L’IA peut-elle révolutionner l’industrie de la mode ?

28 juin 2026

Largement présente dans les champs de la création ou de la vente, l’Intelligence artificielle investit peu à peu l’ensemble de la chaine de valeur. Où se révèle-t-elle la plus efficace et comment en tirer parti ? Le point sur les multiples usages de l’IA avec les temps forts de l’enquête réalisée par la Maison du Savoir-Faire et de la Création, affiliée à l’UFIMH.  

L’IA redessine les contours de l’industrie de la mode

Si elle commence à se déployer dans la création de vêtements, le textile et la vente, l’intégration de l’IA dans la confection est encore limitée. Mais cela pourrait changer…

L’intelligence artificielle (IA) pourrait révolutionner la mode. “Cette technologie est désormais mature. Nous ne sommes plus dans la seule phase de recherche mais dans celle de l’industrialisation. On peut y aller de manière confiante, il n’y a plus de verrous technologiques” assure Robby Dubus, responsable du développement de Textil’IA, une start-up créée en 2020 par la profession textile pour tirer parti de nouvelles technologies comme l’IA. L’idée ? Développer des applications répondant à des problématiques comme la demande de digitalisation, la lutte contre la contrefaçon, la valorisation de la créativité…

Essor rapide en amont

Comme le soulignait l’article “Texprocess 2024 se place sous le signe de l’IA”, paru dans le magazine M&T2, cette technologie était la vedette de la dernière édition du Salon international leader dans le traitement des matériaux textiles et souples. “L’IA a trouvé sa place et se développe très rapidement en amont : à savoir la création d’un produit avec tous les paramètres que cela comporte, ainsi que sa préparation. Il en est de même en aval jusqu’à sa vente. Mais pour la partie « dure », la fabrication et notamment la couture, c’est plus compliqué”, souligne le magazine. La mode s’intéresse ainsi de plus en plus au potentiel de l’IA. Mais aux étapes successives de la chaîne -création, production, distribution- les pionniers sont plus ou moins nombreux à avoir déjà testé ses possibilités.

Création à la pointe

Pour la création, la mode se montre à la pointe, comme l’explique Frédéric Rose, fondateur en 2020 d’IMKI, start-up spécialisée dans les solutions d’intelligence artificielle générative d’images, dédiées à tous les métiers des ICC (Industries Culturelles et Créatives). “Quand on a travaillé sur ces industries, le secteur ayant réagi le plus rapidement a été la mode. Celle-ci a en effet besoin que l’IA se spécialise dans le stylisme modélisme”.

Pour affiner ses solutions, IMKI s’appuie à la fois sur des experts IA et métiers. “L’IA ne répète pas de choses. Nous prenons des IA qui ont appris à dessiner, nous améliorons leur entraînement sur des métiers et de ce fait, la justesse de leurs réponses. Nous sommes les seuls à avoir une telle approche”, affirme le dirigeant.

Pour la mode, la start-up fait plancher des data-scientists et ingénieurs et ses quatre stylistes modélistes (prêt-à-porter femme, homme, sportwear ou “360 degrés”) pour entraîner l’IA à dessiner des vêtements. “On implique également des spécialistes métiers comme pour une capsule denim présentée à VivaTech 2024, améliorée par un expert externe”.

Gain de temps assuré

IMKI va plus loin dans le “sur-mesure” pour ses clients, comme The Kooples, avec qui elle a développé une capsule pour la collection hiver 2024-2025. “On apprend aux IA à comprendre un corpus artistique, les codes à prendre en compte pour aligner les dessins sur une marque. Cela peut être le logo, un motif, un fermoir typique pour un sac à main. On améliore ainsi la connaissance de l’IA en intégrant l’ADN de la marque”. De quoi aussi éviter un risque auquel les clients d’IMKI se montrent très attentifs : “faire en sorte que les données qu’ils utilisent pour entraîner leur IA ne relèvent pas de tiers, mais de leur propriété”. Pour leur donner la main sur l’IA, IMKI forme ainsi ses clients au “prompting”, soit la manière de lui donner des instructions.

La question qui se pose : est-ce que l’IA peut remplacer l’humain pour la création ? Pour certaines tâches mais pas toutes, indique Frédéric Rose. “L’IA est imbattable en termes de vitesse d’exécution d’un dessin précis, par exemple, mais bien que hyper puissant, cet outil n’est cependant pas doué de volonté ni d’un “esprit de synthèse” de l’air du temps ou des tendances. Il a besoin d’un input créatif. Si le designer ne sait pas dans quelle sphère artistique l’emmener, l’IA ne sortira rien de bon”.

