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Grand entretien avec… Xavier Romatet, directeur général de l’Institut Français de la Mode (IFM)

“L’IFM entretient des liens uniques au monde avec l’écosystème de la mode” C’est l’une des écoles internationales les plus reconnues, plébiscitée pour l’excellence de ses formations en mode, savoir-faire et fashion design, mais également en management. Avec Xavier Romatet, le point sur les différents cursus et les défis que l’institution doit relever pour former les jeunes générations aux métiers de demain. L’IFM est aujourd’hui l’une des écoles les plus prestigieuses. Qu’est ce qui fait sa force et sa singularité ?  La première force de l'IFM, c'est Paris ; la capitale mondiale de la mode qui abrite les sièges des plus grands acteurs du secteur et les fashion weeks les plus influentes. Quand un étudiant français ou étranger s’intéresse à la mode, il se pose d'abord la question de la ville où suivre sa formation et la réponse est Paris. Et il s'avère qu'il y a sur place une grande école de mode qui s'appelle l'IFM. Le second atout de l’école tient aux liens qu’elle a tissés avec tout l'écosystème de la mode : grandes et petites maisons, industriels, distributeurs…. Ecole privée mais à but non lucratif, l’IFM a été voulue et elle est aujourd’hui soutenue par tous les acteurs de la profession. Preuve de cette intégration unique au monde, ce sont les étudiants de Master et de Bachelor en design de l’IFM qui ouvrent la Fashion Week de Paris avec leur défilé. Diffusé sur les grandes plateformes de la Fashion Week parisienne, ceux-ci constituent une vitrine unique pour nos élèves. Notre troisième atout tient au fait que - contrairement à d’autres écoles internationales-, nous ne sommes pas une école d'art, avec un département mode. L’IFM est une école de mode qui forme à tous les métiers de la mode. Nous réunissons 1400 étudiants dans 3 cursus principaux (management , design, savoir-faire), tous capables de comprendre les codes et le langage des autres. Ils sont ainsi mieux préparés à la réalité des entreprises. Dernier atout enfin, qui est essentiel, l’excellence de nos formations. Les programmes de l'IFM sont des références ; certifiés par le ministère de l'Enseignement Supérieur avec un mix d'intervenants académiques et professionnels, ce qui crée une dualité très complémentaire et spécifique à l’IFM. Quel constat faites-vous de l’univers de la mode aujourd’hui et quels sont, selon vous, les défis auxquels il est confronté ?  La mode connaît une profonde évolution qui n’est pas uniquement conjoncturelle mais également structurelle. Le rapport à la mode et au luxe en général a totalement changé. Le premier défi est de recréer de la désirabilité auprès de consommateurs qui doivent retrouver du sens et des raisons d’acheter des produits de mode. Le second sujet tient à l’intégration de la technologie, notamment de l’IA, qui percute tous les modes opératoires de la mode, qu’il s’agisse de création, de distribution, de communication ou de production avec l’ensemble de la supplychain. Le questionnement est double, sociologique et opérationnel, avec un défi à la clé : comment opérer de façon efficace pour concevoir et produire une mode plus désirable, plus rationnelle et plus respectueuse de l'environnement ? Pour l’IFM, cela pose en creux une question-clé : quels