calais, et des partenaires étrangers (Portugal, Turquie etc). Nous avons tissé des liens forts avec tous et nous avançons ensemble. En septembre 2023, nous avons lancé une ballerine imprimé léopard en faisant tout d’abord produire une centaine de paires, nous en avons finalement vendu plus de 3500. Face à la demande, nous avons dû relancer la fabrication très vite et notre fabricant au Portugal a parfaitement relevé le défi. 2/ Comment avez-vous pensé l’aspect retail ? Nous avons inauguré une première boutique parisienne fin 2019, après avoir reçu nos clientes dans notre show-room. Ce lieu nous a permis de déployer notre univers, et nous avons ouvert une nouvelle adresse en 2022, tout en nous rapprochant de partenaires qui nous distribuent au Japon et aux Etats-Unis. Avec ce choix du retail, nous ne pouvons pas nous contenter du seul modèle de pré-commandes mais nous restons très prudents sur nos volumes de production. Jusqu’à l’année dernière, nous étions parfois en rupture de stock mais en 2026, nous avons osé produire davantage, ce qui nous a permis de vendre plus. Dans le contexte économique du moment, je reste néanmoins convaincue de la nécessité de gérer la production de façon millimétrée, ce qui permet aussi d’aller au plus près des attentes de nos clientes. Celles-ci adhèrent d’ailleurs à cette philosophie, avec le sentiment que nous sommes à leur écoute et que nos propositions sont vraiment pensées selon leurs désirs. 3/ Vous fêtez cette année les 10 ans du prêt à porter de votre maison. Comment imaginez-vous la suite ? Notre objectif est de poursuivre ce développement dans le même esprit. Nous sommes à la recherche d’une troisième adresse parisienne et allons être distribués dans un grand magasin aux Etats-Unis. Par ailleurs, nous réfléchissons à faire évoluer notre communication, sans toutefois nous trahir. Nous avons la chance de fédérer des clientes qui portent nos vêtements dans des moments d’exception, où ils sont vraiment visibles. Notre développement s’est largement fait par le bouche à oreille et notre communauté aime ce côté exclusif ; l’assurance de pouvoir choisir une robe, un bijou qu’elles ne verront pas porter par d’autres. Nous avons pris le parti de jouer sur cette confidentialité, cette excellence discrète. Désormais, la maison est installée dans le paysage de la création et nous pouvons peut-être adopter une voix plus affirmée avec des événements autour de pop-up par exemple, le tout sans changer notre philosophie. Ce bouche à oreille ne nous donne pas une énorme visibilité mais il nous a permis de développer une croissance saine et continue. Celle-ci sera d’ailleurs un peu exceptionnelle cette année, entre 20 et 30%, ce qui prouve que nous sommes sur le bon chemin. Pour découvrir la marque : https://www.maisonguillemette.com/fr/  

Lutte contre la mode ultra-express. Les fédérations européennes veulent porter les frais de gestion à 10 euros par colis.

Après leur première Rencontre de 2025, les fédérations européennes du textile et de l’habillement se sont à nouveau réunies -à l’initiative de l’UFIMH et de l’UIT et avec la collaboration d’Euratex- le 1er septembre dernier lors du salon Première Vision. L’objectif ? Poursuivre ensemble la lutte contre la déferlante de la mode ultra-express. Le point sur les principales propositions énoncées, qui visent toutes à préserver l’intégrité du marché européen. Pas d’actions ponctuelles mais bien une stratégie cohérente et pensée sur le temps long. En septembre 2025, 22 fédérations européennes du textile et de l’habillement représentant 17 pays se réunissaient lors du salon Première Vision, décidant de s’engager ensemble dans la lutte contre l’ultra fast-fashion. Les premiers objectifs fixés par cette coalition ? La suppression de l’exonération des droits de douane pour les envois de faible valeur (moins de 150 euros) et l’instauration d’un droit de douane temporaire de 3 euros par colis jusqu’en 2028, le temps de s’accorder sur un dispositif pérenne. Baptisé « Déclaration de Villepinte », cet engagement commun a incontestablement porté ses fruits. Le 1er juillet dernier, les ministres de l’économie de l’Union européenne réunis en conseil sont passés à l’attaque pour contrer l’arrivée massive en Europe de produits chinois à très bas prix, vendus principalement par les plateformes Shein et Temu, avec la suppression de cette exonération et la mise en place de la taxe forfaitaire. « Une immense victoire et une avancée majeure », soulignait alors Roland Lescure, le ministre de l’économie français depuis Bruxelles. Par ailleurs, cette avancée s’est doublée d’un autre succès avec, le 8 juillet dernier, le vote par le parlement français de la loi sur la mode ultra-express, portée par la députée Anne-Cécile Violland et la sénatrice Sylvie Valente-Le Hir. « Cette loi n’est ni contre la mode, ni contre le pouvoir d’achat, ni contre les consommateurs, précise Sylvie Valente Le-Hir. Elle vise les excès d’un modèle fondé sur la multiplication permanente des références, la faible durée d’usage des produits et des pratiques commerciales agressives. Elle agit sur trois leviers. Elle renforce l’information du consommateur sur les lieux de fabrication, et prévoit des messages encourageant sobriété, réemploi et réparation. Elle prévoit une pénalité selon le score environnemental des produits, jusqu’à 12 euros dès 2026, et 20 euros en 2030. Enfin, elle interdira, dès 2027, la publicité des produits et des marques relevant de la mode ultra-express. Une présentation très concrète, prolongée par une mise en perspective d’Anne-Cécile Violland. « Derrière cette régulation, c’est tout un modèle de société qui est questionné. Il ne