Comment Lionel Guérin et Pierre-François Le Louët veulent fédérer le secteur de l’habillement autour de l’Ufimh.

2 avril 2026

En janvier dernier, Lionel Guérin et Pierre-François Le Louët devenaient co-présidents de l’Union française des industries de la mode et d’habillement, prenant le relais du mandat de trois ans de Sylvie Chailloux. Les deux dirigeants, figures reconnues du secteur, qui connaissent parfaitement les rouages des organisations patronales, annonçaient alors un « projet refondateur » et une évolution des structures de décision du secteur. L’Ufimh réunit au niveau national la Fédération française des industries du vêtement masculin et la Fédération française du prêt-à[1]porter féminin, auxquelles s’ajoutent la Fédération des industries diverses de l’habillement, le Groupement de la fabrication française (GFF) et de nombreux syndicats régionaux. L’ambition affichée est de fédérer les énergies de ces différents acteurs. Alors que le secteur de l’habillement et de la mode est confronté à une intense transformation et à des difficultés structurelles, FashionNetwork.com a fait le point avec le binôme sur cette nouvelle approche, sur les projets portés par l’organisation et sur leur philosophie.

FashionNetwork.com : En janvier dernier, vous avez été élus co-présidents de l’Ufimh. Pourquoi cette organisation en binôme ?

Lionel Guérin : C’était important car nous sommes tout d’abord complémentaires. Ensuite car cela peut faciliter une logique de rapprochement dans laquelle nous sommes engagés. Et enfin, parce que le secteur est confronté à de nombreux sujets auxquels nous devons apporter des réponses.

FNW : En quoi êtes-vous complémentaires ?

Pierre-François Le Louët : Nous possédons des compétences et des histoires un peu différentes. Lionel est un très grand professionnel de l’univers du social, de la formation. Pour l’Ufimh c’est absolument essentiel car notre fonction implique de négocier les conventions collectives. Pour ma part, j’ai une expertise de l’innovation et des marques alors que Lionel maîtrise l’univers du vêtement d’image et de fonction, qui est une autre composante importante de notre union.

FNW : Lorsque votre mandat a été annoncé, vous avez glissé dans votre lettre d’intention vouloir une évolution des structures de décision et un rapprochement des équipes des différentes structures. Qu’est-ce que cela signifie ?

PFLL : Cela veut dire que nous avons mis en place une nouvelle gouvernance. Et nous annonçons aujourd’hui le déménagement de la fédération du prêt-à-porter féminin au 8 rue Montesquieu, à Paris, qui rassemblera donc l’ensemble des fédérations professionnelles composant l’Ufimh. La fédération des industries du vêtement masculin est déjà là, la maison du savoir-faire et de la création est déjà là. La FFPAPF nous rejoindra en octobre.

FNW : Qu’est-ce que cela doit apporter ?

LG : Cela va permettre que les équipes puissent travailler beaucoup plus ensemble et mener à bien des projets. Mais nous avons surtout la mise en place de la nouvelle gouvernance avec huit vice-présidents statutaires qui ont été chacun choisis pour leurs compétences sur l’un des huit sujets stratégiques que nous avons identifiés en conseil d’administration. Nous avons aussi défini des référents opérationnels membres des équipes des fédérations pour pouvoir soutenir chaque vice-président.

FNW : Quel est l’objectif de cette mise en place et qui sont les vice-présidents ?

PFLL : Il y a un souci d’efficience. Notre objectif est d’avoir des prises de positions extrêmement claires de l’Ufimh sur tous les sujets qui la concernent et d’être présent dans toutes les négociations ou discussions. Notre rôle est de représenter notre profession sur tous les sujets régaliens liés aux discussions avec les assemblées, avec le gouvernement et les différents ministres. Nous savons qu’il y a de très fortes ambitions pour notre secteur. Donc il faut chez nous des interlocuteurs qui sachent exactement de quoi ils parlent. Chacun a mis en place ses notes de contexte et des visions d’avenir.

LG : Les vice-présidents ont été élus ce 20 mars en assemblée générale. Claire Besançon, qui avait déjà en charge ce sujet précédemment, coordonne la thématique de la transformation RSE, Sylvie Chailloux est vice-présidente en charge de la relocalisation et de la réindustrialisation, Hervé Coulombel supervise les sujets sur l’innovation, Jacques Martin-Lalande prend en main le social et la formation alors que Pierre-Jacques Brivet se charge de la formation initiale, Laurent Marck dirige la plateforme des savoir-faire, Yann Rivoallan est vice-président de la transformation digitale et Hervé Huchet du développement international. Enfin, Dominique Jacomet est notre référent sur les questions européennes.

