2023 : nos voeux pour un affichage environnemental porteur de sens

30 juin 2026

Sous l’égide du Défi, l’UFIMH a conçu de manière collaborative l’une des 11 méthodes actuellement en lice pour l’affichage environnemental des vêtements, linge de maison et chaussants. Il sera en principe règlementé et rendu obligatoire au cours de l’année nouvelle. A date, voici des éléments de nos retours d’expérience et l’expression de nos convictions les plus robustes.

L’année 2022 a été, pour tous nos métiers, trépidante. Avec notamment, la révision du cahier des charges REP (responsabilité élargie du producteur) qui, clairement, vient rebattre les cartes. Y figure des spécifications qui engagent nos filières à plus d’éco-conception et de circularité que par le passé.

Avec aussi, côté consommateur, un engouement sensible pour la seconde main à la fois pour des raisons de pouvoir d’achat en berne et de conscience écologique en hausse.

Avec enfin, un ensemble de textes tout azimut concoctés au plan européen et, tel un chapelet, égrenés tout au long de l’année 2022

  • 👉 discussions au plus haut niveau politique de l’UE autour du projet de directive inspirée de la loi française sur le Devoir de Vigilance ;
  • 👉Pacte vert européen avec des « warnings » avancés par la Commission européenne qui ont scandé 2022 et l’annonce d’un imminent REPD (règlement sur l’éco-conception pour des produits durables).

Plusieurs projets de réglementation européenne donc, qui se précisent au fil des mois, «encapsulent » nos activités et, parallèlement, font émerger des normes et dispositions sectorielles qui ciblent spécifiquement nos filières… Sans oublier :

  • 👉 le Traité international sur les pollutions plastiques dont le processus pourrait aboutir au printemps 2023 à Paris ; du moins telle est l’ambition de nos ministres de tutelles, apparemment ! Or, à cette aune, le relargage de certaines micofibres textiles est problématique : c’est l’un des principaux hotspots identifiés, dans nos activités.

📜 Bref, un long « train de mesures » qui s’emboîtent comme des poupées russes, à une cadence soutenue, est annoncé ; et sans doute le législateur français a-t-il voulu l’anticiper, avec (notamment) la loi AGEC.

Un contexte règlementaire chargé, notamment porteur d’une étiquette spécifique dont la concrétisation oblige, à plus ou moins long terme, nos filières dans leur ensemble.

De quoi donner bien « du fil à retordre » ! Mais sans nous prendre au dépourvu à l’UFIMH, car cela fait déjà quelques années que nous nous mobilisons pour augmenter notre expertise sur les diverses composantes de la RSE (responsabilité sociétale de nos entreprises), développée par exemple à la faveur de nos Ateliers Engagés RSE.

🔦 Et, en matière d’étiquette destinée à éclairer le client final sur le caractère écoresponsable de nos articles, nous avons aux côtés du Défi formalisé et remis à l’Ademe en septembre dernier, l’une des 11 méthodes qu’elle expertise actuellement, et ce jusqu’à la mi-2023 en principe. Soit, l’écodesignscore (EDS) co-élaboré et testé par les principaux metteurs en marché d’articles de mode que nous sommes.

Deux témoignages illustratifs, comme exemples d’un retour d’expérience riche d’enseignement

  1. « Par conviction et désir de mieux communiquer sur nos produits -les vêtements d’image-, conformément à notre état d’esprit à la fois créatif et responsable, nous avons cherché à tester l’étiquetage environnemental, de manière volontaire », explique Dorothée Dufour-Hoofd, directrice Technique et Responsable RSE de Création & Image Paris. Cette PME de 20 personnes que dirige la vice-présidente de l’Ufimh, Claire Besançon, n’est pas assujettie, en tant qu’entreprise B to B, à cette disposition de la loi AGEC. « Nous nous sommes intéressées tout d’abord à la méthode du PEF avant de découvrir l’EDS qui nous a semblé plus accessible, avec des résultats cohérents à la clé» poursuit-elle.

