L’IA peut-elle révolutionner l’industrie de la mode ?

1 avril 2026

Largement présente dans les champs de la création ou de la vente, l’Intelligence artificielle investit peu à peu l’ensemble de la chaine de valeur. Où se révèle-t-elle la plus efficace et comment en tirer parti ? Le point sur les multiples usages de l’IA avec les temps forts de l’enquête réalisée par la Maison du Savoir-Faire et de la Création, affiliée à l’UFIMH.  

L’IA redessine les contours de l’industrie de la mode

Si elle commence à se déployer dans la création de vêtements, le textile et la vente, l’intégration de l’IA dans la confection est encore limitée. Mais cela pourrait changer…

L’intelligence artificielle (IA) pourrait révolutionner la mode. “Cette technologie est désormais mature. Nous ne sommes plus dans la seule phase de recherche mais dans celle de l’industrialisation. On peut y aller de manière confiante, il n’y a plus de verrous technologiques” assure Robby Dubus, responsable du développement de Textil’IA, une start-up créée en 2020 par la profession textile pour tirer parti de nouvelles technologies comme l’IA. L’idée ? Développer des applications répondant à des problématiques comme la demande de digitalisation, la lutte contre la contrefaçon, la valorisation de la créativité…

Essor rapide en amont

Comme le soulignait l’article “Texprocess 2024 se place sous le signe de l’IA”, paru dans le magazine M&T2, cette technologie était la vedette de la dernière édition du Salon international leader dans le traitement des matériaux textiles et souples. “L’IA a trouvé sa place et se développe très rapidement en amont : à savoir la création d’un produit avec tous les paramètres que cela comporte, ainsi que sa préparation. Il en est de même en aval jusqu’à sa vente. Mais pour la partie « dure », la fabrication et notamment la couture, c’est plus compliqué”, souligne le magazine. La mode s’intéresse ainsi de plus en plus au potentiel de l’IA. Mais aux étapes successives de la chaîne -création, production, distribution- les pionniers sont plus ou moins nombreux à avoir déjà testé ses possibilités.

Création à la pointe

Pour la création, la mode se montre à la pointe, comme l’explique Frédéric Rose, fondateur en 2020 d’IMKI, start-up spécialisée dans les solutions d’intelligence artificielle générative d’images, dédiées à tous les métiers des ICC (Industries Culturelles et Créatives). “Quand on a travaillé sur ces industries, le secteur ayant réagi le plus rapidement a été la mode. Celle-ci a en effet besoin que l’IA se spécialise dans le stylisme modélisme”.

Pour affiner ses solutions, IMKI s’appuie à la fois sur des experts IA et métiers. “L’IA ne répète pas de choses. Nous prenons des IA qui ont appris à dessiner, nous améliorons leur entraînement sur des métiers et de ce fait, la justesse de leurs réponses. Nous sommes les seuls à avoir une telle approche”, affirme le dirigeant.

Pour la mode, la start-up fait plancher des data-scientists et ingénieurs et ses quatre stylistes modélistes (prêt-à-porter femme, homme, sportwear ou “360 degrés”) pour entraîner l’IA à dessiner des vêtements. “On implique également des spécialistes métiers comme pour une capsule denim présentée à VivaTech 2024, améliorée par un expert externe”.

Gain de temps assuré

IMKI va plus loin dans le “sur-mesure” pour ses clients, comme The Kooples, avec qui elle a développé une capsule pour la collection hiver 2024-2025. “On apprend aux IA à comprendre un corpus artistique, les codes à prendre en compte pour aligner les dessins sur une marque. Cela peut être le logo, un motif, un fermoir typique pour un sac à main. On améliore ainsi la connaissance de l’IA en intégrant l’ADN de la marque”. De quoi aussi éviter un risque auquel les clients d’IMKI se montrent très attentifs : “faire en sorte que les données qu’ils utilisent pour entraîner leur IA ne relèvent pas de tiers, mais de leur propriété”. Pour leur donner la main sur l’IA, IMKI forme ainsi ses clients au “prompting”, soit la manière de lui donner des instructions.

