En Mode Durable : une nouvelle plateforme pour faciliter la démarche responsable des entreprises…

28 juin 2026

Avec le soutien précieux du Défi, la Fédération Française du prêt-à-porter féminin, Promincor – Lingerie Française et la Fédération de la Maille, de la Lingerie & du Balnéaire ont imaginé un portail offrant aux entreprises de la filière des contenus concrets et pratiques pour accélérer leur politique en termes de développement durable. La Maison du Savoir-Faire et de la Création revient dans cet article sur les atouts de ce nouvel outil.

Selon le rapport Quantis paru en 2018, “la mode représenterait près de 8% des émissions mondiales de CO2, sans compter les enjeux liés aux conditions de travail dans la chaîne d’approvisionnement et à la surconsommation encouragée par la fast fashion” rappelle la plateforme En Mode Durable sur son site enmodedurable.fr.

Face à ces défis écologiques, ce ne sont certes pas les initiatives et sources (labels, associations, structures publiques ou privées…) qui manquent. Mais les acteurs de la Mode française peinent souvent, surtout les petites et moyennes structures, à se retrouver dans un tel maquis, pour accéder aux bonnes informations et à prioriser leurs actions.

Un portail pour faciliter laccès à linformation

C’est le constat qu’ont justement réalisé les trois organisations professionnelles de l’Habillement que sont l’Union Française des Industries Mode et Habillement (Ufimh), Promincor – Lingerie Française et la Fédération de la Maille, de la Lingerie & du Balnéaire. Cela les a incitées à imaginer un autre dispositif d’accès et d’utilisation de l’information de la Mode Durable, à savoir le portail enmodedurable.fr, lancé en avril dernier. Financé par le Défi, le Comité de Développement et de Promotion de l’Habillement, celui-ci est libre d’accès pour toutes les entreprises du secteur.

“Il semble exister beaucoup d’informations que nous pouvons trouver sur divers canaux. Mais celle-ci n’est pas toujours juste, souvent très partielle et pas toujours très claire et compréhensible. Nous avons donc voulu créer quelque chose de structuré, pédagogique, interactif et le plus complet sur les thématiques abordées, afin que les entreprises puissent mieux comprendre ces sujets, les prioriser et les anticiper, voire élaborer une feuille de route RSE en fonction de leur stratégie globale », explique Karine Sfar, Déléguée Générale de Promincor – Lingerie Française et de la Fédération de la Maille, de la Lingerie & du Balnéaire.

“La genèse de cette plateforme a été les trois guides que nous avons successivement publiés en 2019, 2021 et 2022, portant sur les approvisionnements, puis l’écoconception et enfin, la communication responsable, explique Adeline Dargent, Responsable RSE de l’Ufimh. Nous avons toujours associé les entreprises à la conception de ces guides destinés à les accompagner de façon pédagogique et didactique, avec à la fois du contenu et des outils très concrets… Les acteurs de la filière, y compris ceux du mass market et du luxe, soit au-delà des marques premium que nous fédérons initialement, se sont bien emparés de ces guides. Mais ces derniers avaient été conçus dans un format PDF un peu lourd, pas forcément évident à utiliser, surtout pour de petites entreprises. Nous nous sommes donc demandés comment rendre plus accessibles ces informations et outils de façon plus simple et qui prenne moins de temps ».

Un outil pragmatique

Les équipes RSE des trois Fédérations ont ainsi collaboré avec l’agence de communication spécialisée Hyssop, pour un travail de réécriture et de rendu plus accessible, et avec les experts qui avaient déjà travaillé sur les guides, à savoir les cabinets Blue Quest et Ecoeff Lab, pour la validation des contenus.

“Notre portail n’est peut-être pas le plus complet, mais il est le plus pragmatique, souligne Adeline Dargent (Ufimh). Aucun outil n’existait sous cette forme, il existait des plateformes liées au Développement Durable comme Refashion par exemple, qui s’avère complémentaire. Notre idée n’était pas de refaire ce qui existait déjà”.

