UFIMH & transition écologique : le bilan d’une décennie d’actions.

15 juillet 2026

En 2016, l’UFIMH s’engageait de façon pionnière sur les questions de développement durable ;  elle s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs clé de la transition écologique pour l’ensemble de la filière. Le bilan de ses actions et ses prochains objectifs avec Adeline Dargent, déléguée générale du Syndicat de Paris de la Mode Féminine et chargée de la stratégie RSE de l’Union. 

C’était il y a tout juste dix ans. L’UFIMH décidait de s’impliquer très concrètement sur les questions de développement durable, publiant la première grande étude sur le sujet pour le secteur de l’habillement. Depuis 2019, l’Union renforce cet engagement à travers de multiples actions. Elle édite régulièrement des guides précieux autour des sujets d’approvisionnement responsable, d’éco-conception, de communication responsable … Disponibles sur la plateforme  En mode durable, ces ouvrages -destinés au grand public et à tous les acteurs de la filière- rappellent les grands engagements en termes de RSE du secteur et répondent à toutes les questions que peuvent se poser entreprises et fournisseurs pour accélérer la transition écologique.

Par ailleurs, l’Union continue d’œuvrer sur le sujet de l’affichage environnemental avec le ministère de la Transition écologique. « Notre objectif est double, précise Adeline Dargent. Nous cherchons à promouvoir l’outil existant et travaillons à son amélioration, afin de parvenir à un calcul du coût environnemental le plus complet possible. Ceci passe notamment par l’intégration de la notion de durabilité physique (aujourd’hui non adressée) à travers des tests permettant d’identifier ce qui peut mettre fin à la vie du produit, des coutures qui vrillent, du boulochage…». Autre sujet qui fait l’objet d’études approfondies, l’application du règlement éco-conception européen avec la future mise en place du passeport digital produit. Cette « carte d’identité » est destinée à réunir des informations qui président à un choix éclairé de la part des consommateurs. « Le propos est d’y intégrer des informations relatives notamment à la présence de matières recyclées dans les vêtements ou la présence d’informations fondamentales telles que la composition que, parfois, l’on ne trouve plus, l’étiquette (obligatoire) ayant été coupée après l’achat, poursuit Adeline Dargent ».

Durant les derniers mois enfin, l’UFIMH a été particulièrement mobilisée par le vote de la loi contre la mode ultra-express, rendu compliqué par l’instabilité politique en France qui a suivi la dissolution de l’assemblée. L’Assemblée nationale et le Sénat l’ont enfin votée les 24 et 29 juin derniers, permettant à la  France de se doter d’un outil officiel de lutte contre l’ultra fast-fashion. La loi définit notamment l’ultra-fast-fashion à l’aune de deux critères clés : une large profondeur de gamme (nombre de références) et un critère de réparabilité du vêtement, un prix trop bas n’incitant pas à réparer mais plutôt à jeter. Par ailleurs, les acteurs du secteur sont désormais interdits de publicité et devront répondre à une obligation d’information concernant le lieu de fabrication de leurs produits, à côté du prix et dans une police de même taille. Enfin, l’introduction de la taxe de 3 euros pour les petits colis à l’entrée de l’Union Européenne est également une très bonne nouvelle.  Dans ce contexte, l’UFIMH entend, plus que jamais, prolonger ses actions pour les prochains mois, déployées autour de ces trois axes clés…

Une lutte contre la mode ultra-express renforcée au niveau européen.

En septembre dernier, durant le Salon Première Vision, 22 fédérations européennes ont signé une déclaration commune portée à la Commission européenne, réaffirmant leur engagement dans la lutte contre l’ultra fast-fashion. Lors de la prochaine édition du salon, une réunion identique est prévue pour élargir ces actions à un plus grand nombre de pays européens, sachant que cette lutte ne peut passer que par un engagement actif au sein de l’ensemble des pays de l’Union Européenne.

Un nouveau guide autour des bonnes pratiques en matière de biodiversité.

Les actions de la filière ont été, jusqu’ici, largement centrées sur le thème de la décarbonation. La volonté est d’ouvrir le débat de façon plus large autour de la biodiversité, ce qui induit une réflexion autour des matières premières, dans un contexte d’augmentation des coûts liée à leur raréfaction et à la surexploitation des sols. Stress hydrique, pollution de l’eau liée à l’usage de teintures toxiques sans système de filtrage… Un nouveau guide à paraître dressera un état des lieux des principaux dangers du secteur pour la biodiversité ainsi que les bonnes pratiques déjà mises en place afin d’aider les marques à mieux comprendre ces enjeux, et renforcer leur politique RSE en termes de sourcing notamment.