L’EDS est une méthode « PME compatible » témoigne Dorothée Dufour-Hoofd, tout en soulignant l’indispensable accompagnement nécessaire à ce type d’exercice, tant en compétence qu’en temps. Création & Image Paris, qui conçoit, fabrique et distribue des vêtements d’image a testé l’EDS entre février et septembre 2022 sur trois articles emblématiques de ses gammes :

  • Une veste
  • Une jupe
  • Une écharpe

Implication n°1, témoigne-t-elle : « remonter la chaîne de valeur en quête des informations » qui vont permettre d’établir la « carte d’identité du produit ». Parmi lesquelles : le % de matières recyclées et/ou certifiées ; la consommation d’eau des usines de production, leur mixénergétique. Les items à renseigner sont aussi le taux de circularité, la biodégradabilité ; les informations requises portent également sur le lavage et ses impacts. « Certains fournisseurs jouent le jeu ; tous n’y sont pas encore prêts» constate encore cette ancienne responsable des Achats. « La méthode de l’EDS nous aide à structurer les informations à demander à nos fournisseurs ». Des informations utiles à plus d’un titre puisque qu’elles se retrouvent aussi, peu ou prou, parmi les critères des appels d’offres auxquels répond Création & Image Paris: « Tout se tient » estime Dorothée Dufour-Hoofd.

Pour relever les défis, il faut des chaines de valeur… disert ! 

Soyons réalistes, « c’est un travail éclairant, qui demande du temps et une certaine expertise». Vraisemblablement, pour progresser, une solution informatique telle qu’un ERP prenant également en charge les informations relatives à la traçabilité et à l’empreinte environnementale des produits ne serait pas superflu ; le fichier excel est pratique, mais avec des limites, relève Dorothée Dufour-Hoofd.

Toutefois, à l’issue de l’expérimentation (dont le sort final va dépendre du comparatif actuellement en cours à l’Ademe), pérenniser l’habitude enclenchée avec cette expérience lui paraît hautement souhaitable : quand « le pli est pris », la demande d’information récurrente auprès des fournisseurs devient réflexe, la démarche s’installe dans la durée, et les choses se font plus aisément.

  1. Autre exemple : chez Getex que dirige la Présidente de Mode Grand Ouest, Sophie Pineau. L’expérimentation de l’EDSa été réalisée sur sa marque propre, So&J. « Le fabriquant n’a pas la main sur l’étiquette ; la marque si. » relève-t-elle. En l’occurrence, c’est « une marque confidentielle, avec une collection courte -3 à 4 modèles /an-, née de notre volonté de réutiliser les fins de rouleaux ou des restes de production sur des tissus que nous avons achetés, notamment ». L’expérimentation de l’EDS, entre janvier et septembre 2022 a précisément concerné trois types de vêtements :
  • Une doudoune
  • Un blouson
  • Une parka

Première étape, selon Sophie Pineau : disposer des fiches techniques de chaque composant du modèle, en principe détenues par le fournisseur ; or « pour les matières que l’on récupère -dans le but louable de lutter contre les déchets inutiles-, il est rare qu’elles existent car c’est une exigence relativement récente » note Sophie Pineau. Comment, malgré ce handicap, valoriser tout de même la réutilisation dans les scores de l’étiquette fait partie de ses préoccupations.

En phase « prototype »: peser chaque composant de l’article s’impose. Voilà qui n’était pas courant jusqu’ici ! Il faut s’organiser et y penser. Pour tirer au clair la durée de vie vie d’un produit, des tests sont requis -ils sont coûteux, surtout s’agissant d’une collection courte, et « confidentielle » signale la dirigeante.

Comme Dorothée Dufour, Sophie Pineau plébiscite le fait d’être accompagné(e) : « on est au début d’un exercice précis, qui requiert parfois des données difficiles à appréhender -par exemple pour mesurer la circularité-, et aussi, qui implique de co-opérer avec des réseaux (de réparation, collecte-tri-recyclage) parfois émergents sur notre territoire » atteste-t-elle.

Une chaîne de valeur est aussi forte que le plus faible de ses maillons

Guillaume de Seynes, dans le Rapport  « Relocalisation et Mode durable »

Comme nos retours d’expérience le montrent, l’EDS est tributaire de la transparence, de la coopération au sein de nos écosystèmes. Il est en ligne avec de nouvelles opportunités de marché, et aussi de « résilience » pour nos filières parfois trop fragmentées, au risque de « flancher »… Il s’agit de reconnaître et pratiquer une certaine solidarité, revitalisante, entre les maillons de nos chaines de valeur. Le « tissu » économique gagnera en robustesse et nos efforts n’auront pas été vains. A condition de ne pas se tromper de méthode !

