Changement de présidence à Mode Grand Ouest

15 juillet 2026

Sophie PINEAU a été élue cet été Présidente de Mode Grand Ouest et de l’APHO, succédant à Sylvie CHAILLOUX et Jean-Yves PAPIN à la tête de cette organisation professionnelle depuis six ans.

Sophie PINEAU dirige l’entreprise familiale GETEX, spécialisée dans les vêtements extérieurs, qui emploie 210 salariés sur deux sites de production.

Son objectif est de cultiver du lien dans la filière entre les chefs d’entreprise et les clients en instaurant des réunions régionales, réactivant des commissions dédiées à la formation, l’innovation, la communication ou la RSE et en lançant le Pavillon de Mode à Cholet.

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Grand entretien avec… Isabelle Lefort, co-fondatrice et directrice exécutive de l’association Paris Good Fashion

Il faut répondre aux attentes du consommateur avec des informations simples et transparentes”. Fondée en 2019 pour faire de Paris LA capitale de la mode durable, lassociation multiplie les actions pour donner une nouvelle dimension à son engagement. Le point avec Isabelle Lefort...  1/ Cette année sannonce comme lune des plus fertiles pour votre association, notamment avec une consultation citoyenne autour du thème : comment rendre désirable une mode plus éthique et plus durable. Comment sest organisée lenquête ?   Après celle de 2020, nous avons décidé de lancer cette deuxième consultation citoyenne pour donner, à nouveau, la parole aux consommateurs. Contrairement aux sondages qui proposent des pré-réponses, la parole est ici totalement libre. Les participants expriment leurs propositions ; les uns et les autres votent, affirmant leurs accords ou désaccords. Cela a été  très riche d'enseignements. Tout d’abord, nous ne nous attendions pas à une telle adhésion. La participation a été massive. 107 000 personnes se sont connectées en France et 63 000 à l’international :  32 000 en Italie, 18  000 au Royaume-Unis et 12 000 aux Etats-Unis (focus New-York). Cette ouverture à 3 autres pays est une première, elle nous permet de mettre en lumière des consensus très intéressants. 2/ Les conclusions de cette étude viennent d’être publiées. Pouvez-vous nous en donner les grandes lignes  ? Le sujet N°1, c’est le besoin d’information. Les citoyens demandent une information fiable, simple à comprendre et dans une totale transparence ; et cela dans les 4 pays. Leurs propos sont simples : « nous ne comprenons rien à la mode durable ; entre le greenwashing, le hush washing, les reportages qui font scandale, on ne sait pas comment faire. Nous avons envie dacheter durable mais indiquez-nous la démarche. » C’est un énorme challenge pour nous. Nous travaillons tous à la traçabilité et à l’affichage environnemental. Les marques dépensent depuis 10 ans des sommes colossales en développement durable ; elles font d’énormes progrès et le législateur veille au grain. Et pourtant, le consommateur ne saisit pas cela de façon claire et intelligible. L’autre sujet important est lié à la circularité. Les consommateurs souhaitent une mode qui apporte des services. Ils nous disent : « quand nous entrons dans un magasin, nous voulons une mode de qualité, au prix juste, mais nous souhaitons aussi faire réparer, donner, acheter de la seconde main ». Troisième sujet-clé, une demande de réduction du rythme de la mode. Cela vise l’ultra fast fashion mais pas seulement. La trop grande sollicitation, l’absence de messages clairs sont des questions plus vastes qu’il est important de prendre en considération, dans un contexte où les consommateurs réduisent leurs achats d’habillement au profit notamment des loisirs. 