En Mode Durable se distingue ainsi des plateformes déjà en place, mettant en relation des acteurs ou des annuaires de la Mode responsable. La Fédération Française du Prêt-à-Porter Féminin a d’ailleurs elle-même déployé, en 2020, un tel annuaire, initialement baptisé “Ressources Green”, refondu début 2024 dans “l’Ecosystème de la Mode” et devenu ainsi un outil global de mise en relation entre tous les acteurs de la Mode Responsable.

En Mode Durable se situe, lui, sur un autre plan en apportant des éléments de réponse pratiques pour “outiller” les entreprises, les “accompagner et progresser” sur de tels sujets. “Il facilite l’accès à l’information sur la Mode Responsable et la rend aussi plus ludique, explique Adeline Dargent. Cet outil est abordable quelle que soit la maturité de l’entreprise, sa taille et est tout public. Quels que soient le service et la nature de l’entreprise, il y a une réponse ».

Approvisionnement responsable, écoconception et communication responsable

La plateforme a été bâtie avec quatre entrées renvoyant aux principales thématiques -Approvisionnements Responsables, Écoconception et Communication Responsable-, plus une partie “News” évoquant l’actualité réglementaire et des dispositifs déployés par les fédérations.

“Les entreprises peuvent accéder à différents degrés d’informations en fonction de leur niveau de maturité progressive, au nombre de trois: débuter (débutant), se structurer (intermédiaire) et enfin, accélérer (avancé), débouchant sur des cartes (ou fiches) différentes à consulter” détaille Adeline Dargent, qui insiste sur le caractère “interactif” de la plateforme, le contenu d’une fiche pouvant renvoyer au contenu d’une autre fiche.

Outre du contenu, le portail intègre des outils pratiques, comme une priorisation d’actions à réaliser via des check lists ou des questionnaires à destination, par exemple de ses fournisseurs, ou encore des études de cas exemplaires. “Les guides ayant servi de base à la plateforme avaient été élaborés avec un comité de pilotage d’entreprises variées et représentatives afin d’orienter les sujets vers de l’opérationnel, indique Karine Sfar (Promincor -Lingerie Française et Fédération de la Maille, de la Lingerie et du Balnéaire). Les témoignages alors intégrés ont été repris sur la plateforme afin de montrer qu’il ne s’agit pas de simple littérature mais de réalisations concrètes. Et le but sera de l’enrichir encore à l’avenir avec d’autres ambassadeurs (marques, industriels…) d’autres exemples probants, des bonnes pratiques…”.

En matière d’approvisionnement, le portail répertorie ainsi, pour chaque matière, des options plus responsables, comme le coton labellisé “GOTS” (Global Organic Textile Standard). D’autres fiches proposent du contenu pour avancer en fonction de la maturité de l’entreprise. Les entreprises plus “débutantes” peuvent, par exemple, accéder à une évaluation des risques pays et celles, ayant un niveau intermédiaire, prendre connaissance de la synthèse du projet pilote de Traçabilité coordonné par le Défi en 2020 et 2022, et ayant réuni 13 marques pour développer et tester des solutions.

Casser les idées reçues

Sur cette thématique de l’Approvisionnement responsable, Adeline Dargent (Ufimh) observe que “la plateforme permet de casser certaines idées reçues. Des entreprises se demandent par exemple si le fait d’utiliser des matières recyclées aboutit forcément à un bilan écoresponsable positif dans la mesure où le produit risque d’être moins solide et donc moins durable de ce point de vue là. Beaucoup de gens sont par ailleurs persuadés que le transport a un impact très important sur le bilan, alors qu’en fait, il est très limité. En revanche, la partie amont de l’approvisionnement des matières, de la culture (par exemple celle du coton non bio, qui est gourmande en eau et pesticides) jusqu’aux apprêts, compte bien davantage”.