Un outil inédit pour sensibiliser les fournisseurs sur les sujets de responsabilité sociale. 

Accompagner les marques dans leurs liens avec leurs fournisseurs dans le cadre d’une démarche d’évaluation et de progrès notamment sur les sujets-clés de sécurité au travail… Cet objectif prendra la forme d’un outil d’autodiagnostic qui permettra d’identifier les risques sociaux, doublé d’une enquête sur le bien être des travailleurs, via le recours au « worker voice ».

Ce dispositif a déjà été testé l’année dernière avec cinq entreprises. L’idée est simple. Les marques proposent à leurs partenaires de faire appel à une structure indépendante qui va interroger les travailleurs locaux via leur téléphone sur leurs conditions de travail.. « Ce questionnaire, très élaboré, permet -sans question directe qui pourrait être embarrassante- d’identifier d’éventuels problèmes, notamment dans le droit d’expression des travailleurs, précise Adeline Dargent. L’initiative, testée cette année auprès d’une dizaine de fournisseurs, a vocation à être généralisée si les retours des marques sont positifs. Les premiers résultats sont prometteurs. Les entreprises qui ont déjà réalisé ces diagnostics, ont pu ainsi identifier des points d’alerte qui nécessitaient des plans de correction auprès de leurs fournisseurs. Une façon, très efficace, d’accompagner ceux-ci sur ces sujets, et d’agir concrètement pour l’amélioration des conditions de travail tout au long de la chaîne de valeur. »

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Grand entretien avec… Thibaut Ledunois, Directeur de l’entrepreneuriat et de l’innovation de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin, membre de l’UFIMH.