s’agit pas de culpabiliser le consommateur mais de lui redonner le pouvoir de choisir de manière éclairée, et de s’orienter vers des pratiques durables ». Un second train de mesures élaboré par l’ensemble des fédérations. Forte de ces victoires, la coalition choisit donc d’aller plus loin, assure Pierre-François Le Louët, co-président de l’UFIMH. « Il y a un an, ici même, on nous disait que rien n’était possible. Les décisions prises le 1er juillet dernier montrent que l’Europe sait agir quand elle le décide. Mais si ces premiers dispositifs constituent un progrès réel, ils ne suffisent pas pour lutter contre le déferlement des produits venus d’Asie. C’est la raison pour laquelle les fédérations européennes ont décidé d’élaborer un second train de propositions ». Principale recommandation énoncée le 1er septembre dernier à Villepinte, porter à 10 euros le montant des frais de gestion par colis (le « Handling fee »), et ceci à l’échelle de l’Union, ce qui permettra de contribuer aux coûts réels générés par ces importations, explique Lionel Guérin, co-président de l’UFIMH. « Chaque colis qui entre dans l’Union génère un coût : contrôles douaniers, sécurité des produits, surveillance du marché… Aujourd’hui, ces frais sont paradoxalement supportés par le contribuable européen et les entreprises qui respectent les règles. Pour réparer cette injustice, nous proposons l’instauration d’une redevance européenne pour frais de gestion d’environ 10 euros par colis. Il ne s’agit pas d’une taxe mais d’une juste évaluation des frais de ces contrôles imposés par ce modèle économique ». Un objectif clé, préserver l’intégrité du marché européen… Une proposition-clé, suivie d’un ensemble de mesures qui vise notamment à une meilleure application des règles déjà mises en place. Parmi elles, on notera la responsabilisation des plateformes qui facilitent l’importation de ces produits dans l’UE ; l’établissement des mêmes contraintes concernant les petits colis pour l’univers du B2B et du B2C afin d’éviter que les plateformes visées ne basculent vers des importations en gros pour échapper aux taxes.  Ou encore un allégement de la charge pesant sur les entreprises européennes qui respectent les règles, un point essentiel comme l’explique Mario Jorge Machado, président d’Euratex, la confédération européenne de l’habillement et du textile. « Notre industrie représente aujourd’hui 1,3 million d’emplois et 200 000 entreprises, en grande majorité des PME, qui appliquent des normes sociales et environnementales parmi les plus exigeantes au monde. Celles-ci ne peuvent rivaliser avec le flux de marchandises qui échappent à ces règles. Face à ce constat, nous demandons deux choses simples : que ces colis soient déclarés en douane avec la même précision que n’importe quelle autre marchandise, et que le coût des contrôles soit financé par ceux qui les rendent nécessaires ».  …Et rétablir tous les critères d’une concurrence loyale.  Cette déclaration commune des fédérations vise, plus globalement, à préserver l’intégrité du marché unique et construire les bases d’une véritable harmonisation européenne, explique Olivier Ducatillion, président de l’UIT, l’Union des Industries Textiles. « Un an après nos premiers engagements, nous avons observé des avancées concrètes, et il faut rappeler que la France a joué un rôle moteur dans ce dossier. Maintenant, il est essentiel de maintenir la pression. Il ne s’agit pas de restreindre le commerce légitime mais de protéger l’intégrité du marché unique en garantissant que les opérateurs de pays tiers soient soumis aux mêmes règles et aux mêmes exigences de conformité que les entreprises européennes. C’est aujourd’hui la seule façon de rétablir une concurrence loyale. Pour cela, nous devons plus que jamais agir ensemble -fédérations françaises et européennes- aux côtés de nos partenaires internationaux. Seuls, nous donnons l’alerte. Ensemble, nous pesons ». Une fois encore, ces actions ont été pensées en synergie pour l’établissement d’une solution durable à l’échelle européenne, combinant contrôles efficaces, responsabilité des plateformes importatrices et conditions d’une concurrence équitable pour l’industrie européenne. La feuille de route est claire ; l’ensemble des fédérations européennes entend désormais la défendre à Bruxelles, avec le même succès.

Grand entretien avec… Sylvie Pourrat, Directrice du salon Première Classe, directrice du développement du groupe WSN.

“ Notre salon entend jouer, plus que jamais, son rôle de précurseur” Nouvelle scénographie, création d’une boutique… Alors que Première Classe s’apprête à ouvrir ses portes du 2 au 5 octobre prochain dans les jardins des Tuileries, sa directrice nous dévoile les axes d’une stratégie qui fait de l’événement l’un des rendez-vous majeurs de l’univers des accessoires, de la mode et du lifestyle.  Pouvez-vous tout d’abord nous rappeler l’histoire et la mission de Première Classe ? Né en 1989, ce salon a été le premier événement consacré aux designers d’accessoires de mode. Son objectif était alors de mettre en lumière des créateurs qui ne montaient pas sur les podiums, comme le font les marques de prêt à porter. Depuis son origine jusqu’à aujourd’hui, notre ambition est la même… Repérer et valoriser les nouveaux talents ; des signatures, des personnalités qui portent une expression artistique forte. Preuve de la pertinence de notre démarche, le salon est aujourd’hui LA plateforme de référence durant la fashion-week parisienne. Son offre n’est plus exclusivement dédiée aux accessoires, elle s’est adaptée aux mutations de l’époque avec une forte présence du prêt à porter, mais aussi de l’univers du lifestyle : design, beauté, art, food. Cette alliance entre prêt à porter et accessoires constitue l’une des forces de l’événement. Comment travaillez-vous à l’équilibre entre les deux univers ?  