profils former pour penser les demains de la mode. Dans ce contexte, comment faites-vous évoluer vos formations ? Nous répondons à la question sociologique en renforçant le socle d’enseignement historique et culturel. L’histoire de la mode et celle de l'art, et plus généralement la culture, sont intimement liées et cette relation entre mode, art et société est essentielle dans les enseignements. Quand vous disposez d’une connaissance forte de l'origine de ces liens, d’un socle et d’une ouverture culturelle importante, vous pouvez davantage répondre aux questions qui se posent aujourd'hui. Par ailleurs, nous intégrons de façon massive à nos cursus les sujets de tech et d’IA comme nous l’avons fait il y a cinq ans avec la sustainability. Tous nos étudiants ont un socle minimum de 9h d'enseignement à l’IA avec un cursus qui leur permet à la fois de comprendre le contexte, les enjeux, les langages et les outils… Nous proposons aussi des ateliers où les étudiants utilisent l’IA, par exemple des analyses de défilés. Nous développons des expérimentations avec notre chaire d'enseignement et de recherche où nous travaillons avec des maisons sur différents sujets. Nous mettons à la disposition de nos étudiants en design des outils sophistiqués qui permettent de travailler sur des processus de création alternant une phase de conception dite « humaine » et un temps d'exploration et d’expérimentation avec l’IA. Cette formation à l’éducation et à l'usage de l’IA permet d’évaluer ses forces et ses faiblesses à travers une multitude d'expérimentations. Nos étudiants explorent ainsi de nouveaux territoires et observent concrètement ce qui fonctionne ou pas. A partir de septembre, ce cursus concernera l'intégralité des disciplines, avec deux professeurs référents qui superviseront l'ensemble de la pédagogie autour de l’IA et nous aborderons les questions de l’agentique. Dans ce contexte de mutation, comment pensez-vous l’avenir de l’école ? Quels sont vos projets pour les 5-10 prochaines années ? Durant cette période de mutation, notre façon d'enseigner évolue profondément. Nous offrons toujours à nos étudiants une expertise en matière de management, de création, de communication mais une question reste en suspens. Ce que l’on enseigne aujourd'hui sera-t-il valable demain ? Il n’y a pas de réponse à cela. Voilà pourquoi notre ambition est d’aider nos étudiants à développer une capacité d’analyse, de questionnement pour adopter les bons réflexes... Nous les plaçons dans des situations où ils apprennent à se poser les bonnes questions. On ne les juge pas sur les solutions trouvées mais sur leur appréhension des sujets, et leur capacité à penser le champ des possibles. L’IFM est adhérente à l’UFIMH. Quels liens avez-vous tissé avec l’Union et que vous apporte ce compagnonnage ? Il est essentiel que les acteurs du secteur se réunissent autour d’organisation fédératrices comme l’UFIMH, qui puissent être des porte-paroles respectés, notamment des pouvoirs publics. L’IFM a la particularité d’être soutenu par tous les acteurs du secteur qui considèrent l’éducation comme un bien commun, au service de tous. Un lien fluide avec l’ensemble de la profession fait d’écoute, de dialogue et de respect mutuel est l’une des raisons du succès de l’IFM au cours des dernières années. Pour en savoir plus sur l’IFM : www.ifmparis.fr  

