Enquête : Les corps se transforment, le vêtement s’adapte…
Grâce à sa dernière campagne de mensurations, l’IFTH dévoile les nouvelles morphologies des Français. Autant d’informations précieuses pour les marques et les confectionneurs qui bénéficient ainsi de données précises pour réaliser un vestiaire adapté, aussi confortable que désirable. Membre de l’UFIMH, la Maison du Savoir-faire et de la Création, nous détaille le résultat de cette enquête.
La dernière Campagne Nationale de Mensuration (CNM) des Français datait de 2006. Depuis, les habitudes de vie et morphologies ont beaucoup évolué. L’IFTH (Institut français du textile habillement) vient donc de réitérer l’exercice, indispensable pour permettre aux confectionneurs et marques de fabriquer et proposer des vêtements combinant aisance et confort. Objectif : mettre à jour données et outils pour apporter le bon niveau de précision dans la gradation des modèles.
Pour parvenir aux résultats actualisés, l’IFTH a utilisé des outils technologiques encore plus pointus qu’en 2006, époque à laquelle il s’était déjà appuyé sur les tous nouveaux scanners 3D. 9000 avatars adultes, 2,25 millions de points de mensurations adultes avaient alors été générés. De quoi constituer de riches bibliothèques de données morphologiques, permettant aux marques de viser des cibles précises.
Mené de 2021 à début 2025 par l’IFTH en collaboration avec l’Université de Technologie de Tours (UTT) le projet “MOVE”, acronyme de développement d’un “MOdèle de Vieillissement d’Echantillon cible”, a tiré partie des outils algorithmiques pour réactualiser la précédente base de données à partir de celles d’une nouvelle collecte réalisée auprès de “seulement” 4000 personnes.
Une actualisation nécessaire
Les résultats récoltés ont validé la nécessité de cette actualisation car en vingt ans, les adultes français ont à la fois grandi et pris du poids. En moyenne, la Française mesure aujourd’hui 164,2 cm et pèse 65 kg. Son tour de poitrine s’est arrondi d’un cm supplémentaire et elle a aussi pris en tour de taille et de bassin. Conséquence : une femme sur deux s’habille entre la taille 40 et 44, une sur trois en 46 ou plus et moins de 20 % en 38 ou moins. De son côté, le Français moyen mesure 3 centimètres de plus qu’en 2006 pour un poids moyen resté stable. Son tour de taille est de 91,5 cm (plus deux centimètres versus 2006).
“Aujourd’hui les très grands sont plus nombreux qu’ils ne l’étaient en 2006 avec une stature moyenne de 1,91 m. Cela reste un marché de niche mais qui a progressé”, note François Pezeril, FabManager LE LAB by IFTH . “Tout cela a évidemment un impact sur la définition des tailles commerciales et par conséquent sur toute la chaîne de valeur, de la conception à la distribution des articles”.
Un barème “Mode” et un barème “Général”
Les données brutes fournies pour la CNM 2025 à l’issue du projet MOVE ne pouvant pas être directement utilisées par un bureau d’études, elles ont dû être “ajustées selon une progression arithmétique, cohérente et linéaire, de manière à garantir une graduation régulière, conforme aux exigences de l’industrialisation, tout en maintenant la cohérence avec le système de tailles commerciales existant”.
Deux stratégies ont été déployées pour la standardisation des nouveaux barèmes Femme. Pour ne pas changer les habitudes de modélistes habitué(e)s à concevoir leurs vêtements pour une population cible “moyenne et grande” (environ 10,4 millions d’individus), l’IFTH a réalisé un premier barème, dit “Mode”.
Mieux refléter la femme actuelle
Le second barème, dit “Général” prend, lui, en compte la totalité des femmes adultes françaises (environ 21,6 millions), grâce à une gradation respectant réellement l’évolution morphologique en taille (stature moyenne de 164,2 cm). ”L’ancien barème de 2006 n’habillait que 46 % de la population. Ce barème General, qui reflète mieux la femme actuelle, peut par exemple intéresser une entreprise proposant des vêtements sportifs très près du corps” souligne Hafida Boulahoite.
Les entreprises peuvent choisir un de ces deux livrets anthropométriques (homme et femme) désormais disponibles à la vente. “Avec ces nouvelles données et des outils de CAO 3D, on pourra personnaliser les mensurations d’un avatar par rapport à sa cible client jusqu’à visualiser les zones les plus sollicitées et/ou ajustées au corps, voire trop ajustées (entrejambes, coutures…), et débouchant sur un inconfort et des problèmes de durabilité à l’usage”, explique François Pezeril.
Pour les confectionneurs, la mise en place de nouveaux barèmes n’est pas neutre. “Soit l’atelier a son propre bureau d’études qui va devoir faire évoluer sa base de patronage pour s’adapter aux évolutions morphologiques. Soit il recevra des dossiers d’industrialisation technique de la part de ses donneurs d’ordre, avec des fichiers de patronage qui auront évolué” explique Hafida Boulahoite. Cette meilleure adaptation à la réalité aura un impact sur la consommation des matières, grâce à un plan de coupe optimisé.
Améliorer sa rentabilité avec Explored
Pour les donneurs d’ordre, l’efficacité de l’utilisation des nouveaux barèmes sera décuplée avec l’application Explored, également développée par l’IFTH. Cet outil d’exploration et d’optimisation des barèmes à partir des données 2025 permet aux marques de connaître plus finement leur marché cible d’un point de vue morphologique. Pour que leurs collections de vêtements soient adaptées à leurs clientèles, la grille de tailles élaborée doit refléter réellement la morphologie des individus.
“Notre méthode Explored permet d’avoir un barème de tailles adapté à la cible. De quoi ouvrir la discussion entre chefs de marché et modélistes afin d’avoir les tailles qui se vendent réellement et en quantité correcte”, explique Guy Scemama. Selon lui, toutes les marques ayant utilisé un outil d’optimisation ont observé une amélioration de leur rentabilité.
De façon générale, “la bonne connaissance des tailles 2025 permettra aux marques de mieux connaître les parts de marché et taux de couverture de leur cible, de se positionner par rapport aux autres marques et de se projeter sur des nouveaux marchés”.
A l’international aussi, Explored est précieux. L’IFTH s’appuie en effet sur le réseau Isize, réunissant des données morphologiques du monde entier (Europe, Etats-Unis, Chine, Corée du Sud, Canada, etc).
Diminuer le risque de gestion des retours
La CNM 2025 s’annonce comme un atout supplémentaire pour le Made in France et ses donneurs d’ordre, en permettant d’optimiser le bien-aller des produits. “Des vêtements mal taillés représentent autant de risques de retour pour les marques à l’heure du phygital, voir du direct to consumer. Cela peut entraîner une insatisfaction des clients et une baisse des ventes directes”, souligne François Pezeril. Il cite des statistiques européennes et américaines édifiantes : le retour des marques commandées via Internet est d’environ 20 %, dont plus de la moitié pour des problèmes de tailles non adaptées ! Or, le coût d’un vêtement renvoyé est d’environ 10 à 15 €… “Sans compter le coût écologique des retours à mesurer en termes de CO2 rejeté”. Les enjeux de compétitivité et de durabilité sont donc bien au cœur du sujet.
Le premier livret anthropométrique CNM 2025 ciblant la Femme adulte est disponible auprès de l’IFTH depuis le 3 novembre 2025. Le Livret Homme est en en cours de finalisation pour décembre sera édité très prochainement. L’IFTH propose aussi un accompagnement technique complémentaire pour mieux appréhender ces nouveaux barèmes.
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