Grand entretien avec … Sylvie Maignan, Responsable de la Maison du Savoir-Faire et de la Création
“ Le Made in France bénéficie d’une image très positive auprès des consommateurs “
Créée il y a tout juste 15 ans, la Maison du Savoir-Faire et de la Création, s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs clés dans la valorisation du Fabriqué en France, œuvrant très concrètement à tisser des liens entre marques et fabricants pour dynamiser le secteur. Avec Sylvie Maignan, le point sur l’engagement de cette institution, d’intérêt général, affiliée à l’UFIMH et financée par le DEFI.
La Maison du Savoir-Faire et de la Création a été créée en 2011 par les organisations professionnelles du secteur. Pouvez-vous nous rappeler ses grandes missions ?
Notre vocation n’a pas changé depuis 15 ans, même si nous lui avons insufflé une nouvelle dynamique ! Nous avons pour objectif de tisser des liens entre les marques et les fabricants, qui s’articule autour de 4 grandes missions. Nous cherchons tout d’abord à valoriser les façonniers et fabricants français qui détiennent des savoir-faire uniques, en les recommandant aux marques qui souhaitent produire en France. Pour cela, nous sommes présents sur les salons, nous communiquons sur nos réseaux sociaux et surtout, nous nous rendons tous les mois sur le terrain pour visiter les ateliers, appréhender leurs savoir-faire que nous mettons en lumière via notre magazine en ligne. Notre seconde mission consiste à faciliter la mise en relation entre fabricants et donneurs d’ordres. Pour favoriser l’accès aux fabricants, nous avons créé une plateforme professionnelle et gratuite de mise en relation, qui répertorie toute la palette de la fabrication française de mode avec près de 600 entreprises référencées (confectionneurs, bureaux d’études, fabricants de matières textiles…). Cette base de données, la plus qualifiée du secteur, est enrichie et actualisée en permanence.
Derniers objectifs, nous accompagnons les marques et créateurs de mode dans leurs projets Made in France avec des conseils personnalisés ; nous gérons ainsi chaque année, environ 300 demandes de marques qui cherchent à produire localement. Enfin, nous contribuons à des actions stratégiques de la filière avec l’ensemble des Fédérations, sur différents sujets clés comme la promotion des métiers techniques de la mode.
Depuis 15 ans, le paysage de la mode française a évolué. Pouvez-vous nous en dresser un rapide panorama ? Et quels sont aujourd’hui les défis des entreprises de la filière ?
Je ne vais pas m’appesantir sur les 40 ans de délocalisation qu’a connu la France mais ce rappel est essentiel. Il a obligé une majorité des fabricants à se spécialiser dans le luxe pour perdurer, ce qui constitue l’une des spécificités de la confection française. En dépit de cela, la France a su préserver un tissu industriel d’environ 450 façonniers, avec des savoir-faire d’excellence reconnus dans le monde entier. La filière compte plusieurs grands groupes mais les entreprises sont majoritairement des PME. Ces dernières ont récemment vu l’arrivée d’une nouvelle génération d’ateliers, plus généralistes et flexibles, qui produisent de petites séries afin de répondre aux besoins des jeunes marques de mode et des créateurs émergents, qui souhaitent des productions maîtrisées (sans surstock), dans une démarche RSE.
Dans ce contexte global, les fabricants français doivent relever plusieurs défis. D’abord celui de la compétitivité, car on sait que le prix du Made in France est plus élevé que le « Made in ailleurs ». Si on ne peut agir sur le coût de production (indexé sur les salaires), l’enjeu est de réduire le temps de confection grâce à plusieurs innovations, notamment le prototypage virtuel. L’automatisation de certaines étapes de production se développe également lorsqu’elle ne nécessite pas de maîtrise particulière de savoir-faire. Par ailleurs, les enjeux de formation et de recrutement restent importants, de même que le contexte géopolitique et la morosité de la consommation qui freinent le développement du Fabriqué en France.
Votre objectif-clé est la promotion de la fabrication française. Quels sont ses atouts dans un univers très compétitif et comment participez-vous à les valoriser ?
Le Fabriqué en France bénéficie d’une image très positive auprès des consommateurs en France comme à l’international, grâce à la qualité et la durabilité intrinsèque des produits. C’est un facteur de vente, avec un impact important sur l’économie française : il permet de créer des emplois, soutient l’économie locale et favorise la préservation des savoir-faire. Il s’agit d’une caractéristique à laquelle les marques sont de plus en plus sensibles car elles constituent un atout majeur de leur communication. Fabriquer en France induit aussi des avantages en termes de RSE, avec un impact carbone réduit du fait de notre système énergétique. C’est également la garantie du respect des normes sociales et environnementales les plus strictes et d’une totale traçabilité de la production. Pour les marques, fabriquer en France induit enfin une flexibilité de production avec des minimums de quantités souvent inférieurs aux autres pays, permettant une meilleure gestion des stocks.
