L’IFM : une école d’excellence pour les métiers techniques de la mode

4 mars 2026

Depuis sa fusion avec la chambre syndicale de la Haute Couture, l’Institut Français de la Mode a donné un nouvel élan à des formations techniques, alliant désormais savoir-faire français et technologies modernes. Zoom sur ce renouveau avec l’enquête menée par la Maison du Savoir-Faire et de la Création.

Dans la mode, les collaborations permettent souvent de réunir le meilleur des deux partenaires… On pourrait en dire autant dans l’univers de la formation si l’on en juge par la fusion très fructueuse réalisée en 2019 entre l’Institut Français de la Mode (IFM) et l’École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, deux institutions réputées mondialement.
La première, créée en 1986, avait pour vocation initiale de préparer les futurs managers de la mode, y compris en matière de création. La seconde permet depuis 1927 d’acquérir les bases techniques de la Haute-Couture au sein des grandes Maisons autant que les techniques de modélisme, de fabrication, de finitions et de mise en forme nécessaires aux ateliers de confection français.

La fusion de l’IFM et de l’École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne a abouti à une combinaison unique au monde. “Nous sommes la seule école de mode au niveau mondial à réunir sur le même campus ces trois piliers que sont le management, la création et les savoir-faire techniques”, souligne Sylvie Ebel, la directrice générale adjointe de l’IFM.

Tournant moderne

Les formations techniques issues de la Chambre Syndicale ont tiré parti de ce rapprochement.
Elles “ont pris un tournant un peu plus moderne avec l’IFM, explique Blenda Clerjon, la directrice des programmes pédagogiques du CAP et BP, professeure et référente du Bachelor of Arts in fashion Design de l’IFM. Nous avons gardé les origines très importantes de la Chambre syndicale, conservé l’héritage et sa transmission du savoir-faire français et nous lui avons redonné une dimension plus actuelle, grâce à une équipe jeune et dynamique”.
Cette mise à jour des enseignements a bénéficié aux deux formations historiques en alternance, mises en place dès 1927, délivrant des certificats d’aptitude professionnelle. Soit le CAP Métiers de la mode (niveau trois), qui forme les couturiers, mécaniciens monteurs et prototypistes et le Brevet Professionnel (BP) Vêtement sur mesure (niveau quatre), “permettant d’acquérir une haute technicité en confection de vêtements sur mesure” nécessaire aux premières mains et aux modélistes/toilistes.

Deux nouveaux cursus

Preuve de l’intérêt que suscite la Couture, le cursus technique s’est étoffé avec l’adjonction de deux nouvelles formations : en 2019, un Bachelor Modéliste Concepteur (BMC) dont le programme innovant (niveau 6) est proposé sur trois ans en alternance puis, en 2023, un CAP Couture Post-bac en 1 an.
« Cette formation accélérée à plein temps permet de découvrir les métiers de la couture et a l’avantage de s’adresser aussi bien à des personnes en réorientation (fin de carrière ou en cours d’études) qu’à des étudiants étrangers possédant un équivalent du baccalauréat, désireux de se former aux savoir-faire français et de rejoindre l’IFM”, précise Blenda Clerjon.
A tous les niveaux, un même constat d’excellence se retrouve, celui-ci se traduit par des taux de réussite et de placement exceptionnels. Entre 98% des 45 étudiants de CAP et des 20 étudiants du BP sortent diplômés. Des taux attestés par l’Etat, chargé de la correction des examens. Le taux d’insertion professionnelle est proche, pour sa part, de 85% dans les six mois qui suivent la fin des formations.

170 entreprises partenaires

Ces statistiques sont d’autant plus satisfaisantes que l’IFM a gagné la confiance et la fidélité de nombreuses entreprises françaises, soit environ 170. Le panel s’étend des plus grandes Maisons de luxe, comme Dior, Chanel, Hermès, Givenchy ou Louis Vuitton, aux ateliers de confection répartis dans toute la France en passant par les bureaux d’étude ou marques de mode…
Pour arriver à une telle réussite, plusieurs éléments se combinent, soit à la fois un enseignement adapté et une sélection exigeante des étudiants.

