Comment Lionel Guérin et Pierre-François Le Louët veulent fédérer le secteur de l’habillement autour de l’Ufimh.

10 mars 2026

En janvier dernier, Lionel Guérin et Pierre-François Le Louët devenaient co-présidents de l’Union française des industries de la mode et d’habillement, prenant le relais du mandat de trois ans de Sylvie Chailloux. Les deux dirigeants, figures reconnues du secteur, qui connaissent parfaitement les rouages des organisations patronales, annonçaient alors un « projet refondateur » et une évolution des structures de décision du secteur. L’Ufimh réunit au niveau national la Fédération française des industries du vêtement masculin et la Fédération française du prêt-à[1]porter féminin, auxquelles s’ajoutent la Fédération des industries diverses de l’habillement, le Groupement de la fabrication française (GFF) et de nombreux syndicats régionaux. L’ambition affichée est de fédérer les énergies de ces différents acteurs. Alors que le secteur de l’habillement et de la mode est confronté à une intense transformation et à des difficultés structurelles, FashionNetwork.com a fait le point avec le binôme sur cette nouvelle approche, sur les projets portés par l’organisation et sur leur philosophie.

FashionNetwork.com : En janvier dernier, vous avez été élus co-présidents de l’Ufimh. Pourquoi cette organisation en binôme ?

Lionel Guérin : C’était important car nous sommes tout d’abord complémentaires. Ensuite car cela peut faciliter une logique de rapprochement dans laquelle nous sommes engagés. Et enfin, parce que le secteur est confronté à de nombreux sujets auxquels nous devons apporter des réponses.

FNW : En quoi êtes-vous complémentaires ?

Pierre-François Le Louët : Nous possédons des compétences et des histoires un peu différentes. Lionel est un très grand professionnel de l’univers du social, de la formation. Pour l’Ufimh c’est absolument essentiel car notre fonction implique de négocier les conventions collectives. Pour ma part, j’ai une expertise de l’innovation et des marques alors que Lionel maîtrise l’univers du vêtement d’image et de fonction, qui est une autre composante importante de notre union.

FNW : Lorsque votre mandat a été annoncé, vous avez glissé dans votre lettre d’intention vouloir une évolution des structures de décision et un rapprochement des équipes des différentes structures. Qu’est-ce que cela signifie ?

PFLL : Cela veut dire que nous avons mis en place une nouvelle gouvernance. Et nous annonçons aujourd’hui le déménagement de la fédération du prêt-à-porter féminin au 8 rue Montesquieu, à Paris, qui rassemblera donc l’ensemble des fédérations professionnelles composant l’Ufimh. La fédération des industries du vêtement masculin est déjà là, la maison du savoir-faire et de la création est déjà là. La FFPAPF nous rejoindra en octobre.

FNW : Qu’est-ce que cela doit apporter ?

LG : Cela va permettre que les équipes puissent travailler beaucoup plus ensemble et mener à bien des projets. Mais nous avons surtout la mise en place de la nouvelle gouvernance avec huit vice-présidents statutaires qui ont été chacun choisis pour leurs compétences sur l’un des huit sujets stratégiques que nous avons identifiés en conseil d’administration. Nous avons aussi défini des référents opérationnels membres des équipes des fédérations pour pouvoir soutenir chaque vice-président.

FNW : Quel est l’objectif de cette mise en place et qui sont les vice-présidents ?

PFLL : Il y a un souci d’efficience. Notre objectif est d’avoir des prises de positions extrêmement claires de l’Ufimh sur tous les sujets qui la concernent et d’être présent dans toutes les négociations ou discussions. Notre rôle est de représenter notre profession sur tous les sujets régaliens liés aux discussions avec les assemblées, avec le gouvernement et les différents ministres. Nous savons qu’il y a de très fortes ambitions pour notre secteur. Donc il faut chez nous des interlocuteurs qui sachent exactement de quoi ils parlent. Chacun a mis en place ses notes de contexte et des visions d’avenir.

LG : Les vice-présidents ont été élus ce 20 mars en assemblée générale. Claire Besançon, qui avait déjà en charge ce sujet précédemment, coordonne la thématique de la transformation RSE, Sylvie Chailloux est vice-présidente en charge de la relocalisation et de la réindustrialisation, Hervé Coulombel supervise les sujets sur l’innovation, Jacques Martin-Lalande prend en main le social et la formation alors que Pierre-Jacques Brivet se charge de la formation initiale, Laurent Marck dirige la plateforme des savoir-faire, Yann Rivoallan est vice-président de la transformation digitale et Hervé Huchet du développement international. Enfin, Dominique Jacomet est notre référent sur les questions européennes.