FNW : Étiez-vous confrontés à un manque de visibilité des enjeux du secteur du fait des nombreuses fédérations ?

PFLL : En réalité il y a beaucoup trop de fédérations professionnelles et d’interlocuteurs potentiels. C’est le sens de la mise en place d’une gouvernance unifiée et du rassemblement des fédérations dans un même lieu, mais Lionel Guérin et Pierre-François Le Loüet – Ufimh aussi du rapprochement des structures en régions.

FNW : Mais chacune des entités a un président et des équipes, comment allez-vous fonctionner ?

PFL : Les choses vont évoluer dans le sens du rapprochement des organisations. C’est ce qui a été voté à l’unanimité par notre conseil d’administration. C’est important pour pouvoir aller dans le même sens. Concrètement les présidents de fédérations sont élus et sont vice-présidents de l’Ufimh. Nous ne nous marchons pas sur les pieds, au contraire. Nous prenons le meilleur de chacun d’entre nous pour avancer et pouvoir apporter des réponses au gouvernement.

LG : Par exemple, je reste président de la fédération des industries du vêtement masculin, qui m’a élu en février suite au décès de Claude Tétard, donc je reste président de cette fédération et vice-président de Promas, qui se charge de promotion internationale des marques du masculin.

FNW : Vous évoquez une évolution de l’organisation. Qu’est-ce qui a changé ?

LG : Nous avons mis le focus sur les axes stratégiques. Récemment il n’y avait qu’une commission dédiée à l’innovation et à la RSE. Nous l’avons scindée car les questions de la transformation technologique et de la transition écologique nécessitent des actions dédiées. Par ailleurs chaque vice-président s’appuiera sur une équipe au sein de l’Ufimh avec l’idée d’ouverture à d’autres experts et des start-ups extérieurs à nos fédérations. En effet, les chefs d’entreprises ont parfois tendance à avoir le nez dans le guidon. Nous voulons avoir cette ouverture pour avoir un regard prospectif.

FNW: Vous débutez votre mandat de trois ans. Quels sont les sujets clés ou défis auxquels vous allez être confrontés ?

PFL : Il y en a quatre. Il y a tout ce qui a trait à la réindustrialisation et la souveraineté industrielle. Le second concerne le développement durable car au niveau européen il y a 13 textes qui vont impacter la mode dans les années qui viennent dont neuf sur le développement durable. Le troisième sujet c’est l’humain. Et en particulier l’adéquation entre l’offre et la demande de formation. Enfin, il y a l’innovation technologique. Si nous voulons la réindustrialisation et la transformation RSE, il faut que les entreprises soient accompagnées par de nouvelles solutions qui leur permettent d’embrasser ces nouvelles contraintes sans trop de difficultés.

« La transition durable n’est plus une question, c’est une nécessité »

FNW : Vous évoquez les textes européens. Mais au niveau français, la future loi portée par la députée Anne-Cécile Violland, présentée comme « contre l’ultra fast-fashion », ou le prochain dispositif d’affichage environnemental, vont apporter des changements au niveau français. Il semble que le gouvernement a prêté l’oreille à des organisations comme En mode Climat ou la Fédération de la mode circulaire. La nouvelle structure de l’Ufimh est-elle aussi une réaction au poids de ces acteurs ?

PFL : Non, il n’y a pas de réaction. D’ailleurs, nous avons de bonnes relations avec la fédération de la mode circulaire comme avec beaucoup d’autres acteurs de notre écosystème, comme l’Alliance du commerce et la Fédération de la maille. Qu’il y ait des activistes qui soient écoutés par le gouvernement c’est absolument normal. Si nous voulons être efficaces nous avons besoin que les entreprises s’approprient les réformes et notre mission est de les représenter. Avec le ministère de la Transition écologique nous avons participé aux différents travaux et aux différentes auditions qui ont mené à cette loi anti-fast-Fashion que nous soutenons. Il faut reconnaître le poids considérable de Yann Rivoallan, le président de la fédération du prêt-à-porter féminin, dans ce combat dans lequel il a eu un rôle crucial, autant voire plus, que beaucoup d’activistes.

