Grand entretien : UFIMH, les grands défis pour 2026

24 avril 2026

En dépit d’un contexte géo-politique et économique chahuté, l’UFIMH multiplie les projets pour accompagner les entreprises de la filière à poursuivre leur développement en 2026, qu’il s’agisse de croissance à l’international, de RSE ou d’innovation. Le point sur la stratégie déjà mise en place avec les co-présidents de l’Union, Lionel Guérin et Pierre-François Le Louët. 

L’UFIMH a largement défini sa stratégie pour l’année 2026. Quels en sont les grands axes?

PFLL. Notre stratégie s’articule autour de deux grands pôles – les actions institutionnelles et celles qui concernent directement notre soutien aux entreprises. Le tout avec une même mission, défendre nos marques de mode créatives et responsables, ce qui passe d’abord par une lutte renforcée contre le modèle de l’ultra fast fashion que nous avons déjà mise en œuvre. Après un dialogue constructif avec le gouvernement, les assemblées françaises et européennes, la nouveauté 2026 devrait être l’ampleur européenne que va prendre le débat.

Pouvez-vous nous préciser les temps forts de cette mobilisation européenne ?

PFLL. L’UFIMH a mené plusieurs initiatives d’envergure sur le sujet en 2025, rassemblant 24 fédérations européennes de la mode autour d’un texte condamnant l‘ultra fast fashion et appelant la Commission à agir, ceci en collaboration avec l’association européenne Euratex.

Nous comptons sur une amplification des actions et sur une coordination avec nos homologues des différents pays, qui travaillent eux aussi à la promulgation de lois anti ultra-fast fashion. Alors que nous attendons la promulgation de décrets en France, d’autres lois vont voir le jour dans les pays européens, notamment en Italie. Au niveau de la Commission européenne, nous avons en ligne de mire la mise en place de la taxe douanière de 3 euros sur les petits colis (qui arrivent de l’extérieur de l’UE) mais aussi dans le cadre de la France, avec celle de 2 € pour la gestion des contrôles de ces mêmes colis.

Par ailleurs, nous suivrons tout le mois de janvier la tenue du procès à Aix-en Provence à laquelle l’UFIMH est associée, avec plus de 120 marques et 19 organisations professionnelles. Ensemble, nous accusons la marque Shein de “concurrence déloyale” et demandons réparation pour le préjudice économique subi. Par ailleurs, l’UFIMH sera à la manœuvre tout au long de l’année pour contrôler la mise en place des procédures et décisions prises en 2025. Avec toujours une même conviction, la préservation de la mode française passe par celle de la mode européenne.

Par ailleurs, l’UFIMH va accompagner les principaux organismes à réécrire leur stratégie ? 

LG. En 2026, le DEFI et l’IFTH (Institut Français du Textile et de l’Habillement) sont appelés à renouveler leur gouvernance et à réécrire leur stratégie favorisant l’innovation des marques de mode françaises. L’UFIMH est naturellement impliquée puisque nous siégeons dans les conseils d’administration de ces organismes. Cette réécriture passera par le lancement d’études, des échanges avec les autres fédérations professionnelles mais aussi des administrations concernées afin d’aligner la vision du gouvernement et celle des fédérations. Le tout en gardant comme seul objectif l’intérêt des entreprises que nous servons. Dans le même temps, l’IFM – malgré la réduction du soutien de l’Etat – va poursuivre son développement en se fixant de nouvelles ambitions, soutenu là encore par les professions. Enfin, nous attendons avec impatience le nouveau cahier des charges de Refashion qui permettra sans doute à cet organisme d’être plus efficace et de déployer une véritable filière industrielle du recyclage en France que nous appelons de nos vœux depuis longtemps.

En 2026, c’est donc l’ensemble de nos organismes collectifs qui devront retravailler leurs stratégies pour relever de nouveaux défis. Un certain désengagement de l’Etat, la prise en compte de nouvelles concurrences, sans compter les impératifs liés à l’innovation, au développement durable ou à l’émergence de nouveaux modèles économiques nous imposent de revoir les feuilles de route.

Dans ce contexte, l’UFIMH œuvrera pour que l’ensemble des acteurs de la filière travaillent de manière collégiale, alignant leurs stratégies pour rendre la mode française plus forte, plus innovante, plus responsable. Pour cela, l’UFIMH entend jouer un rôle de catalyseur, favorisant le dialogue et les synergies.