Enquête : L’Homme est aussi l’avenir de l’AICP

L’Académie Internationale de Coupe de Paris (AICP) relance sa formation de Modéliste International du Vêtement Homme interrompue pendant la pandémie, initiative d’autant plus attendue que le secteur connait un regain d’activité. Les enjeux de ce cursus à découvrir au fil de l’enquête réalisée par la Maison du Savoir-Faire et de la Création, membre de l’UFIMH. L’Académie Internationale de Coupe de Paris (AICP) s’apprête en effet à ouvrir en septembre 2026 un nouveau cursus de "Modéliste International du Vêtement Homme”, de niveau 5 et renoue avec ses anciennes amours… Créée en 1830 par une association de tailleurs pour hommes, l’AICP était historiquement destinée à former les techniciens de ces derniers. Au fil des décennies et épousant l’évolution de la filière, l’école s’est ouverte à la formation, initiale ou continue, aux métiers techniques de la mode, essentiellement au métier de modéliste, et cela aussi bien pour l’Homme que la Femme. Nouvelle classe de Modéliste International du Vêtement Homme “Après une interruption entre 2019 et 2023 de l’enseignement Homme, nous l’avons repris doucement en 2023 et souhaitons désormais le relancer de manière plus ambitieuse, explique Christine Walter Bonini, la Présidente de l’AICP. Nous avons en effet constaté des besoins. Alors que les hommes font aujourd’hui davantage attention à leur apparence, s’intéressent à la mode et la consomment, le masculin est en effet devenu un levier de croissance. Certains créateurs et marques développent des collections Homme en complément de la Femme. Or, les programmes en formation technique sont rares alors que beaucoup de modélistes dans les entreprises sont à la veille de leur retraite”. Comme les précédents programmes de l’école, la nouvelle formation Modéliste International du Vêtement Homme dispensera à temps plein, à raison de 35 heures par semaine dans ses locaux, dans le quinzième arrondissement de Paris, un apprentissage de neuf mois entièrement centré sur des notions techniques. Objectif : former des modélistes, des techniciens produits-finis, des patronniers-gradeurs, des mécaniciens modèles ou encore des chefs d’atelier. “D’autres écoles françaises forment au stylisme et modélisme pour l’Homme, mais peu enseignent la technique, pourtant fondamentale. Nous sommes les seuls à faire un tel focus sur celle-ci, en enseignant à la fois la coupe à plat, le moulage et le prototypage”, souligne la Présidente. Partie d’un enseignement tailleur, l’AICP a fait évoluer sa propre méthode de réalisation des patronages, dite “Vauclair-Darroux”, à la base sur mesure, pour l’adapter à l’industrialisation masculine et ensuite féminine. “En sortant de l’école, nos étudiants peuvent travailler aussi bien dans l’industriel que dans le sur-mesure et la demi-mesure -dont nous constatons le retour en France. Les hommes veulent en effet des pièces de qualité, bien confectionnées et dotées de technicité”. 18 à 22 étudiants maximum La future classe de 18 à 22 étudiants (un maximum, comme toutes celles de l’AICP) accueillera surtout des jeunes diplômés en mode (bac pro MMV, BTS MMV ou école de mode) et des professionnels expérimentés dans la fabrication du vêtement souhaitant se spécialiser dans l’Homme. “Il n’est possible de suivre ce programme, identique pour ces deux publics, qu’à condition d’être déjà capable de coudre et de monter des vêtements. Pour des reconversions professionnelles ou des jeunes diplômés issus d’une formation différente, n’ayant jamais eu d’accès à la