Vous avez raison de parler d’équilibre. Il s’agit avant tout de proposer une offre homogène et lisible pour nos acheteurs et visiteurs. La présence du prêt-à-porter permet de valoriser notre proposition d’accessoires en créant de véritables silhouettes qui valorisent l’artisanat et les savoir-faire, valeurs clés dans l’univers des accessoires. Par ailleurs, les parcours de visite constituent les éléments majeurs de nos réflexions. Le visiteur vient chercher l’inspiration sur notre salon : les plans, l’organisation de l’offre et les animations doivent guider et nourrir sa recherche. Cette année, le salon se déploiera au fil de deux immenses tentes dans le Jardin des Tuileries, pensées comme deux lieux de vie avec un mot d’ordre :  la convivialité. Plus concrètement, comment le salon est-il organisé ? Cette édition  marque une nouvelle étape dans notre développement. Nous avons confié à l’agence SUCH&SUCH la direction artistique de l’événement, leur demandant de poser leur regard sur la sélection, la façon de présenter les produits et la réalisation de la campagne de communication. Nous avons choisi cette agence pour le regard très sélectif qu’elle porte sur le produit et sa capacité à faire dialoguer différents univers, tout en conservant exigence et cohérence dans la scénographie. Pour appliquer au mieux ces best practices, nos équipes ont fait un vrai travail d’accompagnement auprès des marques invitées. Pour les aider à préparer leur présentation, elles ont proposé des guides lines allant d’une palette de couleurs pour leur scénographie à des conseils pour leurs affiches et logos. Par ailleurs, d’autres nouveautés signent cette édition…. En effet, je suis fière de vous annoncer la création de la boutique Première Classe aménagée dans le salon et ouverte au public avec un objectif précis, faire dialoguer les univers B&B et B&C. La curation a été menée par l’agence, associant des créateurs de Première Classe à des marques hors salon. Par ailleurs, les collaborations et les éditions limitées auront également leur premier événement dédié dans l’espace Tuileries, baptisé JILL.  Enfin, de nombreuses animations viendront enrichir notre propos et notre vision. Le showroom RunXAndam issu d’un partenariat entre l’ANDAM et le groupe WSN, des talks, des expositions et, bien sûr, la soirée Première Classe devenue un rendez-vous incontournable. Avec ces initiatives, le salon répond aux nouvelles tendances du marché et continue de jouer son rôle de précurseur. Ce type de projet s’impose d’ailleurs dans nos projections pour demain, avec la volonté de nous tourner, plus que jamais, vers l’innovation. Combien de visiteurs attendez-vous et combien de marques allez-vous exposer ? Cette édition présentera plus de 300 marques, réparties dans les deux tentes des Tuileries. L’Italie et le Japon sont les pays les plus représentés (hors France) et nous observons une forte présence des pays européens. Cette saison, l’Amérique latine renforce sa position, territoire qui mérite toute notre attention et que nous explorons. Côté visiteurs, nous bénéficierons comme chaque année, de l’audience de la Fashion Week, fidèle à notre salon. Nous comptons sur la venue de nos acheteurs réguliers, mais nous avons aussi élaboré un programme pour inviter de nouveaux acheteurs internationaux à découvrir le salon. Nos équipes effectuent un travail de recherche permanent pour capter les nouveaux acteurs du marché et nous espérons que la Boutique participera à attirer une communauté mode et influence. Il est encore tôt pour donner des chiffres précis en termes de fréquentation, mais la tendance est au niveau de celle des années précédentes. Première Classe se distingue par sa façon de valoriser la jeune création. Pouvez-vous nous rappeler vos liens avec les festivals et prix qui soutiennent les demains de la mode ? Nous avons établi des partenariats de longue date avec l’ANDAM, le Festival d'Hyères, les prix de la ville de Paris. Le groupe WSN (auquel appartient le salon) est mécène de tous ces événements prestigieux qui ont un point commun,  l’identification et la promotion de la  nouvelle scène. Valoriser cette jeune création fait partie de la mission du salon, tout comme l’accompagnement des designers dans la naissance de leur propre label. Ces mécénats illustrent la force de notre engagement. WSN est partenaire de l’UFIMH. Qu’apporte ce compagnonnage ? Les bénéfices sont réciproques. Cette saison et grâce au soutien de l’UFIMH et du DEFI, nous recevons, par exemple, une délégation d’acheteurs internationaux sur le salon, qui bénéficieront d’un programme personnalisé de sensibilisation au marché français, avec notamment des rencontres avec les marques françaises. En effet, nous considérons que nos salons sont parties prenantes du système de la mode française et travailler en collaboration avec les institutions qui représentent cet univers fait partie de notre mission. Nos événements sont des plateformes pour elles. Nous leur donnons la parole, nous construisons avec elles des partenariats et nous effectuons les remontées terrain des tendances dont nous sommes les premiers témoins. Nous sommes en effet aux avant-postes pour établir un baromètre fiable du marché. Ce type d’échanges constitue un vrai bénéfice pour la filière toute entière. Pour visiter Première Classe : https://wsn-events.com/visiter-premiere-classe  

3 questions à… Olivia Chammas, Déléguée générale de IFM Alumni, l’association des Diplômés de l’Institut Français de la Mode.