FNW : Étiez-vous confrontés à un manque de visibilité des enjeux du secteur du fait des nombreuses fédérations ?

PFLL : En réalité il y a beaucoup trop de fédérations professionnelles et d’interlocuteurs potentiels. C’est le sens de la mise en place d’une gouvernance unifiée et du rassemblement des fédérations dans un même lieu, mais Lionel Guérin et Pierre-François Le Loüet – Ufimh aussi du rapprochement des structures en régions.

FNW : Mais chacune des entités a un président et des équipes, comment allez-vous fonctionner ?

PFL : Les choses vont évoluer dans le sens du rapprochement des organisations. C’est ce qui a été voté à l’unanimité par notre conseil d’administration. C’est important pour pouvoir aller dans le même sens. Concrètement les présidents de fédérations sont élus et sont vice-présidents de l’Ufimh. Nous ne nous marchons pas sur les pieds, au contraire. Nous prenons le meilleur de chacun d’entre nous pour avancer et pouvoir apporter des réponses au gouvernement.

LG : Par exemple, je reste président de la fédération des industries du vêtement masculin, qui m’a élu en février suite au décès de Claude Tétard, donc je reste président de cette fédération et vice-président de Promas, qui se charge de promotion internationale des marques du masculin.

FNW : Vous évoquez une évolution de l’organisation. Qu’est-ce qui a changé ?

LG : Nous avons mis le focus sur les axes stratégiques. Récemment il n’y avait qu’une commission dédiée à l’innovation et à la RSE. Nous l’avons scindée car les questions de la transformation technologique et de la transition écologique nécessitent des actions dédiées. Par ailleurs chaque vice-président s’appuiera sur une équipe au sein de l’Ufimh avec l’idée d’ouverture à d’autres experts et des start-ups extérieurs à nos fédérations. En effet, les chefs d’entreprises ont parfois tendance à avoir le nez dans le guidon. Nous voulons avoir cette ouverture pour avoir un regard prospectif.

FNW: Vous débutez votre mandat de trois ans. Quels sont les sujets clés ou défis auxquels vous allez être confrontés ?

PFL : Il y en a quatre. Il y a tout ce qui a trait à la réindustrialisation et la souveraineté industrielle. Le second concerne le développement durable car au niveau européen il y a 13 textes qui vont impacter la mode dans les années qui viennent dont neuf sur le développement durable. Le troisième sujet c’est l’humain. Et en particulier l’adéquation entre l’offre et la demande de formation. Enfin, il y a l’innovation technologique. Si nous voulons la réindustrialisation et la transformation RSE, il faut que les entreprises soient accompagnées par de nouvelles solutions qui leur permettent d’embrasser ces nouvelles contraintes sans trop de difficultés.

« La transition durable n’est plus une question, c’est une nécessité »

FNW : Vous évoquez les textes européens. Mais au niveau français, la future loi portée par la députée Anne-Cécile Violland, présentée comme « contre l’ultra fast-fashion », ou le prochain dispositif d’affichage environnemental, vont apporter des changements au niveau français. Il semble que le gouvernement a prêté l’oreille à des organisations comme En mode Climat ou la Fédération de la mode circulaire. La nouvelle structure de l’Ufimh est-elle aussi une réaction au poids de ces acteurs ?

PFL : Non, il n’y a pas de réaction. D’ailleurs, nous avons de bonnes relations avec la fédération de la mode circulaire comme avec beaucoup d’autres acteurs de notre écosystème, comme l’Alliance du commerce et la Fédération de la maille. Qu’il y ait des activistes qui soient écoutés par le gouvernement c’est absolument normal. Si nous voulons être efficaces nous avons besoin que les entreprises s’approprient les réformes et notre mission est de les représenter. Avec le ministère de la Transition écologique nous avons participé aux différents travaux et aux différentes auditions qui ont mené à cette loi anti-fast-Fashion que nous soutenons. Il faut reconnaître le poids considérable de Yann Rivoallan, le président de la fédération du prêt-à-porter féminin, dans ce combat dans lequel il a eu un rôle crucial, autant voire plus, que beaucoup d’activistes.