couture, les élèves doivent d’abord intégrer notre cursus préparatoire avant d’entrer dans nos formations au modélisme”, précise Christine Walter Bonini. Pour obtenir le diplôme, il faut valider l’ensemble des modules (Coupe à plat, Patronage, Transformation, Fiche technique, Prototypage, Moulage, Retouches, Gradation et CAO) de la formation et réaliser un stage d’environ trois mois, un service de l'AICP aidant à le trouver, en général en France. Mais il est aussi possible de ne pas viser le diplôme et de ne suivre qu’une partie de ces modules. “Nous proposons un puzzle qui laisse une grande liberté aux professionnels notamment”, fait valoir la Présidente. Les étudiants ont tous affaire à des professeurs à la fois experts de la méthode Darroux-Vauclair de l’AICP et connectés à la réalité. Tous sont en effet d’anciens diplômés de l’école ayant travaillé dans la filière avant de la réintégrer en tant qu’enseignants. Rendez-vous privés avant admission Ce ne sont pas les occasions qui manquent pour découvrir l’école et décider de déposer son dossier. Des Journées Portes Ouvertes sont en effet organisées tous les mois. Pour les personnes intéressées, des rendez-vous privés sont alors organisés avec l’équipe, soit in situ, soit par téléphone pour les internationaux. “Nous tenons à connaître tous ceux qui vont rejoindre l’école” souligne Christine Walter Bonini avant de préciser : “pour intégrer l’AICP, le passage d’un test est aussi obligatoire afin d’évaluer les compétences techniques déjà acquises et si les postulants ont le niveau pour intégrer nos cours”. Ceux-ci auront toutes les chances, à l’issue de leur formation, d’être recrutés par les entreprises du secteur masculin : des marques, des créateurs, des bureaux d’étude, des façonniers… Christine Walter-Bonini n’hésite d’ailleurs pas à orienter des marques avec lesquelles elle est en contact, en quête de fabricants pour leurs collections masculines, vers la Maison du Savoir-Faire et de la Création (MSFC). C’est en effet la vocation de la MSFC et de sa Plateforme de mise en relation d’orienter les donneurs d’ordre vers les façonniers hexagonaux qui répondent à leurs besoins de confection. L’international en ligne de mire Aujourd’hui vouée à répondre aux besoins de la filière française, la nouvelle formation Modéliste International du Vêtement Homme pourrait s’exporter dans un futur plus ou moins proche. Et ce, en commençant par…Tashkent, en Ouzbékistan, où l’AICP a ouvert un campus en 2019 en partenariat avec l’université ITILT. Mais elle pourrait aussi s’implanter dans un pays majeur pour le textile, la Chine, où l’Académie travaille sur un projet de partenariat voué à démarrer fin 2026, début 2027. D’autres destinations pourraient s’ajouter à la liste : désireuse de se développer davantage à l’international via de nouvelles collaborations, l’AICP expose à cette fin sur de nombreux Salons, avec Campus France, l’agence nationale chargée de promouvoir l’enseignement supérieur hexagonal à l’étranger… Quoi qu’il en soit, le nouveau programme Homme de l’AICP s’inscrit dans une tendance encourageante en France : celle de la demande croissante dans la filière habillement et ses clients pour la maîtrise de ses savoir-faire. Avec un besoin, à la clef : de nouveaux cursus pour former les salariés à même de répondre aujourd’hui et demain aux besoins des créateurs et des Maisons de mode… La Maison du Savoir-Faire et de la Création est affiliée à l’UFIMH et soutenue par le DEFI : www.maisondusavoirfaire.com Pour en savoir plus sur l’AICP : www.aicp.fr