L’EDS est pragmatique ; en ligne avec les préconisations de la stratégie européenne, il accorde une place éminente à l’éco-conception, et n’encourage pas le recours à des repères abstraits arbitrairement moyennés comme les promoteurs de l’ACV sont trop souvent enclins à le faire…

L’éco-conception, pierre d’angle de la transition attendue

L’éco conception met les équipes d’une marque de mode dans l’action, après définition des valeurs à défendre. Elle favorise l’éclosion d’un vrai projet d’entreprise pour donner du sens et co-construire une mode durable ; l’ACV ne fait que constater et n’entraîne pas forcément vers un changement de pratique, comme je l’ai écrit en réponse à un autre post.

Nous ne sommes pas de simples « figurants », dans l’évolution que la société appelle de ses voeux. Comme vient de le rappeler un document de l’UE intitulé Stratégie pour des textiles durables et circulaires :

Des champions de l’économie circulaire en puissance ?

📌 « Les vêtements représentent la majeure partie de la consommation textile 🇪🇺 (81 %), la tendance à une utilisation toujours plus brève des vêtements avant de les jeter est ce qui contribue le plus à des modèles de surproduction et de surconsommation intenables. Cette tendance, connue sous le nom de modeéphémère, pousse le consommateur à acheter des vêtements de qualité inférieure à bas prix, produits rapidement, pour réponse à la dernière mode. Bien que le prix des vêtements dans l’Union ait diminué de plus de 30 % par rapport à l’inflation entre 1996 et 2018, les dépenses moyennes des ménages pour l’habillement ont augmenté, indiquant que ces modèles insoutenables n’ont pas permis à la population de bénéficier pleinement des possibilités d’économies correspondantes. De plus, la demande croissante de textiles alimente la consommation inefficace de ressources non renouvelables, notamment la production de fibres synthétiques à partir de combustibles fossiles ».

Nos produits sont vus comme importants : ils sont intimement liés au quotidien des européens, et au-delà. Nul ne conteste que cela compte. Ce qui est fustigé, c’est (même source) :

En finir avec « Prélever, Fabriquer, Jeter » (modèle « linéaire » vs « circulaire »)

📌 « Le modèle linéaire sur lequel repose le secteur textile, qui se caractérise par de faibles taux d’utilisation, de réemploi, de réparation et de recyclage des fibres en boucle fermée, et qui, le plus souvent, ne fait pas de la qualité, de la durabilité et de la recyclabilité des priorités pour la conception et la fabrication des vêtements. Le rejet de micro-plastiques à partir des textiles et des chaussures à toutes les étapes de leur cycle de vie » est l’un des symptômes problématiques. Pas le seul, hélas : « la chaîne de valeur mondiale du textile, complexe et diversifiée, se heurte à des problèmes sociaux, en partie sous l’effet des pressions visant à réduire les coûts de production afin de répondre à la demande des consommateurs de produits à des prix abordables. Le travail des enfants dans l’industrie de l’habillement est une source de préoccupation majeure« .

Face aux défis, jouer un rôle déterminant : on sait faire !

📌 « Dans l’Union, le secteur du textile et de l’habillement est important sur le plan économique et peut jouer un rôle déterminant dans l’économie circulaire. Il représente plus de 160 000 entreprises, emploie 1,5 million de personnes, et a généré 162 milliards d’euros de recettes en 2019. La pandémie de COVID-19 a eu des répercussions négatives sur le secteur ; (…) durant la pandémie néanmoins, l’écosystème textile a fait preuve de ressources et d’ingéniosité en réorientant les lignes de production en un temps record pour fournir des masques et d’autres équipements de protection, qui étaient grandement nécessaires », notamment -cela n’a pas échappé aux rédacteurs de la Commission Européenne.

A nous de marquer l’essai ! Relever avec créativité les défis qui nous sont posés, à la faveur du changement des modèles d’affaires que tant les clients finaux que les pouvoirs publics attendent, tel est le voeu que je forme et nous adresse, collectivement.

Bien sincèrement,

Sylvie ChaillouxPrésidente de l’UFIMH et du GFF

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Grand entretien avec… Raffaello Napoleone, conseiller délégué pour les relations internationales et institutionnelles du salon Pitti Immagine Uomo.

