Grand entretien avec… Xavier Romatet, directeur général de l’Institut Français de la Mode (IFM)
“L’IFM entretient des liens uniques au monde avec l’écosystème de la mode”
C’est l’une des écoles internationales les plus reconnues, plébiscitée pour l’excellence de ses formations en mode mais aussi en management ou en communication. Avec Xavier Romatet, le point sur les différents cursus et les défis que l’institution doit relever pour former les jeunes générations aux métiers de demain.
L’IFM est aujourd’hui l’une des écoles les plus prestigieuses. Qu’est ce qui fait sa force et sa singularité ?
La première force de l’IFM, c’est Paris ; la capitale mondiale de la mode qui abrite les sièges des plus grands acteurs du secteur et les fashion weeks les plus influentes. Quand un étudiant français ou étranger s’intéresse à la mode, il se pose d’abord la question de la ville où suivre sa formation et la réponse est Paris. Et il s’avère qu’il y a sur place une grande école de mode qui s’appelle l’IFM.
Le second atout de l’école tient aux liens qu’elle a tissés avec tout l’écosystème de la mode : grandes et petites maisons, industriels, distributeurs…. Ecole privée mais à but non lucratif, l’IFM a été voulue et elle est aujourd’hui soutenue par tous les acteurs de la profession. Preuve de cette intégration unique au monde, ce sont les étudiants de Master et de Bachelor en design de l’IFM qui ouvrent la Fashion Week de Paris avec leur défilé. Diffusé sur les grandes plateformes de la Fashion Week parisienne, ceux-ci constituent une vitrine unique pour nos élèves.
Notre troisième atout tient au fait que – contrairement à d’autres écoles internationales-, nous ne sommes pas une école d’art, avec un département mode. L’IFM est une école de mode qui forme à tous les métiers de la mode. Nous réunissons 1400 étudiants dans 3 cursus principaux (management , design, savoir-faire), tous capables de comprendre les codes et le langage des autres. Ils sont ainsi mieux préparés à la réalité des entreprises. Dernier atout enfin, qui est essentiel, l’excellence de nos formations. Les programmes de l’IFM sont des références ; certifiés par le ministère de l’Enseignement Supérieur avec un mix d’intervenants académiques et professionnels, ce qui crée une dualité très complémentaire et spécifique à l’IFM.
Quel constat faites-vous de l’univers de la mode aujourd’hui et quels sont, selon vous, les défis auxquels il est confronté ?
La mode connaît une profonde évolution qui n’est pas uniquement conjoncturelle mais également structurelle. Le rapport à la mode et au luxe en général a totalement changé. Le premier défi est de recréer de la désirabilité auprès de consommateurs qui doivent retrouver du sens et des raisons d’acheter des produits de mode. Le second sujet tient à l’intégration de la technologie, notamment de l’IA, qui percute tous les modes opératoires de la mode, qu’il s’agisse de création, de distribution, de communication ou de production avec l’ensemble de la supplychain. Le questionnement est double, sociologique et opérationnel, avec un défi à la clé : comment opérer de façon efficace pour concevoir et produire une mode plus désirable, plus rationnelle et plus respectueuse de l’environnement ? Pour l’IFM, cela pose en creux une question-clé : quels profils former pour penser les demains de la mode.
Dans ce contexte, comment faites-vous évoluer vos formations ?
Nous répondons à la question sociologique en renforçant le socle d’enseignement historique et culturel. L’histoire de la mode et celle de l’art, et plus généralement la culture, sont intimement liées et cette relation entre mode, art et société est essentielle dans les enseignements. Quand vous disposez d’une connaissance forte de l’origine de ces liens, d’un socle et d’une ouverture culturelle importante, vous pouvez davantage répondre aux questions qui se posent aujourd’hui.
Par ailleurs, nous intégrons de façon massive à nos cursus les sujets de tech et d’IA comme nous l’avons fait il y a cinq ans avec la sustainability. Tous nos étudiants ont un socle minimum de 9h d’enseignement à l’IA avec un cursus qui leur permet à la fois de comprendre le contexte, les enjeux, les langages et les outils… Nous proposons aussi des ateliers où les étudiants utilisent l’IA, par exemple des analyses de défilés. Nous développons des expérimentations avec notre chaire d’enseignement et de recherche où nous travaillons avec des maisons sur différents sujets. Nous mettons à la disposition de nos étudiants en design des outils sophistiqués qui permettent de travailler sur des processus de création alternant une phase de conception dite « humaine » et un temps d’exploration et d’expérimentation avec l’IA.
Cette formation à l’éducation et à l’usage de l’IA permet d’évaluer ses forces et ses faiblesses à travers une multitude d’expérimentations. Nos étudiants explorent ainsi de nouveaux territoires et observent concrètement ce qui fonctionne ou pas. A partir de septembre, ce cursus concernera l’intégralité des disciplines, avec deux professeurs référents qui superviseront l’ensemble de la pédagogie autour de l’IA et nous aborderons les questions de l’agentique.
Dans ce contexte de mutation, comment pensez-vous l’avenir de l’école ? Quels sont vos projets pour les 5-10 prochaines années ?
Durant cette période de mutation, notre façon d’enseigner évolue profondément. Nous offrons toujours à nos étudiants une expertise en matière de management, de création, de communication mais une question reste en suspens. Ce que l’on enseigne aujourd’hui sera-t-il valable demain ? Il n’y a pas de réponse à cela. Voilà pourquoi notre ambition est d’aider nos étudiants à développer une capacité d’analyse, de questionnement pour adopter les bons réflexes… Nous les plaçons dans des situations où ils apprennent à se poser les bonnes questions. On ne les juge pas sur les solutions trouvées mais sur leur appréhension des sujets, et leur capacité à penser le champ des possibles.
L’IFM est adhérente à l’UFIMH. Quels liens avez-vous tissé avec l’Union et que vous apporte ce compagnonnage ?
Il est essentiel que les acteurs du secteur se réunissent autour d’organisation fédératrices comme l’UFIMH, qui puissent être des porte-paroles respectés, notamment des pouvoirs publics. L’IFM a la particularité d’être soutenu par tous les acteurs du secteur qui considèrent l’éducation comme un bien commun, au service de tous. Un lien fluide avec l’ensemble de la profession fait d’écoute, de dialogue et de respect mutuel est l’une des raisons du succès de l’IFM au cours des dernières années.
Pour en savoir plus sur l’IFM : https://www.ifmparis.fr/fr