Un corps professoral proche du terrain

Premier atout de taille : « l’équipe de professionnels pilotant les enseignements est largement aguerrie aux réalités du terrain », explique Blenda Clerjon. Toute cette équipe échange régulièrement avec les tuteurs des étudiants, via des visites en entreprise ou deux rencontres semestrielles, mais aussi avec l’Education Nationale, pour lui faire prendre conscience de l’évolution du terrain et adapter l’enseignement. “Pour les CAP, les diplômés sont formés aux référentiels de l’Education Nationale, à savoir des blocs de compétences, souligne Blenda Clerjon. En dehors de ceux-là, nous avons un peu de latitude pour personnaliser le programme et répondre aux besoins de nos entreprises partenaires ».
Cette fluidité entre théorie et pratique se traduit dans la pédagogie de l’école. “Nous avons des études de cas réel sur les problématiques de la fabrication et tout ce qui tourne autour”, indique la responsable. L’enseignement porte sur des techniques issues d’une longue tradition, comme le moulage, le patronage, la couture à la machine ou à la main. Mais depuis la fusion de 2019, il intègre aussi de nouvelles technologies – formation à la CAO, PAO et prototypage 3D.

Priorité à la RSE

La RSE est aussi désormais un must à l’IFM avec de plus en plus de projets axés sur le recyclage et la circularité des matériaux, l’upcycling et l’ecosourcing. “Nous sensibilisons les jeunes aux enjeux sociaux et environnementaux, explique Blenda Clerjon. Nous essayons de les pousser à faire de l’upcycling à la fois des matières et produits déjà existants, voire à introduire des matières autres que les textiles dans leurs projets”. Les étudiants peuvent ainsi utiliser des fins de rouleaux ou de stocks donnés par les Maisons partenaires.
Une autre explication majeure des performances de l’école repose sur la façon dont elle choisit ses étudiants. « A l’IFM, nous formons des passionnés qui viennent découvrir la mode en commençant par les bases. Nos recrutements sont exigeants. Motivation, projets d’avenir, curiosité, minutie, patience, capacité à travailler en équipe, à répondre aux briefs et à suivre les consignes sont pris en compte tout comme la capacité à faire preuve d’intelligence sociale. Ces qualités sont constamment mises à l’épreuve puisque nos alternants sont perpétuellement en situation professionnelle, même lorsqu’ils sont en classe », fait valoir Blenda Clerjon.

Une sélection exigeante

Cela se traduit par une sélection stricte à l’entrée des formations. Alors qu’il y a 300 à 400 postulants par an, l’IFM ne dispose que de 45 places, “réparties en trois classes pour leur transmettre les savoir-faire dans de bonnes conditions” pour les CAP en alternance. Et il n’a que 20 places à offrir aux candidats au CAP à temps plein et aux BP !
Certes, la demande est réelle dans les Maisons, ateliers et bureaux d’études pour les étudiants formés par l’IFM… Mais faute de places suffisantes en alternance en entreprise, l’IFM préfère ne pas augmenter le nombre actuel d’étudiants. Ce qui lui demande un temps important pour bien étudier tous les dossiers et n’oublier personne. Un travail conséquent alors que les candidatures sont à la hausse ces deux dernières années, traduisant l’engouement croissant pour les métiers de la main.