Donc les fédérations professionnelles ont été à l’avant-garde de ce mouvement contre l’ultra-fast-fashion et nous sommes très heureux du vote à l’unanimité de cette loi à l’Assemblée nationale. Mais notre rôle ne se limite pas là. Nous serons aussi très attentifs à la bonne application de cette loi car cela dépendra d’un certain nombre de décrets sur les seuils, la question des modalités d’affichage environnemental ou de la définition d’une référence. Il reste encore beaucoup de travail à faire pour que cette loi ne rate pas sa cible. Nous sommes alignés avec l’Alliance du commerce et la Fédération de la maille pour, le diable étant dans les détails, pour vraiment être sûr que cette loi vise l’ultra fast fashion qui a tellement déstabilisé notre écosystème.

FNW : Avec cette période d’inflation, les entreprises du secteur voient leurs marges attaquées. Comment envisagez-vous qu’elles investissent dans la RSE et l’innovation alors que leur priorité est plutôt, comme le disait Lionel Guérin, d’avoir la tête dans le guidon et de continuer à avancer ?

PFLL : Je comprends parfaitement les difficultés des entreprises, je suis chef d’entreprise moi-même et confronté à la transformation radicale des industries de la mode. Mais en fait ça n’est plus une question c’est une nécessité car c’est une obligation légale. Les lois qui sont votées ou les neuf textes en cours de discussion au niveau européen font que de toutes les façons nous n’avons pas le choix. L’Ufimh a mis en place avec le soutien du Défi des subventions avec un accompagnement financier des entreprises pour pouvoir les aider à embrasser cette transformation. Nous avons créé des outils, avec des guides donnant la direction concrète. Les fédérations peuvent aider à définir une stratégie.

LG : Nous sommes passés d’une logique d’acculturation, qui permettait de faire comprendre les enjeux et d’éviter d’avoir des entreprises qui mettent ces sujets au fond d’un tiroir, à une logique d’action. Tout le monde doit avoir compris, et notre job est maintenant de pouvoir leur fournir un système clé en main car toutes les entreprises n’ont pas la puissance de feu des grands groupes pour développer des réponses en interne. Pour les petits, on ne fait plus de l’information, on va leur proposer un guide de mise en place.

PFL : Car aujourd’hui si on est une marque et que l’on n’a pas commencé à s’intéresser à ces sujets, je confirme qu’on est très mal parti !

FNW : Pourtant, dans d’autres secteurs une musique se fait entendre de la part de représentants d’entreprises quant au coût trop élevé de la transition. Qu’il faudrait alléger les cadres voire repousser les échéances. Est-ce l’approche de l’Ufimh ?

PFL : Que ce soit bien clair, nous avons été la première organisation professionnelle il y a huit ans à financer une étude sur le développement durable et la mode. Cela fait fait huit ans que nous alertons les entreprises et que nous comptons parmi nos membres les entreprises les plus engagées de France sur ce sujet-là. Si l’idée est décalée d’un an ou deux, en fait ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est que toutes les sociétés aujourd’hui doivent avoir une stratégie RSE, avec un plan d’actions. Encore une fois, nous n’avons pas le choix ! La question n’est pas de décaler de 12 ou 18 mois quand on parle de la vie d’entreprises qui s’étend sur plusieurs dizaines d’années. Le sujet c’est d’avancer !

FNW : Mais, vous l’avez dit, les sociétés peuvent difficilement répondre seules à ces défis. Les dirigeants sont-ils prêts à travailler collectivement ?

PFL : Je pense qu’il y a déjà un joli travail collectif. Nous testons plein de choses avec nos organisations professionnelles. Effectivement, il faut encourager les entreprises qui se sentent un peu perdues à se rapprocher de nos organisations pour qu’on puisse les embarquer et, comme le disait Lionel, avoir de l’impact. Mais collectivement il y a un autre sujet sur lequel nous sommes extrêmement attentif, c’est la question de la relocalisation, de la souveraineté qui est liée aux questions de durabilité. Nous lançons un appel à toutes les marques de mode premium pour qu’elles puissent relocaliser une partie de leur production en France.

FNW : C’est-à-dire ?

PFL : C’est-à-dire qu’on ne parle pas de mettre en place une capsule alibi, mais de mettre en place des partenariats avec des fabricants français qui sont à l’écoute, capables de fabriquer pour le moyen de gamme. Nous devons nous assurer de ne pas être dépendants exclusivement des importations très lointaines.