3 questions à ….Charlotte Jamas, cheffe de projets, direction Appui aux Branches et Action Prospective, OPCO2i.

« Nous accompagnons les entreprises dans tous leurs projets de formation ». Participation au recrutement d’alternants, financement de plans de formation pour les salariés et valorisation des métiers de la filière… Cet opérateur multiplie les actions pour permettre aux entreprises d’agir en faveur de la transmission des savoir-faire et du renouvellement des compétences. Explications. 1/ Pouvez-vous tout d’abord nous rappeler les grandes missions d’OPCO 2i ? OPCO 2i est l’opérateur de compétences des entreprises du secteur de l’industrie. Nous agissons principalement en faveur des TPE et des PME et nous avons pour mission de les conseiller et les accompagner, en apportant notre expertise dans l’élaboration de projets ou la simplification des procédures administratives. Nous finançons notamment des actions de formation pour les salariés, notamment des plans de développement des compétences. Nous mettons à disposition un catalogue de formation et des diagnostics & accompagnements sur des enjeux tels que l’appropriation de nouveaux outils industriels, la digitalisation de certains process ou la transition écologique. Nous participons au recrutement d’alternants en prenant en charge les coûts pédagogiques et en accompagnant les entreprises dans le montage des contrats. Nous finançons des contrats d’apprentissage et de professionnalisation. Par ailleurs, nous mettons à disposition des entreprises des études prospectives sur l’emploi et les compétences. De façon plus globale, nous travaillons à soutenir l’attractivité des métiers industriels en valorisant l’alternance et en développant des actions emploi-formation. Enfin, nous menons des actions collectives au niveau national ou régional pour former des salariés à coûts optimisés autour de compétences stratégiques (industrie du futur, performance industrielle). 2/ Dans le cadre de la branche « Industries créatives mode et luxe », quels types d’accompagnement proposez-vous aux entreprises ? Dans le secteur de l’habillement, nous proposons un large éventail de formations continues autour de métiers précis ou de compétences plus transversales. Nous accompagnons le recrutement d’apprentis dans les secteurs de la couture, du modélisme ou de la maintenance, afin de répondre aux besoins de transmission des savoir-faire et de renouvellement des compétences. Nous offrons également un accompagnement à la création et finançons des actions en faveur de la promotion et de l’attractivité des métiers du secteur, via des kits de communication ou des événements. Nous soutenons par exemple « Savoir pour Faire », la campagne nationale de valorisation des métiers techniques, des formations et savoir-faire d’exception des industries créatives françaises, portée depuis 2019 par le Comité Stratégique de Filière Mode et Luxe dont l’UFIMH, partenaire actif, siège au conseil d’administration. 3/ Comment, concrètement, bénéficier de ces différents services ? Les entreprises peuvent s’adresser à leur conseiller OPCO 2i pour être accompagnées dans le développement des compétences de leurs salariés via un compte dédié. Ce conseiller aidera concrètement l’entreprise à identifier ses besoins, mobiliser les dispositifs de financement adaptés (formation, alternance) et monter des projets de formation. Dans tous les cas, nous offrons un accompagnement personnalisé tout en tenant compte des enjeux du territoire. Toutes les infos sur la campagne Savoir pour Faire : www.savoirpourfaire.fr Et sur l’OPCO2i : www.opco2i.fr  