« Les marques qui réussissent associent prudence, ambition et créativité ». Une nouvelle génération de marques prend une place grandissante dans le marché, renouvelant la façon de penser la création comme le fonctionnement même de la mode. Communauté, produit, gestion, développement international… Avec Thibaut Ledunois, le point sur les stratégies qui redonnent de l'élan au prêt-à-porter français. 1/ On observe aujourd’hui un vrai renouveau du secteur avec des marques nées dans les années 2010 qui s'imposent peu à peu sur le marché français. Que représentent-elles dans l'écosystème de la mode ? Dans le contexte économique et géopolitique actuel, les marques nées avec l'essor du e-commerce et des réseaux sociaux, résistent et continuent d'influencer le secteur. Avec dix à vingt ans d'activité, elles apportent un dynamisme précieux, à la fois créatif, économique et politique. Cela dit, leur poids n'est pas proportionnel à leur influence. Face aux volumes de l'ultra fast fashion, des grandes marques traditionnelles et de la seconde main, leur part dans le marché du prêt-à-porter, en France comme à l'international, reste modeste. Certains estiment le chiffre d'affaires de Sezane entre 500 et 600 millions d'euros en 2025, mais la majorité des jeunes marques françaises réalise plutôt entre 1 et 40 millions d'euros et pèsent environ 3 % du marché. Cette génération, dite des DNVB (Digital Native Vertical Brands, nées en ligne qui maîtrisent leur distribution) influence et inspire, car elle porte une nouvelle vision de la consommation de mode et du prêt-à-porter français. On lui doit un engagement fort en matière d'inclusion et de respect du vivant, mais aussi des approches marketing devenues des évidences : sentiment d'appartenance à une communauté, collections exclusives, omnicanalité, création de contenus. 2/ La plupart n'hésitent pas à bousculer les stratégies habituelles de développement, et cela dès leur création. Quels sont leurs choix les plus spécifiques, et en quoi participent-ils à leur succès ? Je voudrais tout d’abord saluer cette génération qui, loin des clichés, laisse une vraie place aux femmes, à l’image de Balzac, Make My Lemonade, Livy… Une spécificité française dont on peut être très fier, dans un univers où les inégalités demeurent en termes d’entrepreneuriat au global. En revanche, on réduit souvent ces marques à celles des « diplômés d'écoles de commerce». Veja a ouvert la voie, suivie par Le Slip Français, Faguo, Asphalte… Pour certaines, ce n'est pas faux, mais très réducteur. Selon moi, leur réussite tient justement à un équilibre très fin entre un vrai sens des affaires, une parfaite maîtrise de la communication et du marketing, qu'elles ont dépoussiérés en incarnant une fraîcheur accessible, sans compter l'exigence du produit. Le métier d'entrepreneur de mode est devenu extrêmement exigeant. Il faut être très curieux, comprendre les enjeux du secteur et ses mutations, faire évoluer sans cesse sa marque, son image et son produit, et rester très agile dans ses investissements comme dans ses stratégies. Les fondateurs et fondatrices qui réussissent ont en commun de gérer leur entreprise « en bons pères et mères de famille », avec cet équilibre fin entre prudence et créativité.  3/ Cette nouvelle façon de penser l’entreprise se poursuit à mesure que la marque se développe. Quelles initiatives vous semblent les plus inspirantes ? J'insiste aujourd'hui sur trois points clés. Le premier, c'est la force communautaire de la marque. Dans un moment d'incertitude, de fragmentation et de perte de repères, les marques sont plus que jamais des espaces où les consommateurs expriment leur identité. Une marque forte incarne un mode de vie, une vision de la société, des codes culturels capables de fédérer une communauté. Elle devient un étendard, au même titre qu'un club de basket ou une origine géographique. Le deuxième, c'est le produit, qui doit rester au centre du projet. Il ne doit pas être désirable, il doit être irrésistible. Deux options s'offrent alors à la marque. Soit le produit est si singulier qu'il en devient irremplaçable (« je veux ce pull parce que je n'en trouverai jamais de pareil ailleurs »), soit le rapport entre qualité, désirabilité et prix est parfait.  Parmi les marques qui fonctionnent bien, Triple Sphère, Bazist ou Sœur répondent davantage au premier modèle tandis que Museum Garment, Maison Lecomte Flament ou Barnis correspondent plutôt au second. Mais dans tous les cas, trois critères sont pris en compte : on ne peut en négliger aucun. Le troisième, je l’ai déjà mentionné, c'est une gestion rigoureuse et prudente. La mode a longtemps profité de marges confortables pour absorber des dépenses inutiles, une gestion « instinctive » ou des frais « d'image ». C'est terminé. Les consommateurs ne comprennent plus certains niveaux de prix, et les coûts de fabrication augmentent. Résultat ? La marge opérationnelle baisse, ce qui impose un pilotage très fin des dépenses, du retour sur investissement, des achats et des stocks. Cela repose souvent sur un duo ou un trio à la tête de l'entreprise, une attention portée aux chiffres, et la capacité à bien s'entourer. 4/ Vous le précisez, certaines de ces maisons pionnières ont entamé leur développement il y a plus de dix ans. Quel retour d'expérience peut-on en tirer ? Et constitue-t-il un viatique pour penser demain ? Je parlais récemment avec le fondateur d'une marque qui réalise aujourd'hui 40 millions d'euros de chiffre d'affaires, lui demandant si l'histoire serait la même s'il se lançait maintenant. Il m'a d'abord répondu « bien sûr », puis s'est repris quelques secondes plus tard : « En fait non, ce serait plus difficile. » La génération des années 2010 a su profiter de la vague des réseaux sociaux, de l'essor du e-commerce et de la recomposition du tissu industriel européen. Son enjeu, désormais, est de durer. Elle doit poursuivre son internationalisation, sur laquelle reposent en grande partie nos succès français, et innover dans ses processus comme dans l'intégration de l'IA, tout en préservant ses savoir-faire et sa capacité à comprendre notre époque par l'humain. Pour les marques qui émergent en ce moment, reproduire à l’identique ces recettes serait une erreur. Elles restent valides mais, partant de ce socle, la mission est aujourd’hui d'inventer de nouveaux codes, dans un monde de social commerce, de vidéos publicitaires entièrement générées par l'IA…. C'est exactement le type de défi qu’ont relevé, il y a quinze ans, les marques qui réussissent aujourd'hui. Aller plus loin en découvrant le magazine Flair

Enquête : Communication, les nouvelles règles du jeu.