Deuxième axe-clé, l’accompagnement des entreprises françaises, et celui-ci passe d’abord à l’export…. 

PFLL. L’ambition est d’aider nos entreprises à maintenir ou augmenter leur chiffre d’affaires dans un contexte où le marché français reste très difficile. Cet objectif passe naturellement par le développement à l’international.  Nos fédérations, appuyées par le DEFI, vont soutenir en 2026 environ 200 entreprises, via l’organisation de quelque 500 opérations à l’étranger. Notre accompagnement se veut à la fois opérationnel et personnalisé. Nos équipes spécialisées dans l’export travaillent avec les marques pour mettre en place une démarche personnalisée, qui leur permettra au mieux de pénétrer ou de conforter de nouveaux marchés : séjours d’immersion, participation aux salons locaux les plus stratégiques, présence dans des showrooms, sans compter des conférences, des workshops et la constitution, sur place, de réseaux avec les acteurs locaux… Les principales zones concernées restent l’Asie (Chine, Corée, Japon) et les Etats-Unis, même si ce dernier territoire s’inscrit dans un contexte géopolitique compliqué.

Dans tous les cas, nous avons la conviction que l’international reste l’un des leviers majeurs de croissance pour nos entreprises, ce qui explique l’augmentation de notre investissement dans ce domaine.

Après l’international, passons au deuxième axe fort de la stratégie de l’UFIMH, le développement durable…

LG. Participer au développement d’une mode créative et responsable reste plus que jamais l’objectif de l’UFIMH et, dans ce contexte, environ 80 entreprises vont bénéficier d’un accompagnement pour optimiser leur stratégie en termes de RSE. Une volonté qui se concrétisera par des aides financières et un soutien à l’élaboration de leur stratégie, qu’il s’agisse d’un accompagnement personnalisé ou du suivi de conférences et workshops en ligne sur notre plateforme www.enmodedurable.fr. Plateforme qui réunit toutes les informations et conseils clés sur le sujet : point sur les certifications, enquêtes sur les couleurs et matières les plus vertueuses, approvisionnement responsable….

Reste le domaine de l’innovation que l’UFIMH compte également  investir…

PFLL & LG. Au second semestre 2026, à l’initiative de l’UFIMH, l’IFTH organisera à Paris la première Journée de l’innovation. L’objectif ? Partager avec toutes les marques l’ensemble des nouveaux procédés, technologies et matières qui permettent d’être plus innovants dans les process. L’événement se voudra très concret, l’occasion de présenter de nouvelles fibres, de nouveaux tissus, de nouveaux procédés pour être plus efficace et moins impactant.

L’événement sera également consacré à l’usage des outils numériques, et notamment de l’intelligence artificielle. Via notre plan d’action digital, nous aidons déjà des entreprises à amplifier leur impact numérique et beaucoup utilisent ces subventions pour financer des formations à l’intelligence artificielle ou l’acquisition de logiciels d’IA. Avec le soutien du DEFI, nous continuerons de proposer à presque 200 entreprises une aide à la transformation numérique, nous poursuivrons notre mission en proposant en 2026 un panorama de toutes les solutions d’intelligence artificielle existantes au service des différentes fonctions dans une entreprise de mode. Là encore, notre approche sera pragmatique avec un ensemble de solutions répondant à des problématiques concrètes : « quelles solutions existent si je veux mettre en place l’automatisation de mes étiquettes ? Optimiser ma logistique ? ».

Cette démarche ambitieuse sera menée également avec l’IFTH, l’occasion de montrer une fois encore les multiples synergies au sein de la filière, bien décidée collectivement à œuvrer pour son avenir.

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Grand Entretien avec Hedwige Gronier, directrice du mécénat culturel de la Fondation Bettencourt Schueller