« Les rencontres de Faverolles, une opportunité unique d’échanger sur les grands enjeux du secteur » Alors qu’elle s’apprête à fêter ses 40 ans, l’association des anciens de l’IFM multiplie les projets pour valoriser ses diplômés tout au long de leur carrière. Chaque année, elle leur donne aussi rendez-vous dans le domaine des Oseraies à Faverolles pour confronter expériences et points de vue sur l’avenir de la mode. En avant-première, le point sur la prochaine édition, le 12 septembre 2026.  1/ Pouvez-vous tout d’abord nous présenter votre association ? IFM Alumni a été créée dès 1987 pour accueillir la toute première promotion de l'Institut Français de la Mode. Elle se fixe pour mission de réunir les anciens de l’IFM en articulant ses actions autour de trois axes principaux : accompagner les diplômés dans le développement de leur carrière en mettant en place un solide réseau d’entraide ; valoriser leur réussite et contribuer au rayonnement de l'Institut. Depuis notre fusion avec l’Ecole de la Chambre syndicale en 2019, l’association compte environ 6500 membres. Ce chiffre en témoigne, IFM Alumni fédère ainsi les grands acteurs de la mode en France, et illustre la diversité des métiers du secteur. L'école a été créée par Pierre Bergé avec l’ambition de former des profils business et management pour accompagner les créateurs mais elle a, très vite, développé des programmes de création, doublés aujourd’hui de cursus autour des savoir-faire. Cette richesse est l'une des grandes spécificités de l'IFM, et donc de l’association. Le tout avec une forte dimension internationale, puisque l’école accueille des étudiants venus du monde entier. 2/ Les rencontres de Faverolles, organisées chaque année depuis 1987, constituent l’un des grands rendez-vous de l’association. Quelle est leur mission ? L’événement a été initié dès la création de l’école par Sylvie Grumbach, fondatrice de l’agence de presse iconique Deuxième Bureau et son frère Didier Grumbach, grande personnalité de la mode. Président de la Fédération de la Haute Couture, cofondateur d’Yves Saint Laurent Rive Gauche et à la tête de maisons de couture comme Mugler, il est l’un des membres fondateurs de l'IFM. Tous les deux ont proposé, en 1987, une première rencontre festive et informelle dans la propriété de Faverolles. Ce déjeuner sur l’herbe est devenu en 2024 un rendez-vous plus sérieux et  incontournable, l’occasion de se nourrir et d'échanger sur les problématiques du secteur mais aussi d’imaginer ensemble de nouvelles pistes. Depuis la fusion de l’événement avec le Forum de la Mode en 2025, ces rencontres ont encore enrichi leur programme avec un mix de talks, de conférences et de temps d’échanges plus informels, le tout rassemblant environ 450 personnes ; le format idéal pour réunir les acteurs-clés du secteur tout en préservant l’esprit convivial qui préside depuis toujours à l’événement. 3/ Cette édition semble déjà particulièrement riche. Pouvez-vous nous en dévoiler déjà les axes-forts ? Plusieurs tables rondes permettront d’aborder les thèmes les plus concernants du moment. Le dialogue créateur & CEO au sein des maisons de luxe avec le créateur américain Mike Amiri (AMIRI) et Pascal Morand, président de la FHCM ; les nouvelles frontières du luxe avec Anthony Drouot (Directeur accessoires Lemaire) et Nicolas Rohr (co-fondateur Faguo) ou encore l’alliance France-Italie et plus largement le rôle clé de l’Europe face aux nouveaux équilibres géopolitiques de l’industrie mode et luxe, avec Luca Sburlati (Pattern Group), Carlo Capasa (Camera Nazionale della Moda Italiana), Tristan de Witte (Président, Réseau Excellence Entreprises du Patrimoine Vivant), et Pierre-François Le Louet (Co-Président UFIMH). Le tout sera entrecoupé de performances (dont un spectacle mode & danse), d’un déjeuner convivial et des prises de parole de Pierre-François Le Louet, Vice-président de l’IFM Alumni et co-président de l’UFIMH, de Catherine Jacquet, présidente de IFM Alumni et CEO, d’Isabel Marant ou encore de Sylvie Ebel, DG adjointe de l’IFM. Cette édition 2026 est soutenue par le Ministère de La Culture et le DEFI. Informations sur les Rencontres de Faverolles 2026 et inscriptions : https://www.ifm-alumni.fr/fr/event/rencontres-de-faverolles-forum-de-la-mode/2026/09/12/623      

Grand entretien avec… Isabelle Lefort, co-fondatrice et directrice exécutive de l’association Paris Good Fashion

Il faut répondre aux attentes du consommateur avec des informations simples et transparentes”. Fondée en 2019 pour faire de Paris LA capitale de la mode durable, l’association multiplie les actions pour donner une nouvelle dimension à son engagement. Le point avec Isabelle Lefort...  1/ Cette année s’annonce comme l’une des plus fertiles pour votre association, notamment avec une consultation citoyenne autour du thème : comment rendre désirable une mode plus éthique et plus durable. Comment s’est organisée l’enquête ?   Après celle de 2020, nous avons décidé de lancer cette deuxième consultation citoyenne pour donner, à nouveau, la parole aux consommateurs. Contrairement aux sondages qui proposent des pré-réponses, la parole est ici totalement libre. Les participants expriment leurs propositions ; les uns et les autres votent, affirmant leurs accords ou désaccords. Cela a été  très riche d'enseignements. Tout d’abord, nous ne nous attendions pas à une telle adhésion. La participation a été massive. 107 000 personnes se sont connectées en France et 63 000 à l’international :  32 000 en Italie, 18  000 au Royaume-Unis et 12 000 aux Etats-Unis (focus New-York). Cette ouverture à 3 autres pays est une première, elle nous permet de mettre en lumière des consensus très intéressants. 