Grand entretien : UFIMH, les grands défis pour 2026

10 juin 2026

En dépit d’un contexte géo-politique et économique chahuté, l’UFIMH multiplie les projets pour accompagner les entreprises de la filière à poursuivre leur développement en 2026, qu’il s’agisse de croissance à l’international, de RSE ou d’innovation. Le point sur la stratégie déjà mise en place avec les co-présidents de l’Union, Lionel Guérin et Pierre-François Le Louët. 

L’UFIMH a largement défini sa stratégie pour l’année 2026. Quels en sont les grands axes?

PFLL. Notre stratégie s’articule autour de deux grands pôles – les actions institutionnelles et celles qui concernent directement notre soutien aux entreprises. Le tout avec une même mission, défendre nos marques de mode créatives et responsables, ce qui passe d’abord par une lutte renforcée contre le modèle de l’ultra fast fashion que nous avons déjà mise en œuvre. Après un dialogue constructif avec le gouvernement, les assemblées françaises et européennes, la nouveauté 2026 devrait être l’ampleur européenne que va prendre le débat.

Pouvez-vous nous préciser les temps forts de cette mobilisation européenne ?

PFLL. L’UFIMH a mené plusieurs initiatives d’envergure sur le sujet en 2025, rassemblant 24 fédérations européennes de la mode autour d’un texte condamnant l‘ultra fast fashion et appelant la Commission à agir, ceci en collaboration avec l’association européenne Euratex.

Nous comptons sur une amplification des actions et sur une coordination avec nos homologues des différents pays, qui travaillent eux aussi à la promulgation de lois anti ultra-fast fashion. Alors que nous attendons la promulgation de décrets en France, d’autres lois vont voir le jour dans les pays européens, notamment en Italie. Au niveau de la Commission européenne, nous avons en ligne de mire la mise en place de la taxe douanière de 3 euros sur les petits colis (qui arrivent de l’extérieur de l’UE) mais aussi dans le cadre de la France, avec celle de 2 € pour la gestion des contrôles de ces mêmes colis.

Par ailleurs, nous suivrons tout le mois de janvier la tenue du procès à Aix-en Provence à laquelle l’UFIMH est associée, avec plus de 120 marques et 19 organisations professionnelles. Ensemble, nous accusons la marque Shein de “concurrence déloyale” et demandons réparation pour le préjudice économique subi. Par ailleurs, l’UFIMH sera à la manœuvre tout au long de l’année pour contrôler la mise en place des procédures et décisions prises en 2025. Avec toujours une même conviction, la préservation de la mode française passe par celle de la mode européenne.

Par ailleurs, l’UFIMH va accompagner les principaux organismes à réécrire leur stratégie ? 

LG. En 2026, le DEFI et l’IFTH (Institut Français du Textile et de l’Habillement) sont appelés à renouveler leur gouvernance et à réécrire leur stratégie favorisant l’innovation des marques de mode françaises. L’UFIMH est naturellement impliquée puisque nous siégeons dans les conseils d’administration de ces organismes. Cette réécriture passera par le lancement d’études, des échanges avec les autres fédérations professionnelles mais aussi des administrations concernées afin d’aligner la vision du gouvernement et celle des fédérations. Le tout en gardant comme seul objectif l’intérêt des entreprises que nous servons. Dans le même temps, l’IFM – malgré la réduction du soutien de l’Etat – va poursuivre son développement en se fixant de nouvelles ambitions, soutenu là encore par les professions. Enfin, nous attendons avec impatience le nouveau cahier des charges de Refashion qui permettra sans doute à cet organisme d’être plus efficace et de déployer une véritable filière industrielle du recyclage en France que nous appelons de nos vœux depuis longtemps.

En 2026, c’est donc l’ensemble de nos organismes collectifs qui devront retravailler leurs stratégies pour relever de nouveaux défis. Un certain désengagement de l’Etat, la prise en compte de nouvelles concurrences, sans compter les impératifs liés à l’innovation, au développement durable ou à l’émergence de nouveaux modèles économiques nous imposent de revoir les feuilles de route.

Dans ce contexte, l’UFIMH œuvrera pour que l’ensemble des acteurs de la filière travaillent de manière collégiale, alignant leurs stratégies pour rendre la mode française plus forte, plus innovante, plus responsable. Pour cela, l’UFIMH entend jouer un rôle de catalyseur, favorisant le dialogue et les synergies.

