Grand entretien avec… Yann Rivoallan, Président de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin.
Lutte contre l’ultra fast fashion
« Maintenant, il faut faire appliquer la loi »
Si l’année 2025 a permis de réelles avancées avec l’adoption par le Sénat de la proposition de loi visant à freiner l’essor de l’ultra fast fashion, il reste désormais à veiller à la mise en œuvre de l’ensemble des actions engagées. Avec Yann Rivoallan, le détail de la feuille de route 2026…
Le 1er mars prochain verra tout d’abord la mise en place d’une taxe sur les petits colis. Pouvez-vous nous en dire plus ?
A partir du 1er mars en effet, une taxe de 2 euros viendra cibler les petits colis, de moins de 150 euros, en provenance des pays extra-européens. Cette mesure devrait rapporter 1,5 milliard d’euros et financer ainsi les contrôles douaniers sur les produits entrant sur le sol français. Rappelons que quelque 800 millions de colis sont arrivés en France l’an dernier et le récent contrôle de 200 000 d’entre eux a montré que 80% des colis de la marque Shein étaient hors normes, voire dangereux.
Shein prendra vraisemblablement cette taxe à sa charge, rendant l’action moins visible pour ses clients. Quoi qu’il en soit, cette mesure permettra aux services des douanes de se doter d’outils plus performants et de renforcer leur personnel avec un objectif : mieux suivre la mise en adéquation des produits arrivants avec les législations, française et européenne. Mieux encore, la commission européenne devrait mettre en place au 1er juillet une taxe sur le même modèle, cette fois de 3 ou 4 euros.
Cette action européenne joue un rôle important dans la lutte ?
Elle est essentielle, d’abord en terme de symbole. Elle montre une Europe unie, capable d’agir autour d’une même ambition : la préservation de notre industrie textile. Elle permet aussi un meilleur respect de la loi. Nous savons que les plateformes asiatiques d’ultra fast fashion vont chercher à détourner la législation, en tentant de recevoir leurs colis dans certains pays comme la Hongrie, pour les acheminer ensuite en France, échappant ainsi aux taxes. Si la loi européenne est votée, cette option ne sera plus possible.
Revenons en France, vous attendez beaucoup du procès engagé par l’état pour bloquer la marketplace Shein, Pouvez-vous nous en dire plus ?
A l’automne dernier, l’État français a demandé le blocage total du site Shein, après la découverte de la vente de poupées sexuelles à l’apparence de fillettes, d’armes de catégorie A et de médicaments interdits. Le tribunal judiciaire de Paris a rejeté cette demande, la jugeant disproportionnée, même s’il reconnaissait un dommage grave à l’ordre public. L’Etat revient devant la cour d’appel avec un autre angle, exigeant le seul blocage de la marketplace. Ce que l’Etat demande à Shein ? Une activité limitée à la vente de vêtements de la marque et l’application de mesures de contrôle efficaces pour éviter le retour illicite de produits similaires, ainsi qu’un audit du site.
Par ailleurs, vous suivez le déroulement du procès d’Aix-en-Provence, intenté à la marque Shein pour « réparation en concurrence déloyale…»
Ce procès est également essentiel car il répond à une plainte déposée par 19 fédérations dont l’UFIMH bien sûr, qui représentent l’ensemble de la chaîne de valeur de la mode (de la fabrication à la distribution) sans compter les fédérations du bijou, de la chaussure… et plus d’une centaine de marques. Une mobilisation inédite qui montre la détermination, et la force de frappe, de la filière.
Ceci intervient dans un contexte particulier, l’attente du passage en commission paritaire de la proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile, passage qui rendrait son adoption définitive. Avez-vous une date pour cela ? Et quelles sont les grandes lignes de la future loi ?
Nous espérons que ce sera bouclé en 2026. Rappelons que cette proposition de loi s’articule autour de différents axes. D’une part, une définition officielle de la fast fashion, avec l’établissement de seuils de mise sur le marché de nouvelles références de vêtements ou d’accessoires sur un temps donné, seuils qui ne pourront pas être dépassés.
D’autre part, la mise en place de différentes mesures pour sanctionner la fast fashion. Un bonus/malus pour récompenser ou condamner les entreprises selon leur note au score EcoVadis, ce malus environnemental (jusqu’à 10 euros par produit) permettant de soutenir les acteurs les plus vertueux. L’interdiction de la publicité et de la promotion des entreprises de fast fashion pour lutter contre l’incitation à la surconsommation. Enfin, les entreprises proposant de la vente en ligne devront afficher sur leur site des messages sensibilisant à l’aspect environnemental de la mode.
L’UFIMH et les institutions adhérentes ont été particulièrement investies dans cette lutte. Comment pensez-vous la suite ?
Nous allons poursuivre nos actions, et redoubler de vigilance. Nous sommes pour le moment très concentrés sur la question du nouvel entrepôt construit par Shein en Pologne, dont nous allons tenter de comprendre les enjeux. Nous allons également poursuivre nos observations des différentes plateformes asiatiques (Shein, Temu) pour en repérer toutes les actions illégales. Enfin, nous allons poursuivre nos actions avec les parlementaires, les médias, les consommateurs et les marques pour faire entendre notre voix. Une chose est sûre, la filière ressort plus forte et déterminée après ces années de lutte, elle est surtout plus unie que jamais face à ces marques de la honte.
Les actualités de l’UFIMH sur https://www.lamodefrancaise.org et celles de la FFPAPF sur https://pretaporter.com