2/ Les conclusions de cette étude viennent d’être publiées. Pouvez-vous nous en donner les grandes lignes  ? Le sujet N°1, c’est le besoin d’information. Les citoyens demandent une information fiable, simple à comprendre et dans une totale transparence ; et cela dans les 4 pays. Leurs propos sont simples : « nous ne comprenons rien à la mode durable ; entre le greenwashing, le hush washing, les reportages qui font scandale, on ne sait pas comment faire. Nous avons envie d’acheter durable mais indiquez-nous la démarche. » C’est un énorme challenge pour nous. Nous travaillons tous à la traçabilité et à l’affichage environnemental. Les marques dépensent depuis 10 ans des sommes colossales en développement durable ; elles font d’énormes progrès et le législateur veille au grain. Et pourtant, le consommateur ne saisit pas cela de façon claire et intelligible. L’autre sujet important est lié à la circularité. Les consommateurs souhaitent une mode qui apporte des services. Ils nous disent : « quand nous entrons dans un magasin, nous voulons une mode de qualité, au prix juste, mais nous souhaitons aussi faire réparer, donner, acheter de la seconde main ». Troisième sujet-clé, une demande de réduction du rythme de la mode. Cela vise l’ultra fast fashion mais pas seulement. La trop grande sollicitation, l’absence de messages clairs sont des questions plus vastes qu’il est important de prendre en considération, dans un contexte où les consommateurs réduisent leurs achats d’habillement au profit notamment des loisirs. 3/ Comment allez-vous exploiter ces résultats ? Durant toute l’année prochaine, nous allons tenter de répondre aux attentes du consommateur avec la mise au point d'informations claires, simples et dans une totale transparence. Nous souhaitons aussi nous attaquer au paradoxe entre intentions déclarées et comportements réels. Malgré les progrès réalisés et les millions investis, pourquoi les consommateurs n’achètent-ils pas davantage de mode durable ? Où est le nœud et comment le résoudre ? Pour cela, nous allons travailler en étroite collaboration avec l’Institut Français de la Mode (dont l’UFIMH est membre fondateur), Spallian (expert en data géolocalisation), BVA Behaviour – Ipsos, et appelons toutes les bonnes volontés à collaborer à ce vaste chantier. Il ne s’agit pas d’un problème français, mais international. D’où l’implication de nos futurs partenaires de la Fashion Cities Coalition. 4/ Cette coalition a été officiellement lancée lors de la 2eme édition du Midsummer Camp qui s’est déroulée au Domaine de Chaalis les 8-9 juillet. Pouvez-vous nous la présenter? Notre motto n’a pas changé, il faut accélérer le changement. L’idée est donc de créer un effet boule de neige en partageant les bonnes pratiques développées dans les grandes capitales internationales de la mode. Chaque écosystème présente une singularité, une vision qui permet une approche complémentaire. Nous faisons le pari qu’en travaillant ensemble -non sur des discours, mais sur des actions de terrain- nous pouvons accélérer. Déjà, 8 villes avec Paris, Copenhague, Cotonou, Dubaï, Londres, Milan, New-York, Singapour sont engagées sur un agenda qui va nous conduire jusqu’en février 2028. Avec l’implication de nos membres, et l’accompagnement du cabinet d’audit KPMG, nous avons défini une feuille de route ambitieuse et urgente. L’UFIMH, en tant que membre essentiel de l’écosystème français, a naturellement soutenu cette initiative internationale. 5/ Plus largement, quel bilan faites-vous de ces deux jours de rencontres et de débats ?  Avec plus de 600 participants, nous sommes très satisfaits de ces rencontres. Le premier jour, la conférence scientifique, pilotée par Andrée-Anne Lemieux, chercheure HDR, directrice de l’environnement de l’IFM et ses doctorants, a attiré plus de 70 scientifiques spécialistes de la mode durable à l’international. Le deuxième jour a aussi affiché complet. L’ouverture sur l’international avec le lancement de la Fashion Cities Coalition, la participation de la British Fashion Council, du CFDA (Conseil des créateurs de mode américains), de la Camera della Moda, du Groupe Chalhoub, Singapour Fashion Council et du GFA allemand a donné un nouvel élan à nos échanges. La présence des métiers d’art avec des artisans d’art autour du Comité Colbert et du Mobilier National, des lauréats de l’ANDAM autour de Nathalie Dufour ont aussi montré que la mode durable n’est plus un sujet à traiter en silos. Mais bien un thème transversal qui, comme l’a démontré Hélène Valade, directrice environnement du groupe LVMH, est un sujet business au cœur de la stratégie d’avenir des entreprises. 6/ Paris Good Fashion connaît ainsi une nouvelle impulsion. S’agit-il d’une redéfinition de vos objectifs ? Nous ne souhaitons pas changer de mission, nous ouvrons le champ des possibles. Et notre obsession est la même, il faut accélérer la transition. Les scientifiques le répètent depuis longtemps, il faut désormais agir vite. Et ceci est tout aussi vrai pour la biodiversité que pour les salariés, soumis à des conditions de travail extrêmes. 7/ Vos actions s’inscrivent dans un moment où le sujet de l’écologie est parfois éclipsé dans un contexte géopolitique difficile. Quel regard portez-vous sur cette situation ? Les discours politiques sont une chose, nous nous appuyons sur la science. Avec les entreprises, avec les fédérations telles que l’UFIMH qui les représentent, nous partageons la même conviction. Il en va de notre responsabilité d’œuvrer pour le bien commun. A chacun de faire sa part pour que notre industrie reste ce qu’elle doit être : une industrie du beau au service de tous. C’est une question de survie industrielle, entrepreneuriale. Globale en vérité.   Pour en savoir plus sur Paris Good Fashion : parisgoodfashion.fr

UFIMH & transition écologique : le bilan d’une décennie d’actions.