La question qui se pose : est-ce que l’IA peut remplacer l’humain pour la création ? Pour certaines tâches mais pas toutes, indique Frédéric Rose. “L’IA est imbattable en termes de vitesse d’exécution d’un dessin précis, par exemple, mais bien que hyper puissant, cet outil n’est cependant pas doué de volonté ni d’un “esprit de synthèse” de l’air du temps ou des tendances. Il a besoin d’un input créatif. Si le designer ne sait pas dans quelle sphère artistique l’emmener, l’IA ne sortira rien de bon”.

“L’IA accélère le processus de création, améliore l’aide à la décision et permet de rapprocher le produit de la tendance finale et de la demande du client. Aujourd’hui, sans elle, on met 8 mois pour créer un produit après avoir détecté une tendance. Avec l’IA, on divise ce temps par trois”, conclut Frédéric Rose.

Au service de la matière

A l’amont de la chaîne mode, l’industrie textile s’est aussi emparée de l’IA. “Dès nos débuts, nous avons rencontré des experts en IA et listé les applications possibles pour créer des solutions innovantes à valeur ajoutée mais accessibles pour nos PME textiles. La profession investit dans ces solutions via Textil’IA avant de les déployer. Contrairement aux idées reçues, le coût de l’IA n’est pas exorbitant et l’utilisation assez vite rentable” explique Robby Dubus de Textil’IA.

Textil’IA a déjà développé deux solutions intégrant l’IA. Son catalogue intelligent de produits en ligne permet depuis 2023 aux textiliens d’archiver digitalement leurs nombreuses créations : “on numérise leurs tissus pour les transférer vers la plateforme dotée d’outils de recherche fonctionnant à base d’IA”, explique Robby Dubus. L’utilisateur peut aisément faire des recherches parmi ses archives textiles parfois très nombreuses (plusieurs dizaines de milliers de motifs), via des mots clés ou par similarité avec une autre image, sans avoir besoin de catégoriser manuellement chacun des motifs lors de leur importation. “Ce catalogue intelligent permet de valoriser ses créations. Il facilite aussi les échanges entre fabricants et marques, en fournissant aux prospects un accès digital aux collections. L’IA générative va également permettre d’analyser leurs recherches et de leur faire soit des nouvelles propositions graphiques, soit des modifications des motifs textiles pour s’adapter à leurs besoins”.

La deuxième solution à base d’IA signée Textil’IA facilitant une veille anti-contrefaçon se nomme LOCKEO Détection. Elle permet aux textiliens de faire de la reconnaissance d’images en comparant leurs dessins à ceux présents sur des articles textiles en ligne. “Pour une PME, il ne serait pas possible d’embaucher quelqu’un pour réaliser une telle veille sept jours sur sept et ce, sans même parvenir à ces résultats”.

Transition digitale

Le troisième outil développé par Textil’IA -ODITH- déjà testé par une quarantaine d’entreprises de la filière textile-habillement (dont des confectionneurs) et commercialisé dès ce mois de septembre, ne fonctionne pas encore avec l’IA. Mais cela n’est pas exclu qu’il l’utilise un jour.

Son but est de faciliter la traçabilité en sécurisant la récupération, le stockage et la transmission des informations de fabrication des produits textiles. “Aujourd’hui, on est dans le déclaratif des fournisseurs. Avec l’IA, grâce au croisement des données, on pourrait vérifier la provenance d’un tissu, d’une origine de fabrication, cela permettrait d’améliorer la solution” indique Robby Dubus. De façon générale, il souligne que “l’IA débouche sur des solutions facilitant la transition digitale des entreprises. Sans IA, c’était ainsi impossible de digitaliser tout le patrimoine créatif des entreprises textiles !”.

S’il n’est pas spécialisé dans la confection, Robby Dubus imagine “sûrement plein d’applications IA, avec des tâches (comme les patronages)” susceptibles “d’être largement optimisées grâce à l’IA”.