3/ Comment allez-vous exploiter ces résultats ? Durant toute l’année prochaine, nous allons tenter de répondre aux attentes du consommateur avec la mise au point d'informations claires, simples et dans une totale transparence. Nous souhaitons aussi nous attaquer au paradoxe entre intentions déclarées et comportements réels. Malgré les progrès réalisés et les millions investis, pourquoi les consommateurs n’achètent-ils pas davantage de mode durable ? Où est le nœud et comment le résoudre ? Pour cela, nous allons travailler en étroite collaboration avec l’Institut Français de la Mode (dont l’UFIMH est membre fondateur), Spallian (expert en data géolocalisation), BVA Behaviour – Ipsos, et appelons toutes les bonnes volontés à collaborer à ce vaste chantier. Il ne s’agit pas d’un problème français, mais international. D’où l’implication de nos futurs partenaires de la Fashion Cities Coalition. 4/ Cette coalition a été officiellement lancée lors de la 2eme édition du Midsummer Camp qui sest déroulée au Domaine de Chaalis les 8-9 juillet. Pouvez-vous nous la présenter? Notre motto n’a pas changé, il faut accélérer le changement. L’idée est donc de créer un effet boule de neige en partageant les bonnes pratiques développées dans les grandes capitales internationales de la mode. Chaque écosystème présente une singularité, une vision qui permet une approche complémentaire. Nous faisons le pari qu’en travaillant ensemble -non sur des discours, mais sur des actions de terrain- nous pouvons accélérer. Déjà, 8 villes avec Paris, Copenhague, Cotonou, Dubaï, Londres, Milan, New-York, Singapour sont engagées sur un agenda qui va nous conduire jusqu’en février 2028. Avec l’implication de nos membres, et l’accompagnement du cabinet d’audit KPMG, nous avons défini une feuille de route ambitieuse et urgente. L’UFIMH, en tant que membre essentiel de l’écosystème français, a naturellement soutenu cette initiative internationale. 5/ Plus largement, quel bilan faites-vous de ces deux jours de rencontres et de débats ?  Avec plus de 600 participants, nous sommes très satisfaits de ces rencontres. Le premier jour, la conférence scientifique, pilotée par Andrée-Anne Lemieux, chercheure HDR, directrice de l’environnement de l’IFM et ses doctorants, a attiré plus de 70 scientifiques spécialistes de la mode durable à l’international. Le deuxième jour a aussi affiché complet. L’ouverture sur l’international avec le lancement de la Fashion Cities Coalition, la participation de la British Fashion Council, du CFDA (Conseil des créateurs de mode américains), de la Camera della Moda, du Groupe Chalhoub, Singapour Fashion Council et du GFA allemand a donné un nouvel élan à nos échanges. La présence des métiers d’art avec des artisans d’art autour du Comité Colbert et du Mobilier National, des lauréats de l’ANDAM autour de Nathalie Dufour ont aussi montré que la mode durable n’est plus un sujet à traiter en silos. Mais bien un thème transversal qui, comme l’a démontré Hélène Valade, directrice environnement du groupe LVMH, est un sujet business au cœur de la stratégie d’avenir des entreprises. 6/ Paris Good Fashion connaît ainsi une nouvelle impulsion. Sagit-il dune redéfinition de vos objectifs ? Nous ne souhaitons pas changer de mission, nous ouvrons le champ des possibles. Et notre obsession est la même, il faut accélérer la transition. Les scientifiques le répètent depuis longtemps, il faut désormais agir vite. Et ceci est tout aussi vrai pour la biodiversité que pour les salariés, soumis à des conditions de travail extrêmes. 7/ Vos actions sinscrivent dans un moment où le sujet de l’écologie est parfois éclipsé dans un contexte géopolitique difficile. Quel regard portez-vous sur cette situation ? Les discours politiques sont une chose, nous nous appuyons sur la science. Avec les entreprises, avec les fédérations telles que l’UFIMH qui les représentent, nous partageons la même conviction. Il en va de notre responsabilité d’œuvrer pour le bien commun. A chacun de faire sa part pour que notre industrie reste ce qu’elle doit être : une industrie du beau au service de tous. C’est une question de survie industrielle, entrepreneuriale. Globale en vérité.   Pour en savoir plus sur Paris Good Fashion : parisgoodfashion.fr

UFIMH & transition écologique : le bilan d’une décennie d’actions.

