Lutte contre la mode ultra-express. Les fédérations européennes veulent porter les frais de gestion à 10 euros par colis.
Après leur première rencontre de 2025, les fédérations européennes du textile et de l’habillement se sont à nouveau réunies -à l’initiative de l’UFIMH et de l’UIT et avec la collaboration d’Euratex- le 1er septembre dernier lors du salon Première Vision. L’objectif ? Poursuivre ensemble la lutte contre la déferlante de la mode ultra-express. Le point sur les principales propositions énoncées, qui visent toutes à préserver l’intégrité du marché européen.
Pas d’actions ponctuelles mais bien une stratégie cohérente et pensée sur le temps long.
En septembre 2025, 22 fédérations européennes du textile et de l’habillement représentant 17 pays se réunissaient lors du salon Première Vision, décidant de s’engager ensemble dans la lutte contre l’ultra fast-fashion. Premiers objectifs fixés par cette nouvelle coalition ? La suppression de l’exonération des droits de douane pour les envois de faible valeur (moins de 150 euros) et l’instauration d’un droit de douane temporaire de 3 euros par colis jusqu’en 2028, le temps de s’accorder sur un dispositif pérenne.
Baptisé « Déclaration de Villepinte », cet engagement commun a incontestablement porté ses fruits. Le 1er juillet dernier, les ministres de l’économie de l’Union européenne réunis en conseil sont passés à l’attaque pour contrer l’arrivée massive en Europe de produits chinois à très bas prix, vendus principalement par les plateformes Shein et Temu, avec la suppression de cette exonération et la mise en place de la taxe forfaitaire. « Une immense victoire et une avancée majeure », soulignait alors Roland Lescure, le ministre de l’économie français depuis Bruxelles.
Par ailleurs, cette avancée s’est doublée d’un autre succès avec, le 8 juillet dernier, le vote par le parlement français de la loi sur la mode ultra-express, portée par la députée Anne-Cécile Violland et la sénatrice Sylvie Valente-Le Hir, toutes deux présentes le 1er septembre à Villepinte. Rappelons que ce texte vise à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile et à réguler la mode ultra-express, instaurant notamment un malus selon le score environnemental de chaque produit et interdisant leur publicité dès 2027. « Derrière cette régulation, c’est tout un modèle de société qui est questionné. Il ne s’agit pas de culpabiliser le consommateur mais de lui redonner le pouvoir de choisir de manière éclairée, et de s’orienter vers des pratiques durables », soulignait Anne-Cécile Violland durant cette deuxième Rencontre.
Un second train de mesures élaboré par l’ensemble des fédérations.
Forte de ces victoires, la coalition choisit donc d’aller plus loin, assure Pierre-François Le Louët, co-président de l’UFIMH. « Il y a un an, ici même, on nous disait que rien n’était possible. Les décisions prises le 1er juillet dernier montrent que l’Europe sait agir quand elle le décide. Mais si ces premiers dispositifs constituent un progrès réel, ils ne suffisent pas pour lutter contre le déferlement des produits venus d’Asie. C’est la raison pour laquelle les fédérations européennes ont décidé d’élaborer un second train de propositions ».
Principale recommandation énoncée le 1er septembre dernier à Villepinte, porter à 10 euros le montant des frais de gestion par colis (le « Handling fee »), et ceci à l’échelle de l’Union, ce qui permettra de contribuer aux coûts réels générés par ces importations, explique Lionel Guérin, co-président de l’UFIMH. « Chaque colis qui entre dans l’Union génère un coût : contrôles douaniers, sécurité des produits, surveillance du marché… Aujourd’hui, ces frais sont paradoxalement supportés par le contribuable européen et les entreprises qui respectent les règles. Pour réparer cette injustice, nous proposons l’instauration d’une redevance européenne pour frais de gestion d’environ 10 euros par colis. Il ne s’agit pas d’une taxe mais d’une juste évaluation des frais de ces contrôles imposés par ce modèle économique ».
Un objectif clé, préserver l’intégrité du marché européen…
Une proposition-clé, suivie d’un ensemble de mesures qui vise notamment à une meilleure application des règles déjà mises en place. Parmi elles, on notera la responsabilisation des plateformes qui facilitent l’importation de ces produits dans l’UE ; l’établissement des mêmes contraintes concernant les petits colis pour l’univers du B2B et du B2C afin d’éviter que les plateformes visées ne basculent vers des importations en gros pour échapper aux taxes. Ou encore un allègement de la charge pesant sur les entreprises européennes qui respectent les règles, un point essentiel comme l’explique Mario Jorge Machado, président d’Euratex, la confédération européenne de l’habillement et du textile. « Notre industrie représente aujourd’hui 1,3 million d’emplois et 200 000 entreprises, en grande majorité des PME, qui appliquent des normes sociales et environnementales parmi les plus exigeantes au monde. Celles-ci ne peuvent rivaliser avec le flux de marchandises qui échappent à ces règles. Face à ce constat, nous demandons deux choses simples : que ces colis soient déclarés en douane avec la même précision que n’importe quelle autre marchandise, et que le coût des contrôles soit financé par ceux qui les rendent nécessaires ».
…Et rétablir tous les critères d’une concurrence loyale.
Cette déclaration commune des fédérations vise, plus globalement, à préserver l’intégrité du marché unique et construire les bases d’une véritable harmonisation européenne, explique Olivier Ducatillion, président de l’UIT, l’Union des IndustriesTextiles. « Un an après nos premiers engagements, nous avons observé des avancées concrètes, et il faut rappeler que la France a joué un rôle moteur dans ce dossier. Maintenant, il est essentiel de maintenir la pression. Les plateformes de mode ultra-express sont plus agiles, plus rapides et souvent plus inventives que nos procédures. Il ne s’agit pas de restreindre le commerce légitime mais de protéger l’intégrité du marché unique en garantissant que les opérateurs de pays tiers soient soumis aux mêmes règles et aux mêmes exigences de conformité que les entreprises européennes. C’est aujourd’hui la seule façon de rétablir une concurrence loyale. Pour cela, nous devons plus que jamais agir ensemble -fédérations françaises et européennes- aux côtés de nos partenaires internationaux. Seuls, nous donnons l’alerte. Ensemble, nous pesons ».
Une fois encore, ces actions ont été pensées en synergie pour l’établissement d’une solution durable à l’échelle européenne, combinant contrôles efficaces, responsabilité des plateformes importatrices et conditions d’une concurrence équitable pour l’industrie européenne. La feuille de route est claire ; l’ensemble des fédérations européennes entend désormais la défendre à Bruxelles, avec le même succès.