Des formations techniques prisées

Alors que le CAP à temps plein accepte des étudiants âgés de plus de 30 ans (ce qui n’est pas le cas dans les formations en alternance), la responsable voit aussi “des personnes en reconversion professionnelle, ayant fait des études pour rassurer leurs parents. Et comme elles sont malheureuses dans leurs professions initiales, elles reviennent à leur souhait initial d’exercer un métier manuel”. Preuve de leur motivation : elles sont prêtes à investir 12 500 €, le coût de cette formation sans alternance !
L’entrée dans le giron de l’IFM de formations techniques est aussi un plus pour les futurs managers. A la demande des étudiants de ses cursus de management, l’Institut a ainsi créé un certificat pour que ces derniers puissent s’initier aux techniques de la couture, lors de sessions supplémentaires le samedi. « Pour des raisons pratiques, nous avons dû limiter les classes à une vingtaine d’étudiants mais les candidats ne manquent pas”, souligne Sylvie Ebel. Celle-ci a bien conscience du rôle majeur dévolu désormais à l’IFM dans le secteur.
“On nous a confié cette école avec des formations essentielles à la spécificité de notre filière. Nous ne nous contentons pas de “garder le temple”, mais nous développons aussi les formations de ces métiers essentiels à l’industrie du luxe française. Et nous allons encore renforcer les choses”, explique la directrice adjointe. A l’image de l’industrie de la mode, alliant création et technique, l’IFM fait ainsi à la fois preuve d’imagination et de rigueur pour maintenir vivante la flamme des savoir-faire français et de leur transmission.

Pour en savoir plus, découvrez le site de l’Institut Français de la Mode.
Retrouvez les articles du magazine de la Maison du Savoir-Faire et de la Création ici

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Grand entretien avec… Yann Rivoallan, Président de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin.