« France et Italie doivent, ensemble, travailler à conserver leur leadership ». Lancé en 1972, le salon florentin s’impose désormais comme l’événement international majeur de la mode masculine, rendez-vous incontournable des marques et des acheteurs, des designers et des médias. Avec Raffaello Napoleone, le bilan de l’édition de juin 2026 et, plus largement, le rôle clé joué par cet événement dans la dynamique du secteur. L’édition 2026 vient tout juste de se clore. Quel premier bilan en faites-vous ? Nous sommes très satisfaits de cette 110éme session, placée sous le thème de « La piscine ». Nous avons reçu 14000 visiteurs environ parmi lesquels 11000 acheteurs, soit -3,2% par rapport à 2025, alors que l’événement a connu de fortes perturbations, liées notamment à des retards de train. Par ailleurs, ces chiffres s’accompagnent d’une audience plus qualitative. Nous avons reçu les grands acheteurs de toute l’Asie mais aussi d’Australie, des Etats-Unis... Des acteurs clé du marché international qui continuent de penser que le salon est LE rendez-vous à ne pas manquer, pour saisir l’esprit des nouvelles collections et rencontrer tous ceux qui « font » la planète mode. Côté médias, le salon a accueilli plus de 1660 journalistes, dont 50% d’étrangers, ce qui conforte notre dimension internationale. Enfin, nous avons fait carton plein côté exposants, avec 740 marques, dont 24 maisons françaises. Le Pitti est désormais l’un des moments les plus attendus dans l’univers de la mode masculine. Comment pensez-vous son organisation, pour répondre à ces ambitions ? En amont des salons, nous organisons des conférences de presse dans le monde entier pour appuyer le travail de nos agences de relations publiques basées dans ces pays. Notre objectif est de présenter les lignes de force des prochaines éditions, de mettre en avant les évolutions que nous mettons en place au sein de nos six sections. Pour cette édition, nous avons par exemple transformé la section I Go Out en Outopia, en collaboration avec la revue d’avant-garde Vanish pour explorer la fusion entre performance, mode et nature. Après un premier essai réussi en janvier dernier, nous avons reconduit la section de parfumerie sélective, High beauty, avec une sélection de 15 marques indépendantes. Vous avez par ailleurs multiplié les événements…  Le coréen JiyongKim a fait une installation très remarquée dans les espaces du Magazzino O7, tout comme la société chinoise de fils de luxe Consinee. Simone Rocha a présenté son premier défilé de mode masculine au Teatro della Pergola ainsi que DSM pour Dover Street market, le concept-store japonais historique qui a choisi de lancer en 2025 sa propre marque. On y a aussi découvert, pêle-mêle le show du label danois Sunflower ; la première collection du designer anglais William Palmer, lauréat du « I-C Pitti Imagine Award » l’an passé, sans oublier un projet majeur d'artisanat japonais porté par la Japan Apparel Fashion Industry Association. Par ailleurs, le salon a également salué le retour de plusieurs institutions…La marque new-yorkaise Refrigwear, ou le groupe WP Lavori in Corso qui a déployé l’ensemble de ses marques, notamment Barbour. En tout, une quarantaine d'événements ont pris place dans des lieux magiques, à commencer par la Fortezza da Basso qui aimante tous les regards. Et cette édition a permis, une fois encore, de prendre le pouls de la création contemporaine, faisant du Pitti un lieu stratégique sur le plan