FNW : Sur ce sujet, le salon Première Vision Made in France se tient actuellement. Quel état des lieux faites-vous de la situation du secteur. N’y a-t-il pas une défense de l’existant à mener ?

PFL : Oui toujours. Aujourd’hui, il y a les fabricants français qui font du haut de gamme et sont portés par le luxe. Et ceux qui font du moyen de gamme et qui sont portés par des marques souvent de petite taille, souvent très engagées sur la question du Made in France et qui ont bénéficié d’un vent porteur en sortie de Covid. Cette engagées sur la question du Made in France et qui ont bénéficié d’un vent porteur en sortie de Covid. Cette deuxième population souffre de l’inflation et de la désorganisation des approvisionnements de matières. Il faut la soutenir maintenant car sinon elle ne sera plus là quand il y aura des obligations légales pour les marques de réaliser de la production en France. Et à ce moment-là nous n’aurons pas de solution et les marques vont se retrouver extrêmement démunies. Il faut absolument que du côté des marques premium, nous arrivions à reconstruire une culture industrielle pour créer ces ponts avec les fabricants français. Nous pouvons déjà nous appuyer sur la Maison du savoir-faire et de la création dont la nouvelle plateforme a mis en lien l’an dernier 400 sociétés.

FNW : Parmi vos axes, il y a un sujet qui est un axe complexe depuis plusieurs années pour les entreprises, c’est le recrutement et la transmission des savoir-faire. Quelles actions voulez-vous mener ?

LG : Nous travaillons très bien avec l’Opco de référence. La difficulté est liée à l’accompagnement des entreprises de plus de 50 salariés qui n’ont plus accès à des fonds mutualisés. Nous réfléchissons à créer un fonds mutualisé professionnel pour accompagner toutes les entreprises. Nous visons à que ce dispositif soit opérationnel en 2025. Et puis il y a une image du secteur qu’il faut enjoliver. Il faut réussir à attirer les jeunes et pouvoir présenter des politiques sociales motivantes. Par exemple l’an passé nous avons signé un accord type d’intéressement[1]participation. Nous faisons face à une concurrence pour attirer les profils, notamment par la maroquinerie. La force du secteur est que le travail peut être intéressant. L’aspect formation initiale a été confié à Pierre-Jacques Brivet, avec un travail sur les référentiels de formation d’un BTS, d’un CAP mais aussi d’une dizaine de certificats de qualification professionnelle et des titres du ministère du Travail. Nous souhaitons remettre en adéquation les cursus d’éducation et la réalité des métiers.

FNW : L’actualité du secteur en France est assez morose. Vous débutez votre mandat commun. Quels sont les aspects positifs et motivants dans la période actuelle ?

PFL : Ce qui nous motive, c’est l’incroyable transformation de notre industrie. C’est ce qui est palpitant. Sur les aspects de développement technologique, de développement durable, de relocalisation, de développement international… tout change ! Le cadre législatif change les les aspirations des consommateurs changent, les modèles de distribution changent. Ce qui nous motive c’est d’éclairer les entreprises sur ces transformations pour qu’elles soient le mieux à même de prendre les bonnes décisions.

LG : La transformation est en partie contrainte et il est vrai qu’en tant que présidents de fédération, nous aurions préféré avoir un marché où les entreprises étaient en expansion, cela rend les choses plus faciles et donne un état d’esprit positif. Mais justement nous voulons arriver à être utiles à un secteur dans lequel nous naviguons depuis longtemps qui nous intéresse et nous plaît.

PFL : La chance que nous avons dans cette transformation, c’est que nous comptons sur des ministres qui s’intéressent à nous. Tant du côté de la transformation écologique que de Bercy, nous sommes reçus et écoutés, avec un grand nombre de chefs d’entreprises auditionnés. Ils sont extrêmement attentifs à notre secteur.