Donc les fédérations professionnelles ont été à l’avant-garde de ce mouvement contre l’ultra-fast-fashion et nous sommes très heureux du vote à l’unanimité de cette loi à l’Assemblée nationale. Mais notre rôle ne se limite pas là. Nous serons aussi très attentifs à la bonne application de cette loi car cela dépendra d’un certain nombre de décrets sur les seuils, la question des modalités d’affichage environnemental ou de la définition d’une référence. Il reste encore beaucoup de travail à faire pour que cette loi ne rate pas sa cible. Nous sommes alignés avec l’Alliance du commerce et la Fédération de la maille pour, le diable étant dans les détails, pour vraiment être sûr que cette loi vise l’ultra fast fashion qui a tellement déstabilisé notre écosystème.

FNW : Avec cette période d’inflation, les entreprises du secteur voient leurs marges attaquées. Comment envisagez-vous qu’elles investissent dans la RSE et l’innovation alors que leur priorité est plutôt, comme le disait Lionel Guérin, d’avoir la tête dans le guidon et de continuer à avancer ?

PFLL : Je comprends parfaitement les difficultés des entreprises, je suis chef d’entreprise moi-même et confronté à la transformation radicale des industries de la mode. Mais en fait ça n’est plus une question c’est une nécessité car c’est une obligation légale. Les lois qui sont votées ou les neuf textes en cours de discussion au niveau européen font que de toutes les façons nous n’avons pas le choix. L’Ufimh a mis en place avec le soutien du Défi des subventions avec un accompagnement financier des entreprises pour pouvoir les aider à embrasser cette transformation. Nous avons créé des outils, avec des guides donnant la direction concrète. Les fédérations peuvent aider à définir une stratégie.

LG : Nous sommes passés d’une logique d’acculturation, qui permettait de faire comprendre les enjeux et d’éviter d’avoir des entreprises qui mettent ces sujets au fond d’un tiroir, à une logique d’action. Tout le monde doit avoir compris, et notre job est maintenant de pouvoir leur fournir un système clé en main car toutes les entreprises n’ont pas la puissance de feu des grands groupes pour développer des réponses en interne. Pour les petits, on ne fait plus de l’information, on va leur proposer un guide de mise en place.

PFL : Car aujourd’hui si on est une marque et que l’on n’a pas commencé à s’intéresser à ces sujets, je confirme qu’on est très mal parti !

FNW : Pourtant, dans d’autres secteurs une musique se fait entendre de la part de représentants d’entreprises quant au coût trop élevé de la transition. Qu’il faudrait alléger les cadres voire repousser les échéances. Est-ce l’approche de l’Ufimh ?

PFL : Que ce soit bien clair, nous avons été la première organisation professionnelle il y a huit ans à financer une étude sur le développement durable et la mode. Cela fait fait huit ans que nous alertons les entreprises et que nous comptons parmi nos membres les entreprises les plus engagées de France sur ce sujet-là. Si l’idée est décalée d’un an ou deux, en fait ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est que toutes les sociétés aujourd’hui doivent avoir une stratégie RSE, avec un plan d’actions. Encore une fois, nous n’avons pas le choix ! La question n’est pas de décaler de 12 ou 18 mois quand on parle de la vie d’entreprises qui s’étend sur plusieurs dizaines d’années. Le sujet c’est d’avancer !

FNW : Mais, vous l’avez dit, les sociétés peuvent difficilement répondre seules à ces défis. Les dirigeants sont-ils prêts à travailler collectivement ?

PFL : Je pense qu’il y a déjà un joli travail collectif. Nous testons plein de choses avec nos organisations professionnelles. Effectivement, il faut encourager les entreprises qui se sentent un peu perdues à se rapprocher de nos organisations pour qu’on puisse les embarquer et, comme le disait Lionel, avoir de l’impact. Mais collectivement il y a un autre sujet sur lequel nous sommes extrêmement attentif, c’est la question de la relocalisation, de la souveraineté qui est liée aux questions de durabilité. Nous lançons un appel à toutes les marques de mode premium pour qu’elles puissent relocaliser une partie de leur production en France.

FNW : C’est-à-dire ?

PFL : C’est-à-dire qu’on ne parle pas de mettre en place une capsule alibi, mais de mettre en place des partenariats avec des fabricants français qui sont à l’écoute, capables de fabriquer pour le moyen de gamme. Nous devons nous assurer de ne pas être dépendants exclusivement des importations très lointaines.

FNW : Sur ce sujet, le salon Première Vision Made in France se tient actuellement. Quel état des lieux faites-vous de la situation du secteur. N’y a-t-il pas une défense de l’existant à mener ?

