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Grand entretien avec… Isabelle Lefort, co-fondatrice et directrice exécutive de l’association Paris Good Fashion
Il faut répondre aux attentes du consommateur avec des informations simples et transparentes”.
Fondée en 2019 pour faire de Paris LA capitale de la mode durable, l’association multiplie les actions pour donner une nouvelle dimension à son engagement. Le point avec Isabelle Lefort...
1/ Cette année s’annonce comme l’une des plus fertiles pour votre association, notamment avec une consultation citoyenne autour du thème : comment rendre désirable une mode plus éthique et plus durable. Comment s’est organisée l’enquête ?
Après celle de 2020, nous avons décidé de lancer cette deuxième consultation citoyenne pour donner, à nouveau, la parole aux consommateurs. Contrairement aux sondages qui proposent des pré-réponses, la parole est ici totalement libre. Les participants expriment leurs propositions ; les uns et les autres votent, affirmant leurs accords ou désaccords. Cela a été très riche d'enseignements. Tout d’abord, nous ne nous attendions pas à une telle adhésion. La participation a été massive. 107 000 personnes se sont connectées en France et 63 000 à l’international : 32 000 en Italie, 18 000 au Royaume-Unis et 12 000 aux Etats-Unis (focus New-York). Cette ouverture à 3 autres pays est une première, elle nous permet de mettre en lumière des consensus très intéressants.
2/ Les conclusions de cette étude viennent d’être publiées. Pouvez-vous nous en donner les grandes lignes ?
Le sujet N°1, c’est le besoin d’information. Les citoyens demandent une information fiable, simple à comprendre et dans une totale transparence ; et cela dans les 4 pays. Leurs propos sont simples : « nous ne comprenons rien à la mode durable ; entre le greenwashing, le hush washing, les reportages qui font scandale, on ne sait pas comment faire. Nous avons envie d’acheter durable mais indiquez-nous la démarche. » C’est un énorme challenge pour nous. Nous travaillons tous à la traçabilité et à l’affichage environnemental. Les marques dépensent depuis 10 ans des sommes colossales en développement durable ; elles font d’énormes progrès et le législateur veille au grain. Et pourtant, le consommateur ne saisit pas cela de façon claire et intelligible.
L’autre sujet important est lié à la circularité. Les consommateurs souhaitent une mode qui apporte des services. Ils nous disent : « quand nous entrons dans un magasin, nous voulons une mode de qualité, au prix juste, mais nous souhaitons aussi faire réparer, donner, acheter de la seconde main ». Troisième sujet-clé, une demande de réduction du rythme de la mode. Cela vise l’ultra fast fashion mais pas seulement. La trop grande sollicitation, l’absence de messages clairs sont des questions plus vastes qu’il est important de prendre en considération, dans un contexte où les consommateurs réduisent leurs achats d’habillement au profit notamment des loisirs.
3/ Comment allez-vous exploiter ces résultats ?
Durant toute l’année prochaine, nous allons tenter de répondre aux attentes du consommateur avec la mise au point d'informations claires, simples et dans une totale transparence. Nous souhaitons aussi nous attaquer au paradoxe entre intentions déclarées et comportements réels. Malgré les progrès réalisés et les millions investis, pourquoi les consommateurs n’achètent-ils pas davantage de mode durable ? Où est le nœud et comment le résoudre ? Pour cela, nous allons travailler en étroite collaboration avec l’Institut Français de la Mode (dont l’UFIMH est membre fondateur), Spallian (expert en data géolocalisation), BVA Behaviour – Ipsos, et appelons toutes les bonnes volontés à collaborer à ce vaste chantier. Il ne s’agit pas d’un problème français, mais international. D’où l’implication de nos futurs partenaires de la Fashion Cities Coalition.
4/ Cette coalition a été officiellement lancée lors de la 2eme édition du Midsummer Camp qui s’est déroulée au Domaine de Chaalis les 8-9 juillet. Pouvez-vous nous la présenter?
Notre motto n’a pas changé, il faut accélérer le changement. L’idée est donc de créer un effet boule de neige en partageant les bonnes pratiques développées dans les grandes capitales internationales de la mode. Chaque écosystème présente une singularité, une vision qui permet une approche complémentaire. Nous faisons le pari qu’en travaillant ensemble -non sur des discours, mais sur des actions de terrain- nous pouvons accélérer. Déjà, 8 villes avec Paris, Copenhague, Cotonou, Dubaï, Londres, Milan, New-York, Singapour sont engagées sur un agenda qui va nous conduire jusqu’en février 2028. Avec l’implication de nos membres, et l’accompagnement du cabinet d’audit KPMG, nous avons défini une feuille de route ambitieuse et urgente. L’UFIMH, en tant que membre essentiel de l’écosystème français, a naturellement soutenu cette initiative internationale.
5/ Plus largement, quel bilan faites-vous de ces deux jours de rencontres et de débats ?
Avec plus de 600 participants, nous sommes très satisfaits de ces rencontres. Le premier jour, la conférence scientifique, pilotée par Andrée-Anne Lemieux, chercheure HDR, directrice de l’environnement de l’IFM et ses doctorants, a attiré plus de 70 scientifiques spécialistes de la mode durable à l’international. Le deuxième jour a aussi affiché complet. L’ouverture sur l’international avec le lancement de la Fashion Cities Coalition, la participation de la British Fashion Council, du CFDA (Conseil des créateurs de mode américains), de la Camera della Moda, du Groupe Chalhoub, Singapour Fashion Council et du GFA allemand a donné un nouvel élan à nos échanges. La présence des métiers d’art avec des artisans d’art autour du Comité Colbert et du Mobilier National, des lauréats de l’ANDAM autour de Nathalie Dufour ont aussi montré que la mode durable n’est plus un sujet à traiter en silos. Mais bien un thème transversal qui, comme l’a démontré Hélène Valade, directrice environnement du groupe LVMH, est un sujet business au cœur de la stratégie d’avenir des entreprises.
6/ Paris Good Fashion connaît ainsi une nouvelle impulsion. S’agit-il d’une redéfinition de vos objectifs ?
Nous ne souhaitons pas changer de mission, nous ouvrons le champ des possibles. Et notre obsession est la même, il faut accélérer la transition. Les scientifiques le répètent depuis longtemps, il faut désormais agir vite. Et ceci est tout aussi vrai pour la biodiversité que pour les salariés, soumis à des conditions de travail extrêmes.
7/ Vos actions s’inscrivent dans un moment où le sujet de l’écologie est parfois éclipsé dans un contexte géopolitique difficile. Quel regard portez-vous sur cette situation ?
Les discours politiques sont une chose, nous nous appuyons sur la science. Avec les entreprises, avec les fédérations telles que l’UFIMH qui les représentent, nous partageons la même conviction. Il en va de notre responsabilité d’œuvrer pour le bien commun. A chacun de faire sa part pour que notre industrie reste ce qu’elle doit être : une industrie du beau au service de tous. C’est une question de survie industrielle, entrepreneuriale. Globale en vérité.
Pour en savoir plus sur Paris Good Fashion : parisgoodfashion.fr
UFIMH & transition écologique : le bilan d’une décennie d’actions.
En 2016, l’UFIMH s’engageait de façon pionnière sur les questions de développement durable ; elle s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs clé de la transition écologique pour l’ensemble de la filière. Le bilan de ses actions et ses prochains objectifs avec Adeline Dargent, déléguée générale du Syndicat de Paris de la Mode Féminine et chargée de la stratégie RSE de l’Union.
C’était il y a tout juste dix ans. L’UFIMH décidait de s’impliquer très concrètement sur les questions de développement durable, publiant la première grande étude sur le sujet pour le secteur de l’habillement. Depuis 2019, l’Union renforce cet engagement à travers de multiples actions. Elle édite régulièrement des guides précieux autour des sujets d’approvisionnement responsable, d’éco-conception, de communication responsable … Disponibles sur la plateforme En mode durable, ces ouvrages -destinés au grand public et à tous les acteurs de la filière- rappellent les grands engagements en termes de RSE du secteur et répondent à toutes les questions que peuvent se poser entreprises et fournisseurs pour accélérer la transition écologique.