Par Olivier Guyot  – Fashionnetwork – 28 mars 2024

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Grand Entretien avec Hedwige Gronier, directrice du mécénat culturel de la Fondation Bettencourt Schueller

« Les métiers d’art, le nouveau soft power français ». Longtemps restés dans l’ombre, nos métiers d’art retrouvent leur prestige mais aussi leur juste place dans l’économie française. Avec Hedwige Gronier, directrice du mécénat culturel de la Fondation Bettencourt Schueller et grande spécialiste du domaine, le point sur le développement de la filière, et ses défis pour demain. 1/La fondation Bettencourt s’est engagée voilà plus de 25 ans aux côtés des métiers d’art. Quelle conviction a présidé à cette démarche et quelles sont les grandes actions menées ? Je voudrais tout d’abord rappeler un constat : la France est l’un des pays plus riches en matière d’artisanat d’art, avec quelque 281 métiers qui constituent un patrimoine envié par le monde entier. Et pourtant, cet univers est longtemps resté méconnu. Voilà pourquoi la Fondation a choisi de s’engager en faveur de ces métiers d’excellence dès 1999, créant le Prix pour l’Intelligence de la Main qui met en lumière les meilleurs savoir-faire et a déjà récompensé 135 artisans d’art. Au fil des années, cet engagement pionnier s’est enrichi de multiples initiatives pour encourager le développement de la filière. Plus concrètement, ce mécénat se fixe pour mission de penser l’avenir du secteur en montrant que les métiers d’excellence sont aussi des métiers contemporains. L’artisanat d’art est fondé à accompagner l’évolution de notre société, il témoigne d’ une vitalité incroyable et infuse de nombreux univers : mode mais aussi  design, industrie…Dans le même temps, on assiste à l’émergence d'une nouvelle génération d’artisans d’art, militant pour une production durable et capable de relever le défi de la réindustrialisation de nos territoires. Cette dynamique est largement soutenue par la Fondation qui favorise l’ouverture du secteur à  l’international, l’interdisciplinarité, la recherche et l’innovation. 2/ Quel est aujourd’hui le poids des métiers d’art dans l’économie française ? Baptisée Les Éclaireurs et publiée fin 2024, la dernière enquête en date a marqué un vrai tournant, révélant  le réel périmètre du secteur. En France, les métiers d’art représentent 234 000 entreprises, 500 000 actifs, et 68 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit une part significative de l’économie productive française. De plus, les exportations, en constante augmentation, atteignent 9 milliards d’euros selon les dernières analyses sectorielles. Co-financée par la Fondation, le Comité Colbert, le Fonds Terre et fils, le ministère de la Culture et réalisée avec l’appui de Xerfi Specific, cette étude a contribué à repositionner les métiers d’art comme un secteur stratégique, d’un point de vue culturel et économique. Son objectif était double. Tout d’abord remédier à l’absence de données consolidées pour le secteur de métiers d’art dont l’écosystème est très diversifié ; ensuite fournir aux parties prenantes les moyens d’anticiper les défis à venir et accompagner les stratégies publiques et privées (dont l’UFIMH) pour assurer la pérennité de ces métiers. 3/ Reste que le secteur doit relever de nombreux défis, notamment celui de l’innovation. Comment inciter les entreprises à renouveler leurs pratiques ? L’innovation constitue un enjeu crucial pour la filière : intégration de techniques contemporaines, nouveaux matériaux, écoresponsabilité, design collaboratif… Les métiers d’art doivent impérativement faire évoluer leur savoir-faire pour répondre aux valeurs et aux besoins de l’époque. La Fondation a choisi de soutenir l’innovation de plusieurs façons. Le Prix pour l’Intelligence de la Main® valorise des démarches innovantes et donne la possibilité aux lauréats de disposer d’un temps de recherche avec un accompagnement financier sur trois ans,  Par ailleurs, nous avons contribué à la création du Laboratoire des pratiques durables des Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national. Un espace de recherche qui a pour vocation de favoriser la rencontre entre artisans d’art, designers, ingénieurs et chercheurs. Ce lieu œuvre concrètement à tester de nouveaux procédés, matériaux et technologies, et encourage les approches expérimentales qui renouvellent les savoir-faire. Le Labo participe notamment à l’élaboration de nouvelles matières :  textile à partir de sédiments marins, cuir d’algues, fausse fourrure à base de fibres, teinture végétale pour les tissus. Ces expérimentations vont nourrir des applications très concrètes pour les métiers d’art. 4/ Second objectif tout aussi majeur, la croissance à l’international…. Grâce à la hausse de ses exportations,  la filière est devenue un acteur économique essentiel sur le plan international. Plusieurs marchés se distinguent par leur dynamisme : l’Asie et notamment le Japon, Le Moyen-Orient, les Etats Unis… La Fondation a récemment renforcé l’accompagnement international de nos talents en soutenant les résidences culturelles françaises à l’étranger – Villa Kujoyama à Kyoto,  Albertine aux Etats-Unis, Médicis à Rome ;  offrant aux artisans l’opportunité de confronter leur pratique à la culture locale et rendant plus visible nos métiers  à l’étranger. Par ailleurs, elle soutient des initiatives comme la Semaine Oui Design, devenue un rendez-vous majeur pour les métiers d’art et la création française à New York. Avec ce dispositif, l’ambition est double : accroître le rayonnement international des savoir-faire français et  offrir  aux artisans d’art des débouchés durables sur des marchés internationaux porteurs. Autant d’initiatives qui ont participé très directement à faire des métiers d'art un outil de soft power précieux pour notre pays.   Pour en savoir plus sur la Fondation Bettencourt Schueller : www.fondationbs.org