Renouveau des médias traditionnels, rôle majeur des influenceurs, nouvelle place donnée aux événements… Les marques doivent aujourd’hui repenser leur communication pour augmenter visibilité et désirabilité. Notre regard sur ces grandes évolutions avec Johanna Sebag, fondatrice de l’agence Dress Code qui accompagne plusieurs dizaines de marques dans leur développement, dont certaines adhérentes des fédérations qui composent l’UFIMH.  C’était il y a 20 ans, c’était un autre monde. Pour se faire connaître, les marques avaient pour principale cible les magazines féminins qui donnaient le LA du style, du bon goût et de la modernité. En deux décennies, cet univers s’est radicalement transformé ; la presse classique ne constitue plus la référence ultime, rattrapée par la puissance des nouveaux médias, des influenceurs et des réseaux sociaux. Il est donc essentiel de bâtir une communication qui intègre l’ensemble de ces acteurs et tienne compte de l’évolution des désirs des consommateurs, comme l’assure Johanna Sebag. « L'écosystème a totalement changé. Dans les années 2000, on avait les magazines print, l'affichage et c'est tout. L'apparition du digital et les nouvelles attentes des clients ont bouleversé le champ de la communication qui doit désormais être singulière, multicanale et parfaitement orchestrée ».   Un récit fondateur pour mettre en avant savoir-faire, émotion et authenticité. Premier élément-clé de cette stratégie, l’élaboration d’une plateforme de marque capable de définir son identité et sa singularité par rapport à ses concurrents. « Il faut que la marque écrive son territoire, son ADN afin qu’elle puisse d’abord se comprendre elle-même, confirme Johanna Sebag. Elle doit pour cela élaborer un récit authentique et sincère, mettant en lumière les valeurs fortes qui suscitent l’adhésion des consommateurs : l'artisanat, le savoir-faire, l'émotion, l'authenticité, le respect des hommes et de la planète. La traçabilité constitue aussi l’un des critères majeurs. Les clients ont envie de savoir comment et où la marque produit. Ils plébiscitent l’engagement, notamment à travers les certifications ou des labels comme BCorp ». Une exploitation raisonnée de l’ensemble des médias.  Une fois cette vision définie, reste à composer ces différents acteurs qui possèdent chacun leurs atouts, à commencer par les magazines féminins ou dédiés à la mode. Si leur audience a chuté, tous conservent une valeur ajoutée : le sérieux et l’expertise liés à la rigueur journalistique, sans compter une vraie culture de mode. « La presse magazine reste un passage obligé, assure Johanna Sebag. Elle raconte une histoire que l'on ne peut pas raconter via d'autres canaux. Elle aborde les sujets par la culture, la création et sacralise la mode sur un support physique -le papier- qui valorise une forme de noblesse et une intemporalité ». Sérieux, culture… Autant d’atouts dont s’emparent aussi les médias on-line tout en offrant une vision plus fraîche et contemporaine de la mode, notamment en termes visuels. De plus, tous fédèrent leur communauté en élargissant le champ des références, dans une transversalité qui signe l’époque…. On y retrouve la mode bien sûr mais aussi la littérature, la food, la musique ou la sociologie ; mis en avant par des artistes ou les créateurs eux-mêmes ». Restent enfin les influenceurs qui ont incontestablement participé à remodeler les habitudes de consommation avec une parfaite compréhension des codes numériques et un message qui privilégie l’émotion plutôt que l’information. L’essentiel consiste alors à choisir les ambassadeurs les plus en phase avec l’ADN de la marque, sachant que la prime est à la nano-influence avec des Key Opinion Leaders qui disposent d’une petite communauté mais très qualifiée. « Ces acteurs sont précieux car complémentaires mais cet écosystème ne peut exister seul ajoute Johanna Sebag. Il doit également s’enrichir de prises de parole de la marque elle-même ».  La création d’événements qui font de la marque son propre porte-parole.  Ces prises de parole permettent à la marque d’entrer directement en relation avec sa communauté, raconter son histoire en dehors d'une journaliste, d'une influenceuse ou d'un talent.  Une façon de sacraliser un dialogue qui peut prendre de multiples formes… Des événements on-line ou physique, la création de book-clubs, de running-clubs, le partage d’un engagement autour d’une cause fédératrice portée par le/ la fondatrice qui peut s’exprimer à travers son compte Instagram ou même un podcast. Dans tous les cas, cette incarnation tisse une proximité inestimable avec les clients. Elle soude une communauté qui se sent encore plus proche de la marque et de ceux qui la font, dans un partage de valeurs et d’émotions. Mais rappelons-le, ces outils ne sont précieux que s’ils nourrissent une vraie vision pour la marque, assure Johanna Sebag. « Aujourd’hui tout est important : le off-line, le on-line, l'influence, les talents, l'affichage sauvage, les podcasts… Ce qui fait la différence, c’est l'enchaînement entre ces modes de communication pour assurer une visibilité sur le temps long, et la cohérence de l’écosystème global. La clé du succès ? Un message fort, une pluralité d'expressions, et un parfait tempo. »

3 questions à… Guillemette Bataille, fondatrice de Maison Guillemette.