PFL : Oui toujours. Aujourd’hui, il y a les fabricants français qui font du haut de gamme et sont portés par le luxe. Et ceux qui font du moyen de gamme et qui sont portés par des marques souvent de petite taille, souvent très engagées sur la question du Made in France et qui ont bénéficié d’un vent porteur en sortie de Covid. Cette engagées sur la question du Made in France et qui ont bénéficié d’un vent porteur en sortie de Covid. Cette deuxième population souffre de l’inflation et de la désorganisation des approvisionnements de matières. Il faut la soutenir maintenant car sinon elle ne sera plus là quand il y aura des obligations légales pour les marques de réaliser de la production en France. Et à ce moment-là nous n’aurons pas de solution et les marques vont se retrouver extrêmement démunies. Il faut absolument que du côté des marques premium, nous arrivions à reconstruire une culture industrielle pour créer ces ponts avec les fabricants français. Nous pouvons déjà nous appuyer sur la Maison du savoir-faire et de la création dont la nouvelle plateforme a mis en lien l’an dernier 400 sociétés.

FNW : Parmi vos axes, il y a un sujet qui est un axe complexe depuis plusieurs années pour les entreprises, c’est le recrutement et la transmission des savoir-faire. Quelles actions voulez-vous mener ?

LG : Nous travaillons très bien avec l’Opco de référence. La difficulté est liée à l’accompagnement des entreprises de plus de 50 salariés qui n’ont plus accès à des fonds mutualisés. Nous réfléchissons à créer un fonds mutualisé professionnel pour accompagner toutes les entreprises. Nous visons à que ce dispositif soit opérationnel en 2025. Et puis il y a une image du secteur qu’il faut enjoliver. Il faut réussir à attirer les jeunes et pouvoir présenter des politiques sociales motivantes. Par exemple l’an passé nous avons signé un accord type d’intéressement[1]participation. Nous faisons face à une concurrence pour attirer les profils, notamment par la maroquinerie. La force du secteur est que le travail peut être intéressant. L’aspect formation initiale a été confié à Pierre-Jacques Brivet, avec un travail sur les référentiels de formation d’un BTS, d’un CAP mais aussi d’une dizaine de certificats de qualification professionnelle et des titres du ministère du Travail. Nous souhaitons remettre en adéquation les cursus d’éducation et la réalité des métiers.

FNW : L’actualité du secteur en France est assez morose. Vous débutez votre mandat commun. Quels sont les aspects positifs et motivants dans la période actuelle ?

PFL : Ce qui nous motive, c’est l’incroyable transformation de notre industrie. C’est ce qui est palpitant. Sur les aspects de développement technologique, de développement durable, de relocalisation, de développement international… tout change ! Le cadre législatif change les les aspirations des consommateurs changent, les modèles de distribution changent. Ce qui nous motive c’est d’éclairer les entreprises sur ces transformations pour qu’elles soient le mieux à même de prendre les bonnes décisions.

LG : La transformation est en partie contrainte et il est vrai qu’en tant que présidents de fédération, nous aurions préféré avoir un marché où les entreprises étaient en expansion, cela rend les choses plus faciles et donne un état d’esprit positif. Mais justement nous voulons arriver à être utiles à un secteur dans lequel nous naviguons depuis longtemps qui nous intéresse et nous plaît.

PFL : La chance que nous avons dans cette transformation, c’est que nous comptons sur des ministres qui s’intéressent à nous. Tant du côté de la transformation écologique que de Bercy, nous sommes reçus et écoutés, avec un grand nombre de chefs d’entreprises auditionnés. Ils sont extrêmement attentifs à notre secteur.

Par Olivier Guyot  – Fashionnetwork – 28 mars 2024

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Grand entretien avec… Yann Rivoallan, Président de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin.