Evènement du 7 au 12 avril 2026, 4 bonnes raisons de courir aux Journées Européennes des Métiers d’Art…

Évènement unique au monde, ces Journées offrent l’occasion d’une véritable plongée dans l’univers des métiers d’art, via un réseau de centaines d’ateliers, entreprises et institutions qui dévoilent leurs savoir-faire à travers l’Europe. Une façon très efficace de valoriser les pratiques artisanales et industrielles de la filière, que l’UFIMH accompagne au quotidien pour encourager l’excellence et la compétitivité française … 1/ Un foisonnement de découvertes et d’expériences.

Imaginées en 2002 sous la houlette de l’Institut National des Métiers d’Art pour mettre en lumière la création française, les JEMA n’ont cessé d’élargir leur horizon, s’ouvrant à l’Europe dès 2014 et accueillant chaque année un nombre grandissant de participants (dont beaucoup sont membres de l’UFIMH). Façon de témoigner de la vitalité d’un secteur qui compte, dans notre pays, 281 métiers, 234 000 entreprises et plus de 500 000 professionnels.  

Pour cette édition qui met à l’honneur la région Centre-Val-de-Loire pour la France et la Belgique pour l’Europe, artisans d’art, TPE et PME (notamment les entreprises du patrimoine vivant) et associations en lien avec la restauration du patrimoine accueilleront tous les publics. Dans les villes et les régions, les artisans et les manufactures proposeront des portes ouvertes d’ateliers avec des démonstrations de leurs techniques. Les musées et les institutions dévoileront leurs collections et organiseront des conférences autour des savoir-faire mais aussi de l’innovation et du développement durable, axes-clés pour l’avenir de ces métiers. Enfin, de nombreux établissements de formation à l’artisanat d’art accueilleront les jeunes générations pour leur faire découvrir ces métiers, source d’épanouissement et important vivier d’emplois. Une sensibilisation précieuse pour la filière, plus que jamais en recherche de talents pour contribuer au rayonnement du secteur et valoriser le Made in France.