En 2016, l’UFIMH s’engageait de façon pionnière sur les questions de développement durable ;  elle s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs clé de la transition écologique pour l’ensemble de la filière. Le bilan de ses actions et ses prochains objectifs avec Adeline Dargent, déléguée générale du Syndicat de Paris de la Mode Féminine et chargée de la stratégie RSE de l’Union.  C’était il y a tout juste dix ans. L’UFIMH décidait de s’impliquer très concrètement sur les questions de développement durable, publiant la première grande étude sur le sujet pour le secteur de l’habillement. Depuis 2019, l’Union renforce cet engagement à travers de multiples actions. Elle édite régulièrement des guides précieux autour des sujets d’approvisionnement responsable, d’éco-conception, de communication responsable … Disponibles sur la plateforme  En mode durable, ces ouvrages -destinés au grand public et à tous les acteurs de la filière- rappellent les grands engagements en termes de RSE du secteur et répondent à toutes les questions que peuvent se poser entreprises et fournisseurs pour accélérer la transition écologique. Par ailleurs, l’Union continue d'œuvrer sur le sujet de l’affichage environnemental avec le ministère de la Transition écologique. « Notre objectif est double, précise Adeline Dargent. Nous cherchons à promouvoir l’outil existant et travaillons à son amélioration, afin de parvenir à un calcul du coût environnemental le plus complet possible. Ceci passe notamment par l’intégration de la notion de durabilité physique (aujourd’hui non adressée) à travers des tests permettant d’identifier ce qui peut mettre fin à la vie du produit, des coutures qui vrillent, du boulochage…». Autre sujet qui fait l’objet d’études approfondies, l'application du règlement éco-conception européen avec la future mise en place du passeport digital produit. Cette « carte d'identité » est destinée à réunir des informations qui président à un choix éclairé de la part des consommateurs. « Le propos est d'y intégrer des informations relatives notamment à la présence de matières recyclées dans les vêtements ou la présence d’informations fondamentales telles que la composition que, parfois, l’on ne trouve plus, l’étiquette (obligatoire) ayant été coupée après l’achat, poursuit Adeline Dargent ». Durant les derniers mois enfin, l’UFIMH a été particulièrement mobilisée par le vote de la loi contre la mode ultra-express, rendu compliqué par l'instabilité politique en France qui a suivi la dissolution de l’assemblée. L'Assemblée nationale et le Sénat l’ont enfin votée les 24 et 29 juin derniers, permettant à la  France de se doter d'un outil officiel de lutte contre l'ultra fast-fashion. La loi définit notamment l’ultra-fast-fashion à l'aune de deux critères clés : une large profondeur de gamme (nombre de références) et un critère de réparabilité du vêtement, un prix trop bas n’incitant pas à réparer mais plutôt à jeter. Par ailleurs, les acteurs du secteur sont désormais interdits de publicité et devront répondre à une obligation d'information concernant le lieu de fabrication de leurs produits, à côté du prix et dans une police de même taille. Enfin, l’introduction de la taxe de 3 euros pour les petits colis à l’entrée de l’Union Européenne est également une très bonne nouvelle.  Dans ce contexte, l’UFIMH entend, plus que jamais, prolonger ses actions pour les prochains mois, déployées autour de ces trois axes clés… Une lutte contre la mode ultra-express renforcée au niveau européen. En septembre dernier, durant le Salon Première Vision, 22 fédérations européennes ont signé une déclaration commune portée à la Commission européenne, réaffirmant leur engagement dans la lutte contre l'ultra fast-fashion. Lors de la prochaine édition du salon, une réunion identique est prévue pour élargir ces actions à un plus grand nombre de pays européens, sachant que cette lutte ne peut passer que par un engagement actif au sein de l’ensemble des pays de l’Union Européenne. Un nouveau guide autour des bonnes pratiques en matière de biodiversité. Les