Côté écoconception, la plateforme propose par exemple aux entreprises débutantes une boîte à outils avec des fiches dédiées, inspirée et adaptée pour la Mode, des travaux de la norme X30-260, qui proposent une méthodologie pragmatique de mise en place d’une telle démarche. Par ailleurs, une fiche livre le témoignage du groupe de lingerie Chantelle, évoquant sa réflexion sur les notions de réparabilité afin de faciliter la seconde main de ses articles.

Éviter les pièges du “greenwashing

Enfin, dans la thématique “communication responsable”, que cela soit auprès des clients, des fournisseurs ou des salariés, et en particulier, du personnel de vente, le portail explique aux entreprises débutantes comment “se lancer, sans brûler ni les étapes, ni les ailes” ; à celles de niveau intermédiaire, comment adapter ses prises de parole en fonction du profil de ses collaborateurs, et enfin ; pour les sociétés d’un niveau avancé, comment “gagner en influence” sur le sujet de la RSE, via les réseaux sociaux.

Sur ce dernier thème, Adeline Dargent (Ufimh) évoque, parmi les outils, une checklist de questions à se poser pour éviter les pièges du greenwashing. “Il s’agit d’être très vigilant sur ce plan, y compris en termes réglementaires, détaille la responsable RSE de l’Ufimh. La plateforme propose aussi un “stress test” pour sensibiliser les responsables de vente sur les termes à ne jamais employer”.

D’une façon générale, Adeline Dargent voit dans le portail “un formidable outil de sensibilisation qui peut être pris en main aussi bien par l’équipe de direction que par la totalité des salariés, que ce soit dans l’achat, la vente, le marketing, la communication, etc”. Il permet aussi de former “ses éventuels nouveaux collaborateurs” aux “enjeux et points sensibles de la Mode Durable à prioriser”, souligne-t-elle.

“Chaque salarié va se nourrir d’informations concernant son domaine d’activité et sa fonction, renchérit Karine Sfar (Promincor- Lingerie Française et Fédération de la Maille, de la Lingerie et du Balnéaire). Par exemple, les responsables de collections et les stylistes pourront plutôt s’intéresser aux bonnes pratiques d’écoconception pour mieux concevoir leurs produits”.

Elle ajoute que “la plateforme permet de démystifier un certain nombre de croyances et de sortir des idées préconçues pour ouvrir positivement ses chakras. Chaque professionnel va pouvoir appréhender les problématiques RSE avec son niveau de connaissances et y trouver son compte. Si l’objectif est commun à tous, à savoir avancer vers une Mode plus Responsable et plus Durable, les chemins seront propres à chaque entreprise. Certaines auront pour priorité de concevoir tous leurs produits en coton issu de l’agriculture biologique, d’autres d’augmenter fortement la part de fibres recyclées dans leurs collections et d’autres encore de favoriser la biodiversité…”.

Mieux se faire connaître

La plateforme a jusqu’ici limité sa communication, les Fédérations étant très mobilisées par les sujets réglementaires et législatifs actuels (tels que la loi Anti Fast Fashion…). Dans de telles conditions, Adeline Dargent (Ufimh) ne s’étonne pas qu’En Mode Durable n’ait pas encore été contactée par des structures tierces pour créer d’éventuelles synergies. Mais la plateforme y serait tout à fait ouverte, ajoute-t-elle.

Observant, malgré tout, une hausse immédiate des consultations d’En Mode Durable dans la foulée de la publication d’un article dans la presse B to B, la plateforme projette de mieux se faire connaître à court terme.  Un atelier, s’appuyant sur ses outils, est d’ores et déjà envisagé au second semestre. S’il est encore trop tôt pour citer des statistiques de consultation, Adeline Dargent estime comme “très large”, “le profil de marques susceptibles d’être intéressées” par ce nouvel outil et qui “va de la grande distribution au luxe en passant par des marques premium”.

En attendant, En Mode Durable compte bien activer sa communauté, notamment en incitant ses utilisateurs à faire des recommandations sur d’éventuels manques qu’ils aimeraient la voir combler. Un onglet “proposer une idée” est ainsi à leur disposition sur la plateforme afin de “soumettre des sujets qui posent question”.