Par ailleurs, l’Union continue d'œuvrer sur le sujet de l’affichage environnemental avec le ministère de la Transition écologique. « Notre objectif est double, précise Adeline Dargent. Nous cherchons à promouvoir l’outil existant et travaillons à son amélioration, afin de parvenir à un calcul du coût environnemental le plus complet possible. Ceci passe notamment par l’intégration de la notion de durabilité physique (aujourd’hui non adressée) à travers des tests permettant d’identifier ce qui peut mettre fin à la vie du produit, des coutures qui vrillent, du boulochage…». Autre sujet qui fait l’objet d’études approfondies, l'application du règlement éco-conception européen avec la future mise en place du passeport digital produit. Cette « carte d'identité » est destinée à réunir des informations qui président à un choix éclairé de la part des consommateurs. « Le propos est d'y intégrer des informations relatives notamment à la présence de matières recyclées dans les vêtements ou la présence d’informations fondamentales telles que la composition que, parfois, l’on ne trouve plus, l’étiquette (obligatoire) ayant été coupée après l’achat, poursuit Adeline Dargent ».
Durant les derniers mois enfin, l’UFIMH a été particulièrement mobilisée par le vote de la loi contre la mode ultra-express, rendu compliqué par l'instabilité politique en France qui a suivi la dissolution de l’assemblée. L'Assemblée nationale et le Sénat l’ont enfin votée les 24 et 29 juin derniers, permettant à la France de se doter d'un outil officiel de lutte contre l'ultra fast-fashion. La loi définit notamment l’ultra-fast-fashion à l'aune de deux critères clés : une large profondeur de gamme (nombre de références) et un critère de réparabilité du vêtement, un prix trop bas n’incitant pas à réparer mais plutôt à jeter. Par ailleurs, les acteurs du secteur sont désormais interdits de publicité et devront répondre à une obligation d'information concernant le lieu de fabrication de leurs produits, à côté du prix et dans une police de même taille. Enfin, l’introduction de la taxe de 3 euros pour les petits colis à l’entrée de l’Union Européenne est également une très bonne nouvelle. Dans ce contexte, l’UFIMH entend, plus que jamais, prolonger ses actions pour les prochains mois, déployées autour de ces trois axes clés…
Une lutte contre la mode ultra-express renforcée au niveau européen.
En septembre dernier, durant le Salon Première Vision, 22 fédérations européennes ont signé une déclaration commune portée à la Commission européenne, réaffirmant leur engagement dans la lutte contre l'ultra fast-fashion. Lors de la prochaine édition du salon, une réunion identique est prévue pour élargir ces actions à un plus grand nombre de pays européens, sachant que cette lutte ne peut passer que par un engagement actif au sein de l’ensemble des pays de l’Union Européenne.
Un nouveau guide autour des bonnes pratiques en matière de biodiversité.
Les actions de la filière ont été, jusqu’ici, largement centrées sur le thème de la décarbonation. La volonté est d’ouvrir le débat de façon plus large autour de la biodiversité, ce qui induit une réflexion autour des matières premières, dans un contexte d’augmentation des coûts liée à leur raréfaction et à la surexploitation des sols. Stress hydrique, pollution de l’eau liée à l’usage de teintures toxiques sans système de filtrage… Un nouveau guide à paraître dressera un état des lieux des principaux dangers du secteur pour la biodiversité ainsi que les bonnes pratiques déjà mises en place afin d’aider les marques à mieux comprendre ces enjeux, et renforcer leur politique RSE en termes de sourcing notamment.
Un outil inédit pour sensibiliser les fournisseurs sur les sujets de responsabilité sociale.
Accompagner les marques dans leurs liens avec leurs fournisseurs dans le cadre d’une démarche d’évaluation et de progrès notamment sur les sujets-clés de sécurité au travail… Cet objectif prendra la forme d’un outil d’autodiagnostic qui permettra d’identifier les risques sociaux, doublé d’une enquête sur le bien être des travailleurs, via le recours au « worker voice ».
Ce dispositif a déjà été testé l’année dernière avec cinq entreprises. L’idée est simple. Les marques proposent à leurs partenaires de faire appel à une structure indépendante qui va interroger les travailleurs locaux via leur téléphone sur leurs conditions de travail.. « Ce questionnaire, très élaboré, permet -sans question directe qui pourrait être embarrassante- d’identifier d’éventuels problèmes, notamment dans le droit d'expression des travailleurs, précise Adeline Dargent. L’initiative, testée cette année auprès d’une dizaine de fournisseurs, a vocation à être généralisée si les retours des marques sont positifs. Les premiers résultats sont prometteurs. Les entreprises qui ont déjà réalisé ces diagnostics, ont pu ainsi identifier des points d'alerte qui nécessitaient des plans de correction auprès de leurs fournisseurs. Une façon, très efficace, d’accompagner ceux-ci sur ces sujets, et d’agir concrètement pour l’amélioration des conditions de travail tout au long de la chaîne de valeur. »
Réparabilité & réparation : un enjeu majeur de l’économie circulaire de l’habillement
Pour les façonniers français, la création de service de réparation peut constituer une piste précieuse de développement, dans le cadre impulsé par la loi AGEC. Menée par la Maison des Savoir-Faire et de la Création (affiliée à l’UFIMH), une enquête fait le point sur les différents atouts de la démarche.
"Depuis le vote de la loi AGEC, les marques ont tout intérêt à intégrer des services de réparation pour répondre aux attentes des consommateurs et promouvoir la durabilité de leurs produits” assure Myriam Mentfakh, fondatrice de LeLabPlus. La réparabilité et la réparation doivent devenir des piliers de l’industrie textile et un gage de qualité pour les consommateurs ».
Créé en 2012 à Ivry-sur-Seine, LeLabPlus s’est repositionné depuis 2020 en un bureau d’études et atelier de production textile autour du 100% Made in France. Myriam Mentfakh y a ouvert, il y a trois ans, un atelier de revalorisation et réparation. Et elle n’est pas la seule à être consciente de l’intérêt majeur de ce dispositif que ce soit en BtoB ou en BtoC.
Côté BtoB, la plateforme de mise en relation de la Maison des Savoir-Faire et de la Création a ajouté dès 2024 un nouveau critère que les fabricants peuvent intégrer dans leur fiche entreprise, signalant aux donneurs d’ordre leur capacité à effectuer des travaux de réparation.
Une nouvelle vie pour les vêtements endommagés
Côté BtoC, les initiatives fleurissent pour permettre au grand public de donner à leurs vêtements abimés une nouvelle chance. Des plateformes en ligne comme Tilli, qui a récemment intégré Reekom, l’expert français de la rénovation textile, avec un réseau de 500 artisans hexagonaux ou Les Réparables, disposant de deux ateliers en France, prennent ainsi en charge des articles textiles à réparer sur tout le territoire. Save Your Wardrobe, lauréate mi-2023 du Grand Prix des start-ups LVMH, répond, elle, aux besoins de marques premium et luxe. Elle met en place sur leurs sites e-commerce ou en magasin, des services de réparation grâce à son réseau d’ateliers partenaires.
Mais le véritable coup de pouce a été le lancement fin 2023, du bonus réparation. Impulsé par l’éco-organisme ReFashion, mis en place par la filière TLC (Textiles, Linge de maison et Chaussures), le dispositif permet aux consommateurs de bénéficier de remises sur les prestations effectuées chez des réparateurs agréés. L’entreprise ESS (Economie Sociale et Solidaire) 13 A’tipik, fondée en 2011 par Sahouda Maallem à Marseille, est ainsi agréée par Refashion pour son activité de réparation depuis novembre 2023. Cet atelier d’insertion est d’abord spécialisé dans le réemploi et la revalorisation des vêtements et accessoires textiles. « La réparation n’est pas notre cœur de métier mais nous avons toujours rendu service dans le quartier, explique Sahouda Maallem. Installés dans une rue passante, nous disposons d’une vitrine où nous indiquions que nous faisions de la retouche. Nous signalons désormais que nous pouvons faire bénéficier du bonus réparation”.
Un bonus réparation pour inciter à de nouvelles pratiques.