En 2016, l’UFIMH s’engageait de façon pionnière sur les questions de développement durable ;  elle s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs clé de la transition écologique pour l’ensemble de la filière. Le bilan de ses actions et ses prochains objectifs avec Adeline Dargent, déléguée générale du Syndicat de Paris de la Mode Féminine et chargée de la stratégie RSE de l’Union.  C’était il y a tout juste dix ans. L’UFIMH décidait de s’impliquer très concrètement sur les questions de développement durable, publiant la première grande étude sur le sujet pour le secteur de l’habillement. Depuis 2019, l’Union renforce cet engagement à travers de multiples actions. Elle édite régulièrement des guides précieux autour des sujets d’approvisionnement responsable, d’éco-conception, de communication responsable … Disponibles sur la plateforme  En mode durable, ces ouvrages -destinés au grand public et à tous les acteurs de la filière- rappellent les grands engagements en termes de RSE du secteur et répondent à toutes les questions que peuvent se poser entreprises et fournisseurs pour accélérer la transition écologique. Par ailleurs, l’Union continue d'œuvrer sur le sujet de l’affichage environnemental avec le ministère de la Transition écologique. « Notre objectif est double, précise Adeline Dargent. Nous cherchons à promouvoir l’outil existant et travaillons à son amélioration, afin de parvenir à un calcul du coût environnemental le plus complet possible. Ceci passe notamment par l’intégration de la notion de durabilité physique (aujourd’hui non adressée) à travers des tests permettant d’identifier ce qui peut mettre fin à la vie du produit, des coutures qui vrillent, du boulochage…». Autre sujet qui fait l’objet d’études approfondies, l'application du règlement éco-conception européen avec la future mise en place du passeport digital produit. Cette « carte d'identité » est destinée à réunir des informations qui président à un choix éclairé de la part des consommateurs. « Le propos est d'y intégrer des informations relatives notamment à la présence de matières recyclées dans les vêtements ou la présence d’informations fondamentales telles que la composition que, parfois, l’on ne trouve plus, l’étiquette (obligatoire) ayant été coupée après l’achat, poursuit Adeline Dargent ». Durant les derniers mois enfin, l’UFIMH a été particulièrement mobilisée par le vote de la loi contre la mode ultra-express, rendu compliqué par l'instabilité politique en France qui a suivi la dissolution de l’assemblée. L'Assemblée nationale et le Sénat l’ont enfin votée les 24 et 29 juin derniers, permettant à la  France de se doter d'un outil officiel de lutte contre l'ultra fast-fashion. La loi définit notamment l’ultra-fast-fashion à l'aune de deux critères clés : une large profondeur de gamme (nombre de références) et un critère de réparabilité du vêtement, un prix trop bas n’incitant pas à réparer mais plutôt à jeter. Par ailleurs, les acteurs du secteur sont désormais interdits de publicité et devront répondre à une obligation d'information concernant le lieu de fabrication de leurs produits, à côté du prix et dans une police de même taille. Enfin, l’introduction de la taxe de 3 euros pour les petits colis à l’entrée de l’Union Européenne est également une très bonne nouvelle.  Dans ce contexte, l’UFIMH entend, plus que jamais, prolonger ses actions pour les prochains mois, déployées autour de ces trois axes clés… Une lutte contre la mode ultra-express renforcée au niveau européen. En septembre dernier, durant le Salon Première Vision, 22 fédérations européennes ont signé une déclaration commune portée à la Commission européenne, réaffirmant leur engagement dans la lutte contre l'ultra fast-fashion. Lors de la prochaine édition du salon, une réunion identique est prévue pour élargir ces actions à un plus grand nombre de pays européens, sachant que cette lutte ne peut passer que par un engagement actif au sein de l’ensemble des pays de l’Union Européenne. Un nouveau guide autour des bonnes pratiques en matière de biodiversité. Les actions de la filière ont été, jusqu’ici, largement centrées sur le thème de la décarbonation. La volonté est d’ouvrir le débat de façon plus large autour de la biodiversité, ce qui induit une réflexion autour des matières premières, dans un contexte d’augmentation des coûts liée à leur raréfaction et à la surexploitation des sols. Stress hydrique, pollution de l’eau liée à l’usage de teintures toxiques sans système de filtrage… Un nouveau guide à paraître dressera un état des lieux des principaux dangers du secteur pour la biodiversité ainsi que les bonnes pratiques déjà mises en place afin d’aider les marques à mieux comprendre ces enjeux, et renforcer leur politique RSE en termes de sourcing notamment. Un outil inédit pour sensibiliser les fournisseurs sur les sujets de responsabilité sociale.  Accompagner les marques dans leurs liens avec leurs fournisseurs dans le cadre d’une démarche d’évaluation et de progrès notamment sur les sujets-clés de sécurité au travail… Cet objectif prendra la forme d’un outil d’autodiagnostic qui permettra d’identifier les risques sociaux, doublé d’une enquête sur le bien être des travailleurs, via le recours au « worker voice ». Ce dispositif a déjà été testé l’année dernière avec cinq entreprises. L’idée est simple. Les marques proposent à leurs partenaires de faire appel à une structure indépendante qui va interroger les travailleurs locaux via leur téléphone sur leurs conditions de travail.. « Ce questionnaire, très élaboré, permet -sans question directe qui pourrait être embarrassante- d’identifier d’éventuels problèmes, notamment dans le droit d'expression des travailleurs, précise Adeline Dargent. L’initiative, testée cette année auprès d’une dizaine de fournisseurs, a vocation à être généralisée si les retours des marques sont positifs. Les premiers résultats sont prometteurs. Les entreprises qui ont déjà réalisé ces diagnostics, ont pu ainsi identifier des points d'alerte qui nécessitaient des plans de correction auprès de leurs fournisseurs. Une façon, très efficace, d’accompagner ceux-ci sur ces sujets, et d’agir concrètement pour l’amélioration des conditions de travail tout au long de la chaîne de valeur. »

Réparabilité & réparation : un enjeu majeur de l’économie circulaire de l’habillement