« Les métiers d’art, le nouveau soft power français ». Longtemps restés dans l’ombre, nos métiers d’art retrouvent leur prestige mais aussi leur juste place dans l’économie française. Avec Hedwige Gronier, directrice du mécénat culturel de la Fondation Bettencourt Schueller et grande spécialiste du domaine, le point sur le développement de la filière, et ses défis pour demain. 1/La fondation Bettencourt s’est engagée voilà plus de 25 ans aux côtés des métiers d’art. Quelle conviction a présidé à cette démarche et quelles sont les grandes actions menées ? Je voudrais tout d’abord rappeler un constat : la France est l’un des pays plus riches en matière d’artisanat d’art, avec quelque 281 métiers qui constituent un patrimoine envié par le monde entier. Et pourtant, cet univers est longtemps resté méconnu. Voilà pourquoi la Fondation a choisi de s’engager en faveur de ces métiers d’excellence dès 1999, créant le Prix pour l’Intelligence de la Main qui met en lumière les meilleurs savoir-faire et a déjà récompensé 135 artisans d’art. Au fil des années, cet engagement pionnier s’est enrichi de multiples initiatives pour encourager le développement de la filière. Plus concrètement, ce mécénat se fixe pour mission de penser l’avenir du secteur en montrant que les métiers d’excellence sont aussi des métiers contemporains. L’artisanat d’art est fondé à accompagner l’évolution de notre société, il témoigne d’ une vitalité incroyable et infuse de nombreux univers : mode mais aussi  design, industrie…Dans le même temps, on assiste à l’émergence d'une nouvelle génération d’artisans d’art, militant pour une production durable et capable de relever le défi de la réindustrialisation de nos territoires. Cette dynamique est largement soutenue par la Fondation qui favorise l’ouverture du secteur à  l’international, l’interdisciplinarité, la recherche et l’innovation. 2/ Quel est aujourd’hui le poids des métiers d’art dans l’économie française ? Baptisée Les Éclaireurs et publiée fin 2024, la dernière enquête en date a marqué un vrai tournant, révélant  le réel périmètre du secteur. En France, les métiers d’art représentent 234 000 entreprises, 500 000 actifs, et 68 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit une part significative de l’économie productive française. De plus, les exportations, en constante augmentation, atteignent 9 milliards d’euros selon les dernières analyses sectorielles. Co-financée par la Fondation, le Comité Colbert, le Fonds Terre et fils, le ministère de la Culture et réalisée avec l’appui de Xerfi Specific, cette étude a contribué à repositionner les métiers d’art comme un secteur stratégique, d’un point de vue culturel et économique. Son objectif était double. Tout d’abord remédier à l’absence de données consolidées pour le secteur de métiers d’art dont l’écosystème est très diversifié ; ensuite fournir aux parties prenantes les moyens d’anticiper les défis à venir et accompagner les stratégies publiques et privées (dont l’UFIMH) pour assurer la pérennité de ces métiers. 3/ Reste que le secteur doit relever de nombreux défis, notamment celui de l’innovation. Comment inciter les entreprises à renouveler leurs pratiques ? L’innovation constitue un enjeu crucial pour la filière : intégration de techniques contemporaines, nouveaux matériaux, écoresponsabilité, design collaboratif… Les métiers d’art doivent impérativement faire évoluer leur savoir-faire pour répondre aux valeurs et aux besoins de l’époque. La Fondation a choisi de soutenir l’innovation de plusieurs façons. Le Prix pour l’Intelligence de la Main® valorise des démarches innovantes et donne la possibilité aux lauréats de disposer d’un temps de recherche avec un accompagnement financier sur trois ans,  Par ailleurs, nous avons contribué à la création du Laboratoire des pratiques durables des Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national. Un espace de recherche qui a pour vocation de favoriser la rencontre entre artisans d’art, designers, ingénieurs et chercheurs. Ce lieu œuvre concrètement à tester de nouveaux procédés, matériaux et technologies, et encourage les approches expérimentales qui renouvellent les savoir-faire. Le Labo participe notamment à l’élaboration de nouvelles matières :  textile à partir de sédiments marins, cuir d’algues, fausse fourrure à base de fibres, teinture végétale pour les tissus. Ces expérimentations vont nourrir des applications très concrètes pour les métiers d’art. 4/ Second objectif tout aussi majeur, la croissance à l’international…. Grâce à la hausse de ses exportations,  la filière est devenue un acteur économique essentiel sur le plan international. Plusieurs marchés se distinguent par leur dynamisme : l’Asie et notamment le Japon, Le Moyen-Orient, les Etats Unis… La Fondation a récemment renforcé l’accompagnement international de nos talents en soutenant les résidences culturelles françaises à l’étranger – Villa Kujoyama à Kyoto,  Albertine aux Etats-Unis, Médicis à Rome ;  offrant aux artisans l’opportunité de confronter leur pratique à la culture locale et rendant plus visible nos métiers  à l’étranger. Par ailleurs, elle soutient des initiatives comme la Semaine Oui Design, devenue un rendez-vous majeur pour les métiers d’art et la création française à New York. Avec ce dispositif, l’ambition est double : accroître le rayonnement international des savoir-faire français et  offrir  aux artisans d’art des débouchés durables sur des marchés internationaux porteurs. Autant d’initiatives qui ont participé très directement à faire des métiers d'art un outil de soft power précieux pour notre pays.   Pour en savoir plus sur la Fondation Bettencourt Schueller : www.fondationbs.org