Lutte contre l’ultra fast fashion  « Maintenant, il faut faire appliquer la loi » Si l’année 2025 a permis de réelles avancées avec l’adoption par le Sénat de la proposition de loi visant à freiner l’essor de l’ultra fast fashion, il reste désormais à veiller à la mise en œuvre de l’ensemble des actions engagées. Avec Yann Rivoallan, le détail de la feuille de route 2026…  Le 1er mars prochain verra tout d’abord la mise en place d’une taxe sur les petits colis. Pouvez-vous nous en dire plus ? A partir du 1er mars en effet, une taxe de 2 euros viendra cibler les petits colis, de moins de 150 euros, en provenance des pays extra-européens. Cette mesure devrait rapporter 1,5 milliard d’euros et financer ainsi les contrôles douaniers sur les produits entrant sur le sol français. Rappelons que quelque 800 millions de colis sont arrivés en France l’an dernier et le récent contrôle de 200 000 d’entre eux a montré que 80% des colis de la marque Shein étaient hors normes, voire dangereux. Shein prendra vraisemblablement cette taxe à sa charge, rendant l’action moins visible pour ses clients. Quoi qu'il en soit, cette mesure permettra aux services des douanes de se doter d’outils plus performants et de renforcer leur personnel avec un objectif :  mieux suivre la mise en adéquation des produits arrivants avec les législations, française et européenne. Mieux encore, la commission européenne devrait mettre en place au 1er juillet une taxe sur le même modèle, cette fois de 3 ou 4 euros. Cette action européenne joue un rôle important dans la lutte ? Elle est essentielle, d’abord en terme de symbole. Elle montre une Europe unie, capable d’agir autour d’une même ambition : la préservation de notre industrie textile. Elle permet aussi un meilleur respect de la loi. Nous savons que les plateformes asiatiques d'ultra fast fashion vont chercher à détourner la législation, en tentant de recevoir leurs colis dans certains pays comme la Hongrie, pour les acheminer ensuite en France, échappant ainsi aux taxes. Si la loi européenne est votée, cette option ne sera plus possible. Revenons en France, vous attendez beaucoup du procès engagé par l’état pour bloquer la marketplace Shein, Pouvez-vous nous en dire plus ?  A l’automne dernier, l'État français a demandé le blocage total du site Shein, après la découverte de la vente de poupées sexuelles à l’apparence de fillettes, d’armes de catégorie A et de médicaments interdits. Le tribunal judiciaire de Paris a rejeté cette demande, la jugeant disproportionnée, même s’il reconnaissait un dommage grave à l’ordre public. L’Etat revient devant la cour d’appel avec un autre angle, exigeant le seul blocage de la marketplace. Ce que l’Etat demande à Shein ? Une activité limitée à la vente de vêtements de la marque et l’application de mesures de contrôle efficaces pour éviter le retour illicite de produits similaires, ainsi qu'un audit du site. Par ailleurs, vous suivez le déroulement du procès d’Aix-en-Provence, intenté à la marque Shein pour « réparation en concurrence déloyale…» Ce procès est également essentiel car il répond à une plainte déposée par 19 fédérations dont l'UFIMH bien sûr, qui représentent l’ensemble de la chaîne de valeur de la mode (de la fabrication à la distribution) sans compter les fédérations du bijou, de la chaussure… et plus d'une centaine de marques. Une mobilisation inédite qui montre la détermination, et la force de frappe, de la filière. Ceci intervient dans un contexte particulier, l’attente du passage en commission paritaire de la proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile, passage qui rendrait son adoption définitive. Avez-vous une date pour cela ? Et quelles sont les grandes lignes de la future loi ? Nous espérons que ce sera bouclé en 2026. Rappelons que cette proposition de loi s’articule autour de différents axes. D’une part, une définition officielle de la fast fashion, avec l’établissement de seuils de mise sur le marché de nouvelles références de vêtements ou d’accessoires sur un temps donné, seuils qui ne pourront pas être dépassés. D’autre part, la mise en place de différentes mesures pour sanctionner la fast fashion. Un bonus/malus pour récompenser ou condamner les entreprises selon leur note au score EcoVadis, ce malus environnemental (jusqu’à 10 euros par produit) permettant de soutenir les acteurs les plus vertueux. L’interdiction de la publicité et de la promotion des entreprises de fast fashion pour lutter contre l’incitation à la surconsommation. Enfin, les entreprises proposant de la vente en ligne devront afficher sur leur site des messages sensibilisant à l’aspect environnemental de la mode. L’UFIMH et les institutions adhérentes ont été particulièrement investies dans cette lutte. Comment pensez-vous la suite ? Nous allons poursuivre nos actions, et redoubler de vigilance. Nous sommes pour le moment très concentrés sur la question du nouvel entrepôt construit par Shein en Pologne, dont nous allons tenter de comprendre les enjeux. Nous allons également poursuivre nos observations des différentes plateformes asiatiques (Shein, Temu) pour en repérer toutes les actions illégales. Enfin, nous allons poursuivre nos actions avec les parlementaires, les médias, les consommateurs et les marques pour faire entendre notre voix. Une chose est sûre, la filière ressort plus forte et déterminée après ces années de lutte, elle est surtout plus unie que jamais face à ces marques de la honte. Les actualités de l’UFIMH sur https://www.lamodefrancaise.org et celles de la FFPAPF sur https://pretaporter.com  