Nous valorisons ces atouts grâce à notre plateforme qui permet aux fabricants de promouvoir leurs savoir-faire, d’être identifiés et directement contactés par les donneurs d’ordres qui l’utilisent. Surtout, nous rappelons cette valeur ajoutée aux marques et nous attirons leur attention sur les questions de business model et de marges compatibles avec les coûts de fabrication français.
Comment encouragez-vous les relations fabricants & marques ? Et quelles sont vos actions de conseil auprès des uns et des autres ?
Faciliter les relations fabricants & marques est au cœur de notre activité. Notre plateforme de mise en relation dispose d’un moteur de recherche puissant, capable de croiser 200 critères pour proposer des résultats ultra-ciblés. Près de 800 marques utilisent aujourd’hui cette plateforme, disponible en anglais (20% de nos visiteurs venant de l’international). Notre taux de fréquentation est excellent, avec plus de 32 000 visiteurs par an.
Par ailleurs, nous multiplions les actions de conseil auprès des donneurs d’ordres qui nous sollicitent pour produire en France ou relocaliser une partie de leur production. Ceci représente un large éventail d’acteurs : Maisons de luxe, marques haut de gamme et premium, jeunes marques, grands magasins, retailers… Selon leurs besoins, nous leur recommandons plusieurs fabricants en précisant leurs savoir-faire et spécificités. Nous avons aussi créé un forum d’échange et d’entraide entre fabricants qui connaît un vrai succès. Et nous animons tous les mois des webinaires de sensibilisation à destination des porteurs de projets, sur les questions de production en France.
L’engagement éco-responsable et l’innovation sont des éléments clés pour l’avenir de la filière. Comment contribuez-vous à accélérer cette transition ?
En agissant sur la mise en relation entre marques et fabricants français, nous participons concrètement à cette transition. Nous facilitons l’accès à des ateliers implantés en France et encourageons une production plus locale, plus transparente et plus responsable. Notre plateforme permet d’identifier des partenaires adaptés, grâce à notre outil de recherche qui intègre plus de 30 labels RSE. Nous jouons également un rôle de sensibilisation. À travers notre magazine et nos échanges avec les marques, nous diffusons les bonnes pratiques du Made in France, encourageant une meilleure compréhension de la production pour éviter des erreurs fréquentes qui alourdissent l’empreinte des collections. Enfin, nous valorisons des ateliers français les plus innovants, engagés dans l’optimisation des matières, l’innovation technique et la production en séries maîtrisées. La France et l’Europe sont aujourd’hui pionnières sur les enjeux RSE et notre rôle est de donner de la visibilité à ces acteurs en orientant les marques vers des solutions concrètes et durables. A ce titre, nous avons co-organisé l’année dernière un évènement avec le Groupement de la Fabrication Française (membre de l’UFIMH), qui dispose d’un label RSE « Les Ateliers Engagés » pour valoriser les atouts d’une fabrication locale.
Autre sujet-clé, la formation et le recrutement. Là encore, comment agissez-vous pour répondre aux besoins des entreprises ?
L’enjeu de valorisation et de préservation des savoir-faire est essentiel, sachant qu’un quart des salariés en atelier partiront à la retraite dans les 10 prochaines années. Les métiers techniques de la mode, comme les couturiers et couturières, sont des métiers en tension. Les ateliers forment et recrutent une jeune génération, mais aussi des personnes en reconversion qui ont envie de se réaliser par leurs aptitudes manuelles. Plusieurs ateliers ont même leur école de formation intégrée.
De notre côté, nous sommes contributeurs de la campagne Savoir pour Faire, en charge de la promotion des métiers techniques de la mode et du luxe, initiée par le Comité Stratégique de Filière Mode & Luxe il y a 7 ans. Cette campagne, très active sur les réseaux sociaux, permet de découvrir la richesse des métiers techniques, d’identifier les établissements de formation et de trouver un emploi, un stage ou une alternance grâce à un job board.
Votre institution est affiliée à l’UFIMH et soutenue par le DEFI. Que vous apporte ce compagnonnage et quels sont vos projets ?
Notre lien à l’UFIMH nous permet d’être au cœur de l’écosystème des Fédérations professionnelles de l’habillement, une filière innovante et engagée qui puise sa dynamique dans le collectif. Faire partie de cet écosystème nous donne une assise indéniable. Nous sommes réunis dans les mêmes locaux, ce qui permet un travail en synergie pour faire avancer les sujets. Par ailleurs, nous sommes entièrement financés par le DEFI depuis notre création. Notre maison est une structure d’intérêt général, et tous nos services sont gratuits, grâce à ce soutien.
Fort de nos résultats, nous sommes engagés dans une stratégie de visibilité accrue pour continuer à faire connaître nos services et poursuivre nos actions de promotion des fabricants français. Nous sommes très présents sur les salons et serons exposant au prochain Blossom Première Vision, qui accueille pour la première fois des façonniers français. Un nouveau rendez-vous pour promouvoir les savoir-faire, et valoriser une mode durable et désirable.
En savoir plus sur la Maison du savoir-Faire et de la Création : maisondusavoirfaire.com
Et sur la campagne Savoir pour Faire : savoirpourfaire.fr