Evènement du 7 au 12 avril 2026, 4 bonnes raisons de courir aux Journées Européennes des Métiers d’Art…

Évènement unique au monde, ces Journées offrent l’occasion d’une véritable plongée dans l’univers des métiers d’art, via un réseau de centaines d’ateliers, entreprises et institutions qui dévoilent leurs savoir-faire à travers l’Europe. Une façon très efficace de valoriser les pratiques artisanales et industrielles de la filière, que l’UFIMH accompagne au quotidien pour encourager l’excellence et la compétitivité française … 1/ Un foisonnement de découvertes et d’expériences.

Imaginées en 2002 sous la houlette de l’Institut National des Métiers d’Art pour mettre en lumière la création française, les JEMA n’ont cessé d’élargir leur horizon, s’ouvrant à l’Europe dès 2014 et accueillant chaque année un nombre grandissant de participants (dont beaucoup sont membres de l’UFIMH). Façon de témoigner de la vitalité d’un secteur qui compte, dans notre pays, 281 métiers, 234 000 entreprises et plus de 500 000 professionnels.  

Pour cette édition qui met à l’honneur la région Centre-Val-de-Loire pour la France et la Belgique pour l’Europe, artisans d’art, TPE et PME (notamment les entreprises du patrimoine vivant) et associations en lien avec la restauration du patrimoine accueilleront tous les publics. Dans les villes et les régions, les artisans et les manufactures proposeront des portes ouvertes d’ateliers avec des démonstrations de leurs techniques. Les musées et les institutions dévoileront leurs collections et organiseront des conférences autour des savoir-faire mais aussi de l’innovation et du développement durable, axes-clés pour l’avenir de ces métiers. Enfin, de nombreux établissements de formation à l’artisanat d’art accueilleront les jeunes générations pour leur faire découvrir ces métiers, source d’épanouissement et important vivier d’emplois. Une sensibilisation précieuse pour la filière, plus que jamais en recherche de talents pour contribuer au rayonnement du secteur et valoriser le Made in France.

