3 Questions à… Charlotte Dereux
A la tête de la marque Patine qu’elle a créée voilà huit ans, Charlotte Dereux propose un vestiaire cool et durable qui mêle nostalgie des années 80 et solide engagement écologique. Le détail de son parcours, et de ses projets alors que la marque est en levée de fonds sur la plateforme éthique LITA.co
En 2017, vous avez concrétisé votre rêve, créer votre propre marque de mode. Quelle philosophie portez-vous avec ce label ?
La mode est une passion depuis toujours et j’ai osé franchir le pas après 10 ans dans une entreprise. J’ai alors commencé à penser ma marque mais j’ai vite découvert que la mode, telle qu’elle était produite le plus souvent, n’était pas compatible avec mes valeurs. Patine est née de ce constat et de la volonté de concevoir, fabriquer et distribuer des vêtements de façon éthique et durable. Pour cela, je m’inspire beaucoup de l’univers de la food, pionnier dans la transition écologique. Je pense mes collections comme la carte courte d’un restaurant avec des pièces signature dont on connait le créateur, l’origine des matières premières et les lieux de fabrication. L’univers de la femme représente 90% de notre production (denim, maille, etc) avec quelques essentiels -le jean Breda en coton régénératif, la chemise Tony en toile tissée de la Maison Charlieu. Nous n’avons pas de rythme de collection et travaillons autour d’un catalogue de 80 modèles par an, dont certains sont réédités via des déclinaisons de couleur ou de tissu. Nous proposons une pièce plus ambitieuse par semestre, lancée en pré commande auprès de notre communauté (un manteau pour la rentrée). Les créations s’inscrivent dans une « mode à reporter », avec des matières belles et durables et des vêtements singuliers qui ont une histoire et auxquels on s’attache.
Les années 80 sont importantes dans l’ADN de Patine. Qu’est-ce qui vous séduit dans cette époque ?
Il ne s’agit pas de nostalgie, mais du désir de s’inspirer d’une époque qui, à mes yeux, infusait une joie, une énergie, une vraie envie de futur. Mon vestiaire en transpose de nombreux codes : des couleurs primaires, des formes géométriques, des emmanchures déportées. Nos modèles ont une attitude, un mouvement qui incarne l’esprit d’une femme qui bouge et essaie de changer le monde, en mieux. Mais il n’y a rien de littéral, je transpose ces inspirations dans l’époque, notamment avec des matières premières innovantes et vertueuses. Nous collaborons, par exemple avec la maison Pyratex en Espagne qui produit du micro tencel, une matière technique à partir de cellulose de bois qui remplace le polyamide.
Patine est certifiée BCorp et Entreprise à Mission. Présentez-nous ces labels dans les grandes lignes…
Une « Entreprise à mission » doit inventer un nouveau modèle de marque qui rende possible un désir de mode vertueux sur le plan humain et environnemental. Chez Patine, tout est organisé autour de ce cap. Nous privilégions les précommandes pour lutter contre les invendus, nous ne recourrons pas aux soldes car nous vendons au juste prix… Nous cherchons aussi à faire et faire savoir, afin d’inciter nos clientes à évoluer. Tout aussi exigeant, le label BCorp obéit aux commandements de l’Onu autour du développement durable. Pour s’y conformer, nous produisons en Europe (Portugal, Espagne, Italie, France), nous prenons en compte nos émissions directes et indirectes (et celles de nos partenaires) pour réduire notre bilan carbone. Nous travaillons la question des transports et livrons en point relais, plus vertueux qu’à domicile…
Notre modèle est exigeant mais il fonctionne. Patine est fière de sa croissance, +38% l’année dernière, ce qui nous donne envie d’aller plus loin, notamment de penser un développement européen grâce à notre levée de fonds ouverte aux particuliers et business angels sur la plateforme LITA.co
Retrouvez les actualités et produits de la marque sur le site www.patine.fr
Un univers qui connaît un succès jamais démenti. Comment avez-vous pensé votre développement ?
Dès le début, nous avons choisi un modèle de fabrication en précommande, ce qui nous permet d’optimiser les volumes, les stocks, et donc les coûts. Nous avons décidé de nous faire connaître à travers les salons, tissant des liens forts avec nos clients et partenaires à qui nous pré-vendions nos collections. Nous avons créé notre site de vente en 2017, une fois la marque déjà installée et nous avons ouvert ensuite une première boutique dans le 11ème arrondissement à Paris. Nos secteurs d'activité sont équilibrés : le prêt à porter représente un peu plus de 40% de notre CA, les accessoires textiles 45% et l’univers maison 15%.
Nous avons réussi à organiser notre croissance sans lever de fonds, dans un modèle d’autofinancement. Nous employons désormais une dizaine de salariés et si la France reste l’un de nos plus grands marchés, nous sommes très présents à l’international, en Europe (Belgique suisse, Espagne), aux Etats-Unis, en Australie et en Asie (Japon, Corée, Taïwan).
Nous sommes également très fières d’être distribuées dans des lieux prestigieux, notamment des boutiques de musée comme le MoMA à New York. Et même si nous avons pour règle de ne pas divulguer notre chiffre d’affaires, nous pouvons dire que nous connaissons une croissance continue.
Quels sont vos projets pour les prochaines années ?
Nous savourons le privilège d’être indépendantes, ce qui nous permet de gérer notre croissance comme nous l’entendons. Notre objectif est aujourd’hui de nous développer en matière de création mais également en termes de business, notamment dans les territoires où nous ne sommes pas encore, comme le reste de l’Asie.
Nous allons poursuivre notre développement de façon raisonnée, avec une vraie réflexion stratégique. Les fédérations membres de l’UFIMH, et notamment la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin - FFPAPF - nous sont pour cela très précieuses. Nous avons déjà participé au programme Talents, nous avons été coachées par les équipes qui nous ont confortées dans certains choix, et ciblé des points à optimiser. Nous bénéficions d’aides pour participer à des salons internationaux, d’un accompagnement RSE et d’un budget pour optimiser notre développement digital. Un soutien global qui a indéniablement constitué un levier d'accélération pour notre entreprise…
Mapoésie est membre de la Fédération du Prêt-à-Porter Féminin affiliée à l’UFIMH.
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