« Nous parions sur une gestion millimétrée de notre production ». Alors que la marque fête cette année les 10 ans de la création de son prêt à porter, sa fondatrice nous dévoile les éléments clés d’une stratégie de développement qui a permis à la maison d’enregistrer une croissance saine et régulière, et cela depuis sa création… 1/Vous avez fondé Maison Guillemette en 2014. Dans quel esprit l’avez-vous pensée sur le plan créatif et quel modèle économique avez-vous choisi de mettre en place ? J’ai toujours aimé la mode mais j’ai fait une école de commerce et, même si j’étais plutôt habile de mes mains, je ne savais pas coudre ! J’ai donc débuté par l’univers qui me semblait le plus accessible, l’accessoire et le bijou que j’ai d’emblée pensés pour des moments d’exception. J’ai commencé à créer des pièces assez singulières, très couture ; des couronnes de fleurs ou des ornements de cheveux pour les futures mariées qui ont connu un vrai succès. En 2016, j’ai dessiné une première pièce de mode, un top noir dos nu avec de la dentelle de Calais que l’on pouvait accessoiriser avec l’une de mes broches. A ma grande surprise, nous en avons vendu 50 exemplaires en 48h ! J’ai compris que les fidèles de la maison attendaient de moi un univers plus large et me suis lancée dans le prêt à porter avec un fil rouge, des collections délicates, féminines, et une certaine sophistication. Le développement de la maison s’est fait ainsi, mélange de prudence et d’intuition, avec des règles précises. Tout d’abord, la mise en place d’un système de précommandes pour limiter les invendus, puis la création de notre atelier de production à Montreuil. Celui-ci rassemble aujourd’hui plusieurs couturiers, une équipe de passionnés qui confectionnent une grande partie de nos collections. Ce lieu témoigne de notre attachement au Made in France et nous offre une agilité en termes de volume comme de création puisque nous lançons en continu des prototypes. Côté sourcing, nous travaillons avec des fournisseurs français, notamment les dentelliers de Calais, et des partenaires étrangers (Portugal, Turquie etc). Nous avons tissé des liens forts avec tous et nous avançons ensemble. En septembre 2023, nous avons lancé une ballerine imprimé léopard en faisant tout d’abord produire une centaine de paires, nous en avons finalement vendu plus de 3500. Face à la demande, nous avons dû relancer la fabrication très vite et notre fabricant au Portugal a parfaitement relevé le défi. 2/ Comment avez-vous pensé l’aspect retail ? Nous avons inauguré une première boutique parisienne fin 2019, après avoir reçu nos clientes dans notre show-room. Ce lieu nous a permis de déployer notre univers, et nous avons ouvert une nouvelle adresse en 2022, tout en nous rapprochant de partenaires qui nous distribuent au Japon et aux Etats-Unis. Avec ce choix du retail, nous ne pouvons pas nous contenter du seul modèle de pré-commandes mais nous restons très prudents sur nos volumes de production. Jusqu’à l’année dernière, nous étions parfois en rupture de stock mais en 2026, nous avons osé produire davantage, ce qui nous a permis de vendre plus. Dans le contexte économique du moment, je reste néanmoins convaincue de la nécessité de gérer la production de façon millimétrée, ce qui permet aussi d’aller au plus près des attentes de nos clientes. Celles-ci adhèrent d’ailleurs à cette philosophie, avec le sentiment que nous sommes à leur écoute et que nos propositions sont vraiment pensées selon leurs désirs. 3/ Vous fêtez cette année les 10 ans du prêt à porter de votre maison. Comment imaginez-vous la suite ? Notre objectif est de poursuivre ce développement dans le même esprit. Nous sommes à la recherche d’une troisième adresse parisienne et allons être distribués dans un grand magasin aux Etats-Unis. Par ailleurs, nous réfléchissons à faire évoluer notre communication, sans toutefois nous trahir. Nous avons la chance de fédérer des clientes qui portent nos vêtements dans des moments d’exception, où ils sont vraiment visibles. Notre développement s’est largement fait par le bouche à oreille et notre communauté aime ce côté exclusif ; l’assurance de pouvoir choisir une robe, un bijou qu’elles ne verront pas porter par d’autres. Nous avons pris le parti de jouer sur cette confidentialité, cette excellence discrète. Désormais, la maison est installée dans le paysage de la création et nous pouvons peut-être adopter une voix plus affirmée avec des événements autour de pop-up par exemple, le tout sans changer notre philosophie. Ce bouche à oreille ne nous donne pas une énorme visibilité mais il nous a permis de développer une croissance saine et continue. Celle-ci sera d’ailleurs un peu exceptionnelle cette année, entre 20 et 30%, ce qui prouve que nous sommes sur le bon chemin. Pour découvrir la marque : https://www.maisonguillemette.com/fr/  

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