Lutte contre l’ultra fast fashion  « Maintenant, il faut faire appliquer la loi » Si l’année 2025 a permis de réelles avancées avec l’adoption par le Sénat de la proposition de loi visant à freiner l’essor de l’ultra fast fashion, il reste désormais à veiller à la mise en œuvre de l’ensemble des actions engagées. Avec Yann Rivoallan, le détail de la feuille de route 2026…  Le 1er mars prochain verra tout d’abord la mise en place d’une taxe sur les petits colis. Pouvez-vous nous en dire plus ? A partir du 1er mars en effet, une taxe de 2 euros viendra cibler les petits colis, de moins de 150 euros, en provenance des pays extra-européens. Cette mesure devrait rapporter 1,5 milliard d’euros et financer ainsi les contrôles douaniers sur les produits entrant sur le sol français. Rappelons que quelque 800 millions de colis sont arrivés en France l’an dernier et le récent contrôle de 200 000 d’entre eux a montré que 80% des colis de la marque Shein étaient hors normes, voire dangereux. Shein prendra vraisemblablement cette taxe à sa charge, rendant l’action moins visible pour ses clients. Quoi qu'il en soit, cette mesure permettra aux services des douanes de se doter d’outils plus performants et de renforcer leur personnel avec un objectif :  mieux suivre la mise en adéquation des produits arrivants avec les législations, française et européenne. Mieux encore, la commission européenne devrait mettre en place au 1er juillet une taxe sur le même modèle, cette fois de 3 ou 4 euros. Cette action européenne joue un rôle important dans la lutte ? Elle est essentielle, d’abord en terme de symbole. Elle montre une Europe unie, capable d’agir autour d’une même ambition : la préservation de notre industrie textile. Elle permet aussi un meilleur respect de la loi. Nous savons que les plateformes asiatiques d'ultra fast fashion vont chercher à détourner la législation, en tentant de recevoir leurs colis dans certains pays comme la Hongrie, pour les acheminer ensuite en France, échappant ainsi aux taxes. Si la loi européenne est votée, cette option ne sera plus possible. Revenons en France, vous attendez beaucoup du procès engagé par l’état pour bloquer la marketplace Shein, Pouvez-vous nous en dire plus ?  A l’automne dernier, l'État français a demandé le blocage total du site Shein, après la découverte de la vente de poupées sexuelles à l’apparence de fillettes, d’armes de catégorie A et de médicaments interdits. Le tribunal judiciaire de Paris a rejeté cette demande, la jugeant disproportionnée, même s’il reconnaissait un dommage grave à l’ordre public. L’Etat revient devant la cour d’appel avec un autre angle, exigeant le seul blocage de la marketplace. Ce que l’Etat demande à Shein ? Une activité limitée à la vente de vêtements de la marque et l’application de mesures de contrôle efficaces pour éviter le retour illicite de produits similaires, ainsi qu'un audit du site. Par ailleurs, vous suivez le déroulement du procès d’Aix-en-Provence, intenté à la marque Shein pour « réparation en concurrence déloyale…» Ce procès est également essentiel car il répond à une plainte déposée par 19 fédérations dont l'UFIMH bien sûr, qui représentent l’ensemble de la chaîne de valeur de la mode (de la fabrication à la distribution) sans compter les fédérations du bijou, de la chaussure… et plus d'une centaine de marques. Une mobilisation inédite qui montre la détermination, et la force de frappe, de la filière. Ceci intervient dans un contexte particulier, l’attente du passage en commission paritaire de la proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile, passage qui rendrait son adoption définitive. Avez-vous une date pour cela ? Et quelles sont les grandes lignes de la future loi ? Nous espérons que ce sera bouclé en 2026. Rappelons que cette proposition de loi s’articule autour de différents axes. D’une part, une définition officielle de la fast fashion, avec l’établissement de seuils de mise sur le marché de nouvelles références de vêtements ou d’accessoires sur un temps donné, seuils qui ne pourront pas être dépassés. D’autre part, la mise en place de différentes mesures pour sanctionner la fast fashion. Un bonus/malus pour récompenser ou condamner les entreprises selon leur note au score EcoVadis, ce malus environnemental (jusqu’à 10 euros par produit) permettant de soutenir les acteurs les plus vertueux. L’interdiction de la publicité et de la promotion des entreprises de fast fashion pour lutter contre l’incitation à la surconsommation. Enfin, les entreprises proposant de la vente en ligne devront afficher sur leur site des messages sensibilisant à l’aspect environnemental de la mode. L’UFIMH et les institutions adhérentes ont été particulièrement investies dans cette lutte. Comment pensez-vous la suite ? Nous allons poursuivre nos actions, et redoubler de vigilance. Nous sommes pour le moment très concentrés sur la question du nouvel entrepôt construit par Shein en Pologne, dont nous allons tenter de comprendre les enjeux. Nous allons également poursuivre nos observations des différentes plateformes asiatiques (Shein, Temu) pour en repérer toutes les actions illégales. Enfin, nous allons poursuivre nos actions avec les parlementaires, les médias, les consommateurs et les marques pour faire entendre notre voix. Une chose est sûre, la filière ressort plus forte et déterminée après ces années de lutte, elle est surtout plus unie que jamais face à ces marques de la honte. Les actualités de l’UFIMH sur https://www.lamodefrancaise.org et celles de la FFPAPF sur https://pretaporter.com  