De façon générale, la plateforme est vouée à évoluer au fil du temps. A court terme, “il y aura des mises à jour nécessaires d’un point de vue réglementaire, car cela bouge beaucoup actuellement à ce niveau tant en France qu’en Europe. Nous envisageons donc, à partir de l’an prochain, de compléter nos outils et informations en ce sens”, explique Adeline Dargent (Ufimh).  “A plus long terme”, la plateforme devrait aussi élargir son périmètre, ses initiateurs souhaitant “développer tout ce qui a trait à la biodiversité ou à l’impact social pour l’enrichir, des guides devant voir le jour sur ces sujets au cours du premier semestre 2026”.

Premiers objectifs atteints

En attendant, Adeline Dargent pense qu’En Mode durable a d’ores et déjà atteint ses premiers objectifs. “Si j’étais dans une entreprise, c’est l’outil que j’aurais adoré avoir pour travailler sur les sujets de la Mode Responsable, il est très didactique, permet d’aller directement à l’information en fonction de son sujet ; le tout répondant à la curiosité de chacun” souligne la responsable RSE de la l’Ufimh.

Certes, les Fédérations constatent actuellement un ralentissement des actions des entreprises en termes de Développement Durable. “Leurs budgets alloués à ces sujets sont plutôt en baisse en raison, d’une part, d’un contexte économique compliqué et d’autre part, de l’allocation d’une partie de leurs ressources à la mise en conformité juridique (loi Agec, Traçabilité…) avec, à la clé, de nouveaux outils coûteux. En 2024, les très grosses entreprises ont aussi dû appliquer la mise en oeuvre de la Directive CSRD, imposant du reporting extra financier sur la durabilité”, note Adeline Dargent.

Malgré cette nouvelle donne, En Mode Durable compte bien s’imposer comme une aide précieuse pour les entreprises de la filière Habillement dans leur cheminement vert. “Notre ambition est que la plateforme devienne un outil de référence sur la Mode Responsable à moyen terme”, annoncent Adeline Dargent et Karine Sfar.

Pour accéder à la plateforme En Mode Durable : https://www.enmodedurable.fr

Pour en savoir plus sur La Maison du Savoir-Faire et de la Création: https://maisondusavoirfaire.com/

.
Partagez cet article sur :

/ Autres articles /

Grand entretien avec… Raffaello Napoleone, conseiller délégué pour les relations internationales et institutionnelles du salon Pitti Immagine Uomo.