“L’IA accélère le processus de création, améliore l’aide à la décision et permet de rapprocher le produit de la tendance finale et de la demande du client. Aujourd’hui, sans elle, on met 8 mois pour créer un produit après avoir détecté une tendance. Avec l’IA, on divise ce temps par trois”, conclut Frédéric Rose.

Au service de la matière

A l’amont de la chaîne mode, l’industrie textile s’est aussi emparée de l’IA. “Dès nos débuts, nous avons rencontré des experts en IA et listé les applications possibles pour créer des solutions innovantes à valeur ajoutée mais accessibles pour nos PME textiles. La profession investit dans ces solutions via Textil’IA avant de les déployer. Contrairement aux idées reçues, le coût de l’IA n’est pas exorbitant et l’utilisation assez vite rentable” explique Robby Dubus de Textil’IA.

Textil’IA a déjà développé deux solutions intégrant l’IA. Son catalogue intelligent de produits en ligne permet depuis 2023 aux textiliens d’archiver digitalement leurs nombreuses créations : “on numérise leurs tissus pour les transférer vers la plateforme dotée d’outils de recherche fonctionnant à base d’IA”, explique Robby Dubus. L’utilisateur peut aisément faire des recherches parmi ses archives textiles parfois très nombreuses (plusieurs dizaines de milliers de motifs), via des mots clés ou par similarité avec une autre image, sans avoir besoin de catégoriser manuellement chacun des motifs lors de leur importation. “Ce catalogue intelligent permet de valoriser ses créations. Il facilite aussi les échanges entre fabricants et marques, en fournissant aux prospects un accès digital aux collections. L’IA générative va également permettre d’analyser leurs recherches et de leur faire soit des nouvelles propositions graphiques, soit des modifications des motifs textiles pour s’adapter à leurs besoins”.

La deuxième solution à base d’IA signée Textil’IA facilitant une veille anti-contrefaçon se nomme LOCKEO Détection. Elle permet aux textiliens de faire de la reconnaissance d’images en comparant leurs dessins à ceux présents sur des articles textiles en ligne. “Pour une PME, il ne serait pas possible d’embaucher quelqu’un pour réaliser une telle veille sept jours sur sept et ce, sans même parvenir à ces résultats”.

Transition digitale

Le troisième outil développé par Textil’IA -ODITH- déjà testé par une quarantaine d’entreprises de la filière textile-habillement (dont des confectionneurs) et commercialisé dès ce mois de septembre, ne fonctionne pas encore avec l’IA. Mais cela n’est pas exclu qu’il l’utilise un jour.

Son but est de faciliter la traçabilité en sécurisant la récupération, le stockage et la transmission des informations de fabrication des produits textiles. “Aujourd’hui, on est dans le déclaratif des fournisseurs. Avec l’IA, grâce au croisement des données, on pourrait vérifier la provenance d’un tissu, d’une origine de fabrication, cela permettrait d’améliorer la solution” indique Robby Dubus. De façon générale, il souligne que “l’IA débouche sur des solutions facilitant la transition digitale des entreprises. Sans IA, c’était ainsi impossible de digitaliser tout le patrimoine créatif des entreprises textiles !”.

S’il n’est pas spécialisé dans la confection, Robby Dubus imagine “sûrement plein d’applications IA, avec des tâches (comme les patronages)” susceptibles “d’être largement optimisées grâce à l’IA”.

Automatisation et précision

L’expérience de Haase Innovation montre que l’IA peut en effet avoir un impact significatif dans la confection. Marine Anton, dirigeante de l’atelier, a récemment investi dans une machine de coupe automatique gérant les motifs placés avec caméra embarquée recourant à l’IA. “C’est très surprenant, la caméra va scanner le motif, on va placer le patronage sur l’ordinateur et la machine va faire en sorte que les motifs soient raccordés entre le dos et le devant”, explique-t-elle.

Le gain de temps impressionne : alors que les salariées mettaient 17 minutes pour couper, à la main, un t-shirt avec motif placé, cela ne demande que 2 minutes 50 à la machine.

Marine Anton précise que son intention initiale n’était pas “d’acheter la machine pour aller plus vite” mais de pallier une difficulté de recrutement. “Les personnes à la coupe partant bientôt à la retraite, nous avons essayé de les remplacer par des jeunes”. Mais ce “travail physique, debout, long et répétitif” attirait peu.