Automatisation et précision

L’expérience de Haase Innovation montre que l’IA peut en effet avoir un impact significatif dans la confection. Marine Anton, dirigeante de l’atelier, a récemment investi dans une machine de coupe automatique gérant les motifs placés avec caméra embarquée recourant à l’IA. “C’est très surprenant, la caméra va scanner le motif, on va placer le patronage sur l’ordinateur et la machine va faire en sorte que les motifs soient raccordés entre le dos et le devant”, explique-t-elle.

Le gain de temps impressionne : alors que les salariées mettaient 17 minutes pour couper, à la main, un t-shirt avec motif placé, cela ne demande que 2 minutes 50 à la machine.

Marine Anton précise que son intention initiale n’était pas “d’acheter la machine pour aller plus vite” mais de pallier une difficulté de recrutement. “Les personnes à la coupe partant bientôt à la retraite, nous avons essayé de les remplacer par des jeunes”. Mais ce “travail physique, debout, long et répétitif” attirait peu.

Cela a servi de déclic pour investir dans la machine de coupe automatique et faire de premiers pas dans l’IA. Un choix que la dirigeante ne regrette manifestement pas, même si cela représente “sans doute le plus gros investissement jamais réalisé” dans l’atelier créé en 2014.

L’IA s’intègre progressivement dans l’ensemble du processus produit. Bien qu’elle soit déjà en cours d’implémentation dans les phases de création et de sourcing matières, son intégration dans la confection, où l’intelligence de la main est cruciale, demeure complexe. Cependant, elle permet d’améliorer la compétitivité dans les étapes de fabrication qui ne requièrent pas de valeur ajoutée humaine.

Pour en savoir plus sur les solutions citées:

IMKI

Textil’IA

Haase Innovation

 

Retrouvez les articles du magazine en ligne de la Maison du Savoir-Faire et de la Création sur www.maisondusavoirfaire.com

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Grand Entretien avec Hedwige Gronier, directrice du mécénat culturel de la Fondation Bettencourt Schueller