« France et Italie doivent, ensemble, travailler à conserver leur leadership ». Lancé en 1972, le salon florentin s’impose désormais comme l’événement international majeur de la mode masculine, rendez-vous incontournable des marques et des acheteurs, des designers et des médias. Avec Raffaello Napoleone, le bilan de l’édition de juin 2026 et, plus largement, le rôle clé joué par cet événement dans la dynamique du secteur. L’édition 2026 vient tout juste de se clore. Quel premier bilan en faites-vous ? Nous sommes très satisfaits de cette 110éme session, placée sous le thème de « La piscine ». Nous avons reçu 14000 visiteurs environ parmi lesquels 11000 acheteurs, soit -3,2% par rapport à 2025, alors que l’événement a connu de fortes perturbations, liées notamment à des retards de train. Par ailleurs, ces chiffres s’accompagnent d’une audience plus qualitative. Nous avons reçu les grands acheteurs de toute l’Asie mais aussi d’Australie, des Etats-Unis... Des acteurs clé du marché international qui continuent de penser que le salon est LE rendez-vous à ne pas manquer, pour saisir l’esprit des nouvelles collections et rencontrer tous ceux qui « font » la planète mode. Côté médias, le salon a accueilli plus de 1660 journalistes, dont 50% d’étrangers, ce qui conforte notre dimension internationale. Enfin, nous avons fait carton plein côté exposants, avec 740 marques, dont 24 maisons françaises. Le Pitti est désormais l’un des moments les plus attendus dans l’univers de la mode masculine. Comment pensez-vous son organisation, pour répondre à ces ambitions ? En amont des salons, nous organisons des conférences de presse dans le monde entier pour appuyer le travail de nos agences de relations publiques basées dans ces pays. Notre objectif est de présenter les lignes de force des prochaines éditions, de mettre en avant les évolutions que nous mettons en place au sein de nos six sections. Pour cette édition, nous avons par exemple transformé la section I Go Out en Outopia, en collaboration avec la revue d’avant-garde Vanish pour explorer la fusion entre performance, mode et nature. Après un premier essai réussi en janvier dernier, nous avons reconduit la section de parfumerie sélective, High beauty, avec une sélection de 15 marques indépendantes. Vous avez par ailleurs multiplié les événements…  Le coréen JiyongKim a fait une installation très remarquée dans les espaces du Magazzino O7, tout comme la société chinoise de fils de luxe Consinee. Simone Rocha a présenté son premier défilé de mode masculine au Teatro della Pergola ainsi que DSM pour Dover Street market, le concept-store japonais historique qui a choisi de lancer en 2025 sa propre marque. On y a aussi découvert, pêle-mêle le show du label danois Sunflower ; la première collection du designer anglais William Palmer, lauréat du « I-C Pitti Imagine Award » l’an passé, sans oublier un projet majeur d'artisanat japonais porté par la Japan Apparel Fashion Industry Association. Par ailleurs, le salon a également salué le retour de plusieurs institutions…La marque new-yorkaise Refrigwear, ou le groupe WP Lavori in Corso qui a déployé l’ensemble de ses marques, notamment Barbour. En tout, une quarantaine d'événements ont pris place dans des lieux magiques, à commencer par la Fortezza da Basso qui aimante tous les regards. Et cette édition a permis, une fois encore, de prendre le pouls de la création contemporaine, faisant du Pitti un lieu stratégique sur le plan