Très légèrement accrue grâce à ce bonus (utilisé pour environ deux commandes sur cinq), la réparation représentait environ 10% de son activité en 2024, contre 80 % pour la revalorisation des déchets via l’upcycling des vêtements et 10% pour la fabrication de collections capsules pour des marques. Mais tout en restant axé sur la revalorisation textile, 13 A'tipik se donne les moyens de répondre aux besoins croissants de la réparation.
Pour faire connaître cette prestation, outre des communications régulières via les réseaux sociaux, 13 A’tipik a notamment participé aux journées de Refashion Academy à Marseille. “Au sein de kiosques aménagés sur la place du Général de Gaulle, nous avons appris au grand public à utiliser une machine à coudre pour réparer un vêtement”, explique Sahouda Maallem. Cette mission est également menée chaque mardi matin par 13 A'tipik, lors des ateliers grand public “Repar’Café” dans son espace hub, équipé de machines à coudre, initialement ouvert à la location aux créateurs. Une dizaine de personnes venues avec un vêtement abîmé sont ainsi accueillies par l’équipe dédiée qui les initie à la réparation.
Dans le cadre d’un projet financé par la métropole, la formule s’est s’intensifiée en 2025, avec deux, voire trois ateliers hebdomadaires. “À chaque fois, nous demanderons au participant d’apporter, outre le vêtement à réparer, au moins une autre pièce dont il veut se séparer. Nous la récupérerons pour nos autres missions de revalorisation”, explique Sahouda Maallem. Elle insiste sur l’importance de sa mission à Marseille dans la gestion de leurs déchets textiles avec plus de 3 kg déposés par an dans les ordures ménagères, contre 2,4 kg à l’échelle nationale.
Un travail de sensibilisation nécessaire sur le temps long.
Sahouda Maallem admet que les “demandes de réparation évoluent doucement”, avec “encore beaucoup de travail à faire pour sensibiliser le grand public”. Pourtant, ses clients sont “généralement très contents” de prestations qui, grâce aux bonus, leur permettent de redonner vie à moindre coût à des vêtements payés plus cher et auxquels ils tiennent. “Certains clients sont de grands fidèles. L’un d’entre eux est même venu au moins une dizaine de fois pour réparer le même jean !”.
Comme Sahouda, Myriam Mentfakh (LeLabPlus) est persuadée de la nécessité de développer la réparation en France. “ReFashion a initié un mouvement positif avec le label de réparation, mais cela reste insuffisant. Pour que cela soit viable et rentable, il faut mettre en place des cellules de réparation centralisées où les marques pourront diriger les produits qu’elles auront récupérés”, assure-t-elle. “La réparation ne fonctionnera que si les marques l'intègrent à leur circuit de vente. Cela permettra de renforcer la fidélisation, mais aussi d'ancrer durablement des pratiques plus responsables dans l'industrie textile".
Sa démonstration s’appuie sur son expérience. LeLabPlus a démarré son activité de réparation en BtoB au service de maisons premium, puis a amorcé, en 2021, le BtoBtoC avec le Slip Français, “marque très engagée” qui lui a renvoyé des produits à réparer des clients (par exemple en changeant leurs élastiques). Quand ReFashion a impulsé le bonus réparation, LeLabPlus s’est naturellement engagé dans la réparation BtoC. “La structure reçoit des produits à forte valeur ajoutée, des vêtements avec de l’affectif ou des pièces achetées cher. Nous n'avons jamais réparé des vêtements achetés sur des plateformes telles que Shein ou Temu !”, observe Myriam Mentfakh.
Mais la réparation reste aujourd'hui encore peu significative en chiffre d’affaires pour LeLabPlus. “Ce n’est pas encore un modèle viable pour nous, souligne la dirigeante. Le grand public ne va généralement pas dans les usines mais chez les retoucheurs pour faire réparer ses articles. En tant que PME engagée, nous avons besoin de garantir la rentabilité de nos actions. C’est pourquoi il est essentiel de co-construire avec les marques la réparation de demain”.
L’idée de Myriam Mentfakh pour y parvenir ? “Il commence à y avoir des plateformes de gestion, mais le software ne suffit pas. Il faut aussi des cellules de réparation structurées avec les marques pour avoir une traçabilité complète des process”. Elle avance plusieurs arguments : “quand une marque oriente ses produits vers un retoucheur, même labellisé, il est indispensable de s'assurer que le prestataire comprenne la demande du client, qu'il respecte le cahier des charges et les standards de qualité de la marque. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir un résultat qui déçoit, surtout pour des produits techniques ou haut de gamme".
Responsabilité et réparation, la base d’un dialogue avec le client.
“En cas de problème, nous sommes responsables, confirme Sahouda Maallem (13 A’tipik). Nous avons souscrit une assurance responsabilité civile pour nous couvrir. Mais si la réparation est trop risquée, nous préférons ne pas la faire. En cinq ans, il n’y a eu qu’une seule contestation de la part d’un client…”.
Avec le bonus réparation, l’atelier agréé est d’ailleurs tenu de faire des photos avant son intervention. “Cela représente une contrainte mais il est logique que ce bonus soit associé à un droit de contrôle. Et nous avons ainsi la preuve de l’état du produit au moment où il nous est remis”, observe la dirigeante de 13 A’tipik.
Pour faciliter le dialogue réparateur-client, LeLabPlus mise sur un outil technologique précieux, celui du design 3D, via son logiciel Style 3D, couplé à l’intelligence artificielle. “Nous utilisons déjà cette technologie pour développer des solutions innovantes de revalorisation et dès l’éco-conception, pour anticiper des options de réparation, explique Myriam Mentfakh. Avec ces outils, nous serons en mesure de proposer aux consommateurs des solutions adaptées et innovantes pour prolonger la durée de vie de leurs vêtements”.
Autre nécessité, garantir une responsabilité après-vente et le respect de règles sociales et environnementales : “Aujourd’hui, lorsqu’un article est confié à un réparateur, il est difficile de vérifier s’il respecte les normes CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). En créant des cellules dans des entreprises référencées, on pourra s’assurer que les processus sont conformes et les marques sauront dans quelles conditions les articles sont réparés”, poursuit Myriam Mentfakh.
Concrètement, il s’agit de co-construire ces cellules avec les marques, avec un cahier des charges précis pour définir les matériaux à utiliser (fils et tissus, accessoires, sources externes) et la création de matériauthèques. L’objectif ? Standardiser les processus au sein d’une cellule initiale, avant de les dupliquer à travers la France, ce qui permettra aux consommateurs de réparer leurs articles au plus près de chez eux, en toute confiance.
Pour encourager la démarche, former et informer
Avec une telle démarche, “notre activité réparation serait viable, estime la dirigeante du LeLabPlus. Tandis que les marques renforceraient la fidélisation de leur clientèle”. Autre bénéfice : les cellules de réparation identifient les points de faiblesse des produits. De quoi accompagner les marques dans l’amélioration de leur éco-conception, avec la création d’une data précieuse.
Mais pour donner une véritable impulsion à l’activité réparation, encore faudra-t-il lever des freins. A commencer par l’information insuffisante du grand public, avec d’abord la certitude que le coût de la réparation est trop important par rapport à celui de produits neufs. Si le produit provient du mass-market, la réparation n'a pas de sens mais l’objectif est, plus largement, d’inscrire la réparation de nouveaux modèles de consommation. Cette transformation des habitudes est plus que jamais urgente. Selon une étude d’Opinion Way Survey pour Refashion, datant de 2021, 35% des sondés pensaient que la réparation coûterait plus cher que d’acheter du neuf. 22% ne pensaient même pas aux réparations et autant ignoraient que les ateliers de couture pouvaient s’en charger.
Autre frein de taille : le problème de la formation et du manque de spécialistes réparation en France. 13 A'tipik s’y attaque en développant, avec son OPCO, une formation de 160 à 200 heures, s’intégrant dans le dispositif AFEST (Action de Formation En Situation de Travail) et visant une prochaine certification. “Notre centre de formation à la réparation permettrait de répondre à des besoins énormes. La formation de base est celle de couturier mais la nôtre sera spécifique à la réparation. L’idée est d’inciter davantage de personnes à s’installer avec cette activité. Ce faisant, on réduira les déchets textiles”, explique Sahouda Maallem.