économique, mais aussi un moteur culturel qui génère de nouvelles idées, tendances et connexions. Le principe des salons est largement questionné à l’heure d’internet et des réseaux sociaux. Comment l’avez-vous fait évoluer pour préserver son prestige et son influence ? Il s’agit pour nous d’une question-clé. Nous réfléchissons à l’apport des nouvelles technologies, et notamment de l’IA pour penser le futur du salon. Pour cela, nous avons demandé à Ivano Cauli, déjà directeur de l’innovation du Pitti et expert incontesté du domaine (fondateur en 2004 de Openmind) de nous rejoindre au conseil d’administration pour renforcer nos actions dans ce champ. Par ailleurs, nous allons poursuivre notre développement à l’étranger. Toujours membre du conseil d’administration, j’occupe désormais le poste de conseiller délégué pour les relations internationales et institutionnelles, avec la mission d’amplifier les liens avec des zones comme l’Europe de l’Est (Pologne) le Sud-Est asiatique et l’Inde, sans compter l’Amérique du Sud où nous réalisons déjà un travail important, grâce aux accords du Mercosur. Comment la mode italienne se porte-t-elle ? Et Comment l’état italien soutient-il le secteur ?  En 2025, la mode italienne a réalisé un chiffre d’affaires de 58,39 milliards d’euros, soit une baisse de 2,4% par rapport à 2025, ce qui est plutôt une bonne performance dans un contexte géopolitique très difficile, notamment avec la compression de marchés importants, comme les pays du golfe. Nos exportations ont représenté 63,3% de ce CA. Face à cette situation de repli, le gouvernement italien se veut très actif, accompagnant notamment les TPE et PME très nombreuses dans le pays. Le secteur italien de la mode réunit environ 300 000 salariés pour 37500 entreprises, ce qui fait une moyenne de 8 salariés par entité. L'État participe au maintien à l’emploi avec des aides, elle est également présente pour stimuler la vitalité du secteur. Elle accompagne, par exemple, notre salon en finançant le voyage et le séjour à Florence de quelque 300 acheteurs étrangers, par édition. La France et l'Italie possèdent deux des industries de mode les plus influentes au monde. Quels sont selon vous les principaux défis qu'elles ont intérêt à relever ensemble aujourd'hui ?  Entre l'Italie et la France, la mode est une histoire à la fois longue et partagée. Nous sommes venus à la mode grâce à la France. Le marché français reste toujours le premier pour l’Italie et l’inverse est vrai. Nous partageons une même culture de mode en termes d’image, de création, de promotion et nous sommes, aujourd’hui encore, les deux grands pays de référence pour cet univers. Je pense, par ailleurs, que le futur de la mode va largement s’écrire en Europe. Pour cela, il faut tirer parti de notre complémentarité afin de faire face notamment à l'agressivité d’un pays comme la Chine, en travaillant à la mise en place de réglementations plus efficaces et en renforçant nos liens, via notamment nos fédérations. Nous entretenons d’ailleurs un lien fort et pérenne avec Promas, l’Office de promotion de l’habillement masculin ou encore de l’FIMH. Nos deux pays ont en commun la capacité de proposer une mode unique, par l’excellence de nos savoir-faire, par une forme de « bon goût » et une créativité qui nous permet à la fois d’être les sismographes des évolutions sociétales, et de pouvoir y répondre. L’Italie et la France ont tous les atouts pour continuer, ensemble, à porter ce leadership.