économique, mais aussi un moteur culturel qui génère de nouvelles idées, tendances et connexions. Le principe des salons est largement questionné à l’heure d’internet et des réseaux sociaux. Comment l’avez-vous fait évoluer pour préserver son prestige et son influence ? Il s’agit pour nous d’une question-clé. Nous réfléchissons à l’apport des nouvelles technologies, et notamment de l’IA pour penser le futur du salon. Pour cela, nous avons demandé à Ivano Cauli, déjà directeur de l’innovation du Pitti et expert incontesté du domaine (fondateur en 2004 de Openmind) de nous rejoindre au conseil d’administration pour renforcer nos actions dans ce champ. Par ailleurs, nous allons poursuivre notre développement à l’étranger. Toujours membre du conseil d’administration, j’occupe désormais le poste de conseiller délégué pour les relations internationales et institutionnelles, avec la mission d’amplifier les liens avec des zones comme l’Europe de l’Est (Pologne) le Sud-Est asiatique et l’Inde, sans compter l’Amérique du Sud où nous réalisons déjà un travail important, grâce aux accords du Mercosur. Comment la mode italienne se porte-t-elle ? Et Comment l’état italien soutient-il le secteur ?  En 2025, la mode italienne a réalisé un chiffre d’affaires de 58,39 milliards d’euros, soit une baisse de 2,4% par rapport à 2025, ce qui est plutôt une bonne performance dans un contexte géopolitique très difficile, notamment avec la compression de marchés importants, comme les pays du golfe. Nos exportations ont représenté 63,3% de ce CA. Face à cette situation de repli, le gouvernement italien se veut très actif, accompagnant notamment les TPE et PME très nombreuses dans le pays. Le secteur italien de la mode réunit environ 300 000 salariés pour 37500 entreprises, ce qui fait une moyenne de 8 salariés par entité. L'État participe au maintien à l’emploi avec des aides, elle est également présente pour stimuler la vitalité du secteur. Elle accompagne, par exemple, notre salon en finançant le voyage et le séjour à Florence de quelque 300 acheteurs étrangers, par édition. La France et l'Italie possèdent deux des industries de mode les plus influentes au monde. Quels sont selon vous les principaux défis qu'elles ont intérêt à relever ensemble aujourd'hui ?  Entre l'Italie et la France, la mode est une histoire à la fois longue et partagée. Nous sommes venus à la mode grâce à la France. Le marché français reste toujours le premier pour l’Italie et l’inverse est vrai. Nous partageons une même culture de mode en termes d’image, de création, de promotion et nous sommes, aujourd’hui encore, les deux grands pays de référence pour cet univers. Je pense, par ailleurs, que le futur de la mode va largement s’écrire en Europe. Pour cela, il faut tirer parti de notre complémentarité afin de faire face notamment à l'agressivité d’un pays comme la Chine, en travaillant à la mise en place de réglementations plus efficaces et en renforçant nos liens, via notamment nos fédérations. Nous entretenons d’ailleurs un lien fort et pérenne avec Promas, l’Office de promotion de l’habillement masculin ou encore de l’FIMH. Nos deux pays ont en commun la capacité de proposer une mode unique, par l’excellence de nos savoir-faire, par une forme de « bon goût » et une créativité qui nous permet à la fois d’être les sismographes des évolutions sociétales, et de pouvoir y répondre. L’Italie et la France ont tous les atouts pour continuer, ensemble, à porter ce leadership.