Deuxième axe-clé, l’accompagnement des entreprises françaises, et celui-ci passe d’abord à l’export…. 

PFLL. L’ambition est d’aider nos entreprises à maintenir ou augmenter leur chiffre d’affaires dans un contexte où le marché français reste très difficile. Cet objectif passe naturellement par le développement à l’international.  Nos fédérations, appuyées par le DEFI, vont soutenir en 2026 environ 200 entreprises, via l’organisation de quelque 500 opérations à l’étranger. Notre accompagnement se veut à la fois opérationnel et personnalisé. Nos équipes spécialisées dans l’export travaillent avec les marques pour mettre en place une démarche personnalisée, qui leur permettra au mieux de pénétrer ou de conforter de nouveaux marchés : séjours d’immersion, participation aux salons locaux les plus stratégiques, présence dans des showrooms, sans compter des conférences, des workshops et la constitution, sur place, de réseaux avec les acteurs locaux… Les principales zones concernées restent l’Asie (Chine, Corée, Japon) et les Etats-Unis, même si ce dernier territoire s’inscrit dans un contexte géopolitique compliqué.

Dans tous les cas, nous avons la conviction que l’international reste l’un des leviers majeurs de croissance pour nos entreprises, ce qui explique l’augmentation de notre investissement dans ce domaine.

Après l’international, passons au deuxième axe fort de la stratégie de l’UFIMH, le développement durable…

LG. Participer au développement d’une mode créative et responsable reste plus que jamais l’objectif de l’UFIMH et, dans ce contexte, environ 80 entreprises vont bénéficier d’un accompagnement pour optimiser leur stratégie en termes de RSE. Une volonté qui se concrétisera par des aides financières et un soutien à l’élaboration de leur stratégie, qu’il s’agisse d’un accompagnement personnalisé ou du suivi de conférences et workshops en ligne sur notre plateforme www.enmodedurable.fr. Plateforme qui réunit toutes les informations et conseils clés sur le sujet : point sur les certifications, enquêtes sur les couleurs et matières les plus vertueuses, approvisionnement responsable….

Reste le domaine de l’innovation que l’UFIMH compte également  investir…

PFLL & LG. Au second semestre 2026, à l’initiative de l’UFIMH, l’IFTH organisera à Paris la première Journée de l’innovation. L’objectif ? Partager avec toutes les marques l’ensemble des nouveaux procédés, technologies et matières qui permettent d’être plus innovants dans les process. L’événement se voudra très concret, l’occasion de présenter de nouvelles fibres, de nouveaux tissus, de nouveaux procédés pour être plus efficace et moins impactant.

L’événement sera également consacré à l’usage des outils numériques, et notamment de l’intelligence artificielle. Via notre plan d’action digital, nous aidons déjà des entreprises à amplifier leur impact numérique et beaucoup utilisent ces subventions pour financer des formations à l’intelligence artificielle ou l’acquisition de logiciels d’IA. Avec le soutien du DEFI, nous continuerons de proposer à presque 200 entreprises une aide à la transformation numérique, nous poursuivrons notre mission en proposant en 2026 un panorama de toutes les solutions d’intelligence artificielle existantes au service des différentes fonctions dans une entreprise de mode. Là encore, notre approche sera pragmatique avec un ensemble de solutions répondant à des problématiques concrètes : « quelles solutions existent si je veux mettre en place l’automatisation de mes étiquettes ? Optimiser ma logistique ? ».

Cette démarche ambitieuse sera menée également avec l’IFTH, l’occasion de montrer une fois encore les multiples synergies au sein de la filière, bien décidée collectivement à œuvrer pour son avenir.