De son côté, Myriam Mentfakh (LeLabPlus) souligne qu’elle bénéficie déjà d’un “personnel très qualifié”, tous ses salariés étant capables de réparer. Mais l’objectif de son entreprise est aussi “de former la nouvelle génération à la réparation”. L’entreprise est agréée Qualiopi depuis 2022 sur plusieurs modules de formation, dont un sur la revalorisation et la réparation.
Savoir pour Faire, la plateforme de valorisation des métiers techniques de la mode et du luxe portée par le Comité Stratégique de Filière Mode et Luxe et financée par l’OPCO2i, intégrera dès septembre, sur son site entièrement mis à jour, les enjeux de la réparation et de la durabilité. Elle mettra également en lumière les nouvelles opportunités professionnelles et les métiers émergents liés à la réparation.
Coexistence d’ateliers ESS et d’entreprises privées
Par ailleurs, la dirigeante observe que la réparation est aujourd’hui essentiellement réalisée par des structures ESS. « C’est une bonne chose mais elles ne doivent pas être seules à s’en charger, les personnes y travaillant s’en allant en fin de formation. Or, le métier de réparateur doit être pérenne”. Selon elle, « il faut une véritable passerelle entre les structures de l’ESS et les PME, permettant à ces dernières de s’approprier les savoir-faire et de structurer la réparation de manière viable à long terme. Les PME, tout en respectant les impératifs de rentabilité, doivent pouvoir s’engager dans la réparation avec des modèles solides et durables. Cette complémentarité entre structures privées et ESS est essentielle pour garantir la continuité des savoir-faire et pour répondre efficacement aux besoins de réparation”.
Au final, le jeu de la réparation doit être gagnant-gagnant pour tous : les consommateurs, qui pourront garder plus longtemps leurs articles, les marques, qui les fidéliseront et les fabricants et réparateurs Made in France, qui s’offriront un nouveau débouché rentable. "Pour avoir un impact réel et mettre fin à la surproduction, il est impératif de placer la revalorisation et la réparation au cœur de nos pratiques", conclut Myriam Mentfakh, dirigeante de LeLabPlus.
Pour en savoir plus sur la Maison du Savoir-Faire et de la Création : maisondusavoirfaire.com
Et sur la campagne Savoir pour Faire : savoirpourfaire.fr
Grand entretien avec… Raffaello Napoleone, conseiller délégué pour les relations internationales et institutionnelles du salon Pitti Immagine Uomo.
« France et Italie doivent, ensemble, travailler à conserver leur leadership ».
Lancé en 1972, le salon florentin s’impose désormais comme l’événement international majeur de la mode masculine, rendez-vous incontournable des marques et des acheteurs, des designers et des médias. Avec Raffaello Napoleone, le bilan de l’édition de juin 2026 et, plus largement, le rôle clé joué par cet événement dans la dynamique du secteur.
L’édition 2026 vient tout juste de se clore. Quel premier bilan en faites-vous ?
Nous sommes très satisfaits de cette 110éme session, placée sous le thème de « La piscine ». Nous avons reçu 14000 visiteurs environ parmi lesquels 11000 acheteurs, soit -3,2% par rapport à 2025, alors que l’événement a connu de fortes perturbations, liées notamment à des retards de train. Par ailleurs, ces chiffres s’accompagnent d’une audience plus qualitative. Nous avons reçu les grands acheteurs de toute l’Asie mais aussi d’Australie, des Etats-Unis... Des acteurs clé du marché international qui continuent de penser que le salon est LE rendez-vous à ne pas manquer, pour saisir l’esprit des nouvelles collections et rencontrer tous ceux qui « font » la planète mode.
Côté médias, le salon a accueilli plus de 1660 journalistes, dont 50% d’étrangers, ce qui conforte notre dimension internationale. Enfin, nous avons fait carton plein côté exposants, avec 740 marques, dont 24 maisons françaises.
Le Pitti est désormais l’un des moments les plus attendus dans l’univers de la mode masculine. Comment pensez-vous son organisation, pour répondre à ces ambitions ?
En amont des salons, nous organisons des conférences de presse dans le monde entier pour appuyer le travail de nos agences de relations publiques basées dans ces pays. Notre objectif est de présenter les lignes de force des prochaines éditions, de mettre en avant les évolutions que nous mettons en place au sein de nos six sections.
Pour cette édition, nous avons par exemple transformé la section I Go Out en Outopia, en collaboration avec la revue d’avant-garde Vanish pour explorer la fusion entre performance, mode et nature. Après un premier essai réussi en janvier dernier, nous avons reconduit la section de parfumerie sélective, High beauty, avec une sélection de 15 marques indépendantes.
Vous avez par ailleurs multiplié les événements…
Le coréen JiyongKim a fait une installation très remarquée dans les espaces du Magazzino O7, tout comme la société chinoise de fils de luxe Consinee. Simone Rocha a présenté son premier défilé de mode masculine au Teatro della Pergola ainsi que DSM pour Dover Street market, le concept-store japonais historique qui a choisi de lancer en 2025 sa propre marque.
On y a aussi découvert, pêle-mêle le show du label danois Sunflower ; la première collection du designer anglais William Palmer, lauréat du « I-C Pitti Imagine Award » l’an passé, sans oublier un projet majeur d'artisanat japonais porté par la Japan Apparel Fashion Industry Association.
Par ailleurs, le salon a également salué le retour de plusieurs institutions…La marque new-yorkaise Refrigwear, ou le groupe WP Lavori in Corso qui a déployé l’ensemble de ses marques, notamment Barbour.
En tout, une quarantaine d'événements ont pris place dans des lieux magiques, à commencer par la Fortezza da Basso qui aimante tous les regards. Et cette édition a permis, une fois encore, de prendre le pouls de la création contemporaine, faisant du Pitti un lieu stratégique sur le plan économique, mais aussi un moteur culturel qui génère de nouvelles idées, tendances et connexions.
Le principe des salons est largement questionné à l’heure d’internet et des réseaux sociaux. Comment l’avez-vous fait évoluer pour préserver son prestige et son influence ?
Il s’agit pour nous d’une question-clé. Nous réfléchissons à l’apport des nouvelles technologies, et notamment de l’IA pour penser le futur du salon. Pour cela, nous avons demandé à Ivano Cauli, déjà directeur de l’innovation du Pitti et expert incontesté du domaine (fondateur en 2004 de Openmind) de nous rejoindre au conseil d’administration pour renforcer nos actions dans ce champ. Par ailleurs, nous allons poursuivre notre développement à l’étranger. Toujours membre du conseil d’administration, j’occupe désormais le poste de conseiller délégué pour les relations internationales et institutionnelles, avec la mission d’amplifier les liens avec des zones comme l’Europe de l’Est (Pologne) le Sud-Est asiatique et l’Inde, sans compter l’Amérique du Sud où nous réalisons déjà un travail important, grâce aux accords du Mercosur.
Comment la mode italienne se porte-t-elle ? Et Comment l’état italien soutient-il le secteur ?
En 2025, la mode italienne a réalisé un chiffre d’affaires de 58,39 milliards d’euros, soit une baisse de 2,4% par rapport à 2025, ce qui est plutôt une bonne performance dans un contexte géopolitique très difficile, notamment avec la compression de marchés importants, comme les pays du golfe. Nos exportations ont représenté 63,3% de ce CA.
Face à cette situation de repli, le gouvernement italien se veut très actif, accompagnant notamment les TPE et PME très nombreuses dans le pays. Le secteur italien de la mode réunit environ 300 000 salariés pour 37500 entreprises, ce qui fait une moyenne de 8 salariés par entité. L'État participe au maintien à l’emploi avec des aides, elle est également présente pour stimuler la vitalité du secteur. Elle accompagne, par exemple, notre salon en finançant le voyage et le séjour à Florence de quelque 300 acheteurs étrangers, par édition.
La France et l'Italie possèdent deux des industries de mode les plus influentes au monde. Quels sont selon vous les principaux défis qu'elles ont intérêt à relever ensemble aujourd'hui ?
