3 questions à… Amedi Nacer, président des Manufactures de Normandie.
« J’ai la conviction que la production française est un secteur d’avenir »
Avec un chiffre d’affaires en constante progression et les grandes maisons du luxe français pour clients, les Manufactures de Normandie sont l’un des meilleurs exemples de la vitalité du Made in France. Avec son président Amedi Nacer, les dessous de cette réussite.
Pouvez-vous tout d’abord nous présenter votre entreprise…
Basées à Caen, les Manufactures de Normandie sont la fusion des sociétés Thierry et Fonlupt que j’ai rachetées en 2004 et 2012. Deux entreprises aux expertises très complémentaires qui nous permettent aujourd’hui de répondre aux attentes des grandes maisons du luxe français avec quatre pôles d’activités : la maroquinerie, le flou, le tailleur et le développement de nouveaux savoir-faire. La société réunit aujourd’hui 220 artisans et 14 nationalités – des français, mais aussi des afghans, syriens, chinois… Des professionnels motivés qui viennent ici avec une expérience très riche, acquise dans leur propre pays. Celle-ci est complétée par une formation « maison » que nous proposons à nos employés dès leur arrivée et tout au long de leur carrière afin qu’ils puissent acquérir l’ensemble des savoir-faire maison, comme la très exigeante « couture point main ». Deux formatrices, qui ont travaillé durant plus de 20 ans dans l’entreprise, encadrent ces temps d’apprentissage et transmettent les gestes qui sont notre patrimoine. C’est l’une de nos singularités, nous sommes à la fois une entreprise et un centre de formation.
Les Manufactures de Normandie connaissent un développement continu. Quelles sont les clés de votre succès, et quels retours d’expérience pourriez-vous partager ?
Notre principal atout réside dans notre volonté à nous adapter en permanence, aux marchés, aux attentes de nos clients et à celles de nos salariés. Nous avons toujours placé les besoins de nos employés au cœur des préoccupations de l’entreprise car nous considérons qu’ils sont sa première richesse. Nous attachons une grande importance à la transmission des savoir-faire d’excellence, avec une exigence qui est l’une de nos valeurs communes. Nous cultivons également un management apaisé et de proximité. Tous nos managers sont issus de l’entreprise. Nous tentons de créer les conditions pour que les employés s’investissent, qu’ils aient envie de prendre des responsabilités sans craindre l’échec.
Quels sont vos projets, vos ambitions pour les 3 prochaines années ?
Nous allons développer encore notre pôle formation car il contribue incontestablement à la bonne santé de l’entreprise. Nous avons aussi pour ambition d’améliorer la rémunération de nos salariés afin de renforcer la pérennité de nos équipes. Côté technique, nous travaillons à monter en compétences dans le domaine de la digitalisation, notamment de la supply chain. Nous avons créé un bureau d’études pour accompagner nos clients en étant davantage force de proposition et en valorisant l’excellence de nos savoir-faire. Enfin, nous sommes très engagés dans le domaine de la RSE et nous allons poursuivre nos actions autour de la réduction de notre bilan carbone.
Autant d’objectifs qui participent à valoriser une certaine idée du Made in France auquel nous sommes très attachés. Nous avons su préserver, transmettre et moderniser des savoir-faire exceptionnels et nous avons la conviction que la production française est un secteur d’avenir, pourvu que les entreprises développent cette capacité de s’adapter, en permanence, aux attentes du marché.
Un univers qui connaît un succès jamais démenti. Comment avez-vous pensé votre développement ?
Dès le début, nous avons choisi un modèle de fabrication en précommande, ce qui nous permet d’optimiser les volumes, les stocks, et donc les coûts. Nous avons décidé de nous faire connaître à travers les salons, tissant des liens forts avec nos clients et partenaires à qui nous pré-vendions nos collections. Nous avons créé notre site de vente en 2017, une fois la marque déjà installée et nous avons ouvert ensuite une première boutique dans le 11ème arrondissement à Paris. Nos secteurs d'activité sont équilibrés : le prêt à porter représente un peu plus de 40% de notre CA, les accessoires textiles 45% et l’univers maison 15%.
Nous avons réussi à organiser notre croissance sans lever de fonds, dans un modèle d’autofinancement. Nous employons désormais une dizaine de salariés et si la France reste l’un de nos plus grands marchés, nous sommes très présents à l’international, en Europe (Belgique suisse, Espagne), aux Etats-Unis, en Australie et en Asie (Japon, Corée, Taïwan).
Nous sommes également très fières d’être distribuées dans des lieux prestigieux, notamment des boutiques de musée comme le MoMA à New York. Et même si nous avons pour règle de ne pas divulguer notre chiffre d’affaires, nous pouvons dire que nous connaissons une croissance continue.
Quels sont vos projets pour les prochaines années ?
Nous savourons le privilège d’être indépendantes, ce qui nous permet de gérer notre croissance comme nous l’entendons. Notre objectif est aujourd’hui de nous développer en matière de création mais également en termes de business, notamment dans les territoires où nous ne sommes pas encore, comme le reste de l’Asie.
Nous allons poursuivre notre développement de façon raisonnée, avec une vraie réflexion stratégique. Les fédérations membres de l’UFIMH, et notamment la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin - FFPAPF - nous sont pour cela très précieuses. Nous avons déjà participé au programme Talents, nous avons été coachées par les équipes qui nous ont confortées dans certains choix, et ciblé des points à optimiser. Nous bénéficions d’aides pour participer à des salons internationaux, d’un accompagnement RSE et d’un budget pour optimiser notre développement digital. Un soutien global qui a indéniablement constitué un levier d'accélération pour notre entreprise…
Mapoésie est membre de la Fédération du Prêt-à-Porter Féminin affiliée à l’UFIMH.
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