« Les métiers d’art, le nouveau soft power français ». Longtemps restés dans l’ombre, nos métiers d’art retrouvent leur prestige mais aussi leur juste place dans l’économie française. Avec Hedwige Gronier, directrice du mécénat culturel de la Fondation Bettencourt Schueller et grande spécialiste du domaine, le point sur le développement de la filière, et ses défis pour demain. 1/La fondation Bettencourt s’est engagée voilà plus de 25 ans aux côtés des métiers d’art. Quelle conviction a présidé à cette démarche et quelles sont les grandes actions menées ? Je voudrais tout d’abord rappeler un constat : la France est l’un des pays plus riches en matière d’artisanat d’art, avec quelque 281 métiers qui constituent un patrimoine envié par le monde entier. Et pourtant, cet univers est longtemps resté méconnu. Voilà pourquoi la Fondation a choisi de s’engager en faveur de ces métiers d’excellence dès 1999, créant le Prix pour l’Intelligence de la Main qui met en lumière les meilleurs savoir-faire et a déjà récompensé 135 artisans d’art. Au fil des années, cet engagement pionnier s’est enrichi de multiples initiatives pour encourager le développement de la filière. Plus concrètement, ce mécénat se fixe pour mission de penser l’avenir du secteur en montrant que les métiers d’excellence sont aussi des métiers contemporains. L’artisanat d’art est fondé à accompagner l’évolution de notre société, il témoigne d’ une vitalité incroyable et infuse de nombreux univers : mode mais aussi  design, industrie…Dans le même temps, on assiste à l’émergence d'une nouvelle génération d’artisans d’art, militant pour une production durable et capable de relever le défi de la réindustrialisation de nos territoires. Cette dynamique est largement soutenue par la Fondation qui favorise l’ouverture du secteur à  l’international, l’interdisciplinarité, la recherche et l’innovation. 2/ Quel est aujourd’hui le poids des métiers d’art dans l’économie française ? Baptisée Les Éclaireurs et publiée fin 2024, la dernière enquête en date a marqué un vrai tournant, révélant  le réel périmètre du secteur. En France, les métiers d’art représentent 234 000 entreprises, 500 000 actifs, et 68 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit une part significative de l’économie productive française. De plus, les exportations, en constante augmentation, atteignent 9 milliards d’euros selon les dernières analyses sectorielles. Co-financée par la Fondation, le Comité Colbert, le Fonds Terre et fils, le ministère de la Culture et réalisée avec l’appui de Xerfi Specific, cette étude a contribué à repositionner les métiers d’art comme un secteur stratégique, d’un point de vue culturel et économique. Son objectif était double. Tout d’abord remédier à l’absence de données consolidées pour le secteur de métiers d’art dont l’écosystème est très diversifié ; ensuite fournir aux parties prenantes les moyens d’anticiper les défis à venir et accompagner les stratégies publiques et privées (dont l’UFIMH) pour assurer la pérennité de ces métiers. 3/ Reste que le secteur doit relever de nombreux défis, notamment celui de l’innovation. Comment inciter les entreprises à renouveler leurs pratiques ? L’innovation constitue un enjeu crucial pour la filière : intégration de techniques contemporaines, nouveaux matériaux, écoresponsabilité, design collaboratif… Les métiers d’art doivent impérativement faire évoluer leur savoir-faire pour répondre aux valeurs et aux besoins de l’époque. La Fondation a choisi de soutenir l’innovation de plusieurs façons. Le Prix pour l’Intelligence de la Main® valorise des démarches innovantes et donne la possibilité aux lauréats de disposer d’un temps de recherche avec un accompagnement financier sur trois ans,  Par ailleurs, nous avons contribué à la création du Laboratoire des pratiques durables des Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national. Un espace de recherche qui a pour vocation de favoriser la rencontre entre artisans d’art, designers, ingénieurs et chercheurs. Ce lieu œuvre concrètement à tester de nouveaux procédés, matériaux et technologies, et encourage les approches expérimentales qui renouvellent les savoir-faire. Le Labo participe notamment à l’élaboration de nouvelles matières :  textile à partir de sédiments marins, cuir d’algues, fausse fourrure à base de fibres, teinture végétale pour les tissus. Ces expérimentations vont nourrir des applications très concrètes pour les métiers d’art. 4/ Second objectif tout aussi majeur, la croissance à l’international…. Grâce à la hausse de ses exportations,  la filière est devenue un acteur économique essentiel sur le plan international. Plusieurs marchés se distinguent par leur dynamisme : l’Asie et notamment le Japon, Le Moyen-Orient, les Etats Unis… La Fondation a récemment renforcé l’accompagnement international de nos talents en soutenant les résidences culturelles françaises à l’étranger – Villa Kujoyama à Kyoto,  Albertine aux Etats-Unis, Médicis à Rome ;  offrant aux artisans l’opportunité de confronter leur pratique à la culture locale et rendant plus visible nos métiers  à l’étranger. Par ailleurs, elle soutient des initiatives comme la Semaine Oui Design, devenue un rendez-vous majeur pour les métiers d’art et la création française à New York. Avec ce dispositif, l’ambition est double : accroître le rayonnement international des savoir-faire français et  offrir  aux artisans d’art des débouchés durables sur des marchés internationaux porteurs. Autant d’initiatives qui ont participé très directement à faire des métiers d'art un outil de soft power précieux pour notre pays.   Pour en savoir plus sur la Fondation Bettencourt Schueller : www.fondationbs.org

Evènement du 7 au 12 avril 2026, 4 bonnes raisons de courir aux Journées Européennes des Métiers d’Art…

Évènement unique au monde, ces Journées offrent l’occasion d’une véritable plongée dans l’univers des métiers d’art, via un réseau de centaines d’ateliers, entreprises et institutions qui dévoilent leurs savoir-faire à travers l’Europe. Une façon très efficace de valoriser les pratiques artisanales et industrielles de la filière, que l’UFIMH accompagne au quotidien pour encourager l’excellence et la compétitivité française … 1/ Un foisonnement de découvertes et d’expériences.