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Grand entretien avec … Sylvie Maignan, Responsable de la Maison du Savoir-Faire et de la Création

“ Le Made in France bénéficie d’une image très positive auprès des consommateurs “ Créée il y a tout juste 15 ans, la Maison du Savoir-Faire et de la Création, s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs clés dans la valorisation du Fabriqué en France, œuvrant très concrètement à tisser des liens entre marques et fabricants pour dynamiser le secteur. Avec Sylvie Maignan, le point sur l’engagement de cette institution, d’intérêt général, affiliée à l’UFIMH et financée par le DEFI.  La Maison du Savoir-Faire et de la Création a été créée en 2011 par les organisations professionnelles du secteur. Pouvez-vous nous rappeler ses grandes missions ? Notre vocation n’a pas changé depuis 15 ans, même si nous lui avons insufflé une nouvelle dynamique ! Nous avons pour objectif de tisser des liens entre les marques et les fabricants, qui s’articule autour de 4 grandes missions. Nous cherchons tout d’abord à valoriser les façonniers et fabricants français qui détiennent des savoir-faire uniques, en les recommandant aux marques qui souhaitent produire en France. Pour cela, nous sommes présents sur les salons, nous communiquons sur nos réseaux sociaux et surtout, nous nous rendons tous les mois sur le terrain pour visiter les ateliers, appréhender leurs savoir-faire que nous mettons en lumière via notre magazine en ligne. Notre seconde mission consiste à faciliter la mise en relation entre fabricants et donneurs d’ordres. Pour favoriser l’accès aux fabricants, nous avons créé une plateforme professionnelle et gratuite de mise en relation, qui répertorie toute la palette de la fabrication française de mode avec près de 600 entreprises référencées (confectionneurs, bureaux d’études, fabricants de matières textiles...). Cette base de données, la plus qualifiée du secteur, est enrichie et actualisée en permanence. Derniers objectifs, nous accompagnons les marques et créateurs de mode dans leurs projets Made in France avec des conseils personnalisés ; nous gérons ainsi chaque année, environ 300 demandes de marques qui cherchent à produire localement. Enfin, nous contribuons à des actions stratégiques de la filière avec l'ensemble des Fédérations, sur différents sujets clés comme la promotion des métiers techniques de la mode. Depuis 15 ans, le paysage de la mode française a évolué. Pouvez-vous nous en dresser un rapide panorama ? Et quels sont aujourd’hui les défis des entreprises de la filière ?   Je ne vais pas m’appesantir sur les 40 ans de délocalisation qu’a connu la France mais ce rappel est essentiel. Il a obligé une majorité des fabricants à se spécialiser dans le luxe pour perdurer, ce qui constitue l’une des spécificités de la confection française. En dépit de cela, la France a su préserver un tissu industriel d’environ 450 façonniers, avec des savoir-faire d’excellence reconnus dans le monde entier. La filière compte plusieurs grands groupes mais les entreprises sont majoritairement des PME. Ces dernières ont récemment vu l’arrivée d’une nouvelle génération d’ateliers, plus généralistes et flexibles, qui produisent de petites séries afin de répondre aux besoins des jeunes marques de mode et des créateurs émergents, qui souhaitent des productions maîtrisées (sans surstock), dans une démarche RSE. Dans ce contexte global, les fabricants français doivent relever plusieurs défis. D’abord celui de la compétitivité, car on sait que le prix du Made in France est plus élevé que le « Made in ailleurs ». Si on ne peut agir sur le coût de production (indexé sur les salaires), l’enjeu est de réduire le temps de confection grâce à plusieurs innovations, notamment le prototypage virtuel. L’automatisation de certaines étapes de production se développe également lorsqu’elle ne nécessite pas de maîtrise particulière de savoir-faire. Par ailleurs, les enjeux de formation et de recrutement restent importants, de même que le contexte géopolitique et la morosité de la consommation qui freinent le développement du Fabriqué en France. Votre objectif-clé est la promotion de la fabrication française. Quels sont ses atouts dans un univers très compétitif et comment participez-vous à les valoriser ?  Le Fabriqué en France bénéficie d’une image très positive auprès des consommateurs en France comme à l’international, grâce à la qualité et la durabilité intrinsèque des produits. C’est un facteur de vente, avec un impact important sur l’économie française : il permet de créer des emplois, soutient l’économie locale et favorise la préservation des savoir-faire. Il s’agit d’une caractéristique à laquelle les marques sont de plus en plus sensibles car elles constituent un atout majeur de leur communication. Fabriquer en France induit aussi des avantages en termes de RSE, avec un impact carbone réduit du fait de notre système énergétique. C’est également la garantie du respect des normes sociales et environnementales les plus strictes et d’une totale traçabilité de la production. Pour les marques, fabriquer en France induit enfin une flexibilité de production avec des minimums de quantités souvent inférieurs aux autres pays, permettant une meilleure gestion des stocks. Nous valorisons ces atouts grâce à notre plateforme qui permet aux fabricants de promouvoir leurs savoir-faire, d’être identifiés et directement contactés par les donneurs d’ordres qui l’utilisent. Surtout, nous rappelons cette valeur ajoutée aux marques et nous attirons leur attention sur les questions de business model et de marges compatibles avec les coûts de fabrication français. Comment encouragez-vous les relations fabricants & marques ? Et quelles sont vos actions de conseil auprès des uns et des autres ?  