Grand Entretien avec Hedwige Gronier, directrice du mécénat culturel de la Fondation Bettencourt Schueller

« Les métiers d’art, le nouveau soft power français ». Longtemps restés dans l’ombre, nos métiers d’art retrouvent leur prestige mais aussi leur juste place dans l’économie française. Avec Hedwige Gronier, directrice du mécénat culturel de la Fondation Bettencourt Schueller et grande spécialiste du domaine, le point sur le développement de la filière, et ses défis pour demain. 1/La fondation Bettencourt s’est engagée voilà plus de 25 ans aux côtés des métiers d’art. Quelle conviction a présidé à cette démarche et quelles sont les grandes actions menées ? Je voudrais tout d’abord rappeler un constat : la France est l’un des pays plus riches en matière d’artisanat d’art, avec quelque 281 métiers qui constituent un patrimoine envié par le monde entier. Et pourtant, cet univers est longtemps resté méconnu. Voilà pourquoi la Fondation a choisi de s’engager en faveur de ces métiers d’excellence dès 1999, créant le Prix pour l’Intelligence de la Main qui met en lumière les meilleurs savoir-faire et a déjà récompensé 135 artisans d’art. Au fil des années, cet engagement pionnier s’est enrichi de multiples initiatives pour encourager le développement de la filière. Plus concrètement, ce mécénat se fixe pour mission de penser l’avenir du secteur en montrant que les métiers d’excellence sont aussi des métiers contemporains. L’artisanat d’art est fondé à accompagner l’évolution de notre société, il témoigne d’ une vitalité incroyable et infuse de nombreux univers : mode mais aussi  design, industrie…Dans le même temps, on assiste à l’émergence d'une nouvelle génération d’artisans d’art, militant pour une production durable et capable de relever le défi de la réindustrialisation de nos territoires. Cette dynamique est largement soutenue par la Fondation qui favorise l’ouverture du secteur à  l’international, l’interdisciplinarité, la recherche et l’innovation. 2/ Quel est aujourd’hui le poids des métiers d’art dans l’économie française ? Baptisée Les Éclaireurs et publiée fin 2024, la dernière enquête en date a marqué un vrai tournant, révélant  le réel périmètre du secteur. En France, les métiers d’art représentent 234 000 entreprises, 500 000 actifs, et 68 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit une part significative de l’économie productive française. De plus, les exportations, en constante augmentation, atteignent 9 milliards d’euros selon les dernières analyses sectorielles. Co-financée par la Fondation, le Comité Colbert, le Fonds Terre et fils, le ministère de la Culture et réalisée avec l’appui de Xerfi Specific, cette étude a contribué à repositionner les métiers d’art comme un secteur stratégique, d’un point de vue culturel et économique. Son objectif était double. Tout d’abord remédier à l’absence de données consolidées pour le secteur de métiers d’art dont l’écosystème est très diversifié ; ensuite fournir aux parties prenantes les moyens d’anticiper les défis à venir et accompagner les stratégies publiques et privées (dont l’UFIMH) pour assurer la pérennité de ces métiers. 3/ Reste que le secteur doit relever de nombreux défis, notamment celui de l’innovation. Comment inciter les entreprises à renouveler leurs pratiques ? L’innovation constitue un enjeu crucial pour la filière : intégration de techniques contemporaines, nouveaux matériaux, écoresponsabilité, design collaboratif… Les métiers d’art doivent impérativement faire évoluer leur savoir-faire pour répondre aux valeurs et aux besoins de l’époque. La Fondation a choisi de soutenir l’innovation de plusieurs façons. Le Prix pour l’Intelligence de la Main® valorise des démarches innovantes et donne la possibilité aux lauréats de disposer d’un temps de recherche avec un accompagnement financier sur trois ans,  Par ailleurs, nous avons contribué à la création du Laboratoire des pratiques durables des Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national. Un espace de recherche qui a pour vocation de favoriser la rencontre entre artisans d’art, designers, ingénieurs et chercheurs. Ce lieu œuvre concrètement à tester de nouveaux procédés, matériaux et technologies, et encourage les approches expérimentales qui renouvellent les savoir-faire. Le Labo participe notamment à l’élaboration de nouvelles matières :  textile à partir de sédiments marins, cuir d’algues, fausse fourrure à base de fibres, teinture végétale pour les tissus. Ces expérimentations vont nourrir des applications très concrètes pour les métiers d’art. 4/ Second objectif tout aussi majeur, la croissance à l’international…. Grâce à la hausse de ses exportations,  la filière est devenue un acteur économique essentiel sur le plan international. Plusieurs marchés se distinguent par leur dynamisme : l’Asie et notamment le Japon, Le Moyen-Orient, les Etats Unis… La Fondation a récemment renforcé l’accompagnement international de nos talents en soutenant les résidences culturelles françaises à l’étranger – Villa Kujoyama à Kyoto,  Albertine aux Etats-Unis, Médicis à Rome ;  offrant aux artisans l’opportunité de confronter leur pratique à la culture locale et rendant plus visible nos métiers  à l’étranger. Par ailleurs, elle soutient des initiatives comme la Semaine Oui Design, devenue un rendez-vous majeur pour les métiers d’art et la création française à New York. Avec ce dispositif, l’ambition est double : accroître le rayonnement international des savoir-faire français et  offrir  aux artisans d’art des débouchés durables sur des marchés internationaux porteurs. Autant d’initiatives qui ont participé très directement à faire des métiers d'art un outil de soft power précieux pour notre pays.   Pour en savoir plus sur la Fondation Bettencourt Schueller : www.fondationbs.org