Enquête : Les corps se transforment, le vêtement s’adapte…

Grâce à sa dernière campagne de mensurations, l’IFTH dévoile les nouvelles morphologies des Français. Autant d’informations précieuses pour les marques et les confectionneurs qui bénéficient ainsi de données précises pour réaliser un vestiaire adapté, aussi confortable que désirable. Membre de l’UFIMH, la Maison du Savoir-faire et de la Création, nous détaille le résultat de cette enquête. La dernière Campagne Nationale de Mensuration (CNM) des Français datait de 2006. Depuis, les habitudes de vie et morphologies ont beaucoup évolué. L’IFTH (Institut français du textile habillement) vient donc de réitérer l’exercice, indispensable pour permettre aux confectionneurs et marques de fabriquer et proposer des vêtements combinant aisance et confort. Objectif : mettre à jour données et outils pour apporter le bon niveau de précision dans la gradation des modèles. Pour parvenir aux résultats actualisés, l’IFTH a utilisé des outils technologiques encore plus pointus qu’en 2006, époque à laquelle il s’était déjà appuyé sur les tous nouveaux scanners 3D. 9000 avatars adultes, 2,25 millions de points de mensurations adultes avaient alors été générés. De quoi constituer de riches bibliothèques de données morphologiques, permettant aux marques de viser des cibles précises. Mené de 2021 à début 2025 par l’IFTH en collaboration avec l’Université de Technologie de Tours (UTT) le projet “MOVE”, acronyme de développement d’un “MOdèle de Vieillissement d’Echantillon cible”, a tiré partie des outils algorithmiques pour réactualiser la précédente base de données à partir de celles d’une nouvelle collecte réalisée auprès de “seulement” 4000 personnes. Une actualisation nécessaire Les résultats récoltés ont validé la nécessité de cette actualisation car en vingt ans, les adultes français ont à la fois grandi et pris du poids. En moyenne, la Française mesure aujourd’hui 164,2 cm et pèse 65 kg. Son tour de poitrine s’est arrondi d’un cm supplémentaire et elle a aussi pris en tour de taille et de bassin. Conséquence : une femme sur deux s’habille entre la taille 40 et 44, une sur trois en 46 ou plus et moins de 20 % en 38 ou moins.  De son côté, le Français moyen mesure 3 centimètres de plus qu’en 2006 pour un poids moyen resté stable. Son tour de taille est de 91,5 cm (plus deux centimètres versus 2006). “Aujourd’hui les très grands sont plus nombreux qu’ils ne l’étaient en 2006 avec une stature moyenne de 1,91 m. Cela reste un marché de niche mais qui a progressé”, note François Pezeril, FabManager LE LAB by IFTH . “Tout cela a évidemment un impact sur la définition des tailles commerciales et par conséquent sur toute la chaîne de valeur, de la conception à la distribution des articles”. Un barème “Mode” et un barème “Général” Les données brutes fournies pour la CNM 2025 à l’issue du projet MOVE ne pouvant pas être directement utilisées par un bureau d’études, elles ont dû être “ajustées selon une progression arithmétique, cohérente et linéaire, de manière à garantir une graduation régulière, conforme aux exigences de l’industrialisation, tout en maintenant la cohérence avec le système de tailles commerciales existant”. Deux stratégies ont été déployées pour la standardisation des nouveaux barèmes Femme. Pour ne pas changer les habitudes de modélistes habitué(e)s à concevoir leurs vêtements pour une population cible “moyenne et grande” (environ 10,4 millions d’individus), l’IFTH a réalisé un premier barème, dit “Mode”. Mieux refléter la femme actuelle Le second barème, dit “Général” prend, lui, en compte la totalité des femmes adultes françaises (environ 21,6 millions), grâce à une gradation respectant réellement l’évolution morphologique en taille (stature moyenne de 164,2 cm). ”L’ancien  barème de 2006 n’habillait que 46 % de la population. Ce barème General, qui reflète mieux