2/ L’accès à des lieux prestigieux au cœur de la capitale et en Ile de France. Pour cette édition, plus de 200 événements seront organisés à Paris et en Ile-de-France. On retiendra notamment ceux du Palais Galliera qui proposera des rencontres avec des brodeurs, des créatrices textiles, des plumassiers, des modistes…. Haut lieu de la création contemporaine, le Viaduc des Arts organisera des échanges avec les 37 artisans qui y ont ouvert leurs ateliers : souffleurs de verre, ébénistes, restaurateurs d’œuvres, orfèvres, bijoutiers, mosaïstes…  Enfin, les Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national, le Campus Mode Métiers d’Art et Design et le Comité Colbert inviteront à une plongée inédite dans ces métiers avec l’évènement « Entrez en Matières #5 » à la Fondation Fiminco située à Romainville. Du 9 au 12 avril, plus d’une trentaine de savoir-faire d’exception y seront présentés : bois, métal, cuir, céramique… à travers des démonstrations en direct. L’occasion de découvrir le savoir-faire des artisans qui oeuvrent dans les maisons et institutions françaises les plus prestigieuses : brodeurs de la Maison Chanel, orfèvres de la Maison Christofle, céramistes, créateurs bois et textiles des Manufactures Nationales -Sèvres et Mobilier National. 3/ Des démonstrations de savoir-faire à travers toute la France… Les régions de France participeront toutes à l’aventure avec, pour chacune, le choix d’un thème en lien avec le secteur les plus emblématiques de leur territoire. Le Grand Est s’attachera à sensibiliser à la culture de l’osier, notamment à Fayl-Billot -capitale historique de la vannerie- où seront proposées expositions, démonstrations et initiations au tressage d’osier, le tout complété par la visite de musées, d’ateliers et d’oseraies. Dédiée au boutis et au piqué marseillais, la manifestation organisée par la région Occitanie, invitera à la découverte du village de Calvisson, qui abrite La Maison du Boutis -unique musée en France dédié à ce savoir-faire et doté d’une collection de broderies en relief, inscrites au patrimoine culturel immatériel français depuis 2019… La ville, l’association Les Cordelles du Boutis et les artisanes partenaires proposeront des ateliers, des démonstrations et une conférence pour faire découvrir ce savoir-faire rare, toujours transmis et pratiqué. En Pays-de-Loire, L’Institut de Bijouterie de Saumur déploiera La Ville en parure, projet porté par les étudiants en formation pour l’obtention du Diplôme National des Métiers d’Art et du Design (DNMADE) Objet – Bijou. Réalisés pour l’occasion par les élèves, des bijoux contemporains originaux autour du thème de l’année « Coeurs à l’ouvrage » seront exposés dans les vitrines d’une vingtaine de commerces du centre de Saumur, transformé en parcours d’exposition. … Et dans 26 pays d’Europe. Mise à l’honneur à l’occasion de cette édition 2026, la Belgique présentera le meilleur de ses savoir-faire, de la dentellerie et des arts textiles en Flandre aux techniques du verre, du métal et de la céramique en Wallonie, en passant par la bijouterie, la restauration de mobilier ancien et la création contemporaine à Bruxelles. En Espagne, plus de 700 découvertes sont programmées à travers le pays, tandis que l’Italie concentre une grande part de ses événements en Toscane via l’institution Artex, notamment ses manufactures textiles, ses ateliers de design, de travail du bois ou de l'orfèvrerie mais la manifestation sera déclinée dans l’ensemble du pays, de la Sicile à la Vénétie. Programme de l’ensemble des manifestations et inscriptions pour les visites, https://www.journeesdesmetiersdart.fr

Focus sur Maison Marcy Plumassier : l’art de la plume en héritage

À la tête de la maison, Marie-Laure Coltee incarne une transmission familiale où le geste se conjugue à la réflexion et à l’expérimentation créative. Ici, rien n’est standardisé car chaque plume impose son rythme par sa texture, sa couleur et chaque commande devient un terrain d’invention au service des créateurs, des Maisons de luxe et des arts de la scène. A découvrir avec ce reportage signé de la Maison des Savoir-faire et de la Création, affiliée à l’UFIMH.

L’histoire d’un artisanat de famille

Le lieu est indissociable de l’histoire de la famille Coltee. En 1850, on y confectionnait des robes de soirée et des tenues de mariée dans des espaces déjà pensés pour accueillir des pièces aux volumes variés, une modularité encore précieuse aujourd’hui pour notamment “des grandes pièces de Music-Hall”, note la dirigeante. En 1966, son père fonde l’atelier. Ébéniste de formation, il commence par fabriquer des métiers pour plumassiers, notamment pour ses propres parents qui produisaient les fameuses houppettes en peau de cygne, avant de devenir lui-même artisan de la plume. L’entreprise connaît alors une phase de fort développement, passant d’un réseau d’ouvrières travaillant à domicile dans plusieurs régions à près de 70 salariés sur site. Puis la concurrence internationale bouleverse l’équilibre économique avec l’arrivée de produits importés à très bas prix obligeant l’atelier à se réinventer pour répondre notamment aux exigences des grandes Maisons de luxe, part importante de sa clientèle. Aujourd’hui, l’atelier fonctionne avec une équipe resserrée d’une dizaine de personnes, toutes hautement polyvalentes. “Elles se sont très bien formées par transmission en interne, notre savoir-faire évolue en fonction des demandes et donc de la mode”. Une structure familiale demeure : père, frère, mari, fille travaillent ensemble, dans une transmission informelle mais continue, “je n’ai fait aucune formation dans la plume mais je suis ici depuis que j’ai deux ans”, confie la dirigeante.