actions de la filière ont été, jusqu’ici, largement centrées sur le thème de la décarbonation. La volonté est d’ouvrir le débat de façon plus large autour de la biodiversité, ce qui induit une réflexion autour des matières premières, dans un contexte d’augmentation des coûts liée à leur raréfaction et à la surexploitation des sols. Stress hydrique, pollution de l’eau liée à l’usage de teintures toxiques sans système de filtrage… Un nouveau guide à paraître dressera un état des lieux des principaux dangers du secteur pour la biodiversité ainsi que les bonnes pratiques déjà mises en place afin d’aider les marques à mieux comprendre ces enjeux, et renforcer leur politique RSE en termes de sourcing notamment. Un outil inédit pour sensibiliser les fournisseurs sur les sujets de responsabilité sociale.  Accompagner les marques dans leurs liens avec leurs fournisseurs dans le cadre d’une démarche d’évaluation et de progrès notamment sur les sujets-clés de sécurité au travail… Cet objectif prendra la forme d’un outil d’autodiagnostic qui permettra d’identifier les risques sociaux, doublé d’une enquête sur le bien être des travailleurs, via le recours au « worker voice ». Ce dispositif a déjà été testé l’année dernière avec cinq entreprises. L’idée est simple. Les marques proposent à leurs partenaires de faire appel à une structure indépendante qui va interroger les travailleurs locaux via leur téléphone sur leurs conditions de travail.. « Ce questionnaire, très élaboré, permet -sans question directe qui pourrait être embarrassante- d’identifier d’éventuels problèmes, notamment dans le droit d'expression des travailleurs, précise Adeline Dargent. L’initiative, testée cette année auprès d’une dizaine de fournisseurs, a vocation à être généralisée si les retours des marques sont positifs. Les premiers résultats sont prometteurs. Les entreprises qui ont déjà réalisé ces diagnostics, ont pu ainsi identifier des points d'alerte qui nécessitaient des plans de correction auprès de leurs fournisseurs. Une façon, très efficace, d’accompagner ceux-ci sur ces sujets, et d’agir concrètement pour l’amélioration des conditions de travail tout au long de la chaîne de valeur. »

Réparabilité & réparation : un enjeu majeur de l’économie circulaire de l’habillement

Pour les façonniers français, la création de service de réparation peut constituer une piste précieuse de développement, dans le cadre impulsé par la loi AGEC. Menée par la Maison des Savoir-Faire et de la Création (affiliée à l’UFIMH), une enquête fait le point sur les différents atouts de la démarche. "Depuis le vote de la loi AGEC, les marques ont tout intérêt à intégrer des services de réparation pour répondre aux attentes des consommateurs et promouvoir la durabilité de leurs produits” assure Myriam Mentfakh, fondatrice de LeLabPlus. La réparabilité et la réparation doivent devenir des piliers de l’industrie textile et un gage de qualité pour les consommateurs ». Créé en 2012 à Ivry-sur-Seine, LeLabPlus s’est repositionné depuis 2020 en un bureau d’études et atelier de production textile autour du 100% Made in France. Myriam Mentfakh y a ouvert, il y a trois ans, un atelier de revalorisation et réparation. Et elle n’est pas la seule à être consciente de l’intérêt majeur de ce dispositif que ce soit en BtoB ou en BtoC. Côté BtoB, la plateforme de mise en relation de la Maison des Savoir-Faire et de la Création a ajouté dès 2024 un nouveau critère que les fabricants peuvent intégrer dans leur fiche entreprise, signalant aux donneurs d’ordre leur capacité à effectuer des travaux de réparation. Une nouvelle vie pour les vêtements endommagés Côté BtoC, les initiatives fleurissent pour permettre au grand public de donner à leurs vêtements abimés une nouvelle chance. Des plateformes en ligne comme Tilli, qui a récemment intégré Reekom, l’expert français de la rénovation textile, avec un réseau de 500 artisans hexagonaux ou Les Réparables, disposant de deux ateliers en France, prennent ainsi en charge des articles textiles à réparer sur tout le territoire. Save Your