Enquête : Les corps se transforment, le vêtement s’adapte…

Grâce à sa dernière campagne de mensurations, l’IFTH dévoile les nouvelles morphologies des Français. Autant d’informations précieuses pour les marques et les confectionneurs qui bénéficient ainsi de données précises pour réaliser un vestiaire adapté, aussi confortable que désirable. Membre de l’UFIMH, la Maison du Savoir-faire et de la Création, nous détaille le résultat de cette enquête. La dernière Campagne Nationale de Mensuration (CNM) des Français datait de 2006. Depuis, les habitudes de vie et morphologies ont beaucoup évolué. L’IFTH (Institut français du textile habillement) vient donc de réitérer l’exercice, indispensable pour permettre aux confectionneurs et marques de fabriquer et proposer des vêtements combinant aisance et confort. Objectif : mettre à jour données et outils pour apporter le bon niveau de précision dans la gradation des modèles. Pour parvenir aux résultats actualisés, l’IFTH a utilisé des outils technologiques encore plus pointus qu’en 2006, époque à laquelle il s’était déjà appuyé sur les tous nouveaux scanners 3D. 9000 avatars adultes, 2,25 millions de points de mensurations adultes avaient alors été générés. De quoi constituer de riches bibliothèques de données morphologiques, permettant aux marques de viser des cibles précises. Mené de 2021 à début 2025 par l’IFTH en collaboration avec l’Université de Technologie de Tours (UTT) le projet “MOVE”, acronyme de développement d’un “MOdèle de Vieillissement d’Echantillon cible”, a tiré partie des outils algorithmiques pour réactualiser la précédente base de données à partir de celles d’une nouvelle collecte réalisée auprès de “seulement” 4000 personnes. Une actualisation nécessaire Les résultats récoltés ont validé la nécessité de cette actualisation car en vingt ans, les adultes français ont à la fois grandi et pris du poids. En moyenne, la Française mesure aujourd’hui 164,2 cm et pèse 65 kg. Son tour de poitrine s’est arrondi d’un cm supplémentaire et elle a aussi pris en tour de taille et de bassin. Conséquence : une femme sur deux s’habille entre la taille 40 et 44, une sur trois en 46 ou plus et moins de 20 % en 38 ou moins.  De son côté, le Français moyen mesure 3 centimètres de plus qu’en 2006 pour un poids moyen resté stable. Son tour de taille est de 91,5 cm (plus deux centimètres versus 2006). “Aujourd’hui les très grands sont plus nombreux qu’ils ne l’étaient en 2006 avec une stature moyenne de 1,91 m. Cela reste un marché de niche mais qui a progressé”, note François Pezeril, FabManager LE LAB by IFTH . “Tout cela a évidemment un impact sur la définition des tailles commerciales et par conséquent sur toute la chaîne de valeur, de la conception à la distribution des articles”. Un barème “Mode” et un barème “Général” Les données brutes fournies pour la CNM 2025 à l’issue du projet MOVE ne pouvant pas être directement utilisées par un bureau d’études, elles ont dû être “ajustées selon une progression arithmétique, cohérente et linéaire, de manière à garantir une graduation régulière, conforme aux exigences de l’industrialisation, tout en maintenant la cohérence avec le système de tailles commerciales existant”. Deux stratégies ont été déployées pour la standardisation des nouveaux barèmes Femme. Pour ne pas changer les habitudes de modélistes habitué(e)s à concevoir leurs vêtements pour une population cible “moyenne et grande” (environ 10,4 millions d’individus), l’IFTH a réalisé un premier barème, dit “Mode”. Mieux refléter la femme actuelle Le second barème, dit “Général” prend, lui, en compte la totalité des femmes adultes françaises (environ 21,6 millions), grâce à une gradation respectant réellement l’évolution morphologique en taille (stature moyenne de 164,2 cm). ”L’ancien  barème de 2006 n’habillait que 46 % de la population. Ce barème General, qui reflète mieux