Développement à l’international… 5 bonnes raisons de se tourner vers l’Italie.

Une même culture de mode, une proximité précieuse en termes de transport et des conditions d’implantation qui permettent de réduire les risques… L’Italie reste l’un des marchés les plus porteurs pour les marques de mode française. Le point sur les atouts spécifiques du pays et les étapes essentielles pour y construire son développement avec Anne-Laure Druguet, directrice internationale de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin. 1/ C’est le marché de la communauté européenne le plus dynamique, et le plus proche. On ne le sait pas assez, mais l’Italie est historiquement le premier client de la France dans le secteur de la mode, en tête d’un top 5 qui place ensuite l’Allemagne, l’Espagne, la Chine et les Etats-Unis.  Au dernier semestre 2025, la France a exporté pour 6,6 milliards d’euros d’habillement, dont 3,6 milliards à destination de l’Union Européenne. Dans ce contexte de repli des marchés, le pays représente donc l’une des zones les moins impactées. « De plus, l’Italie reste pour la France « le marché d'à côté ». Cette proximité géographique se révèle très précieuse en termes de facilité et de coût de transport, par rapport aux marchés du grand export. Il faut toutefois rester vigileants sur les modalités de paiement rappelle Anne-Laure Druguet.. 2/ Les Italiens aiment la mode… et la mode française. Nos amis transalpins ont un vrai goût pour le vêtement et une solide culture de mode. La preuve avec la consommation moyenne consacrée à l’habillement en Italie, évaluée à 710 euros par an alors que le chiffre moyen en Europe est de 490 euros**. La tendance, néanmoins baissière, tient à un effet de conjoncture global (difficultés de pouvoir d’achat, contexte géopolitique international qui freine la consommation) mais également à des causes plus structurelles…. La volonté de consommer moins mais mieux et un fort intérêt pour la mode « seconde main » qui séduit désormais 25% des consommateurs locaux. Face à cette situation, nos marques de mode bénéficient néanmoins d’un atout majeur, comme l’assure Anne-Laure Druguet. «  La mode française reste très reconnue et appréciée des Italiens. Nous partageons un goût pour le style et l’excellence des savoir-faire qui signent la création française autant qu’italienne. Nos maisons implantées sur place capitalisent, aujourd’hui comme hier, sur cette image forte », précise Anne-Laure Druguet. 3/ La diffusion fait la part belle au wholesale, permettant aux jeunes marques de s’implanter par étapes. L’Italie est aujourd’hui le premier pays d’Europe en termes de magasins multimarques, ce qui induit une structure particulière de la filière avec un nombre important d’acheteurs, de showrooms et de représentants locaux B2B. Ce contexte constitue une réelle opportunité, notamment pour les jeunes maisons qui ont ainsi la possibilité de penser une implantation par étape, avec des investissements mesurés. « Elles peuvent d’abord entrer en contact avec des représentants qui les aideront à sélectionner quelques multimarques pour une première collaboration. Elles ont alors l’opportunité de tester le potentiel de leur production, de constater la convergence de leur marque avec les désirs des consommateurs avant, éventuellement, d’aller plus loin, assure Anne-Laure Druguet ». Lorsque les premiers résultats sont encourageants, les marques peuvent accroître leur présence via un réseau élargi de boutiques, participer aux salons locaux (Pitti Uomo pour l’homme et White Milano pour l’univers féminin) afin de construire réseau et visibilité. Dans le même temps, elles ont aussi la possibilité d’ouvrir l’e-commerce à l’Italie pour tester plus précisément le potentiel de leurs produits, et observer le comportement des consommateurs. « Ce mode d’entrée dans le marché permet de développer un chiffre d’affaire en Italie et acquérir une certaine maturité, avant d'envisager les investissements importants qu’exigent l’ouverture d’une boutique » confirme Anne-Laure Druguet. 4/ Les italiens restent sensibles à l’univers d’une marque, qu’ils aiment retrouver dans une boutique.  Si le wholesale constitue une stratégie d’exportation en soi, de nombreuses marques en font une étape avant une implantation pérenne. « L’ouverture d’une boutique est toujours bénéfique à une marque, confirme Anne-Laure Druguet.  Elle permet de montrer l'ensemble d’une collection et de proposer un esprit. Cette dimension est importante dans un pays comme l’Italie, très attachée à l’identité d’une marque. Son univers et son incarnation constituent une réassurance, l’appartenance à une communauté de style, et souvent de statut social ».  L’inauguration d’une boutique est aussi la clé d’une accélération en termes de notoriété avec des événements dans le lieu, des collaborations avec des artistes et des influenceurs locaux. Autant d’initiatives qui participent à renforcer l’adhésion à l’identité de la marque. 5/ La filière propose un accompagnement précieux pour favoriser les exportations vers l’Italie.  Membres de l’UFIMH, la Fédération du Prêt à Porter, pour la mode féminine, et Promas pour l’univers masculin, avec le soutien du DEFI, proposent un dispositif d’aide à l’implantation en Italie, pour les entreprises répondant aux critères établis par les fédérations et le Défi. Cet accompagnement concerne notamment la participation aux salons Pitti Uomo et White Milano et la mise en place de partenariats avec des showrooms locaux. La Fédération du Prêt à Porter a ainsi accompagné une trentaine de marques françaises en 2025, tout en proposant des webinaires autour des conditions de l’export en Italie et des rencontres avec des directeurs de showrooms, notamment dans le cadre de l’événement Welcome On board, en novembre 2025. * Données de l’ISTAT. *chiffres Union Européenne *IFM - Douanes

3 questions à… Marie Berton, directrice du développement wholesale de Sessùn.