la femme actuelle, peut par exemple intéresser une entreprise proposant des vêtements sportifs très près du corps” souligne Hafida Boulahoite. Les entreprises peuvent choisir un de ces deux livrets anthropométriques (homme et femme) désormais disponibles à la vente. “Avec ces nouvelles données et des outils de CAO 3D, on pourra personnaliser les mensurations d’un avatar par rapport à sa cible client jusqu’à  visualiser les zones les plus sollicitées et/ou ajustées au corps, voire trop ajustées (entrejambes, coutures…), et débouchant sur un inconfort et des problèmes de durabilité à l’usage”, explique François Pezeril. Pour les confectionneurs, la mise en place de nouveaux barèmes n’est pas neutre. “Soit l’atelier a son propre bureau d’études qui va devoir faire évoluer sa base de patronage pour s’adapter aux évolutions morphologiques. Soit il recevra des dossiers d’industrialisation technique de la part de ses donneurs d’ordre, avec des fichiers de patronage qui auront évolué” explique Hafida Boulahoite. Cette meilleure adaptation à la réalité aura un impact sur la consommation des matières, grâce à un plan de coupe optimisé. Améliorer sa rentabilité avec Explored Pour les donneurs d’ordre, l’efficacité de l’utilisation des nouveaux barèmes sera décuplée avec l’application Explored, également développée par l’IFTH. Cet outil d’exploration et d’optimisation des barèmes à partir des données 2025 permet aux marques de connaître plus finement leur marché cible d’un point de vue morphologique. Pour que leurs collections de vêtements soient adaptées à leurs clientèles, la grille de tailles élaborée doit refléter réellement la morphologie des individus. “Notre méthode Explored permet d’avoir un barème de tailles adapté à la cible. De quoi ouvrir la discussion entre chefs de marché et modélistes afin d’avoir les tailles qui se vendent réellement et en quantité correcte”, explique Guy Scemama. Selon lui, toutes les marques ayant utilisé un outil d’optimisation ont observé une amélioration de leur rentabilité. De façon générale, “la bonne connaissance des tailles 2025 permettra aux marques de mieux connaître les parts de marché et taux de couverture de leur cible, de se positionner par rapport aux autres marques et de se projeter sur des nouveaux marchés”. A l’international aussi, Explored est précieux. L’IFTH s’appuie en effet sur le réseau Isize, réunissant des données morphologiques du monde entier (Europe, Etats-Unis, Chine, Corée du Sud, Canada, etc). Diminuer le risque de gestion des retours La CNM 2025 s’annonce comme un atout supplémentaire pour le Made in France et ses donneurs d’ordre, en permettant d’optimiser le bien-aller des produits. “Des vêtements mal taillés représentent autant de risques de retour pour les marques à l’heure du phygital, voir du direct to consumer. Cela peut entraîner une insatisfaction des clients et une baisse des ventes directes”, souligne François  Pezeril. Il cite des statistiques européennes et américaines édifiantes : le retour des marques commandées via Internet est d’environ 20 %,  dont plus de la moitié pour des problèmes de tailles non adaptées ! Or, le coût d’un vêtement renvoyé est d’environ 10 à 15 €… “Sans compter le coût écologique des retours à mesurer en termes de CO2 rejeté”. Les enjeux de compétitivité et de durabilité sont donc bien au cœur du sujet. Le premier livret anthropométrique CNM 2025 ciblant la Femme adulte est disponible auprès de l’IFTH depuis le 3 novembre 2025. Le Livret Homme est en en cours de finalisation pour décembre sera édité très prochainement. L’IFTH propose aussi un accompagnement technique complémentaire pour mieux appréhender ces nouveaux barèmes. Retrouvez les actualités de la Maison du Savoir-Faire et de la Création ici. Replay du RDV IFTH Oct 2025 –  "Mensurations : vos collections sont-elles adaptées aux Français(es) d’aujourd’hui ?"