2/ L’accès à des lieux prestigieux au cœur de la capitale et en Ile de France. Pour cette édition, plus de 200 événements seront organisés à Paris et en Ile-de-France. On retiendra notamment ceux du Palais Galliera qui proposera des rencontres avec des brodeurs, des créatrices textiles, des plumassiers, des modistes…. Haut lieu de la création contemporaine, le Viaduc des Arts organisera des échanges avec les 37 artisans qui y ont ouvert leurs ateliers : souffleurs de verre, ébénistes, restaurateurs d’œuvres, orfèvres, bijoutiers, mosaïstes…  Enfin, les Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national, le Campus Mode Métiers d’Art et Design et le Comité Colbert inviteront à une plongée inédite dans ces métiers avec l’évènement « Entrez en Matières #5 » à la Fondation Fiminco située à Romainville. Du 9 au 12 avril, plus d’une trentaine de savoir-faire d’exception y seront présentés : bois, métal, cuir, céramique… à travers des démonstrations en direct. L’occasion de découvrir le savoir-faire des artisans qui oeuvrent dans les maisons et institutions françaises les plus prestigieuses : brodeurs de la Maison Chanel, orfèvres de la Maison Christofle, céramistes, créateurs bois et textiles des Manufactures Nationales -Sèvres et Mobilier National. 3/ Des démonstrations de savoir-faire à travers toute la France… Les régions de France participeront toutes à l’aventure avec, pour chacune, le choix d’un thème en lien avec le secteur les plus emblématiques de leur territoire. Le Grand Est s’attachera à sensibiliser à la culture de l’osier, notamment à Fayl-Billot -capitale historique de la vannerie- où seront proposées expositions, démonstrations et initiations au tressage d’osier, le tout complété par la visite de musées, d’ateliers et d’oseraies. Dédiée au boutis et au piqué marseillais, la manifestation organisée par la région Occitanie, invitera à la découverte du village de Calvisson, qui abrite La Maison du Boutis -unique musée en France dédié à ce savoir-faire et doté d’une collection de broderies en relief, inscrites au patrimoine culturel immatériel français depuis 2019… La ville, l’association Les Cordelles du Boutis et les artisanes partenaires proposeront des ateliers, des démonstrations et une conférence pour faire découvrir ce savoir-faire rare, toujours transmis et pratiqué. En Pays-de-Loire, L’Institut de Bijouterie de Saumur déploiera La Ville en parure, projet porté par les étudiants en formation pour l’obtention du Diplôme National des Métiers d’Art et du Design (DNMADE) Objet – Bijou. Réalisés pour l’occasion par les élèves, des bijoux contemporains originaux autour du thème de l’année « Coeurs à l’ouvrage » seront exposés dans les vitrines d’une vingtaine de commerces du centre de Saumur, transformé en parcours d’exposition. … Et dans 26 pays d’Europe. Mise à l’honneur à l’occasion de cette édition 2026, la Belgique présentera le meilleur de ses savoir-faire, de la dentellerie et des arts textiles en Flandre aux techniques du verre, du métal et de la céramique en Wallonie, en passant par la bijouterie, la restauration de mobilier ancien et la création contemporaine à Bruxelles. En Espagne, plus de 700 découvertes sont programmées à travers le pays, tandis que l’Italie concentre une grande part de ses événements en Toscane via l’institution Artex, notamment ses manufactures textiles, ses ateliers de design, de travail du bois ou de l'orfèvrerie mais la manifestation sera déclinée dans l’ensemble du pays, de la Sicile à la Vénétie. Programme de l’ensemble des manifestations et inscriptions pour les visites, https://www.journeesdesmetiersdart.fr

Focus sur Maison Marcy Plumassier : l’art de la plume en héritage

À la tête de la maison, Marie-Laure Coltee incarne une transmission familiale où le geste se conjugue à la réflexion et à l’expérimentation créative. Ici, rien n’est standardisé car chaque plume impose son rythme par sa texture, sa couleur et chaque commande devient un terrain d’invention au service des créateurs, des Maisons de luxe et des arts de la scène. A découvrir avec ce reportage signé de la Maison des Savoir-faire et de la Création, affiliée à l’UFIMH.

L’histoire d’un artisanat de famille

Le lieu est indissociable de l’histoire de la famille Coltee. En 1850, on y confectionnait des robes de soirée et des tenues de mariée dans des espaces déjà pensés pour accueillir des pièces aux volumes variés, une modularité encore précieuse aujourd’hui pour notamment “des grandes pièces de Music-Hall”, note la dirigeante. En 1966, son père fonde l’atelier. Ébéniste de formation, il commence par fabriquer des métiers pour plumassiers, notamment pour ses propres parents qui produisaient les fameuses houppettes en peau de cygne, avant de devenir lui-même artisan de la plume. L’entreprise connaît alors une phase de fort développement, passant d’un réseau d’ouvrières travaillant à domicile dans plusieurs régions à près de 70 salariés sur site. Puis la concurrence internationale bouleverse l’équilibre économique avec l’arrivée de produits importés à très bas prix obligeant l’atelier à se réinventer pour répondre notamment aux exigences des grandes Maisons de luxe, part importante de sa clientèle. Aujourd’hui, l’atelier fonctionne avec une équipe resserrée d’une dizaine de personnes, toutes hautement polyvalentes. “Elles se sont très bien formées par transmission en interne, notre savoir-faire évolue en fonction des demandes et donc de la mode”. Une structure familiale demeure : père, frère, mari, fille travaillent ensemble, dans une transmission informelle mais continue, “je n’ai fait aucune formation dans la plume mais je suis ici depuis que j’ai deux ans”, confie la dirigeante.