Wardrobe, lauréate mi-2023 du Grand Prix des start-ups LVMH, répond, elle, aux besoins de marques premium et luxe. Elle met en place sur leurs sites e-commerce ou en magasin, des services de réparation grâce à son réseau d’ateliers partenaires. Mais le véritable coup de pouce a été le lancement fin 2023, du bonus réparation. Impulsé par l’éco-organisme ReFashion, mis en place par la filière TLC (Textiles, Linge de maison et Chaussures), le dispositif permet aux consommateurs de bénéficier de remises sur les prestations effectuées chez des réparateurs agréés. L’entreprise ESS (Economie Sociale et Solidaire) 13 A’tipik, fondée en 2011 par Sahouda Maallem à Marseille, est ainsi agréée par Refashion pour son activité de réparation depuis novembre 2023. Cet atelier d’insertion est d’abord spécialisé dans le réemploi et la revalorisation des vêtements et accessoires textiles. « La réparation n’est pas notre cœur de métier mais nous avons toujours rendu service dans le quartier, explique Sahouda Maallem. Installés dans une rue passante, nous disposons d’une vitrine où nous indiquions que nous faisions de la retouche. Nous signalons désormais que nous pouvons faire bénéficier du bonus réparation”. Un bonus réparation pour inciter à de nouvelles pratiques. Très légèrement accrue grâce à ce bonus (utilisé pour environ deux commandes sur cinq), la réparation représentait environ 10% de son activité en 2024, contre 80 % pour la revalorisation des déchets via l’upcycling des vêtements et 10% pour la fabrication de collections capsules pour des marques. Mais tout en restant axé sur la revalorisation textile, 13 A'tipik se donne les moyens de répondre aux besoins croissants de la réparation. Pour faire connaître cette prestation, outre des communications régulières via les réseaux sociaux, 13 A’tipik a notamment participé aux journées de Refashion Academy à Marseille. “Au sein de kiosques aménagés sur la place du Général de Gaulle, nous avons appris au grand public à utiliser une machine à coudre pour réparer un vêtement”, explique Sahouda Maallem. Cette mission est également menée chaque mardi matin par 13 A'tipik, lors des ateliers grand public “Repar’Café” dans son espace hub, équipé de machines à coudre, initialement ouvert à la location aux créateurs. Une dizaine de personnes venues avec un vêtement abîmé sont ainsi accueillies par l’équipe dédiée qui les initie à la réparation. Dans le cadre d’un projet financé par la métropole, la formule s’est s’intensifiée en 2025, avec deux, voire trois ateliers hebdomadaires. “À chaque fois, nous demanderons au participant d’apporter, outre le vêtement à réparer, au moins une autre pièce dont il veut se séparer. Nous la récupérerons pour nos autres missions de revalorisation”, explique Sahouda Maallem. Elle insiste sur l’importance de sa mission à Marseille dans la gestion de leurs déchets textiles avec plus de 3 kg déposés par an dans les ordures ménagères, contre 2,4 kg à l’échelle nationale. Un travail de sensibilisation nécessaire sur le temps long. Sahouda Maallem admet que les “demandes de réparation évoluent doucement”, avec “encore beaucoup de travail à faire pour sensibiliser le grand public”. Pourtant, ses clients sont “généralement très contents” de prestations qui, grâce aux bonus, leur permettent de redonner vie à moindre coût à des vêtements payés plus cher et auxquels ils tiennent. “Certains clients sont de grands fidèles. L’un d’entre eux est même venu au moins une dizaine de fois pour réparer le même jean !”