Une matière sous contraintes : sélectionner, protéger, archiver

Dans la plumasserie, le travail commence bien avant l’assemblage, il débute par la compréhension d’une matière organique, fragile et réglementée. “Avant, on allait piocher dans le vivant sans réfléchir aux conséquences”, reconnaît Marie-Laure Coltee. Aujourd’hui, seules des plumes issues d’espèces autorisées et de la consommation alimentaire sont utilisées (coq, dinde, poule, oie, autruche, faisan, perdrix…), ce qui impose de composer avec une disponibilité et des prix variables et des exigences de traçabilité. Les contraintes sanitaires sont lourdes et la logistique particulièrement risquée : “s’il manque un document douanier, le colis est détruit. Il n’y a pas d’assurance”, exprime la dirigeante. Les plumes arrivent nettoyées et pré-triées, mais un second tri est systématiquement réalisé à l’atelier. Longueur, souplesse, densité, teinte, régularité : chaque critère conditionne l’usage futur. “Il y a des plumes d’ailes, de queue, de corps… des tailles différentes”. Cette sélection est déterminante car on ne choisit pas la même plume pour une frange, un boa, une broderie, une parure ou un accessoire. “La plume se conserve très bien si elle est bien protégée, car on est sur une composition en cellulose et kératine”, précise la dirigeante. La plume n’aime pas la lumière et les mites ! D’où une organisation de stockage conséquente avec un entrepôt de 1 500 m² et des réserves sur site sur plusieurs niveaux, qui permettent de sécuriser la matière et de conserver un fonds d’archives exceptionnel. Certaines plumes datent de 1890 et ne sont destinées qu’aux musées et aux arts de la scène puisque “nos archives ne servent jamais à du commercial », rappelle Marie-Laure Coltee. Elles nourrissent un travail de reconstitution et de création pour des productions majeures : opéras, théâtre, cinéma, Disney, Le Roi LionLes Trois Mousquetaires, ou plus récemment Emily in Paris. Une façon de faire vivre le patrimoine, tout en préservant la rareté des matières anciennes.

Transformer la plume, gestes, teinture et création sur-mesure

Une fois la matière sélectionnée, commence le véritable cœur du métier : la transformation. La teinture occupe une place centrale dans ce processus. Réalisée entièrement à la main, à partir de colorants destinés aux matières naturelles et délicates, elle ne repose sur aucune recette figée. Hydrométrie, structure de la plume, absorption de la couleur, chaque paramètre influe sur le résultat. “On ne peut jamais reproduire exactement une teinte de la même manière”, explique Marie-Laure Coltee. Certaines plumes nécessitent un traitement spécifique, d’autres ne supportent pas la chaleur. Le séchage doit alors être adapté, sans apport thermique direct, avant que les plumes ne soient étendues puis battues pour retrouver leur volume. La teinture des plumes n’est pas « grand teint », certaines couleurs foncées ou vives peuvent dégorger. Ainsi un passage au pressing est recommandé pour certains produits afin de stabiliser la couleur, une contrainte assumée pour préserver la matière. Le reste du travail est quasi exclusivement manuel. Boas, franges, pompons, broderies ou accessoires requièrent une véritable main. “Les seules machines que nous avons sont les machines à coudre, le reste, c’est la main de la plumassière”, déclare la dirigeante. Pour un boa classique, il faut compter environ quatre jours de travail, entre tri, teinture, séchage, préparation et tournage. Cette dernière étape, aussi appelée le frimatage, consiste à faire tourner la matière sur elle-même à la main ou à l’aide d’un dispositif développé en interne, afin de lui donner volume et mouvement avant la pose sur le modèle. L’atelier innove aussi par nécessité. Les essais de teinture sont réutilisés pour créer des séries limitées, vendues en ligne permettant de ne pas gaspiller et de créer des pièces uniques. Les commandes en ligne se développent, notamment autour des plumeaux et l’atelier affectionne tout particulièrement la création de pièces exclusives, parfois produites à un ou deux exemplaires seulement. Parallèlement, Marcy Plumassier développe ses propres collections d’accessoires et de bijoux, aux couleurs chaudes et dégradées, qui seront présentées notamment sur le salon Maison & Objet du 15 au 19 janvier. Pour Marie-Laure Coltee, l’enjeu est clair, “la plume est un objet du désir, mais on ne veut pas qu’elle reste confidentielle”. Démocratiser sans banaliser, proposer des pièces accessibles sans renoncer à l’exigence : une vision fidèle à l’ADN de l’atelier, où héritage, créativité et respect de la matière avancent ensemble.   La Maison du Savoir-Faire et de la Création est affiliée à l’UFIMH et soutenue par le DEFI : www.maisondusavoirfaire.com Pour en savoir plus sur Maison Marcy Plumassier : www.plume-marcy.com

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