Evènement du 7 au 12 avril 2026, 4 bonnes raisons de courir aux Journées Européennes des Métiers d’Art…

Évènement unique au monde, ces Journées offrent l’occasion d’une véritable plongée dans l’univers des métiers d’art, via un réseau de centaines d’ateliers, entreprises et institutions qui dévoilent leurs savoir-faire à travers l’Europe. Une façon très efficace de valoriser les pratiques artisanales et industrielles de la filière, que l’UFIMH accompagne au quotidien pour encourager l’excellence et la compétitivité française … 1/ Un foisonnement de découvertes et d’expériences.

Imaginées en 2002 sous la houlette de l’Institut National des Métiers d’Art pour mettre en lumière la création française, les JEMA n’ont cessé d’élargir leur horizon, s’ouvrant à l’Europe dès 2014 et accueillant chaque année un nombre grandissant de participants (dont beaucoup sont membres de l’UFIMH). Façon de témoigner de la vitalité d’un secteur qui compte, dans notre pays, 281 métiers, 234 000 entreprises et plus de 500 000 professionnels.  

Pour cette édition qui met à l’honneur la région Centre-Val-de-Loire pour la France et la Belgique pour l’Europe, artisans d’art, TPE et PME (notamment les entreprises du patrimoine vivant) et associations en lien avec la restauration du patrimoine accueilleront tous les publics. Dans les villes et les régions, les artisans et les manufactures proposeront des portes ouvertes d’ateliers avec des démonstrations de leurs techniques. Les musées et les institutions dévoileront leurs collections et organiseront des conférences autour des savoir-faire mais aussi de l’innovation et du développement durable, axes-clés pour l’avenir de ces métiers. Enfin, de nombreux établissements de formation à l’artisanat d’art accueilleront les jeunes générations pour leur faire découvrir ces métiers, source d’épanouissement et important vivier d’emplois. Une sensibilisation précieuse pour la filière, plus que jamais en recherche de talents pour contribuer au rayonnement du secteur et valoriser le Made in France.

2/ L’accès à des lieux prestigieux au cœur de la capitale et en Ile de France. Pour cette édition, plus de 200 événements seront organisés à Paris et en Ile-de-France. On retiendra notamment ceux du Palais Galliera qui proposera des rencontres avec des brodeurs, des créatrices textiles, des plumassiers, des modistes…. Haut lieu de la création contemporaine, le Viaduc des Arts organisera des échanges avec les 37 artisans qui y ont ouvert leurs ateliers : souffleurs de verre, ébénistes, restaurateurs d’œuvres, orfèvres, bijoutiers, mosaïstes…  Enfin, les Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national, le Campus Mode Métiers d’Art et Design et le Comité Colbert inviteront à une plongée inédite dans ces métiers avec l’évènement « Entrez en Matières #5 » à la Fondation Fiminco située à Romainville. Du 9 au 12 avril, plus d’une trentaine de savoir-faire d’exception y seront présentés : bois, métal, cuir, céramique… à travers des démonstrations en direct. L’occasion de découvrir le savoir-faire des artisans qui oeuvrent dans les maisons et institutions françaises les plus prestigieuses : brodeurs de la Maison Chanel, orfèvres de la Maison Christofle, céramistes, créateurs bois et textiles des Manufactures Nationales -Sèvres et Mobilier National. 3/ Des démonstrations de savoir-faire à travers toute la France… Les régions de France participeront toutes à l’aventure avec, pour chacune, le choix d’un thème en lien avec le secteur les plus emblématiques de leur territoire. Le Grand Est s’attachera à sensibiliser à la culture de l’osier, notamment à Fayl-Billot -capitale historique de la vannerie- où seront proposées expositions, démonstrations et initiations au tressage d’osier, le tout complété par la visite de musées, d’ateliers et d’oseraies. Dédiée au boutis et au piqué marseillais, la manifestation organisée par la région Occitanie, invitera à la découverte du village de Calvisson, qui abrite La Maison du Boutis -unique musée en France dédié à ce savoir-faire et doté d’une collection de broderies en relief, inscrites au patrimoine culturel immatériel français depuis 2019… La ville, l’association Les Cordelles du Boutis et les artisanes partenaires proposeront des ateliers, des démonstrations et une conférence pour faire découvrir ce savoir-faire rare, toujours transmis et pratiqué. En Pays-de-Loire, L’Institut de Bijouterie de Saumur déploiera La Ville en parure, projet porté par les étudiants en formation pour l’obtention du Diplôme National des Métiers d’Art et du Design (DNMADE) Objet – Bijou. Réalisés pour l’occasion par les élèves, des bijoux contemporains originaux autour du thème de l’année « Coeurs à l’ouvrage » seront exposés dans les vitrines d’une vingtaine de commerces du centre de Saumur, transformé en parcours d’exposition. … Et dans 26 pays d’Europe. Mise à l’honneur à l’occasion de cette édition 2026, la Belgique présentera le meilleur de ses savoir-faire, de la dentellerie et des arts textiles en Flandre aux techniques du verre, du métal et de la céramique en Wallonie, en passant par la bijouterie, la restauration de mobilier ancien et la création contemporaine à Bruxelles. En Espagne, plus de 700 découvertes sont programmées à travers le pays, tandis que l’Italie concentre une grande part de ses événements en Toscane via l’institution Artex, notamment ses manufactures textiles, ses ateliers de design, de travail du bois ou de l'orfèvrerie mais la manifestation sera déclinée dans l’ensemble du pays, de la Sicile à la Vénétie. Programme de l’ensemble des manifestations et inscriptions pour les visites, https://www.journeesdesmetiersdart.fr