Développement à l’international… 5 bonnes raisons de se tourner vers l’Italie.

Une même culture de mode, une proximité précieuse en termes de transport et des conditions d’implantation qui permettent de réduire les risques… L’Italie reste l’un des marchés les plus porteurs pour les marques de mode française. Le point sur les atouts spécifiques du pays et les étapes essentielles pour y construire son développement avec Anne-Laure Druguet, directrice internationale de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin. 1/ C’est le marché de la communauté européenne le plus dynamique, et le plus proche. On ne le sait pas assez, mais l’Italie est historiquement le premier client de la France dans le secteur de la mode, en tête d’un top 5 qui place ensuite l’Allemagne, l’Espagne, la Chine et les Etats-Unis.  Au dernier semestre 2025, la France a exporté pour 6,6 milliards d’euros d’habillement, dont 3,6 milliards à destination de l’Union Européenne. Dans ce contexte de repli des marchés, le pays représente donc l’une des zones les moins impactées. « De plus, l’Italie reste pour la France « le marché d'à côté ». Cette proximité géographique se révèle très précieuse en termes de facilité et de coût de transport, par rapport aux marchés du grand export. Il faut toutefois rester vigileants sur les modalités de paiement rappelle Anne-Laure Druguet.. 2/ Les Italiens aiment la mode… et la mode française. Nos amis transalpins ont un vrai goût pour le vêtement et une solide culture de mode. La preuve avec la consommation moyenne consacrée à l’habillement en Italie, évaluée à 710 euros par an alors que le chiffre moyen en Europe est de 490 euros**. La tendance, néanmoins baissière, tient à un effet de conjoncture global (difficultés de pouvoir d’achat, contexte géopolitique international qui freine la consommation) mais également à des causes plus structurelles…. La volonté de consommer moins mais mieux et un fort intérêt pour la mode « seconde main » qui séduit désormais 25% des consommateurs locaux. Face à cette situation, nos marques de mode bénéficient néanmoins d’un atout majeur, comme l’assure Anne-Laure Druguet. «  La mode française reste très reconnue et appréciée des Italiens. Nous partageons un goût pour le style et l’excellence des savoir-faire qui signent la création française autant qu’italienne. Nos maisons implantées sur place capitalisent, aujourd’hui comme hier, sur cette image forte », précise Anne-Laure Druguet. 3/ La diffusion fait la part belle au wholesale, permettant aux jeunes marques de s’implanter par étapes. L’Italie est aujourd’hui le premier pays d’Europe en termes de magasins multimarques, ce qui induit une structure particulière de la filière avec un nombre important d’acheteurs, de showrooms et de représentants locaux B2B. Ce contexte constitue une réelle opportunité, notamment pour les jeunes maisons qui ont ainsi la possibilité de penser une implantation par étape, avec des investissements mesurés. « Elles peuvent d’abord entrer en contact avec des représentants qui les aideront à sélectionner quelques multimarques pour une première collaboration. Elles ont alors l’opportunité de tester le potentiel de leur production, de constater la convergence de leur marque avec les désirs des consommateurs avant, éventuellement, d’aller plus loin, assure Anne-Laure Druguet ». Lorsque les premiers résultats sont encourageants, les marques peuvent accroître leur présence via un réseau élargi de boutiques, participer aux salons locaux (Pitti Uomo pour l’homme et White Milano pour l’univers féminin) afin de construire réseau et visibilité. Dans le même temps, elles ont aussi la possibilité d’ouvrir l’e-commerce à l’Italie pour tester plus précisément le potentiel de leurs produits, et observer le comportement des consommateurs. « Ce mode d’entrée dans le marché permet de développer un chiffre d’affaire en Italie et acquérir une certaine maturité, avant d'envisager les investissements importants qu’exigent l’ouverture d’une boutique » confirme Anne-Laure Druguet. 4/ Les italiens restent sensibles à l’univers d’une marque, qu’ils aiment retrouver dans une boutique.  Si le wholesale constitue une stratégie d’exportation en soi, de nombreuses marques en font une étape avant une implantation pérenne. « L’ouverture d’une boutique est toujours bénéfique à une marque, confirme Anne-Laure Druguet.  Elle permet de montrer l'ensemble d’une collection et de proposer un esprit. Cette dimension est importante dans un pays comme l’Italie, très attachée à l’identité d’une marque. Son univers et son incarnation constituent une réassurance, l’appartenance à une communauté de style, et souvent de statut social ».  L’inauguration d’une boutique est aussi la clé d’une accélération en termes de notoriété avec des événements dans le lieu, des collaborations avec des artistes et des influenceurs locaux. Autant d’initiatives qui participent à renforcer l’adhésion à l’identité de la marque. 5/ La filière propose un accompagnement précieux pour favoriser les exportations vers l’Italie.  Membres de l’UFIMH, la Fédération du Prêt à Porter, pour la mode féminine, et Promas pour l’univers masculin, avec le soutien du DEFI, proposent un dispositif d’aide à l’implantation en Italie, pour les entreprises répondant aux critères établis par les fédérations et le Défi. Cet accompagnement concerne notamment la participation aux salons Pitti Uomo et White Milano et la mise en place de partenariats avec des showrooms locaux. La Fédération du Prêt à Porter a ainsi accompagné une trentaine de marques françaises en 2025, tout en proposant des webinaires autour des conditions de l’export en Italie et des rencontres avec des directeurs de showrooms, notamment dans le cadre de l’événement Welcome On board, en novembre 2025. * Données de l’ISTAT. *chiffres Union Européenne *IFM - Douanes

3 questions à… Marie Berton, directrice du développement wholesale de Sessùn.