Cela a servi de déclic pour investir dans la machine de coupe automatique et faire de premiers pas dans l’IA. Un choix que la dirigeante ne regrette manifestement pas, même si cela représente “sans doute le plus gros investissement jamais réalisé” dans l’atelier créé en 2014.

L’IA s’intègre progressivement dans l’ensemble du processus produit. Bien qu’elle soit déjà en cours d’implémentation dans les phases de création et de sourcing matières, son intégration dans la confection, où l’intelligence de la main est cruciale, demeure complexe. Cependant, elle permet d’améliorer la compétitivité dans les étapes de fabrication qui ne requièrent pas de valeur ajoutée humaine.

Pour en savoir plus sur les solutions citées:

IMKI

Textil’IA

Haase Innovation

 

Retrouvez les articles du magazine en ligne de la Maison du Savoir-Faire et de la Création sur www.maisondusavoirfaire.com

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Grand entretien avec… Raffaello Napoleone, conseiller délégué pour les relations internationales et institutionnelles du salon Pitti Immagine Uomo.

« France et Italie doivent, ensemble, travailler à conserver leur leadership ». Lancé en 1972, le salon florentin s’impose désormais comme l’événement international majeur de la mode masculine, rendez-vous incontournable des marques et des acheteurs, des designers et des médias. Avec Raffaello Napoleone, le bilan de l’édition de juin 2026 et, plus largement, le rôle clé joué par cet événement dans la dynamique du secteur. L’édition 2026 vient tout juste de se clore. Quel premier bilan en faites-vous ? Nous sommes très satisfaits de cette 110éme session, placée sous le thème de « La piscine ». Nous avons reçu 14000 visiteurs environ parmi lesquels 11000 acheteurs, soit -3,2% par rapport à 2025, alors que l’événement a connu de fortes perturbations, liées notamment à des retards de train. Par ailleurs, ces chiffres s’accompagnent d’une audience plus qualitative. Nous avons reçu les grands acheteurs de toute l’Asie mais aussi d’Australie, des Etats-Unis... Des acteurs clé du marché international qui continuent de penser que le salon est LE rendez-vous à ne pas manquer, pour saisir l’esprit des nouvelles collections et rencontrer tous ceux qui « font » la planète mode. Côté médias, le salon a accueilli plus de 1660 journalistes, dont 50% d’étrangers, ce qui conforte notre dimension internationale. Enfin, nous avons fait carton plein côté exposants, avec 740 marques, dont 24 maisons françaises. Le Pitti est désormais l’un des moments les plus attendus dans l’univers de la mode masculine. Comment pensez-vous son organisation, pour répondre à ces ambitions ? En amont des salons, nous organisons des conférences de presse dans le monde entier pour appuyer le travail de nos agences de relations publiques basées dans ces pays. Notre objectif est de présenter les lignes de force des prochaines éditions, de mettre en avant les évolutions que nous mettons en place au sein de nos six sections. Pour cette édition, nous avons par exemple transformé la section I Go Out en Outopia, en collaboration avec la revue d’avant-garde Vanish pour explorer la fusion entre performance, mode et nature. Après un premier essai réussi en janvier dernier, nous avons reconduit la section de parfumerie sélective, High beauty, avec une sélection de 15 marques indépendantes. Vous avez par ailleurs multiplié les événements…  Le coréen JiyongKim a fait une installation très remarquée dans les espaces du Magazzino O7, tout comme la société chinoise de fils de luxe Consinee. Simone Rocha a présenté son premier défilé de mode masculine au Teatro della Pergola ainsi que DSM pour Dover Street market, le concept-store japonais historique qui a choisi de lancer en 2025 sa propre marque. On y a aussi découvert, pêle-mêle le show du label danois Sunflower ; la première collection du designer anglais William Palmer, lauréat du « I-C Pitti Imagine Award » l’an passé, sans oublier un projet majeur d'artisanat japonais porté par