Entre l'Italie et la France, la mode est une histoire à la fois longue et partagée. Nous sommes venus à la mode grâce à la France. Le marché français reste toujours le premier pour l’Italie et l’inverse est vrai. Nous partageons une même culture de mode en termes d’image, de création, de promotion et nous sommes, aujourd’hui encore, les deux grands pays de référence pour cet univers.
Je pense, par ailleurs, que le futur de la mode va largement s’écrire en Europe. Pour cela, il faut tirer parti de notre complémentarité afin de faire face notamment à l'agressivité d’un pays comme la Chine, en travaillant à la mise en place de réglementations plus efficaces et en renforçant nos liens, via notamment nos fédérations. Nous entretenons d’ailleurs un lien fort et pérenne avec Promas, l’Office de promotion de l’habillement masculin ou encore de l’FIMH.
Nos deux pays ont en commun la capacité de proposer une mode unique, par l’excellence de nos savoir-faire, par une forme de « bon goût » et une créativité qui nous permet à la fois d’être les sismographes des évolutions sociétales, et de pouvoir y répondre. L’Italie et la France ont tous les atouts pour continuer, ensemble, à porter ce leadership.
Développement à l’international… 5 bonnes raisons de se tourner vers l’Italie.
Une même culture de mode, une proximité précieuse en termes de transport et des conditions d’implantation qui permettent de réduire les risques… L’Italie reste l’un des marchés les plus porteurs pour les marques de mode française. Le point sur les atouts spécifiques du pays et les étapes essentielles pour y construire son développement avec Anne-Laure Druguet, directrice internationale de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin.
1/ C’est le marché de la communauté européenne le plus dynamique, et le plus proche.
On ne le sait pas assez, mais l’Italie est historiquement le premier client de la France dans le secteur de la mode, en tête d’un top 5 qui place ensuite l’Allemagne, l’Espagne, la Chine et les Etats-Unis. Au dernier semestre 2025, la France a exporté pour 6,6 milliards d’euros d’habillement, dont 3,6 milliards à destination de l’Union Européenne. Dans ce contexte de repli des marchés, le pays représente donc l’une des zones les moins impactées. « De plus, l’Italie reste pour la France « le marché d'à côté ». Cette proximité géographique se révèle très précieuse en termes de facilité et de coût de transport, par rapport aux marchés du grand export. Il faut toutefois rester vigileants sur les modalités de paiement rappelle Anne-Laure Druguet..
2/ Les Italiens aiment la mode… et la mode française.
Nos amis transalpins ont un vrai goût pour le vêtement et une solide culture de mode. La preuve avec la consommation moyenne consacrée à l’habillement en Italie, évaluée à 710 euros par an alors que le chiffre moyen en Europe est de 490 euros**. La tendance, néanmoins baissière, tient à un effet de conjoncture global (difficultés de pouvoir d’achat, contexte géopolitique international qui freine la consommation) mais également à des causes plus structurelles…. La volonté de consommer moins mais mieux et un fort intérêt pour la mode « seconde main » qui séduit désormais 25% des consommateurs locaux. Face à cette situation, nos marques de mode bénéficient néanmoins d’un atout majeur, comme l’assure Anne-Laure Druguet. « La mode française reste très reconnue et appréciée des Italiens. Nous partageons un goût pour le style et l’excellence des savoir-faire qui signent la création française autant qu’italienne. Nos maisons implantées sur place capitalisent, aujourd’hui comme hier, sur cette image forte », précise Anne-Laure Druguet.
3/ La diffusion fait la part belle au wholesale, permettant aux jeunes marques de s’implanter par étapes.
L’Italie est aujourd’hui le premier pays d’Europe en termes de magasins multimarques, ce qui induit une structure particulière de la filière avec un nombre important d’acheteurs, de showrooms et de représentants locaux B2B. Ce contexte constitue une réelle opportunité, notamment pour les jeunes maisons qui ont ainsi la possibilité de penser une implantation par étape, avec des investissements mesurés. « Elles peuvent d’abord entrer en contact avec des représentants qui les aideront à sélectionner quelques multimarques pour une première collaboration. Elles ont alors l’opportunité de tester le potentiel de leur production, de constater la convergence de leur marque avec les désirs des consommateurs avant, éventuellement, d’aller plus loin, assure Anne-Laure Druguet ».
Lorsque les premiers résultats sont encourageants, les marques peuvent accroître leur présence via un réseau élargi de boutiques, participer aux salons locaux (Pitti Uomo pour l’homme et White Milano pour l’univers féminin) afin de construire réseau et visibilité. Dans le même temps, elles ont aussi la possibilité d’ouvrir l’e-commerce à l’Italie pour tester plus précisément le potentiel de leurs produits, et observer le comportement des consommateurs. « Ce mode d’entrée dans le marché permet de développer un chiffre d’affaire en Italie et acquérir une certaine maturité, avant d'envisager les investissements importants qu’exigent l’ouverture d’une boutique » confirme Anne-Laure Druguet.
4/ Les italiens restent sensibles à l’univers d’une marque, qu’ils aiment retrouver dans une boutique.
Si le wholesale constitue une stratégie d’exportation en soi, de nombreuses marques en font une étape avant une implantation pérenne. « L’ouverture d’une boutique est toujours bénéfique à une marque, confirme Anne-Laure Druguet. Elle permet de montrer l'ensemble d’une collection et de proposer un esprit. Cette dimension est importante dans un pays comme l’Italie, très attachée à l’identité d’une marque. Son univers et son incarnation constituent une réassurance, l’appartenance à une communauté de style, et souvent de statut social ». L’inauguration d’une boutique est aussi la clé d’une accélération en termes de notoriété avec des événements dans le lieu, des collaborations avec des artistes et des influenceurs locaux. Autant d’initiatives qui participent à renforcer l’adhésion à l’identité de la marque.
5/ La filière propose un accompagnement précieux pour favoriser les exportations vers l’Italie.
Membres de l’UFIMH, la Fédération du Prêt à Porter, pour la mode féminine, et Promas pour l’univers masculin, avec le soutien du DEFI, proposent un dispositif d’aide à l’implantation en Italie, pour les entreprises répondant aux critères établis par les fédérations et le Défi. Cet accompagnement concerne notamment la participation aux salons Pitti Uomo et White Milano et la mise en place de partenariats avec des showrooms locaux. La Fédération du Prêt à Porter a ainsi accompagné une trentaine de marques françaises en 2025, tout en proposant des webinaires autour des conditions de l’export en Italie et des rencontres avec des directeurs de showrooms, notamment dans le cadre de l’événement Welcome On board, en novembre 2025.
* Données de l’ISTAT.
*chiffres Union Européenne
*IFM - Douanes
3 questions à… Marie Berton, directrice du développement wholesale de Sessùn.
« Le marché italien offre de nombreuses opportunités ».
Créée en 1996, la marque a choisi d’amplifier son développement en Italie avec l’inauguration d’une boutique à Milan. L’aboutissement d’une stratégie amorcée avec une présence grandissante dans des magasins multimarques pour installer Sessùn sur le marché local.
Le point sur les étapes de cette implantation, avec Marie Berton.
La maison fête cette année ses 30 ans. Pouvez-vous tout d’abord nous la présenter ?
Sessùn a été créée en 1996 à Marseille par Emma François-Grasset. Grande voyageuse et alors étudiante en anthropologie, Emma découvre au Guatemala un artisanat d’une grande richesse. Cette rencontre sera un déclic, avec la volonté de mettre en lumière ces savoir-faire à travers un vestiaire contemporain. Au fil des années, le style Sessùn s’est affirmé tout en restant fidèle à ses fondamentaux : une curiosité constante pour les cultures et les savoir-faire du monde, une silhouette en perpétuelle évolution, un attachement aux belles matières et une volonté de proposer une mode désirable et accessible.
À ces valeurs fondatrices s’ajoute un engagement de longue date en faveur d’une mode plus responsable. En 2023, Sessùn est devenue Société à mission, avant d’obtenir la certification B Corp en 2024, reconnaissant les actions menées par la marque en matière de gouvernance, d’impact social et environnemental. Aujourd’hui, 75 % de notre production est réalisée en Europe et principalement autour du bassin méditerranéen. La grande majorité de nos expéditions est acheminée par voie maritime. Et nous poursuivons nos efforts pour développer l’utilisation de matières à moindre impact et renforcer la traçabilité de nos approvisionnements.