Faciliter les relations fabricants & marques est au cœur de notre activité. Notre plateforme de mise en relation dispose d’un moteur de recherche puissant, capable de croiser 200 critères pour proposer des résultats ultra-ciblés. Près de 800 marques utilisent aujourd’hui cette plateforme, disponible en anglais (20% de nos visiteurs venant de l’international). Notre taux de fréquentation est excellent, avec plus de 32 000 visiteurs par an. Par ailleurs, nous multiplions les actions de conseil auprès des donneurs d’ordres qui nous sollicitent pour produire en France ou relocaliser une partie de leur production. Ceci représente un large éventail d’acteurs : Maisons de luxe, marques haut de gamme et premium, jeunes marques, grands magasins, retailers… Selon leurs besoins, nous leur recommandons plusieurs fabricants en précisant leurs savoir-faire et spécificités. Nous avons aussi créé un forum d’échange et d’entraide entre fabricants qui connaît un vrai succès. Et nous animons tous les mois des webinaires de sensibilisation à destination des porteurs de projets, sur les questions de production en France. L’engagement éco-responsable et l’innovation sont des éléments clés pour l’avenir de la filière. Comment contribuez-vous à accélérer cette transition ? En agissant sur la mise en relation entre marques et fabricants français, nous participons concrètement à cette transition. Nous facilitons l’accès à des ateliers implantés en France et encourageons une production plus locale, plus transparente et plus responsable. Notre plateforme permet d’identifier des partenaires adaptés, grâce à notre outil de recherche qui intègre plus de 30 labels RSE. Nous jouons également un rôle de sensibilisation. À travers notre magazine et nos échanges avec les marques, nous diffusons les bonnes pratiques du Made in France, encourageant une meilleure compréhension de la production pour éviter des erreurs fréquentes qui alourdissent l’empreinte des collections. Enfin, nous valorisons des ateliers français les plus innovants, engagés dans l’optimisation des matières, l’innovation technique et la production en séries maîtrisées. La France et l’Europe sont aujourd’hui pionnières sur les enjeux RSE et notre rôle est de donner de la visibilité à ces acteurs en orientant les marques vers des solutions concrètes et durables. A ce titre, nous avons co-organisé l’année dernière un évènement avec le Groupement de la Fabrication Française (membre de l’UFIMH), qui dispose d’un label RSE « Les Ateliers Engagés » pour valoriser les atouts d’une fabrication locale. Autre sujet-clé, la formation et le recrutement. Là encore, comment agissez-vous pour répondre aux besoins des entreprises ? L’enjeu de valorisation et de préservation des savoir-faire est essentiel, sachant qu’un quart des salariés en atelier partiront à la retraite dans les 10 prochaines années. Les métiers techniques de la mode, comme les couturiers et couturières, sont des métiers en tension. Les ateliers forment et recrutent une jeune génération, mais aussi des personnes en reconversion qui ont envie de se réaliser par leurs aptitudes manuelles. Plusieurs ateliers ont même leur école de formation intégrée. De notre côté, nous sommes contributeurs de la campagne Savoir pour Faire, en charge de la promotion des métiers techniques de la mode et du luxe, initiée par le Comité Stratégique de Filière Mode & Luxe il y a 7 ans. Cette campagne, très active sur les réseaux sociaux, permet de découvrir la richesse des métiers techniques, d’identifier les établissements de formation et de trouver un emploi, un stage ou une alternance grâce à un job board. Votre institution est affiliée à l’UFIMH et soutenue par le DEFI. Que vous apporte ce compagnonnage et quels sont vos projets ?  Notre lien à l’UFIMH nous permet d’être au cœur de l’écosystème des Fédérations professionnelles de l'habillement, une filière innovante et engagée qui puise sa dynamique dans le collectif. Faire partie de cet écosystème nous donne une assise indéniable. Nous sommes réunis dans les mêmes locaux, ce qui permet un travail en synergie pour faire avancer les sujets. Par ailleurs, nous sommes entièrement financés par le DEFI depuis notre création. Notre maison est une structure d’intérêt général, et tous nos services sont gratuits, grâce à ce soutien. Fort de nos résultats, nous sommes engagés dans une stratégie de visibilité accrue pour continuer à faire connaître nos services et poursuivre nos actions de promotion des fabricants français. Nous sommes très présents sur les salons et serons exposant au prochain Blossom Première Vision, qui accueille pour la première fois des façonniers français. Un nouveau rendez-vous pour promouvoir les savoir-faire, et valoriser une mode durable et désirable. En savoir plus sur la Maison du savoir-Faire et de la Création : maisondusavoirfaire.com Et sur la campagne Savoir pour Faire : savoirpourfaire.fr