Imaginées en 2002 sous la houlette de l’Institut National des Métiers d’Art pour mettre en lumière la création française, les JEMA n’ont cessé d’élargir leur horizon, s’ouvrant à l’Europe dès 2014 et accueillant chaque année un nombre grandissant de participants (dont beaucoup sont membres de l’UFIMH). Façon de témoigner de la vitalité d’un secteur qui compte, dans notre pays, 281 métiers, 234 000 entreprises et plus de 500 000 professionnels.  

Pour cette édition qui met à l’honneur la région Centre-Val-de-Loire pour la France et la Belgique pour l’Europe, artisans d’art, TPE et PME (notamment les entreprises du patrimoine vivant) et associations en lien avec la restauration du patrimoine accueilleront tous les publics. Dans les villes et les régions, les artisans et les manufactures proposeront des portes ouvertes d’ateliers avec des démonstrations de leurs techniques. Les musées et les institutions dévoileront leurs collections et organiseront des conférences autour des savoir-faire mais aussi de l’innovation et du développement durable, axes-clés pour l’avenir de ces métiers. Enfin, de nombreux établissements de formation à l’artisanat d’art accueilleront les jeunes générations pour leur faire découvrir ces métiers, source d’épanouissement et important vivier d’emplois. Une sensibilisation précieuse pour la filière, plus que jamais en recherche de talents pour contribuer au rayonnement du secteur et valoriser le Made in France.

2/ L’accès à des lieux prestigieux au cœur de la capitale et en Ile de France. Pour cette édition, plus de 200 événements seront organisés à Paris et en Ile-de-France. On retiendra notamment ceux du Palais Galliera qui proposera des rencontres avec des brodeurs, des créatrices textiles, des plumassiers, des modistes…. Haut lieu de la création contemporaine, le Viaduc des Arts organisera des échanges avec les 37 artisans qui y ont ouvert leurs ateliers : souffleurs de verre, ébénistes, restaurateurs d’œuvres, orfèvres, bijoutiers, mosaïstes…  Enfin, les Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national, le Campus Mode Métiers d’Art et Design et le Comité Colbert inviteront à une plongée inédite dans ces métiers avec l’évènement « Entrez en Matières #5 » à la Fondation Fiminco située à Romainville. Du 9 au 12 avril, plus d’une trentaine de savoir-faire d’exception y seront présentés : bois, métal, cuir, céramique… à travers des démonstrations en direct. L’occasion de découvrir le savoir-faire des artisans qui oeuvrent dans les maisons et institutions françaises les plus prestigieuses : brodeurs de la Maison Chanel, orfèvres de la Maison Christofle, céramistes, créateurs bois et textiles des Manufactures Nationales -Sèvres et Mobilier National. 3/ Des démonstrations de savoir-faire à travers toute la France… Les régions de France participeront toutes à l’aventure avec, pour chacune, le choix d’un thème en lien avec le secteur les plus emblématiques de leur territoire. Le Grand Est s’attachera à sensibiliser à la culture de l’osier, notamment à Fayl-Billot -capitale historique de la vannerie- où seront proposées expositions, démonstrations et initiations au tressage d’osier, le tout complété par la visite de musées, d’ateliers et d’oseraies. Dédiée au boutis et au piqué marseillais, la manifestation organisée par la région Occitanie, invitera à la découverte du village de Calvisson, qui abrite La Maison du Boutis -unique musée en France dédié à ce savoir-faire et doté d’une collection de broderies en relief, inscrites au patrimoine culturel immatériel français depuis 2019… La ville, l’association Les Cordelles du Boutis et les artisanes partenaires proposeront des ateliers, des démonstrations et une conférence pour faire découvrir ce savoir-faire rare, toujours transmis et pratiqué. En Pays-de-Loire, L’Institut de Bijouterie de Saumur déploiera La Ville en parure, projet porté par les étudiants en formation pour l’obtention du Diplôme National des Métiers d’Art et du Design (DNMADE) Objet – Bijou. Réalisés pour l’occasion par les élèves, des bijoux contemporains originaux autour du thème de l’année « Coeurs à l’ouvrage » seront exposés dans les vitrines d’une vingtaine de commerces du centre de Saumur, transformé en parcours d’exposition. … Et dans 26 pays d’Europe. Mise à l’honneur à l’occasion de cette édition 2026, la Belgique présentera le meilleur de ses savoir-faire, de la dentellerie et des arts textiles en Flandre aux techniques du verre, du métal et de la céramique en Wallonie, en passant par la bijouterie, la restauration de mobilier ancien et la création contemporaine à Bruxelles. En Espagne, plus de 700 découvertes sont programmées à travers le pays, tandis que l’Italie concentre une grande part de ses événements en Toscane via l’institution Artex, notamment ses manufactures textiles, ses ateliers de design, de travail du bois ou de l'orfèvrerie mais la manifestation sera déclinée dans l’ensemble du pays, de la Sicile à la Vénétie. Programme de l’ensemble des manifestations et inscriptions pour les visites, https://www.journeesdesmetiersdart.fr