. Comme Sahouda, Myriam Mentfakh (LeLabPlus) est persuadée de la nécessité de développer la réparation en France. “ReFashion a initié un mouvement positif avec le label de réparation, mais cela reste insuffisant. Pour que cela soit viable et rentable, il faut mettre en place des cellules de réparation centralisées où les marques pourront diriger les produits qu’elles auront récupérés”, assure-t-elle. “La réparation ne fonctionnera que si les marques l'intègrent à leur circuit de vente. Cela permettra de renforcer la fidélisation, mais aussi d'ancrer durablement des pratiques plus responsables dans l'industrie textile". Sa démonstration s’appuie sur son expérience. LeLabPlus a démarré son activité de réparation en BtoB au service de maisons premium, puis a amorcé, en 2021, le BtoBtoC avec le Slip Français, “marque très engagée” qui lui a renvoyé des produits à réparer des clients (par exemple en changeant leurs élastiques). Quand ReFashion a impulsé le bonus réparation, LeLabPlus s’est naturellement engagé dans la réparation BtoC. “La structure reçoit des produits à forte valeur ajoutée, des vêtements avec de l’affectif ou des pièces achetées cher. Nous n'avons jamais réparé des vêtements achetés sur des plateformes telles que Shein ou Temu !, observe Myriam Mentfakh. Mais la réparation reste aujourd'hui encore peu significative en chiffre d’affaires pour LeLabPlus. “Ce n’est pas encore un modèle viable pour nous, souligne la dirigeante. Le grand public ne va généralement pas dans les usines mais chez les retoucheurs pour faire réparer ses articles. En tant que PME engagée, nous avons besoin de garantir la rentabilité de nos actions. C’est pourquoi il est essentiel de co-construire avec les marques la réparation de demain”. L’idée de Myriam Mentfakh pour y parvenir ? “Il commence à y avoir des plateformes de gestion, mais le software ne suffit pas. Il faut aussi des cellules de réparation structurées avec les marques pour avoir une traçabilité complète des process”. Elle avance plusieurs arguments : “quand une marque oriente ses produits vers un retoucheur, même labellisé, il est indispensable de s'assurer que le prestataire comprenne la demande du client, qu'il respecte le cahier des charges et les standards de qualité de la marque. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir un résultat qui déçoit, surtout pour des produits techniques ou haut de gamme". Responsabilité et réparation, la base d’un dialogue avec le client.En cas de problème, nous sommes responsables, confirme Sahouda Maallem (13 A’tipik). Nous avons souscrit une assurance responsabilité civile pour nous couvrir. Mais si la réparation est trop risquée, nous préférons ne pas la faire. En cinq ans, il n’y a eu qu’une seule contestation de la part d’un client…”. Avec le bonus réparation, l’atelier agréé est d’ailleurs tenu de faire des photos avant son intervention.  “Cela représente une contrainte mais il est logique que ce bonus soit associé à un droit de contrôle. Et nous avons ainsi la preuve de l’état du produit au moment où il nous est remis”, observe la dirigeante de 13 A’tipik. Pour faciliter le dialogue réparateur-client, LeLabPlus mise sur un outil technologique précieux, celui du design 3D, via son logiciel Style 3D, couplé à l’intelligence artificielle. “Nous utilisons déjà cette technologie pour développer des solutions innovantes de revalorisation et dès l’éco-conception, pour anticiper des options de réparation, explique Myriam Mentfakh. Avec ces outils, nous serons en mesure de proposer aux consommateurs des solutions adaptées et innovantes pour prolonger la durée de vie de leurs vêtements”. Autre nécessité, garantir une responsabilité après-vente et le respect de règles sociales et environnementales :  Aujourd’hui, lorsqu’un article est confié à un réparateur, il est difficile de vérifier s’il respecte les normes CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). En créant des cellules dans des entreprises référencées, on pourra s’assurer que les processus sont conformes et les marques sauront dans quelles conditions les articles sont réparés”, poursuit Myriam Mentfakh. Concrètement, il s’agit de co-construire ces cellules avec les marques, avec un cahier des charges précis pour définir les matériaux à utiliser (fils et tissus, accessoires, sources externes) et la création de matériauthèques. L’objectif ? Standardiser les processus au sein d’une cellule initiale, avant de les dupliquer à travers la France, ce qui permettra aux consommateurs de réparer leurs articles au plus près de chez eux, en toute confiance. Pour encourager la démarche, former et informer Avec une telle