Groupe Franaud, une démarche de transparence, de fiabilité et de polyvalence

Implanté dans le Grand Ouest, le groupe fédère quatre ateliers de confection et un bureau d’études spécialisés dans le prêt-à-porter haut de gamme et luxe. Derrière cette organisation, une ambition claire : préserver et structurer un savoir-faire industriel et artisanal français, tout en offrant aux marques et Maisons une capacité de production à la fois agile, réactive et coordonnée. Notre reportage, réalisé par les équipes de la Maison du Savoir-faire et de la Création, affiliée à l’UFIMH. Fondé par Françoise Piou et Arnaud Nassiet, le groupe s’impose aujourd’hui comme un maillon essentiel de la confection française. Grâce à une stratégie de synergie entre ateliers et à une montée en compétence continue, le groupe Franaud est capable à la fois de répondre aux exigences du luxe et de faire vivre les savoir-faire sur le territoire. Une organisation par ateliers : spécialisation et complémentarité des savoir-faire Le groupe Franaud bénéficie de l’alchimie d’un duo de dirigeants aux profils complémentaires. Françoise Piou a construit une carrière internationale dans les achats et la gestion de production textile industrielle, avant de revenir dans sa région natale pour “retrouver le contact avec la matière” en reprenant l'atelier La Ferrière Couture. Arnaud Nassiet, quant à lui, apporte une expérience issue de la verrerie et du management, avant de rejoindre Françoise pour reprendre ensemble les ateliers Legé Haute Façon et L'Aiguillon Couture. Sous leur impulsion, ces rachats ont impulsé la création du quatrième atelier et peu à peu un groupe s’est constitué. Les ateliers ont été structurés, modernisés, montés en gamme et diversifiés avec de nouveaux équipements et savoir-faire : maille, plumasserie, collage. “Notre principal investissement a toujours été dans le bâtiment, le matériel et les machines… Et ce, à chaque fois que nous développions un nouveau savoir-faire", souligne Françoise Piou. Monter en gamme pour le luxe a été un véritable challenge et Françoise Piou est consciente de l’intensité humaine que demande ce travail de sophistication, elle explique : “quand j’ai repris la Ferrière, avec la montée en gamme on passait de 300 pièces par jour à 50 pièces luxe, car la valeur se trouve ailleurs et ce changement là se vit dans le corps”. L’une des forces du groupe réside dans son organisation claire et lisible : chaque atelier est identifié par un savoir-faire principal, reconnu et valorisé. “La Ferrière Couture (créée en 1972) se concentre sur la confection de pantalons et jupes en chaîne et trame, tailleur ou soie. Legé Haute-Façon développe les techniques du flou et de la couture main, notamment pour la robe de mariée. L’Aiguillon Couture s’affirme dans la maille structurée et la plumasserie tandis qu'Arnoise Collage Confection innove à travers l’assemblage par collage ou par couture au moyen de découpe par ultrasons ou laser”, explique la co-dirigeante. Un duo dirigeant au service de lagilité et de la transmission “Chaque atelier a son savoir-faire principal, mais aussi un second voire un troisième. Cela nous permet de jongler d’un atelier à l’autre, d’être agiles et polyvalents”. Cette organisation donne au groupe une souplesse rare dans la confection : en cas de départs, de pics d’activité ou de besoins spécifiques, les collaborateurs peuvent être redéployés, les compétences mutualisées, et les savoir-faire transmis d’un atelier à l’autre. Une logique essentielle dans