Cette vision constitue l’ADN de Sessùn et sans doute l’une des clés de son développement. La marque poursuit aujourd’hui une croissance régulière et compte 102 boutiques à travers le monde - 57 en France, 43 dans le reste de l’Europe, et deux adresses exploitées sous franchise en Chine.
La marque est donc très présente à l’international et vous venez d’inaugurer une boutique à Milan, qui signe l’aboutissement d’un long compagnonnage avec l’Italie….
Notre développement retail en Europe s’est d’abord appuyé sur l’ouverture de boutiques en Grande-Bretagne, puis en Espagne, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et au Danemark. Le 16 mai dernier, nous avons franchi une nouvelle étape avec l’inauguration d’une adresse à Milan.
L’Italie est un marché historique pour Sessùn, que nous avons d’abord abordé à travers une stratégie wholesale. Cette expérience nous a appris que la réussite d’un projet d’implantation repose avant tout sur la qualité des équipes que l’on parvient à réunir localement. Il est essentiel de s’entourer de showrooms dont l’univers est en adéquation avec l’ADN de la marque, mais aussi de partenaires convaincus de son potentiel, capables d’identifier les points de vente les plus pertinents pour son développement.
Ce travail de fond permet ensuite, dans un second temps, d’envisager une implantation en direct, après avoir acquis une connaissance approfondie du marché et de ses spécificités.
Comment avez-vous pensé cette implantation avec une boutique en propre ?
Nous avons appliqué les principes qui guident chacune de nos implantations. Tout commence par le choix d’un emplacement qui nous ressemble. À Milan, nous sommes installés Via Ponte Vetero, au cœur du quartier de Brera, dont l’énergie créative et l’ancrage culturel résonnent particulièrement avec l’univers de Sessùn. Nous croyons beaucoup au rôle de nos boutiques, qui permettent d’exprimer pleinement notre identité tout en dialoguant avec la culture locale. Notre adresse milanaise a été conçue par le studio d’architecture Cobalto, avec lequel nous collaborons depuis plusieurs années et qui a déjà signé plusieurs de nos projets à l’international.
L’ouverture de cette boutique s’accompagne d’un renforcement de notre stratégie marketing sur le marché italien. Cela passe par le développement d’un site dédié en langue italienne — l’anglais ne suffisant pas pour créer une véritable proximité — ainsi que par une prise de parole plus soutenue sur les réseaux sociaux et l’accompagnement d’une agence locale experte du marché. Nous avons par ailleurs noué un partenariat avec le grand magasin La Rinascente pour l’ouverture de corners à Milan et à Florence, et prévoyons l’ouverture d’une nouvelle adresse à Rome d’ici la fin de l’année. L’Italie demeure un marché riche d’opportunités pour Sessùn, où nous voyons encore un fort potentiel de développement.
Pour en savoir plus sur la marque : https://fr.sessun.com/
Grand entretien avec … Sylvie Maignan, Responsable de la Maison du Savoir-Faire et de la Création
“ Le Made in France bénéficie d’une image très positive auprès des consommateurs “
Créée il y a tout juste 15 ans, la Maison du Savoir-Faire et de la Création, s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs clés dans la valorisation du Fabriqué en France, œuvrant très concrètement à tisser des liens entre marques et fabricants pour dynamiser le secteur. Avec Sylvie Maignan, le point sur l’engagement de cette institution, d’intérêt général, affiliée à l’UFIMH et financée par le DEFI.
La Maison du Savoir-Faire et de la Création a été créée en 2011 par les organisations professionnelles du secteur. Pouvez-vous nous rappeler ses grandes missions ?
Notre vocation n’a pas changé depuis 15 ans, même si nous lui avons insufflé une nouvelle dynamique ! Nous avons pour objectif de tisser des liens entre les marques et les fabricants, qui s’articule autour de 4 grandes missions. Nous cherchons tout d’abord à valoriser les façonniers et fabricants français qui détiennent des savoir-faire uniques, en les recommandant aux marques qui souhaitent produire en France. Pour cela, nous sommes présents sur les salons, nous communiquons sur nos réseaux sociaux et surtout, nous nous rendons tous les mois sur le terrain pour visiter les ateliers, appréhender leurs savoir-faire que nous mettons en lumière via notre magazine en ligne. Notre seconde mission consiste à faciliter la mise en relation entre fabricants et donneurs d’ordres. Pour favoriser l’accès aux fabricants, nous avons créé une plateforme professionnelle et gratuite de mise en relation, qui répertorie toute la palette de la fabrication française de mode avec près de 600 entreprises référencées (confectionneurs, bureaux d’études, fabricants de matières textiles...). Cette base de données, la plus qualifiée du secteur, est enrichie et actualisée en permanence.
Derniers objectifs, nous accompagnons les marques et créateurs de mode dans leurs projets Made in France avec des conseils personnalisés ; nous gérons ainsi chaque année, environ 300 demandes de marques qui cherchent à produire localement. Enfin, nous contribuons à des actions stratégiques de la filière avec l'ensemble des Fédérations, sur différents sujets clés comme la promotion des métiers techniques de la mode.
Depuis 15 ans, le paysage de la mode française a évolué. Pouvez-vous nous en dresser un rapide panorama ? Et quels sont aujourd’hui les défis des entreprises de la filière ?
Je ne vais pas m’appesantir sur les 40 ans de délocalisation qu’a connu la France mais ce rappel est essentiel. Il a obligé une majorité des fabricants à se spécialiser dans le luxe pour perdurer, ce qui constitue l’une des spécificités de la confection française. En dépit de cela, la France a su préserver un tissu industriel d’environ 450 façonniers, avec des savoir-faire d’excellence reconnus dans le monde entier. La filière compte plusieurs grands groupes mais les entreprises sont majoritairement des PME. Ces dernières ont récemment vu l’arrivée d’une nouvelle génération d’ateliers, plus généralistes et flexibles, qui produisent de petites séries afin de répondre aux besoins des jeunes marques de mode et des créateurs émergents, qui souhaitent des productions maîtrisées (sans surstock), dans une démarche RSE.
Dans ce contexte global, les fabricants français doivent relever plusieurs défis. D’abord celui de la compétitivité, car on sait que le prix du Made in France est plus élevé que le « Made in ailleurs ». Si on ne peut agir sur le coût de production (indexé sur les salaires), l’enjeu est de réduire le temps de confection grâce à plusieurs innovations, notamment le prototypage virtuel. L’automatisation de certaines étapes de production se développe également lorsqu’elle ne nécessite pas de maîtrise particulière de savoir-faire. Par ailleurs, les enjeux de formation et de recrutement restent importants, de même que le contexte géopolitique et la morosité de la consommation qui freinent le développement du Fabriqué en France.
Votre objectif-clé est la promotion de la fabrication française. Quels sont ses atouts dans un univers très compétitif et comment participez-vous à les valoriser ?
Le Fabriqué en France bénéficie d’une image très positive auprès des consommateurs en France comme à l’international, grâce à la qualité et la durabilité intrinsèque des produits. C’est un facteur de vente, avec un impact important sur l’économie française : il permet de créer des emplois, soutient l’économie locale et favorise la préservation des savoir-faire. Il s’agit d’une caractéristique à laquelle les marques sont de plus en plus sensibles car elles constituent un atout majeur de leur communication. Fabriquer en France induit aussi des avantages en termes de RSE, avec un impact carbone réduit du fait de notre système énergétique. C’est également la garantie du respect des normes sociales et environnementales les plus strictes et d’une totale traçabilité de la production. Pour les marques, fabriquer en France induit enfin une flexibilité de production avec des minimums de quantités souvent inférieurs aux autres pays, permettant une meilleure gestion des stocks.
Nous valorisons ces atouts grâce à notre plateforme qui permet aux fabricants de promouvoir leurs savoir-faire, d’être identifiés et directement contactés par les donneurs d’ordres qui l’utilisent. Surtout, nous rappelons cette valeur ajoutée aux marques et nous attirons leur attention sur les questions de business model et de marges compatibles avec les coûts de fabrication français.