la femme actuelle, peut par exemple intéresser une entreprise proposant des vêtements sportifs très près du corps” souligne Hafida Boulahoite. Les entreprises peuvent choisir un de ces deux livrets anthropométriques (homme et femme) désormais disponibles à la vente. “Avec ces nouvelles données et des outils de CAO 3D, on pourra personnaliser les mensurations d’un avatar par rapport à sa cible client jusqu’à  visualiser les zones les plus sollicitées et/ou ajustées au corps, voire trop ajustées (entrejambes, coutures…), et débouchant sur un inconfort et des problèmes de durabilité à l’usage”, explique François Pezeril. Pour les confectionneurs, la mise en place de nouveaux barèmes n’est pas neutre. “Soit l’atelier a son propre bureau d’études qui va devoir faire évoluer sa base de patronage pour s’adapter aux évolutions morphologiques. Soit il recevra des dossiers d’industrialisation technique de la part de ses donneurs d’ordre, avec des fichiers de patronage qui auront évolué” explique Hafida Boulahoite. Cette meilleure adaptation à la réalité aura un impact sur la consommation des matières, grâce à un plan de coupe optimisé. Améliorer sa rentabilité avec Explored Pour les donneurs d’ordre, l’efficacité de l’utilisation des nouveaux barèmes sera décuplée avec l’application Explored, également développée par l’IFTH. Cet outil d’exploration et d’optimisation des barèmes à partir des données 2025 permet aux marques de connaître plus finement leur marché cible d’un point de vue morphologique. Pour que leurs collections de vêtements soient adaptées à leurs clientèles, la grille de tailles élaborée doit refléter réellement la morphologie des individus. “Notre méthode Explored permet d’avoir un barème de tailles adapté à la cible. De quoi ouvrir la discussion entre chefs de marché et modélistes afin d’avoir les tailles qui se vendent réellement et en quantité correcte”, explique Guy Scemama. Selon lui, toutes les marques ayant utilisé un outil d’optimisation ont observé une amélioration de leur rentabilité. De façon générale, “la bonne connaissance des tailles 2025 permettra aux marques de mieux connaître les parts de marché et taux de couverture de leur cible, de se positionner par rapport aux autres marques et de se projeter sur des nouveaux marchés”. A l’international aussi, Explored est précieux. L’IFTH s’appuie en effet sur le réseau Isize, réunissant des données morphologiques du monde entier (Europe, Etats-Unis, Chine, Corée du Sud, Canada, etc). Diminuer le risque de gestion des retours La CNM 2025 s’annonce comme un atout supplémentaire pour le Made in France et ses donneurs d’ordre, en permettant d’optimiser le bien-aller des produits. “Des vêtements mal taillés représentent autant de risques de retour pour les marques à l’heure du phygital, voir du direct to consumer. Cela peut entraîner une insatisfaction des clients et une baisse des ventes directes”, souligne François  Pezeril. Il cite des statistiques européennes et américaines édifiantes : le retour des marques commandées via Internet est d’environ 20 %,  dont plus de la moitié pour des problèmes de tailles non adaptées ! Or, le coût d’un vêtement renvoyé est d’environ 10 à 15 €… “Sans compter le coût écologique des retours à mesurer en termes de CO2 rejeté”. Les enjeux de compétitivité et de durabilité sont donc bien au cœur du sujet. Le premier livret anthropométrique CNM 2025 ciblant la Femme adulte est disponible auprès de l’IFTH depuis le 3 novembre 2025. Le Livret Homme est en en cours de finalisation pour décembre sera édité très prochainement. L’IFTH propose aussi un accompagnement technique complémentaire pour mieux appréhender ces nouveaux barèmes. Retrouvez les actualités de la Maison du Savoir-Faire et de la Création ici. Replay du RDV IFTH Oct 2025 –  "Mensurations : vos collections sont-elles adaptées aux Français(es) d’aujourd’hui ?"