« Le marché italien offre de nombreuses opportunités ». Créée en 1996, la marque a choisi d’amplifier son développement en Italie avec l’inauguration d’une boutique à Milan. L’aboutissement d’une stratégie amorcée avec une présence grandissante dans des magasins multimarques pour installer Sessùn sur le marché local. Le point sur les étapes de cette implantation, avec Marie Berton. La maison fête cette année ses 30 ans. Pouvez-vous tout d’abord nous la présenter ?  Sessùn a été créée en 1996 à Marseille par Emma François-Grasset. Grande voyageuse et alors étudiante en anthropologie, Emma découvre au Guatemala un artisanat d’une grande richesse. Cette rencontre sera un déclic, avec la volonté de mettre en lumière ces savoir-faire à travers un vestiaire contemporain. Au fil des années, le style Sessùn s’est affirmé tout en restant fidèle à ses fondamentaux : une curiosité constante pour les cultures et les savoir-faire du monde, une silhouette en perpétuelle évolution, un attachement aux belles matières et une volonté de proposer une mode désirable et accessible. À ces valeurs fondatrices s’ajoute un engagement de longue date en faveur d’une mode plus responsable. En 2023, Sessùn est devenue Société à mission, avant d’obtenir la certification B Corp en 2024, reconnaissant les actions menées par la marque en matière de gouvernance, d’impact social et environnemental. Aujourd’hui, 75 % de notre production est réalisée en Europe et principalement autour du bassin méditerranéen. La grande majorité de nos expéditions est acheminée par voie maritime. Et nous poursuivons nos efforts pour développer l’utilisation de matières à moindre impact et renforcer la traçabilité de nos approvisionnements. Cette vision constitue l’ADN de Sessùn et sans doute l’une des clés de son développement. La marque poursuit aujourd’hui une croissance régulière et compte 102 boutiques à travers le monde - 57 en France, 43 dans le reste de l’Europe, et deux adresses exploitées sous franchise en Chine. La marque est donc très présente à l’international et vous venez d’inaugurer une boutique à Milan, qui signe l’aboutissement d’un long compagnonnage avec l’Italie….  Notre développement retail en Europe s’est d’abord appuyé sur l’ouverture de boutiques en Grande-Bretagne, puis en Espagne, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et au Danemark. Le 16 mai dernier, nous avons franchi une nouvelle étape avec l’inauguration d’une adresse à Milan. L’Italie est un marché historique pour Sessùn, que nous avons d’abord abordé à travers une stratégie wholesale. Cette expérience nous a appris que la réussite d’un projet d’implantation repose avant tout sur la qualité des équipes que l’on parvient à réunir localement. Il est essentiel de s’entourer de showrooms dont l’univers est en adéquation avec l’ADN de la marque, mais aussi de partenaires convaincus de son potentiel, capables d’identifier les points de vente les plus pertinents pour son développement. Ce travail de fond permet ensuite, dans un second temps, d’envisager une implantation en direct, après avoir acquis une connaissance approfondie du marché et de ses spécificités. Comment avez-vous pensé cette implantation avec une boutique en propre ?  Nous avons appliqué les principes qui guident chacune de nos implantations. Tout commence par le choix d’un emplacement qui nous ressemble. À Milan, nous sommes installés Via Ponte Vetero, au cœur du quartier de Brera, dont l’énergie créative et l’ancrage culturel résonnent particulièrement avec l’univers de Sessùn. Nous croyons beaucoup au rôle de nos boutiques, qui permettent d’exprimer pleinement notre identité tout en dialoguant avec la culture locale. Notre adresse milanaise a été conçue par le studio d’architecture Cobalto, avec lequel nous collaborons depuis plusieurs années et qui a déjà signé plusieurs de nos projets à l’international. L’ouverture de cette boutique s’accompagne d’un renforcement de notre stratégie marketing sur le marché italien. Cela passe par le développement d’un site dédié en langue italienne — l’anglais ne suffisant pas pour créer une véritable proximité — ainsi que par une prise de parole plus soutenue sur les réseaux sociaux et l’accompagnement d’une agence locale experte du marché. Nous avons par ailleurs noué un partenariat avec le grand magasin La Rinascente pour l’ouverture de corners à Milan et à Florence, et prévoyons l’ouverture d’une nouvelle adresse à Rome d’ici la fin de l’année. L’Italie demeure un marché riche d’opportunités pour Sessùn, où nous voyons encore un fort potentiel de développement. Pour en savoir plus sur la marque : https://fr.sessun.com/  

S’inscrire à la nouvelle lettre de l’UFIMH

Rencontres, actualités, business, toutes les informations du secteur

Merci pour votre inscription