Comment encouragez-vous les relations fabricants & marques ? Et quelles sont vos actions de conseil auprès des uns et des autres ?
Faciliter les relations fabricants & marques est au cœur de notre activité. Notre plateforme de mise en relation dispose d’un moteur de recherche puissant, capable de croiser 200 critères pour proposer des résultats ultra-ciblés. Près de 800 marques utilisent aujourd’hui cette plateforme, disponible en anglais (20% de nos visiteurs venant de l’international). Notre taux de fréquentation est excellent, avec plus de 32 000 visiteurs par an.
Par ailleurs, nous multiplions les actions de conseil auprès des donneurs d’ordres qui nous sollicitent pour produire en France ou relocaliser une partie de leur production. Ceci représente un large éventail d’acteurs : Maisons de luxe, marques haut de gamme et premium, jeunes marques, grands magasins, retailers… Selon leurs besoins, nous leur recommandons plusieurs fabricants en précisant leurs savoir-faire et spécificités. Nous avons aussi créé un forum d’échange et d’entraide entre fabricants qui connaît un vrai succès. Et nous animons tous les mois des webinaires de sensibilisation à destination des porteurs de projets, sur les questions de production en France.
L’engagement éco-responsable et l’innovation sont des éléments clés pour l’avenir de la filière. Comment contribuez-vous à accélérer cette transition ?
En agissant sur la mise en relation entre marques et fabricants français, nous participons concrètement à cette transition. Nous facilitons l’accès à des ateliers implantés en France et encourageons une production plus locale, plus transparente et plus responsable. Notre plateforme permet d’identifier des partenaires adaptés, grâce à notre outil de recherche qui intègre plus de 30 labels RSE. Nous jouons également un rôle de sensibilisation. À travers notre magazine et nos échanges avec les marques, nous diffusons les bonnes pratiques du Made in France, encourageant une meilleure compréhension de la production pour éviter des erreurs fréquentes qui alourdissent l’empreinte des collections. Enfin, nous valorisons des ateliers français les plus innovants, engagés dans l’optimisation des matières, l’innovation technique et la production en séries maîtrisées. La France et l’Europe sont aujourd’hui pionnières sur les enjeux RSE et notre rôle est de donner de la visibilité à ces acteurs en orientant les marques vers des solutions concrètes et durables. A ce titre, nous avons co-organisé l’année dernière un évènement avec le Groupement de la Fabrication Française (membre de l’UFIMH), qui dispose d’un label RSE « Les Ateliers Engagés » pour valoriser les atouts d’une fabrication locale.
Autre sujet-clé, la formation et le recrutement. Là encore, comment agissez-vous pour répondre aux besoins des entreprises ?
L’enjeu de valorisation et de préservation des savoir-faire est essentiel, sachant qu’un quart des salariés en atelier partiront à la retraite dans les 10 prochaines années. Les métiers techniques de la mode, comme les couturiers et couturières, sont des métiers en tension. Les ateliers forment et recrutent une jeune génération, mais aussi des personnes en reconversion qui ont envie de se réaliser par leurs aptitudes manuelles. Plusieurs ateliers ont même leur école de formation intégrée.
De notre côté, nous sommes contributeurs de la campagne Savoir pour Faire, en charge de la promotion des métiers techniques de la mode et du luxe, initiée par le Comité Stratégique de Filière Mode & Luxe il y a 7 ans. Cette campagne, très active sur les réseaux sociaux, permet de découvrir la richesse des métiers techniques, d’identifier les établissements de formation et de trouver un emploi, un stage ou une alternance grâce à un job board.
Votre institution est affiliée à l’UFIMH et soutenue par le DEFI. Que vous apporte ce compagnonnage et quels sont vos projets ?
Notre lien à l’UFIMH nous permet d’être au cœur de l’écosystème des Fédérations professionnelles de l'habillement, une filière innovante et engagée qui puise sa dynamique dans le collectif. Faire partie de cet écosystème nous donne une assise indéniable. Nous sommes réunis dans les mêmes locaux, ce qui permet un travail en synergie pour faire avancer les sujets. Par ailleurs, nous sommes entièrement financés par le DEFI depuis notre création. Notre maison est une structure d’intérêt général, et tous nos services sont gratuits, grâce à ce soutien.
Fort de nos résultats, nous sommes engagés dans une stratégie de visibilité accrue pour continuer à faire connaître nos services et poursuivre nos actions de promotion des fabricants français. Nous sommes très présents sur les salons et serons exposant au prochain Blossom Première Vision, qui accueille pour la première fois des façonniers français. Un nouveau rendez-vous pour promouvoir les savoir-faire, et valoriser une mode durable et désirable.
En savoir plus sur la Maison du savoir-Faire et de la Création : maisondusavoirfaire.com
Et sur la campagne Savoir pour Faire : savoirpourfaire.fr
Groupe Franaud, une démarche de transparence, de fiabilité et de polyvalence
Implanté dans le Grand Ouest, le groupe fédère quatre ateliers de confection et un bureau d’études spécialisés dans le prêt-à-porter haut de gamme et luxe. Derrière cette organisation, une ambition claire : préserver et structurer un savoir-faire industriel et artisanal français, tout en offrant aux marques et Maisons une capacité de production à la fois agile, réactive et coordonnée. Notre reportage, réalisé par les équipes de la Maison du Savoir-faire et de la Création, affiliée à l’UFIMH.
Fondé par Françoise Piou et Arnaud Nassiet, le groupe s’impose aujourd’hui comme un maillon essentiel de la confection française. Grâce à une stratégie de synergie entre ateliers et à une montée en compétence continue, le groupe Franaud est capable à la fois de répondre aux exigences du luxe et de faire vivre les savoir-faire sur le territoire.
Une organisation par ateliers : spécialisation et complémentarité des savoir-faire
Le groupe Franaud bénéficie de l’alchimie d’un duo de dirigeants aux profils complémentaires. Françoise Piou a construit une carrière internationale dans les achats et la gestion de production textile industrielle, avant de revenir dans sa région natale pour “retrouver le contact avec la matière” en reprenant l'atelier La Ferrière Couture. Arnaud Nassiet, quant à lui, apporte une expérience issue de la verrerie et du management, avant de rejoindre Françoise pour reprendre ensemble les ateliers Legé Haute Façon et L'Aiguillon Couture.
Sous leur impulsion, ces rachats ont impulsé la création du quatrième atelier et peu à peu un groupe s’est constitué. Les ateliers ont été structurés, modernisés, montés en gamme et diversifiés avec de nouveaux équipements et savoir-faire : maille, plumasserie, collage. “Notre principal investissement a toujours été dans le bâtiment, le matériel et les machines… Et ce, à chaque fois que nous développions un nouveau savoir-faire", souligne Françoise Piou. Monter en gamme pour le luxe a été un véritable challenge et Françoise Piou est consciente de l’intensité humaine que demande ce travail de sophistication, elle explique : “quand j’ai repris la Ferrière, avec la montée en gamme on passait de 300 pièces par jour à 50 pièces luxe, car la valeur se trouve ailleurs et ce changement là se vit dans le corps”.
L’une des forces du groupe réside dans son organisation claire et lisible : chaque atelier est identifié par un savoir-faire principal, reconnu et valorisé. “La Ferrière Couture (créée en 1972) se concentre sur la confection de pantalons et jupes en chaîne et trame, tailleur ou soie. Legé Haute-Façon développe les techniques du flou et de la couture main, notamment pour la robe de mariée. L’Aiguillon Couture s’affirme dans la maille structurée et la plumasserie tandis qu'Arnoise Collage Confection innove à travers l’assemblage par collage ou par couture au moyen de découpe par ultrasons ou laser”, explique la co-dirigeante.
Un duo dirigeant au service de l’agilité et de la transmission
“Chaque atelier a son savoir-faire principal, mais aussi un second voire un troisième. Cela nous permet de jongler d’un atelier à l’autre, d’être agiles et polyvalents”. Cette organisation donne au groupe une souplesse rare dans la confection : en cas de départs, de pics d’activité ou de besoins spécifiques, les collaborateurs peuvent être redéployés, les compétences mutualisées, et les savoir-faire transmis d’un atelier à l’autre. Une logique essentielle dans un contexte où les métiers de la confection ne peuvent plus reposer sur une seule personne-clé. En effet, les cheffes d’atelier, présentes depuis le début du groupe “gèrent tout, donc on doit structurer nos ateliers car demain quand la personne partira à la retraite nous n'aurons pas toutes ces compétences en une seule et même personne. Il faut communiquer, former et informer”, déclare Françoise Piou.