« Le marché italien offre de nombreuses opportunités ». Créée en 1996, la marque a choisi d’amplifier son développement en Italie avec l’inauguration d’une boutique à Milan. L’aboutissement d’une stratégie amorcée avec une présence grandissante dans des magasins multimarques pour installer Sessùn sur le marché local. Le point sur les étapes de cette implantation, avec Marie Berton. La maison fête cette année ses 30 ans. Pouvez-vous tout d’abord nous la présenter ?  Sessùn a été créée en 1996 à Marseille par Emma François-Grasset. Grande voyageuse et alors étudiante en anthropologie, Emma découvre au Guatemala un artisanat d’une grande richesse. Cette rencontre sera un déclic, avec la volonté de mettre en lumière ces savoir-faire à travers un vestiaire contemporain. Au fil des années, le style Sessùn s’est affirmé tout en restant fidèle à ses fondamentaux : une curiosité constante pour les cultures et les savoir-faire du monde, une silhouette en perpétuelle évolution, un attachement aux belles matières et une volonté de proposer une mode désirable et accessible. À ces valeurs fondatrices s’ajoute un engagement de longue date en faveur d’une mode plus responsable. En 2023, Sessùn est devenue Société à mission, avant d’obtenir la certification B Corp en 2024, reconnaissant les actions menées par la marque en matière de gouvernance, d’impact social et environnemental. Aujourd’hui, 75 % de notre production est réalisée en Europe et principalement autour du bassin méditerranéen. La grande majorité de nos expéditions est acheminée par voie maritime. Et nous poursuivons nos efforts pour développer l’utilisation de matières à moindre impact et renforcer la traçabilité de nos approvisionnements. Cette vision constitue l’ADN de Sessùn et sans doute l’une des clés de son développement. La marque poursuit aujourd’hui une croissance régulière et compte 102 boutiques à travers le monde - 57 en France, 43 dans le reste de l’Europe, et deux adresses exploitées sous franchise en Chine. La marque est donc très présente à l’international et vous venez d’inaugurer une boutique à Milan, qui signe l’aboutissement d’un long compagnonnage avec l’Italie….  Notre développement retail en Europe s’est d’abord appuyé sur l’ouverture de boutiques en Grande-Bretagne, puis en Espagne, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et au Danemark. Le 16 mai dernier, nous avons franchi une nouvelle étape avec l’inauguration d’une adresse à Milan. L’Italie est un marché historique pour Sessùn, que nous avons d’abord abordé à travers une stratégie wholesale. Cette expérience nous a appris que la réussite d’un projet d’implantation repose avant tout sur la qualité des équipes que l’on parvient à réunir localement. Il est essentiel de s’entourer de showrooms dont l’univers est en adéquation avec l’ADN de la marque, mais aussi de partenaires convaincus de son potentiel, capables d’identifier les points de vente les plus pertinents pour son développement. Ce travail de fond permet ensuite, dans un second temps, d’envisager une implantation en direct, après avoir acquis une connaissance approfondie du marché et de ses spécificités. Comment avez-vous pensé cette implantation avec une boutique en propre ?  Nous avons appliqué les principes qui guident chacune de nos implantations. Tout commence par le choix d’un emplacement qui nous ressemble. À Milan, nous sommes installés Via Ponte Vetero, au cœur du quartier de Brera, dont l’énergie créative et l’ancrage culturel résonnent particulièrement avec l’univers de Sessùn. Nous croyons beaucoup au rôle de nos boutiques, qui permettent d’exprimer pleinement notre identité tout en dialoguant avec la culture locale. Notre adresse milanaise a été conçue par le studio d’architecture Cobalto, avec lequel nous collaborons depuis plusieurs années et qui a déjà signé plusieurs de nos projets à l’international. L’ouverture de cette boutique s’accompagne d’un renforcement de notre stratégie marketing sur le marché italien. Cela passe par le développement d’un site dédié en langue italienne — l’anglais ne suffisant pas pour créer une véritable proximité — ainsi que par une prise de parole plus soutenue sur les réseaux sociaux et l’accompagnement d’une agence locale experte du marché. Nous avons par ailleurs noué un partenariat avec le grand magasin La Rinascente pour l’ouverture de corners à Milan et à Florence, et prévoyons l’ouverture d’une nouvelle adresse à Rome d’ici la fin de l’année. L’Italie demeure un marché riche d’opportunités pour Sessùn, où nous voyons encore un fort potentiel de développement. Pour en savoir plus sur la marque : https://fr.sessun.com/  

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