la Japan Apparel Fashion Industry Association. Par ailleurs, le salon a également salué le retour de plusieurs institutions…La marque new-yorkaise Refrigwear, ou le groupe WP Lavori in Corso qui a déployé l’ensemble de ses marques, notamment Barbour. En tout, une quarantaine d'événements ont pris place dans des lieux magiques, à commencer par la Fortezza da Basso qui aimante tous les regards. Et cette édition a permis, une fois encore, de prendre le pouls de la création contemporaine, faisant du Pitti un lieu stratégique sur le plan économique, mais aussi un moteur culturel qui génère de nouvelles idées, tendances et connexions. Le principe des salons est largement questionné à l’heure d’internet et des réseaux sociaux. Comment l’avez-vous fait évoluer pour préserver son prestige et son influence ? Il s’agit pour nous d’une question-clé. Nous réfléchissons à l’apport des nouvelles technologies, et notamment de l’IA pour penser le futur du salon. Pour cela, nous avons demandé à Ivano Cauli, déjà directeur de l’innovation du Pitti et expert incontesté du domaine (fondateur en 2004 de Openmind) de nous rejoindre au conseil d’administration pour renforcer nos actions dans ce champ. Par ailleurs, nous allons poursuivre notre développement à l’étranger. Toujours membre du conseil d’administration, j’occupe désormais le poste de conseiller délégué pour les relations internationales et institutionnelles, avec la mission d’amplifier les liens avec des zones comme l’Europe de l’Est (Pologne) le Sud-Est asiatique et l’Inde, sans compter l’Amérique du Sud où nous réalisons déjà un travail important, grâce aux accords du Mercosur. Comment la mode italienne se porte-t-elle ? Et Comment l’état italien soutient-il le secteur ?  En 2025, la mode italienne a réalisé un chiffre d’affaires de 58,39 milliards d’euros, soit une baisse de 2,4% par rapport à 2025, ce qui est plutôt une bonne performance dans un contexte géopolitique très difficile, notamment avec la compression de marchés importants, comme les pays du golfe. Nos exportations ont représenté 63,3% de ce CA. Face à cette situation de repli, le gouvernement italien se veut très actif, accompagnant notamment les TPE et PME très nombreuses dans le pays. Le secteur italien de la mode réunit environ 300 000 salariés pour 37500 entreprises, ce qui fait une moyenne de 8 salariés par entité. L'État participe au maintien à l’emploi avec des aides, elle est également présente pour stimuler la vitalité du secteur. Elle accompagne, par exemple, notre salon en finançant le voyage et le séjour à Florence de quelque 300 acheteurs étrangers, par édition. La France et l'Italie possèdent deux des industries de mode les plus influentes au monde. Quels sont selon vous les principaux défis qu'elles ont intérêt à relever ensemble aujourd'hui ?  Entre l'Italie et la France, la mode est une histoire à la fois longue et partagée. Nous sommes venus à la mode grâce à la France. Le marché français reste toujours le premier pour l’Italie et l’inverse est vrai. Nous partageons une même culture de mode en termes d’image, de création, de promotion et nous sommes, aujourd’hui encore, les deux grands pays de référence pour cet univers. Je pense, par ailleurs, que le futur de la mode va largement s’écrire en Europe. Pour cela, il faut tirer parti de notre complémentarité afin de faire face notamment à l'agressivité d’un pays comme la Chine, en travaillant à la mise en place de réglementations plus efficaces et en renforçant nos liens, via notamment nos fédérations. Nous entretenons d’ailleurs un lien fort et pérenne avec Promas, l’Office de promotion de l’habillement masculin ou encore de l’FIMH. Nos deux pays ont en commun la capacité de proposer une mode unique, par l’excellence de nos savoir-faire, par une forme de « bon goût » et une créativité qui nous permet à la fois d’être les sismographes des évolutions sociétales, et de pouvoir y répondre. L’Italie et la France ont tous les atouts pour continuer, ensemble, à porter ce leadership.