3 questions à… Gildas Minvielle, Directeur de l’observatoire économique de l’Institut Fançais de la Mode (IFM)

« En 2026, pas d’embellie mais certains leviers de croissance » Alors que les chiffres du secteur textile & mode ont été publiés le 12 février dernier, Gildas Minvielle nous rappelle les grandes tendances de consommation qui ont signé l’année 2025 avant de nous dévoiler les perspectives pour 2026.  Quel bilan global faites-vous de l’année 2025 ? Plus précisément, quelles sont les grandes évolutions de la consommation de mode en France ?  Après une légère augmentation des ventes en 2024, le secteur a été plutôt en recul puisque nous sommes à - 1,6% en valeur pour l'ensemble textile & habillement, l'habillement seul affichant - 1,3%. Il s’agit toutefois d’une moyenne qui cache de profondes disparités selon les secteurs. La vente en ligne a augmenté chez les pure-players comme chez les distributeurs, avec une progression de + 1,2% en 2025 alors que les magasins sont en recul de 2,7%. A l’évidence, les boutiques sont particulièrement à la peine, constat renforcé par le Baromètre de l’IFM qui interroge les consommateurs tous les mois. Celui-ci confirme une dynamique pour le e-commerce, au détriment des magasins physiques. Selon ce baromètre, le commerce en ligne dans son ensemble représente, en valeur, 30,4 % des achats en 2025. On y observe une progression de la part de la seconde main avec 11,2% de la consommation d’habillement en moyenne, et jusqu’à 18% pour les 18-24 ans. Par ailleurs, le trio Shein & Temu & AliExpress représente 6% du volume total des achats d'habillement et 2% en valeur (en raison de prix moyens plus faibles). C’est considérable…. Enfin, je préciserais que si l’on associe les achats de la seconde main et ceux de l'ultra fast fashion, on obtient 25% des achats en volume, qui échappent donc aux acteurs historiques de l’habillement en France. Le tout dans un marché qui ne progresse quasiment pas, mais change totalement de nature. La filière a également fait face à l’augmentation des droits de douane vers les Etats-Unis. Quelles en ont été les conséquences ? Cela a-t-il été compensé par des exportations dans d’autres régions du monde ? On parle beaucoup des décisions prises par Donald Trump mais il faut rappeler que la filière n’est pas la plus mal lotie en termes de droits de douane effectifs vers les Etats-Unis. Nous en sommes à 9% (vêtements chaîne et trame) alors qu’ils s’élèvent à 15% pour les cosmétiques ou la parfumerie, et 12% pour les chaussures. De plus, les segments ne sont pas tous touchés de la même façon, le luxe étant le plus affecté. La tendance à retenir est néanmoins une baisse générale des exportations : -12% vers les Etats-Unis, un peu moins vers l’Europe avec de belles surprises, comme en Pologne où les exportations françaises connaissent une croissance de 8%. Après les fortes progressions des années 2022-23, alimentées de façon très artificielle par la hausse des prix, nous revenons en 2025 à la tendance de l’avant COVID. En termes d’exportations, nous avons donc dépassé les chiffres de 2019 alors que nous sommes encore en-deçà pour le marché français. Dans ce contexte, je serai plus positif sur le sujet que le discours ambiant, précisant qu’une entreprise française a tout intérêt à se tourner vers l’international, dans un marché local atone. La tendance de l'export fonctionne encore depuis 2019, même si elle connaît une pause vers les Etats-Unis, elle est bien orientée vers des zones géographiques comme les pays de l’Est qui sont dans un vrai élan économique. Quelles sont les perspectives pour 2026 ? Disons-le d’emblée, elles ne sont pas très positives. En France, l'économie est atone et à l’international, les tensions géopolitiques ne créent pas de contexte favorable à une grande dynamique commerciale. Au-delà de cette situation générale, il y a tout de même des raisons d’être un peu plus optimiste, comme en témoigne la réussite de certaines jeunes maisons françaises, qui proposent une façon neuve de penser la mode. Néanmoins, toutes les marques doivent faire face à l’évolution de notre écosystème : une concurrence accrue et une modification de la perception des consommateurs vis-à-vis des prix. Aujourd'hui, beaucoup pensent que 50 € est un montant trop élevé pour un vêtement. Ceci est totalement injuste car c’est oublier la création, la qualité, le travail. Aujourd'hui, de nombreux consommateurs sont très critiques. Ils ont l'impression que tout se vaut, que le Made in China est partout… Face à ce constat, il y a sans doute une vraie stratégie à mettre en place en proposant à nouveau des vêtements de qualité, en déployant aussi une communication capable de mettre en valeur un savoir-faire, l’excellence d’une matière, et en rappelant que tout cela vaut un certain prix. Enfin, tout économiste se doit de donner des chiffres pour l’année à venir. Le scénario optimiste est autour de + 1% en valeur pour 2026 ; le scénario médian - 0,5 et le pessimiste - 2. En étant optimiste, je mise sur une fourchette entre -0,5 et +1. Ce n'est pas une reprise, mais c’est très loin d’un effondrement. Pour en savoir plus sur l’IFM et son observatoire : https://www.ifmparis.fr/fr/expertise-economique-et-marketing  

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