un contexte où les métiers de la confection ne peuvent plus reposer sur une seule personne-clé. En effet, les cheffes d’atelier, présentes depuis le début du groupe “gèrent tout, donc on doit structurer nos ateliers car demain quand la personne partira à la retraite nous n'aurons pas toutes ces compétences en une seule et même personne. Il faut communiquer, former et informer”, déclare Françoise Piou. La formation et la polyvalence sont ainsi au cœur du modèle. “Pour monter en compétence une personne en flou luxe, il faut minimum trois ans, rappelle Françoise Piou. Ainsi, le groupe recrute, forme et encourage la montée en compétence et manage selon une logique du Lean Management qui “réunit et élève les gens, c’est un socle qui fédère l’entreprise, il ne faut plus de gens seuls et isolés”, témoigne la co-dirigeante. La diversification technique soutient cette dynamique. L’atelier Arnoise, unique entité créée par le groupe, a par exemple investi dans des presses et machines ultrason/laser pour garantir la qualité du thermocollage. “Nous menons constamment des tests pour trouver la bonne colle, la bonne température, la bonne épaisseur et les bons fournisseurs. Cet atelier est une vraie fourmilière”, raconte Françoise. Avec ses savoir-faire établis comme la couture floue et surtout le pantalon structuré aux finitions luxe et ceux acquis ces dernières années telles la plumasserie pour accessoires de mode et la maille haut de gamme, le groupe entend poursuivre sa progression, convaincu que l’avenir du Made in France repose sur l’alliance entre innovation et excellence artisanale. Un engagement RSE et une adaptation permanente L’engagement du groupe Franaud se lit aussi dans sa démarche RSE structurée : labellisation Origine France Garantie, certification GOTS, et obtention prochaine du label Les Ateliers Engagés prévue pour début 2026. Ces initiatives traduisent une responsabilité sociale, environnementale et humaine assumée, en réponse aux exigences croissantes des Maisons. “Les Maisons de luxe nous challengent fortement sur les sujets RSE, notamment avec les audits et leur vision”, souligne Arnaud Nassiet. Le duo dirigeant incarne une direction de terrain, “nous allons chaque semaine dans tous les ateliers du groupe”, confie-il. Une proximité qui permet de rester connecté à la réalité du geste, des équipes et des clients. Mais les défis demeurent : la concurrence internationale, la tension sur les ressources humaines et les fluctuations du marché du luxe. Une lucidité qui souligne la résilience nécessaire pour maintenir un modèle de façonnier français solide. Enfin, si le groupe revendique son positionnement haut de gamme, il reste pragmatique : “À La Ferrière, pour certaines commandes, on sort parfois un peu du luxe, ce qui permet d’embaucher et d’apprendre aux jeunes les gestes”. Cette capacité à s’adapter sans se dénaturer résume bien l’esprit Franaud : un équilibre entre héritage et modernité, excellence et ancrage territorial. Le groupe Franaud incarne un mariage réussi entre histoire industrielle régionale et ambition d’excellence. Grâce à la vision de Françoise Piou et Arnaud Nassiet, à l’organisation spécialisée de ses ateliers et à son engagement constant pour la transmission et l’innovation, il démontre que la fabrication française peut allier finesse, agilité et responsabilité pour continuer à faire rayonner le savoir-faire de la confection sur le territoire. Pour en savoir plus, découvrez les fiches des différents ateliers du groupe Franaud :