Développement à l’international… 5 bonnes raisons de se tourner vers l’Italie.

Une même culture de mode, une proximité précieuse en termes de transport et des conditions d’implantation qui permettent de réduire les risques… L’Italie reste l’un des marchés les plus porteurs pour les marques de mode française. Le point sur les atouts spécifiques du pays et les étapes essentielles pour y construire son développement avec Anne-Laure Druguet, directrice internationale de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin. 1/ C’est le marché de la communauté européenne le plus dynamique, et le plus proche. On ne le sait pas assez, mais l’Italie est historiquement le premier client de la France dans le secteur de la mode, en tête d’un top 5 qui place ensuite l’Allemagne, l’Espagne, la Chine et les Etats-Unis.  Au dernier semestre 2025, la France a exporté pour 6,6 milliards d’euros d’habillement, dont 3,6 milliards à destination de l’Union Européenne. Dans ce contexte de repli des marchés, le pays représente donc l’une des zones les moins impactées. « De plus, l’Italie reste pour la France « le marché d'à côté ». Cette proximité géographique se révèle très précieuse en termes de facilité et de coût de transport, par rapport aux marchés du grand export. Il faut toutefois rester vigileants sur les modalités de paiement rappelle Anne-Laure Druguet.. 2/ Les Italiens aiment la mode… et la mode française. Nos amis transalpins ont un vrai goût pour le vêtement et une solide culture de mode. La preuve avec la consommation moyenne consacrée à l’habillement en Italie, évaluée à 710 euros par an alors que le chiffre moyen en Europe est de 490 euros**. La tendance, néanmoins baissière, tient à un effet de conjoncture global (difficultés de pouvoir d’achat, contexte géopolitique international qui freine la consommation) mais également à des causes plus structurelles…. La volonté de consommer moins mais mieux et un fort intérêt pour la mode « seconde main » qui séduit désormais 25% des consommateurs locaux. Face à cette situation, nos marques de mode bénéficient néanmoins d’un atout majeur, comme l’assure Anne-Laure Druguet. «  La mode française reste très reconnue et appréciée des Italiens. Nous partageons un goût pour le style et l’excellence des savoir-faire qui signent la création française autant qu’italienne. Nos maisons implantées sur place capitalisent, aujourd’hui comme hier, sur cette image forte », précise Anne-Laure Druguet. 3/ La diffusion fait la part belle au wholesale, permettant aux jeunes marques de s’implanter par étapes. L’Italie est aujourd’hui le premier pays d’Europe en termes de magasins multimarques, ce qui induit une structure particulière de la filière avec un nombre important d’acheteurs, de showrooms et de représentants locaux B2B. Ce contexte constitue une réelle opportunité, notamment pour les jeunes maisons qui ont ainsi la possibilité de penser une implantation par étape, avec des investissements mesurés. « Elles peuvent d’abord entrer en contact avec des représentants qui les aideront à sélectionner quelques multimarques pour une première collaboration. Elles ont alors l’opportunité de tester le potentiel de leur production, de constater la convergence de leur marque avec les désirs des consommateurs avant, éventuellement, d’aller plus loin, assure Anne-Laure Druguet ». Lorsque les premiers résultats sont encourageants, les marques peuvent accroître leur présence via un réseau élargi de boutiques, participer aux salons locaux (Pitti Uomo pour l’homme et White Milano pour l’univers féminin) afin de construire réseau et visibilité. Dans le même temps, elles ont aussi la possibilité d’ouvrir l’e-commerce à l’Italie pour tester plus précisément le potentiel de leurs produits, et observer le comportement des consommateurs. « Ce mode d’entrée dans le marché permet de développer un chiffre d’affaire en Italie et acquérir une certaine maturité, avant d'envisager les investissements importants qu’exigent l’ouverture d’une boutique » confirme Anne-Laure Druguet. 4/ Les italiens restent sensibles à l’univers d’une marque, qu’ils aiment retrouver dans une boutique.  Si le wholesale constitue une stratégie d’exportation en soi, de nombreuses marques en font une étape avant une implantation pérenne. « L’ouverture d’une boutique est toujours bénéfique à une marque, confirme Anne-Laure Druguet.  Elle permet de montrer l'ensemble d’une collection et de proposer un esprit. Cette dimension est importante dans un pays comme l’Italie, très attachée à l’identité d’une marque. Son univers et son incarnation constituent une réassurance, l’appartenance à une communauté de style, et souvent de statut social ».  L’inauguration d’une boutique est aussi la clé d’une accélération en termes de notoriété avec des événements dans le lieu, des collaborations avec des artistes et des influenceurs locaux. Autant d’initiatives qui participent à renforcer l’adhésion à l’identité de la marque. 5/ La filière propose un accompagnement précieux pour favoriser les exportations vers l’Italie.  Membres de l’UFIMH, la Fédération du Prêt à Porter, pour la mode féminine, et Promas pour l’univers masculin, avec le soutien du DEFI, proposent un dispositif d’aide à l’implantation en Italie, pour les entreprises répondant aux critères établis par les fédérations et le Défi. Cet accompagnement concerne notamment la participation aux salons Pitti Uomo et White Milano et la mise en place de partenariats avec des showrooms locaux. La Fédération du Prêt à Porter a ainsi accompagné une trentaine de marques françaises en 2025, tout en proposant des webinaires autour des conditions de l’export en Italie et des rencontres avec des directeurs de showrooms, notamment dans le cadre de l’événement Welcome On board, en novembre 2025. * Données de l’ISTAT. *chiffres Union Européenne *IFM - Douanes

3 questions à… Marie Berton, directrice du développement wholesale de Sessùn.