3 questions à… Gildas Minvielle, Directeur de l’observatoire économique de l’Institut Fançais de la Mode (IFM)

« En 2026, pas d’embellie mais certains leviers de croissance » Alors que les chiffres du secteur textile & mode ont été publiés le 12 février dernier, Gildas Minvielle nous rappelle les grandes tendances de consommation qui ont signé l’année 2025 avant de nous dévoiler les perspectives pour 2026.  Quel bilan global faites-vous de l’année 2025 ? Plus précisément, quelles sont les grandes évolutions de la consommation de mode en France ?  Après une légère augmentation des ventes en 2024, le secteur a été plutôt en recul puisque nous sommes à - 1,6% en valeur pour l'ensemble textile & habillement, l'habillement seul affichant - 1,3%. Il s’agit toutefois d’une moyenne qui cache de profondes disparités selon les secteurs. La vente en ligne a augmenté chez les pure-players comme chez les distributeurs, avec une progression de + 1,2% en 2025 alors que les magasins sont en recul de 2,7%. A l’évidence, les boutiques sont particulièrement à la peine, constat renforcé par le Baromètre de l’IFM qui interroge les consommateurs tous les mois. Celui-ci confirme une dynamique pour le e-commerce, au détriment des magasins physiques. Selon ce baromètre, le commerce en ligne dans son ensemble représente, en valeur, 30,4 % des achats en 2025. On y observe une progression de la part de la seconde main avec 11,2% de la consommation d’habillement en moyenne, et jusqu’à 18% pour les 18-24 ans. Par ailleurs, le trio Shein & Temu & AliExpress représente 6% du volume total des achats d'habillement et 2% en valeur (en raison de prix moyens plus faibles). C’est considérable…. Enfin, je préciserais que si l’on associe les achats de la seconde main et ceux de l'ultra fast fashion, on obtient 25% des achats en volume, qui échappent donc aux acteurs historiques de l’habillement en France. Le tout dans un marché qui ne progresse quasiment pas, mais change totalement de nature. La filière a également fait face à l’augmentation des droits de douane vers les Etats-Unis. Quelles en ont été les conséquences ? Cela a-t-il été compensé par des exportations dans d’autres régions du monde ? On parle beaucoup des décisions prises par Donald Trump mais il faut rappeler que la filière n’est pas la plus mal lotie en termes de droits de douane effectifs vers les Etats-Unis. Nous en sommes à 9% (vêtements chaîne et trame) alors qu’ils s’élèvent à 15% pour les cosmétiques ou la parfumerie, et 12% pour les chaussures. De plus, les segments ne sont pas tous touchés de la même façon, le luxe étant le plus affecté. La tendance à retenir est néanmoins une baisse générale des exportations : -12% vers les Etats-Unis, un peu moins vers l’Europe avec de belles surprises, comme en Pologne où les exportations françaises connaissent une croissance de 8%. Après les fortes progressions des années 2022-23, alimentées de façon très artificielle par la hausse des prix, nous revenons en 2025 à la tendance de l’avant COVID. En termes d’exportations, nous avons donc dépassé les chiffres de 2019 alors que nous sommes encore en-deçà pour le marché français. Dans ce contexte, je serai plus positif sur le sujet que le discours ambiant, précisant qu’une entreprise française a tout intérêt à se tourner vers l’international, dans un marché local atone. La tendance de l'export fonctionne encore depuis 2019, même si elle connaît une pause vers les Etats-Unis, elle est bien orientée vers des zones géographiques comme les pays de l’Est qui sont dans un vrai élan économique. Quelles sont les perspectives pour 2026 ? Disons-le d’emblée, elles ne sont pas très positives. En France, l'économie est atone et à l’international, les tensions géopolitiques ne créent pas de contexte favorable à une grande dynamique commerciale. Au-delà de cette situation générale, il y a tout de même des raisons d’être un peu plus optimiste, comme en témoigne la réussite de certaines jeunes maisons françaises, qui proposent une façon neuve de penser la mode. Néanmoins, toutes les marques doivent faire face à l’évolution de notre écosystème : une concurrence accrue et une modification de la perception des consommateurs vis-à-vis des prix. Aujourd'hui, beaucoup pensent que 50 € est un montant trop élevé pour un vêtement. Ceci est totalement injuste car c’est oublier la création, la qualité, le travail. Aujourd'hui, de nombreux consommateurs sont très critiques. Ils ont l'impression que tout se vaut, que le Made in China est partout… Face à ce constat, il y a sans doute une vraie stratégie à mettre en place en proposant à nouveau des vêtements de qualité, en déployant aussi une communication capable de mettre en valeur un savoir-faire, l’excellence d’une matière, et en rappelant que tout cela vaut un certain prix. Enfin, tout économiste se doit de donner des chiffres pour l’année à venir. Le scénario optimiste est autour de + 1% en valeur pour 2026 ; le scénario médian - 0,5 et le pessimiste - 2. En étant optimiste, je mise sur une fourchette entre -0,5 et +1. Ce n'est pas une reprise, mais c’est très loin d’un effondrement. Pour en savoir plus sur l’IFM et son observatoire : https://www.ifmparis.fr/fr/expertise-economique-et-marketing  

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