Focus sur Maison Marcy Plumassier : l’art de la plume en héritage

À la tête de la maison, Marie-Laure Coltee incarne une transmission familiale où le geste se conjugue à la réflexion et à l’expérimentation créative. Ici, rien n’est standardisé car chaque plume impose son rythme par sa texture, sa couleur et chaque commande devient un terrain d’invention au service des créateurs, des Maisons de luxe et des arts de la scène. A découvrir avec ce reportage signé de la Maison des Savoir-faire et de la Création, affiliée à l’UFIMH.

L’histoire d’un artisanat de famille

Le lieu est indissociable de l’histoire de la famille Coltee. En 1850, on y confectionnait des robes de soirée et des tenues de mariée dans des espaces déjà pensés pour accueillir des pièces aux volumes variés, une modularité encore précieuse aujourd’hui pour notamment “des grandes pièces de Music-Hall”, note la dirigeante. En 1966, son père fonde l’atelier. Ébéniste de formation, il commence par fabriquer des métiers pour plumassiers, notamment pour ses propres parents qui produisaient les fameuses houppettes en peau de cygne, avant de devenir lui-même artisan de la plume. L’entreprise connaît alors une phase de fort développement, passant d’un réseau d’ouvrières travaillant à domicile dans plusieurs régions à près de 70 salariés sur site. Puis la concurrence internationale bouleverse l’équilibre économique avec l’arrivée de produits importés à très bas prix obligeant l’atelier à se réinventer pour répondre notamment aux exigences des grandes Maisons de luxe, part importante de sa clientèle. Aujourd’hui, l’atelier fonctionne avec une équipe resserrée d’une dizaine de personnes, toutes hautement polyvalentes. “Elles se sont très bien formées par transmission en interne, notre savoir-faire évolue en fonction des demandes et donc de la mode”. Une structure familiale demeure : père, frère, mari, fille travaillent ensemble, dans une transmission informelle mais continue, “je n’ai fait aucune formation dans la plume mais je suis ici depuis que j’ai deux ans”, confie la dirigeante.