3 questions à… Laurent Drouard, Directeur du bureau d’études Lecarpentier

« Notre socle, c’est notre savoir-faire ». Spécialisé dans la Couture et le prêt-à-porter, le bureau d’études Lecarpentier est l’un des bureaux d’études de référence pour les grandes marques et Maisons de luxe. Son directeur, Laurent Drouard, nous dévoile les clés de la réussite de cette entreprise installée à deux pas de Cholet, et qui participe depuis près de 50 ans à l’excellence de la fabrication française. 1/ Pouvez-vous tout d'abord nous présenter votre activité ? Nous sommes au cœur du processus de production d’un vêtement, notre mission est de donner corps aux idées des créateurs. Notre travail commence dès réception des croquis et d’une discussion approfondie entre nos patronnières et nos clients pour la bonne compréhension des attentes. Celles-ci réalisent les patronages, qui rejoignent ensuite le bureau des prototypistes où sera monté un premier prototype en toile, envoyé au client pour d’éventuelles retouches. Une fois les modifications portées, nous travaillons à la réalisation d’un prototype conforme, ce qui est le cœur de métier de tout bureau d’études.  Après cette étape, les prototypes validés sont repris par les équipes qui travaillent à leur industrialisation, appelé aussi normalisation. Elles élaborent alors un dossier technique qui contient la gradation des modèles (l’évolution selon les tailles), les différentes sections de montage. Une fois complet, ce dossier est envoyé à la marque qui le transmet à son façonnier pour la réalisation en série des vêtements. 2/ Votre entreprise connait un développement continu dans un marché assez difficile. Quels sont, selon vous, les recettes de ce succès ? Ce marché est concurrentiel, mais aussi très volatile. Nos clients sont, pour beaucoup, des fidèles, mais nous avons de plus en plus de contrats ponctuels, ce qui impose une agilité importante. Nos partenaires nous font confiance pour deux raisons essentielles. La première est la qualité de notre savoir-faire, issue d’une expérience de plus de 40 années. Cette expertise est une assurance pour nos clients, qui savent que le travail sera parfaitement exécuté et rendu dans les délais. Nous avons mis du temps à acquérir cette reconnaissance et elle constitue l'élément clé de notre réussite. Notre socle, c'est notre savoir-faire, notre rigueur et notre méthodologie. Ce qui fait la différence ensuite, c'est une agilité, une capacité à travailler dans des délais courts et sur une multitude de produits et de problématiques. Nous pouvons répondre à toutes les demandes de modèles dans des matières très différentes, du chemisier en voile de soie au manteau en draps de laine ou fausse fourrure. Cette richesse est le résultat d’années d'expérience de nos équipes. Nous avons peu de turnover ; nos collaborateurs sont fidèles parce que le métier est exigeant mais passionnant ! On ne s'ennuie jamais car nous avons un nouveau challenge chaque semaine ! Nous organisons dans les ateliers la montée en compétences des plus jeunes salariées. Il faut au moins 5-6 ans de pratique après la formation initiale pour devenir une bonne patronnière, de même pour une prototypiste. Cette expérience s’acquiert par la transmission et l’humilité de vouloir apprendre tout au long de sa carrière. Votre entreprise va bientôt fêter ses 50 ans. Quels sont vos projets pour la suite ? Nous venons de franchir une étape majeure avec le rachat du bureau d’études Court Métrage, autre acteur historique et référence reconnue du secteur en France. La réunification des deux structures sur le même site de Mortagne sur Sèvre en Vendée déjà effectué, notre priorité est aujourd’hui de consolider ce rapprochement. Celles-ci sont de tailles assez équivalentes, avec des savoir-faire complémentaires, ce qui va nous permettre de proposer une palette d'expertises plus large et de compléter nos équipements industriels ; notamment avec une coupe automatique, que nous n’avions pas. Nous allons ainsi doubler le nombre de nos salariés (15 en tout) et augmenter considérablement les capacités de l'entreprise. L’équipe va être constituée de 7 modélistes et près de 5 Prototypistes ainsi que de 2 personnes en charge de prestations de contrôle qualité. Cet investissement m’a semblé essentiel pour poursuivre notre développement. Aujourd’hui, des sociétés comme la nôtre doivent atteindre une taille critique pour répondre aux exigences des maisons : être en capacité d’accepter des commandes plus diversifiées, être agile pour répondre à des délais de plus en plus resserrés. Les façonniers français ont déjà commencé cette démarche de regroupement et de consolidation et c’est dans cette même logique, selon moi, que les bureaux d’études doivent aujourd’hui penser le même changement d'échelle. Retrouvez les informations sur le bureau d’études Lecarpentier sur la plateforme de la Maison du Savoir-Faire et de la Création : https://maisondusavoirfaire.com/user/login?destination=/entreprises/lecarpentier  

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