démarche, “notre activité réparation serait viable, estime la dirigeante du LeLabPlus. Tandis que les marques renforceraient la fidélisation de leur clientèle”. Autre bénéfice : les cellules de réparation identifient les points de faiblesse des produits. De quoi accompagner les marques dans l’amélioration de leur éco-conception, avec la création d’une data précieuse. Mais pour donner une véritable impulsion à l’activité réparation, encore faudra-t-il lever des freins. A commencer par l’information insuffisante du grand public, avec d’abord la certitude que le coût de la réparation est trop important par rapport à celui de produits neufs. Si le produit provient du mass-market, la réparation n'a pas de sens mais l’objectif est, plus largement, d’inscrire la réparation de nouveaux modèles de consommation. Cette transformation des habitudes est plus que jamais urgente. Selon une étude d’Opinion Way Survey pour Refashion, datant de 2021, 35% des sondés pensaient que la réparation coûterait plus cher que d’acheter du neuf. 22% ne pensaient même pas aux réparations et autant ignoraient que les ateliers de couture pouvaient s’en charger. Autre frein de taille : le problème de la formation et du manque de spécialistes réparation en France. 13 A'tipik s’y attaque en développant, avec son OPCO, une formation de 160 à 200 heures, s’intégrant dans le dispositif AFEST (Action de Formation En Situation de Travail) et visant une prochaine certification. “Notre centre de formation à la réparation permettrait de répondre à des besoins énormes. La formation de base est celle de couturier mais la nôtre sera spécifique à la réparation. L’idée est d’inciter davantage de personnes à s’installer avec cette activité. Ce faisant, on réduira les déchets textiles”, explique Sahouda Maallem. De son côté, Myriam Mentfakh (LeLabPlus) souligne qu’elle bénéficie déjà d’un “personnel très qualifié”, tous ses salariés étant capables de réparer. Mais l’objectif de son entreprise est aussi “de former la nouvelle génération à la réparation”. L’entreprise est agréée Qualiopi depuis 2022 sur plusieurs modules de formation, dont un sur la revalorisation et la réparation. Savoir pour Faire, la plateforme de valorisation des métiers techniques de la mode et du luxe portée par le Comité Stratégique de Filière Mode et Luxe et financée par l’OPCO2i, intégrera dès septembre, sur son site entièrement mis à jour, les enjeux de la réparation et de la durabilité. Elle mettra également en lumière les nouvelles opportunités professionnelles et les métiers émergents liés à la réparation. Coexistence dateliers ESS et d’entreprises privées Par ailleurs, la dirigeante observe que la réparation est aujourd’hui essentiellement réalisée par des structures ESS. « C’est une bonne chose mais elles ne doivent pas être seules à s’en charger, les personnes y travaillant s’en allant en fin de formation. Or, le métier de réparateur doit être pérenne”. Selon elle, « il faut une véritable passerelle entre les structures de l’ESS et les PME, permettant à ces dernières de s’approprier les savoir-faire et de structurer la réparation de manière viable à long terme. Les PME, tout en respectant les impératifs de rentabilité, doivent pouvoir s’engager dans la réparation avec des modèles solides et durables. Cette complémentarité entre structures privées et ESS est essentielle pour garantir la continuité des savoir-faire et pour répondre efficacement aux besoins de réparation”. Au final, le jeu de la réparation doit être gagnant-gagnant pour tous : les consommateurs, qui pourront garder plus longtemps leurs articles, les marques, qui les fidéliseront et les fabricants et réparateurs Made in France, qui s’offriront un nouveau débouché rentable. "Pour avoir un impact réel et mettre fin à la surproduction, il est impératif de placer la revalorisation et la réparation au cœur de nos pratiques", conclut Myriam Mentfakh, dirigeante de LeLabPlus. Pour en savoir plus sur la Maison du Savoir-Faire et de la Création : maisondusavoirfaire.com

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