Une matière sous contraintes : sélectionner, protéger, archiver

Dans la plumasserie, le travail commence bien avant l’assemblage, il débute par la compréhension d’une matière organique, fragile et réglementée. “Avant, on allait piocher dans le vivant sans réfléchir aux conséquences”, reconnaît Marie-Laure Coltee. Aujourd’hui, seules des plumes issues d’espèces autorisées et de la consommation alimentaire sont utilisées (coq, dinde, poule, oie, autruche, faisan, perdrix…), ce qui impose de composer avec une disponibilité et des prix variables et des exigences de traçabilité. Les contraintes sanitaires sont lourdes et la logistique particulièrement risquée : “s’il manque un document douanier, le colis est détruit. Il n’y a pas d’assurance”, exprime la dirigeante. Les plumes arrivent nettoyées et pré-triées, mais un second tri est systématiquement réalisé à l’atelier. Longueur, souplesse, densité, teinte, régularité : chaque critère conditionne l’usage futur. “Il y a des plumes d’ailes, de queue, de corps… des tailles différentes”. Cette sélection est déterminante car on ne choisit pas la même plume pour une frange, un boa, une broderie, une parure ou un accessoire. “La plume se conserve très bien si elle est bien protégée, car on est sur une composition en cellulose et kératine”, précise la dirigeante. La plume n’aime pas la lumière et les mites ! D’où une organisation de stockage conséquente avec un entrepôt de 1 500 m² et des réserves sur site sur plusieurs niveaux, qui permettent de sécuriser la matière et de conserver un fonds d’archives exceptionnel. Certaines plumes datent de 1890 et ne sont destinées qu’aux musées et aux arts de la scène puisque “nos archives ne servent jamais à du commercial », rappelle Marie-Laure Coltee. Elles nourrissent un travail de reconstitution et de création pour des productions majeures : opéras, théâtre, cinéma, Disney, Le Roi LionLes Trois Mousquetaires, ou plus récemment Emily in Paris. Une façon de faire vivre le patrimoine, tout en préservant la rareté des matières anciennes.

Transformer la plume, gestes, teinture et création sur-mesure

Une fois la matière sélectionnée, commence le véritable cœur du métier : la transformation. La teinture occupe une place centrale dans ce processus. Réalisée entièrement à la main, à partir de colorants destinés aux matières naturelles et délicates, elle ne repose sur aucune recette figée. Hydrométrie, structure de la plume, absorption de la couleur, chaque paramètre influe sur le résultat. “On ne peut jamais reproduire exactement une teinte de la même manière”, explique Marie-Laure Coltee. Certaines plumes nécessitent un traitement spécifique, d’autres ne supportent pas la chaleur. Le séchage doit alors être adapté, sans apport thermique direct, avant que les plumes ne soient étendues puis battues pour retrouver leur volume. La teinture des plumes n’est pas « grand teint », certaines couleurs foncées ou vives peuvent dégorger. Ainsi un passage au pressing est recommandé pour certains produits afin de stabiliser la couleur, une contrainte assumée pour préserver la matière. Le reste du travail est quasi exclusivement manuel. Boas, franges, pompons, broderies ou accessoires requièrent une véritable main. “Les seules machines que nous avons sont les machines à coudre, le reste, c’est la main de la plumassière”, déclare la dirigeante. Pour un boa classique, il faut compter environ quatre jours de travail, entre tri, teinture, séchage, préparation et tournage. Cette dernière étape, aussi appelée le frimatage, consiste à faire tourner la matière sur elle-même à la main ou à l’aide d’un dispositif développé en interne, afin de lui donner volume et mouvement avant la pose sur le modèle. L’atelier innove aussi par nécessité. Les essais de teinture sont réutilisés pour créer des séries limitées, vendues en ligne permettant de ne pas gaspiller et de créer des pièces uniques. Les commandes en ligne se développent, notamment autour des plumeaux et l’atelier affectionne tout particulièrement la création de pièces exclusives, parfois produites à un ou deux exemplaires seulement. Parallèlement, Marcy Plumassier développe ses propres collections d’accessoires et de bijoux, aux couleurs chaudes et dégradées, qui seront présentées notamment sur le salon Maison & Objet du 15 au 19 janvier. Pour Marie-Laure Coltee, l’enjeu est clair, “la plume est un objet du désir, mais on ne veut pas qu’elle reste confidentielle”. Démocratiser sans banaliser, proposer des pièces accessibles sans renoncer à l’exigence : une vision fidèle à l’ADN de l’atelier, où héritage, créativité et respect de la matière avancent ensemble.   La Maison du Savoir-Faire et de la Création est affiliée à l’UFIMH et soutenue par le DEFI : www.maisondusavoirfaire.com Pour en savoir plus sur Maison Marcy Plumassier : www.plume-marcy.com

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