La formation et la polyvalence sont ainsi au cœur du modèle. “Pour monter en compétence une personne en flou luxe, il faut minimum trois ans, rappelle Françoise Piou. Ainsi, le groupe recrute, forme et encourage la montée en compétence et manage selon une logique du Lean Management qui “réunit et élève les gens, c’est un socle qui fédère l’entreprise, il ne faut plus de gens seuls et isolés”, témoigne la co-dirigeante.
La diversification technique soutient cette dynamique. L’atelier Arnoise, unique entité créée par le groupe, a par exemple investi dans des presses et machines ultrason/laser pour garantir la qualité du thermocollage. “Nous menons constamment des tests pour trouver la bonne colle, la bonne température, la bonne épaisseur et les bons fournisseurs. Cet atelier est une vraie fourmilière”, raconte Françoise. Avec ses savoir-faire établis comme la couture floue et surtout le pantalon structuré aux finitions luxe et ceux acquis ces dernières années telles la plumasserie pour accessoires de mode et la maille haut de gamme, le groupe entend poursuivre sa progression, convaincu que l’avenir du Made in France repose sur l’alliance entre innovation et excellence artisanale.
Un engagement RSE et une adaptation permanente
L’engagement du groupe Franaud se lit aussi dans sa démarche RSE structurée : labellisation Origine France Garantie, certification GOTS, et obtention prochaine du label Les Ateliers Engagés prévue pour début 2026. Ces initiatives traduisent une responsabilité sociale, environnementale et humaine assumée, en réponse aux exigences croissantes des Maisons. “Les Maisons de luxe nous challengent fortement sur les sujets RSE, notamment avec les audits et leur vision”, souligne Arnaud Nassiet.
Le duo dirigeant incarne une direction de terrain, “nous allons chaque semaine dans tous les ateliers du groupe”, confie-il. Une proximité qui permet de rester connecté à la réalité du geste, des équipes et des clients. Mais les défis demeurent : la concurrence internationale, la tension sur les ressources humaines et les fluctuations du marché du luxe. Une lucidité qui souligne la résilience nécessaire pour maintenir un modèle de façonnier français solide.
Enfin, si le groupe revendique son positionnement haut de gamme, il reste pragmatique : “À La Ferrière, pour certaines commandes, on sort parfois un peu du luxe, ce qui permet d’embaucher et d’apprendre aux jeunes les gestes”. Cette capacité à s’adapter sans se dénaturer résume bien l’esprit Franaud : un équilibre entre héritage et modernité, excellence et ancrage territorial.
Le groupe Franaud incarne un mariage réussi entre histoire industrielle régionale et ambition d’excellence. Grâce à la vision de Françoise Piou et Arnaud Nassiet, à l’organisation spécialisée de ses ateliers et à son engagement constant pour la transmission et l’innovation, il démontre que la fabrication française peut allier finesse, agilité et responsabilité pour continuer à faire rayonner le savoir-faire de la confection sur le territoire.
Pour en savoir plus, découvrez les fiches des différents ateliers du groupe Franaud :
3 questions à… Laurent Drouard, Directeur du bureau d’études Lecarpentier
« Notre socle, c’est notre savoir-faire ».
Spécialisé dans la Couture et le prêt-à-porter, le bureau d’études Lecarpentier est l’un des bureaux d’études de référence pour les grandes marques et Maisons de luxe. Son directeur, Laurent Drouard, nous dévoile les clés de la réussite de cette entreprise installée à deux pas de Cholet, et qui participe depuis près de 50 ans à l’excellence de la fabrication française.
1/ Pouvez-vous tout d'abord nous présenter votre activité ?
Nous sommes au cœur du processus de production d’un vêtement, notre mission est de donner corps aux idées des créateurs. Notre travail commence dès réception des croquis et d’une discussion approfondie entre nos patronnières et nos clients pour la bonne compréhension des attentes. Celles-ci réalisent les patronages, qui rejoignent ensuite le bureau des prototypistes où sera monté un premier prototype en toile, envoyé au client pour d’éventuelles retouches. Une fois les modifications portées, nous travaillons à la réalisation d’un prototype conforme, ce qui est le cœur de métier de tout bureau d’études. Après cette étape, les prototypes validés sont repris par les équipes qui travaillent à leur industrialisation, appelé aussi normalisation. Elles élaborent alors un dossier technique qui contient la gradation des modèles (l’évolution selon les tailles), les différentes sections de montage. Une fois complet, ce dossier est envoyé à la marque qui le transmet à son façonnier pour la réalisation en série des vêtements.
2/ Votre entreprise connait un développement continu dans un marché assez difficile. Quels sont, selon vous, les recettes de ce succès ?
Ce marché est concurrentiel, mais aussi très volatile. Nos clients sont, pour beaucoup, des fidèles, mais nous avons de plus en plus de contrats ponctuels, ce qui impose une agilité importante. Nos partenaires nous font confiance pour deux raisons essentielles. La première est la qualité de notre savoir-faire, issue d’une expérience de plus de 40 années. Cette expertise est une assurance pour nos clients, qui savent que le travail sera parfaitement exécuté et rendu dans les délais. Nous avons mis du temps à acquérir cette reconnaissance et elle constitue l'élément clé de notre réussite. Notre socle, c'est notre savoir-faire, notre rigueur et notre méthodologie. Ce qui fait la différence ensuite, c'est une agilité, une capacité à travailler dans des délais courts et sur une multitude de produits et de problématiques. Nous pouvons répondre à toutes les demandes de modèles dans des matières très différentes, du chemisier en voile de soie au manteau en draps de laine ou fausse fourrure.
Cette richesse est le résultat d’années d'expérience de nos équipes. Nous avons peu de turnover ; nos collaborateurs sont fidèles parce que le métier est exigeant mais passionnant ! On ne s'ennuie jamais car nous avons un nouveau challenge chaque semaine ! Nous organisons dans les ateliers la montée en compétences des plus jeunes salariées. Il faut au moins 5-6 ans de pratique après la formation initiale pour devenir une bonne patronnière, de même pour une prototypiste. Cette expérience s’acquiert par la transmission et l’humilité de vouloir apprendre tout au long de sa carrière.
Votre entreprise va bientôt fêter ses 50 ans. Quels sont vos projets pour la suite ?
Nous venons de franchir une étape majeure avec le rachat du bureau d’études Court Métrage, autre acteur historique et référence reconnue du secteur en France. La réunification des deux structures sur le même site de Mortagne sur Sèvre en Vendée déjà effectué, notre priorité est aujourd’hui de consolider ce rapprochement. Celles-ci sont de tailles assez équivalentes, avec des savoir-faire complémentaires, ce qui va nous permettre de proposer une palette d'expertises plus large et de compléter nos équipements industriels ; notamment avec une coupe automatique, que nous n’avions pas. Nous allons ainsi doubler le nombre de nos salariés (15 en tout) et augmenter considérablement les capacités de l'entreprise. L’équipe va être constituée de 7 modélistes et près de 5 Prototypistes ainsi que de 2 personnes en charge de prestations de contrôle qualité. Cet investissement m’a semblé essentiel pour poursuivre notre développement. Aujourd’hui, des sociétés comme la nôtre doivent atteindre une taille critique pour répondre aux exigences des maisons : être en capacité d’accepter des commandes plus diversifiées, être agile pour répondre à des délais de plus en plus resserrés. Les façonniers français ont déjà commencé cette démarche de regroupement et de consolidation et c’est dans cette même logique, selon moi, que les bureaux d’études doivent aujourd’hui penser le même changement d'échelle.
Retrouvez les informations sur le bureau d’études Lecarpentier sur la plateforme de la Maison du Savoir-Faire et de la Création : https://maisondusavoirfaire.com/user/login?destination=/entreprises/lecarpentier