Pour les façonniers français, la création de service de réparation peut constituer une piste précieuse de développement, dans le cadre impulsé par la loi AGEC. Menée par la Maison des Savoir-Faire et de la Création (affiliée à l’UFIMH), une enquête fait le point sur les différents atouts de la démarche. "Depuis le vote de la loi AGEC, les marques ont tout intérêt à intégrer des services de réparation pour répondre aux attentes des consommateurs et promouvoir la durabilité de leurs produits” assure Myriam Mentfakh, fondatrice de LeLabPlus. La réparabilité et la réparation doivent devenir des piliers de l’industrie textile et un gage de qualité pour les consommateurs ». Créé en 2012 à Ivry-sur-Seine, LeLabPlus s’est repositionné depuis 2020 en un bureau d’études et atelier de production textile autour du 100% Made in France. Myriam Mentfakh y a ouvert, il y a trois ans, un atelier de revalorisation et réparation. Et elle n’est pas la seule à être consciente de l’intérêt majeur de ce dispositif que ce soit en BtoB ou en BtoC. Côté BtoB, la plateforme de mise en relation de la Maison des Savoir-Faire et de la Création a ajouté dès 2024 un nouveau critère que les fabricants peuvent intégrer dans leur fiche entreprise, signalant aux donneurs d’ordre leur capacité à effectuer des travaux de réparation. Une nouvelle vie pour les vêtements endommagés Côté BtoC, les initiatives fleurissent pour permettre au grand public de donner à leurs vêtements abimés une nouvelle chance. Des plateformes en ligne comme Tilli, qui a récemment intégré Reekom, l’expert français de la rénovation textile, avec un réseau de 500 artisans hexagonaux ou Les Réparables, disposant de deux ateliers en France, prennent ainsi en charge des articles textiles à réparer sur tout le territoire. Save Your Wardrobe, lauréate mi-2023 du Grand Prix des start-ups LVMH, répond, elle, aux besoins de marques premium et luxe. Elle met en place sur leurs sites e-commerce ou en magasin, des services de réparation grâce à son réseau d’ateliers partenaires. Mais le véritable coup de pouce a été le lancement fin 2023, du bonus réparation. Impulsé par l’éco-organisme ReFashion, mis en place par la filière TLC (Textiles, Linge de maison et Chaussures), le dispositif permet aux consommateurs de bénéficier de remises sur les prestations effectuées chez des réparateurs agréés. L’entreprise ESS (Economie Sociale et Solidaire) 13 A’tipik, fondée en 2011 par Sahouda Maallem à Marseille, est ainsi agréée par Refashion pour son activité de réparation depuis novembre 2023. Cet atelier d’insertion est d’abord spécialisé dans le réemploi et la revalorisation des vêtements et accessoires textiles. « La réparation n’est pas notre cœur de métier mais nous avons toujours rendu service dans le quartier, explique Sahouda Maallem. Installés dans une rue passante, nous disposons d’une vitrine où nous indiquions que nous faisions de la retouche. Nous signalons désormais que nous pouvons faire bénéficier du bonus réparation”. Un bonus réparation pour inciter à de nouvelles pratiques. Très légèrement accrue grâce à ce bonus (utilisé pour environ deux commandes sur cinq), la réparation représentait environ 10% de son activité en 2024, contre 80 % pour la revalorisation des déchets via l’upcycling des vêtements et 10% pour la fabrication de collections capsules pour des marques. Mais tout en restant axé sur la revalorisation textile, 13 A'tipik se donne les moyens de répondre aux besoins croissants de la réparation. Pour faire connaître cette prestation, outre des communications régulières via les réseaux sociaux, 13 A’tipik a notamment participé aux journées de Refashion Academy à Marseille. “Au sein de kiosques aménagés sur la place du Général de Gaulle, nous avons appris au grand public à utiliser une machine à coudre pour réparer un vêtement”, explique Sahouda Maallem. Cette mission est également menée chaque mardi matin par 13 A'tipik, lors des ateliers grand public “Repar’Café” dans son espace hub, équipé de machines à coudre, initialement ouvert à la location aux créateurs. Une dizaine de personnes venues avec un vêtement abîmé sont ainsi accueillies par l’équipe dédiée qui les initie à la réparation. Dans le cadre d’un projet financé par la métropole, la formule s’est s’intensifiée en 2025, avec deux, voire trois ateliers hebdomadaires. “À chaque fois, nous demanderons au participant d’apporter, outre le vêtement à réparer, au moins une autre pièce dont il veut se séparer. Nous la récupérerons pour nos autres missions de revalorisation”, explique Sahouda Maallem. Elle insiste sur l’importance de sa mission à Marseille dans la gestion de leurs déchets textiles avec plus de 3 kg déposés par an dans les ordures ménagères, contre 2,4 kg à l’échelle nationale. Un travail de sensibilisation nécessaire sur le temps long. Sahouda Maallem admet que les “demandes de réparation évoluent doucement”, avec “encore beaucoup de travail à faire pour sensibiliser le grand public”. Pourtant, ses clients sont “généralement très contents” de prestations qui, grâce aux bonus, leur permettent de redonner vie à moindre coût à des vêtements payés plus cher et auxquels ils tiennent. “Certains clients sont de grands fidèles. L’un d’entre eux est même venu au moins une dizaine de fois pour réparer le même jean !”. Comme Sahouda, Myriam Mentfakh (LeLabPlus) est persuadée de la nécessité de développer la réparation en France. “ReFashion a initié un mouvement positif avec le label de réparation, mais cela reste insuffisant. Pour que cela soit viable et rentable, il faut mettre en place des cellules de réparation centralisées où les marques pourront diriger les produits qu’elles auront récupérés”, assure-t-elle. “La réparation ne fonctionnera que si les marques l'intègrent à leur circuit de vente. Cela permettra de renforcer la fidélisation, mais aussi d'ancrer durablement des pratiques plus responsables dans l'industrie textile". Sa démonstration s’appuie sur son expérience. LeLabPlus a démarré son activité de réparation en BtoB au service de maisons premium, puis a amorcé, en 2021, le BtoBtoC avec le Slip Français, “marque très engagée” qui lui a renvoyé des produits à réparer des clients (par exemple en changeant leurs élastiques). Quand ReFashion a impulsé le bonus réparation, LeLabPlus s’est naturellement engagé dans la réparation BtoC. “La structure reçoit des produits à forte valeur ajoutée, des vêtements avec de l’affectif ou des pièces achetées cher. Nous n'avons jamais réparé des vêtements achetés sur des plateformes telles que Shein ou Temu !”, observe Myriam Mentfakh. Mais la réparation reste aujourd'hui encore peu significative en chiffre d’affaires pour LeLabPlus. “Ce n’est pas encore un modèle viable pour nous, souligne la dirigeante. Le grand public ne va généralement pas dans les usines mais chez les retoucheurs pour faire réparer ses articles. En tant que PME engagée, nous avons besoin de garantir la rentabilité de nos actions. C’est pourquoi il est essentiel de co-construire avec les marques la réparation de demain”. L’idée de Myriam Mentfakh pour y parvenir ? “Il commence à y avoir des plateformes de gestion, mais le software ne suffit pas. Il faut aussi des cellules de réparation structurées avec les marques pour avoir une traçabilité complète des process”. Elle avance plusieurs arguments : “quand une marque oriente ses produits vers un retoucheur, même labellisé, il est indispensable de s'assurer que le prestataire comprenne la demande du client, qu'il respecte le cahier des charges et les standards de qualité de la marque. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir un résultat qui déçoit, surtout pour des produits techniques ou haut de gamme". Responsabilité et réparation, la base d’un dialogue avec le client. “En cas de problème, nous sommes responsables, confirme Sahouda Maallem (13 A’tipik). Nous avons souscrit une assurance responsabilité civile pour nous couvrir. Mais si la réparation est trop risquée, nous préférons ne pas la faire. En cinq ans, il n’y a eu qu’une seule contestation de la part d’un client…”. Avec le bonus réparation, l’atelier agréé est d’ailleurs tenu de faire des photos avant son intervention.  “Cela représente une contrainte mais il est logique que ce bonus soit associé à un droit de contrôle. Et nous avons ainsi la preuve de l’état du produit au moment où il nous est remis”, observe la dirigeante de 13 A’tipik. Pour faciliter le dialogue réparateur-client, LeLabPlus mise sur un outil technologique précieux, celui du design 3D, via son logiciel Style 3D, couplé à l’intelligence artificielle. “Nous utilisons déjà cette technologie pour développer des solutions innovantes de revalorisation et dès l’éco-conception, pour anticiper des options de réparation, explique Myriam Mentfakh. Avec ces outils, nous serons en mesure de proposer aux consommateurs des solutions adaptées et innovantes pour prolonger la durée de vie de leurs vêtements”. Autre nécessité, garantir une responsabilité après-vente et le respect de règles sociales et environnementales :  “Aujourd’hui, lorsqu’un article est confié à un réparateur, il est difficile de vérifier s’il respecte les normes CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). En créant des cellules dans des entreprises référencées, on pourra s’assurer que les processus sont conformes et les marques sauront dans quelles conditions les articles sont réparés”, poursuit Myriam Mentfakh. Concrètement, il s’agit de co-construire ces cellules avec les marques, avec un cahier des charges précis pour définir les matériaux à utiliser (fils et tissus, accessoires, sources externes) et la création de matériauthèques. L’objectif ? Standardiser les processus au sein d’une cellule initiale, avant de les dupliquer à travers la France, ce qui permettra aux consommateurs de réparer leurs articles au plus près de chez eux, en toute confiance. Pour encourager la démarche, former et informer Avec une telle démarche, “notre activité réparation serait viable, estime la dirigeante du LeLabPlus. Tandis que les marques renforceraient la fidélisation de leur clientèle”. Autre bénéfice : les cellules de réparation identifient les points de faiblesse des produits. De quoi accompagner les marques dans l’amélioration de leur éco-conception, avec la création d’une data précieuse. Mais pour donner une véritable impulsion à l’activité réparation, encore faudra-t-il lever des freins. A commencer par l’information insuffisante du grand public, avec d’abord la certitude que le coût de la réparation est trop important par rapport à celui de produits neufs. Si le produit provient du mass-market, la réparation n'a pas de sens mais l’objectif est, plus largement, d’inscrire la réparation de nouveaux modèles de consommation. Cette transformation des habitudes est plus que jamais urgente. Selon une étude d’Opinion Way Survey pour Refashion, datant de 2021, 35% des sondés pensaient que la réparation coûterait plus cher que d’acheter du neuf. 22% ne pensaient même pas aux réparations et autant ignoraient que les ateliers de couture pouvaient s’en charger. Autre frein de taille : le problème de la formation et du manque de spécialistes réparation en France. 13 A'tipik s’y attaque en développant, avec son OPCO, une formation de 160 à 200 heures, s’intégrant dans le dispositif AFEST (Action de Formation En Situation de Travail) et visant une prochaine certification. “Notre centre de formation à la réparation permettrait de répondre à des besoins énormes. La formation de base est celle de couturier mais la nôtre sera spécifique à la réparation. L’idée est d’inciter davantage de personnes à s’installer avec cette activité. Ce faisant, on réduira les déchets textiles”, explique Sahouda Maallem. De son côté, Myriam Mentfakh (LeLabPlus) souligne qu’elle bénéficie déjà d’un “personnel très qualifié”, tous ses salariés étant capables de réparer. Mais l’objectif de son entreprise est aussi “de former la nouvelle génération à la réparation”. L’entreprise est agréée Qualiopi depuis 2022 sur plusieurs modules de formation, dont un sur la revalorisation et la réparation. Savoir pour Faire, la plateforme de valorisation des métiers techniques de la mode et du luxe portée par le Comité Stratégique de Filière Mode et Luxe et financée par l’OPCO2i, intégrera dès septembre, sur son site entièrement mis à jour, les enjeux de la réparation et de la durabilité. Elle mettra également en lumière les nouvelles opportunités professionnelles et les métiers émergents liés à la réparation. Coexistence d’ateliers ESS et d’entreprises privées Par ailleurs, la dirigeante observe que la réparation est aujourd’hui essentiellement réalisée par des structures ESS. « C’est une bonne chose mais elles ne doivent pas être seules à s’en charger, les personnes y travaillant s’en allant en fin de formation. Or, le métier de réparateur doit être pérenne”. Selon elle, « il faut une véritable passerelle entre les structures de l’ESS et les PME, permettant à ces dernières de s’approprier les savoir-faire et de structurer la réparation de manière viable à long terme. Les PME, tout en respectant les impératifs de rentabilité, doivent pouvoir s’engager dans la réparation avec des modèles solides et durables. Cette complémentarité entre structures privées et ESS est essentielle pour garantir la continuité des savoir-faire et pour répondre efficacement aux besoins de réparation”. Au final, le jeu de la réparation doit être gagnant-gagnant pour tous : les consommateurs, qui pourront garder plus longtemps leurs articles, les marques, qui les fidéliseront et les fabricants et réparateurs Made in France, qui s’offriront un nouveau débouché rentable. "Pour avoir un impact réel et mettre fin à la surproduction, il est impératif de placer la revalorisation et la réparation au cœur de nos pratiques", conclut Myriam Mentfakh, dirigeante de LeLabPlus. Pour en savoir plus sur la Maison du Savoir-Faire et de la Création : maisondusavoirfaire.com Et sur la campagne Savoir pour Faire : savoirpourfaire.fr

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