Une matière sous contraintes : sélectionner, protéger, archiver

Dans la plumasserie, le travail commence bien avant l’assemblage, il débute par la compréhension d’une matière organique, fragile et réglementée. “Avant, on allait piocher dans le vivant sans réfléchir aux conséquences”, reconnaît Marie-Laure Coltee. Aujourd’hui, seules des plumes issues d’espèces autorisées et de la consommation alimentaire sont utilisées (coq, dinde, poule, oie, autruche, faisan, perdrix…), ce qui impose de composer avec une disponibilité et des prix variables et des exigences de traçabilité. Les contraintes sanitaires sont lourdes et la logistique particulièrement risquée : “s’il manque un document douanier, le colis est détruit. Il n’y a pas d’assurance”, exprime la dirigeante. Les plumes arrivent nettoyées et pré-triées, mais un second tri est systématiquement réalisé à l’atelier. Longueur, souplesse, densité, teinte, régularité : chaque critère conditionne l’usage futur. “Il y a des plumes d’ailes, de queue, de corps… des tailles différentes”. Cette sélection est déterminante car on ne choisit pas la même plume pour une frange, un boa, une broderie, une parure ou un accessoire. “La plume se conserve très bien si elle est bien protégée, car on est sur une composition en cellulose et kératine”, précise la dirigeante. La plume n’aime pas la lumière et les mites ! D’où une organisation de stockage conséquente avec un entrepôt de 1 500 m² et des réserves sur site sur plusieurs niveaux, qui permettent de sécuriser la matière et de conserver un fonds d’archives exceptionnel. Certaines plumes datent de 1890 et ne sont destinées qu’aux musées et aux arts de la scène puisque “nos archives ne servent jamais à du commercial », rappelle Marie-Laure Coltee. Elles nourrissent un travail de reconstitution et de création pour des productions majeures : opéras, théâtre, cinéma, Disney, Le Roi LionLes Trois Mousquetaires, ou plus récemment Emily in Paris. Une façon de faire vivre le patrimoine, tout en préservant la rareté des matières anciennes.

Transformer la plume, gestes, teinture et création sur-mesure

Une fois la matière sélectionnée, commence le véritable cœur du métier : la transformation. La teinture occupe une place centrale dans ce processus. Réalisée entièrement à la main, à partir de colorants destinés aux matières naturelles et délicates, elle ne repose sur aucune recette figée. Hydrométrie, structure de la plume, absorption de la couleur, chaque paramètre influe sur le résultat. “On ne peut jamais reproduire exactement une teinte de la même manière”, explique Marie-Laure Coltee. Certaines plumes nécessitent un traitement spécifique, d’autres ne supportent pas la chaleur. Le séchage doit alors être adapté, sans apport thermique direct, avant que les plumes ne soient étendues puis battues pour retrouver leur volume. La teinture des plumes n’est pas « grand teint », certaines couleurs foncées ou vives peuvent dégorger. Ainsi un passage au pressing est recommandé pour certains produits afin de stabiliser la couleur, une contrainte assumée pour préserver la matière. Le reste du travail est quasi exclusivement manuel. Boas, franges, pompons, broderies ou accessoires requièrent une véritable main. “Les seules machines que nous avons sont les machines à coudre, le reste, c’est la main de la plumassière”, déclare la dirigeante. Pour un boa classique, il faut compter environ quatre jours de travail, entre tri, teinture, séchage, préparation et tournage. Cette dernière étape, aussi appelée le frimatage, consiste à faire tourner la matière sur elle-même à la main ou à l’aide d’un dispositif développé en interne, afin de lui donner volume et mouvement avant la pose sur le modèle. L’atelier innove aussi par nécessité. Les essais de teinture sont réutilisés pour créer des séries limitées, vendues en ligne permettant de ne pas gaspiller et de créer des pièces uniques. Les commandes en ligne se développent, notamment autour des plumeaux et l’atelier affectionne tout particulièrement la création de pièces exclusives, parfois produites à un ou deux exemplaires seulement. Parallèlement, Marcy Plumassier développe ses propres collections d’accessoires et de bijoux, aux couleurs chaudes et dégradées, qui seront présentées notamment sur le salon Maison & Objet du 15 au 19 janvier. Pour Marie-Laure Coltee, l’enjeu est clair, “la plume est un objet du désir, mais on ne veut pas qu’elle reste confidentielle”. Démocratiser sans banaliser, proposer des pièces accessibles sans renoncer à l’exigence : une vision fidèle à l’ADN de l’atelier, où héritage, créativité et respect de la matière avancent ensemble.   La Maison du Savoir-Faire et de la Création est affiliée à l’UFIMH et soutenue par le DEFI : www.maisondusavoirfaire.com Pour en savoir plus sur Maison Marcy Plumassier : www.plume-marcy.com

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