« Le marché italien offre de nombreuses opportunités ». Créée en 1996, la marque a choisi d’amplifier son développement en Italie avec l’inauguration d’une boutique à Milan. L’aboutissement d’une stratégie amorcée avec une présence grandissante dans des magasins multimarques pour installer Sessùn sur le marché local. Le point sur les étapes de cette implantation, avec Marie Berton. La maison fête cette année ses 30 ans. Pouvez-vous tout d’abord nous la présenter ?  Sessùn a été créée en 1996 à Marseille par Emma François-Grasset. Grande voyageuse et alors étudiante en anthropologie, Emma découvre au Guatemala un artisanat d’une grande richesse. Cette rencontre sera un déclic, avec la volonté de mettre en lumière ces savoir-faire à travers un vestiaire contemporain. Au fil des années, le style Sessùn s’est affirmé tout en restant fidèle à ses fondamentaux : une curiosité constante pour les cultures et les savoir-faire du monde, une silhouette en perpétuelle évolution, un attachement aux belles matières et une volonté de proposer une mode désirable et accessible. À ces valeurs fondatrices s’ajoute un engagement de longue date en faveur d’une mode plus responsable. En 2023, Sessùn est devenue Société à mission, avant d’obtenir la certification B Corp en 2024, reconnaissant les actions menées par la marque en matière de gouvernance, d’impact social et environnemental. Aujourd’hui, 75 % de notre production est réalisée en Europe et principalement autour du bassin méditerranéen. La grande majorité de nos expéditions est acheminée par voie maritime. Et nous poursuivons nos efforts pour développer l’utilisation de matières à moindre impact et renforcer la traçabilité de nos approvisionnements. Cette vision constitue l’ADN de Sessùn et sans doute l’une des clés de son développement. La marque poursuit aujourd’hui une croissance régulière et compte 102 boutiques à travers le monde - 57 en France, 43 dans le reste de l’Europe, et deux adresses exploitées sous franchise en Chine. La marque est donc très présente à l’international et vous venez d’inaugurer une boutique à Milan, qui signe l’aboutissement d’un long compagnonnage avec l’Italie….  Notre développement retail en Europe s’est d’abord appuyé sur l’ouverture de boutiques en Grande-Bretagne, puis en Espagne, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et au Danemark. Le 16 mai dernier, nous avons franchi une nouvelle étape avec l’inauguration d’une adresse à Milan. L’Italie est un marché historique pour Sessùn, que nous avons d’abord abordé à travers une stratégie wholesale. Cette expérience nous a appris que la réussite d’un projet d’implantation repose avant tout sur la qualité des équipes que l’on parvient à réunir localement. Il est essentiel de s’entourer de showrooms dont l’univers est en adéquation avec l’ADN de la marque, mais aussi de partenaires convaincus de son potentiel, capables d’identifier les points de vente les plus pertinents pour son développement. Ce travail de fond permet ensuite, dans un second temps, d’envisager une implantation en direct, après avoir acquis une connaissance approfondie du marché et de ses spécificités. Comment avez-vous pensé cette implantation avec une boutique en propre ?  Nous avons appliqué les principes qui guident chacune de nos implantations. Tout commence par le choix d’un emplacement qui nous ressemble. À Milan, nous sommes installés Via Ponte Vetero, au cœur du quartier de Brera, dont l’énergie créative et l’ancrage culturel résonnent particulièrement avec l’univers de Sessùn. Nous croyons beaucoup au rôle de nos boutiques, qui permettent d’exprimer pleinement notre identité tout en dialoguant avec la culture locale. Notre adresse milanaise a été conçue par le studio d’architecture Cobalto, avec lequel nous collaborons depuis plusieurs années et qui a déjà signé plusieurs de nos projets à l’international. L’ouverture de cette boutique s’accompagne d’un renforcement de notre stratégie marketing sur le marché italien. Cela passe par le développement d’un site dédié en langue italienne — l’anglais ne suffisant pas pour créer une véritable proximité — ainsi que par une prise de parole plus soutenue sur les réseaux sociaux et l’accompagnement d’une agence locale experte du marché. Nous avons par ailleurs noué un partenariat avec le grand magasin La Rinascente pour l’ouverture de corners à Milan et à Florence, et prévoyons l’ouverture d’une nouvelle adresse à Rome d’ici la fin de l’année. L’Italie demeure un marché riche d’opportunités pour Sessùn, où nous voyons encore un fort potentiel de développement. Pour en savoir plus sur la marque : https://fr.sessun.com/  

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