Focus sur Maison Marcy Plumassier : l’art de la plume en héritage

À la tête de la maison, Marie-Laure Coltee incarne une transmission familiale où le geste se conjugue à la réflexion et à l’expérimentation créative. Ici, rien n’est standardisé car chaque plume impose son rythme par sa texture, sa couleur et chaque commande devient un terrain d’invention au service des créateurs, des Maisons de luxe et des arts de la scène. A découvrir avec ce reportage signé de la Maison des Savoir-faire et de la Création, affiliée à l’UFIMH.

L’histoire d’un artisanat de famille

Le lieu est indissociable de l’histoire de la famille Coltee. En 1850, on y confectionnait des robes de soirée et des tenues de mariée dans des espaces déjà pensés pour accueillir des pièces aux volumes variés, une modularité encore précieuse aujourd’hui pour notamment “des grandes pièces de Music-Hall”, note la dirigeante. En 1966, son père fonde l’atelier. Ébéniste de formation, il commence par fabriquer des métiers pour plumassiers, notamment pour ses propres parents qui produisaient les fameuses houppettes en peau de cygne, avant de devenir lui-même artisan de la plume. L’entreprise connaît alors une phase de fort développement, passant d’un réseau d’ouvrières travaillant à domicile dans plusieurs régions à près de 70 salariés sur site. Puis la concurrence internationale bouleverse l’équilibre économique avec l’arrivée de produits importés à très bas prix obligeant l’atelier à se réinventer pour répondre notamment aux exigences des grandes Maisons de luxe, part importante de sa clientèle. Aujourd’hui, l’atelier fonctionne avec une équipe resserrée d’une dizaine de personnes, toutes hautement polyvalentes. “Elles se sont très bien formées par transmission en interne, notre savoir-faire évolue en fonction des demandes et donc de la mode”. Une structure familiale demeure : père, frère, mari, fille travaillent ensemble, dans une transmission informelle mais continue, “je n’ai fait aucune formation dans la plume mais je suis ici depuis que j’ai deux ans”, confie la dirigeante.

Une matière sous contraintes : sélectionner, protéger, archiver

Dans la plumasserie, le travail commence bien avant l’assemblage, il débute par la compréhension d’une matière organique, fragile et réglementée. “Avant, on allait piocher dans le vivant sans réfléchir aux conséquences”, reconnaît Marie-Laure Coltee. Aujourd’hui, seules des plumes issues d’espèces autorisées et de la consommation alimentaire sont utilisées (coq, dinde, poule, oie, autruche, faisan, perdrix…), ce qui impose de composer avec une disponibilité et des prix variables et des exigences de traçabilité. Les contraintes sanitaires sont lourdes et la logistique particulièrement risquée : “s’il manque un document douanier, le colis est détruit. Il n’y a pas d’assurance”, exprime la dirigeante. Les plumes arrivent nettoyées et pré-triées, mais un second tri est systématiquement réalisé à l’atelier. Longueur, souplesse, densité, teinte, régularité : chaque critère conditionne l’usage futur. “Il y a des plumes d’ailes, de queue, de corps… des tailles différentes”. Cette sélection est déterminante car on ne choisit pas la même plume pour une frange, un boa, une broderie, une parure ou un accessoire. “La plume se conserve très bien si elle est bien protégée, car on est sur une composition en cellulose et kératine”, précise la dirigeante. La plume n’aime pas la lumière et les mites ! D’où une organisation de stockage conséquente avec un entrepôt de 1 500 m² et des réserves sur site sur plusieurs niveaux, qui permettent de sécuriser la matière et de conserver un fonds d’archives exceptionnel. Certaines plumes datent de 1890 et ne sont destinées qu’aux musées et aux arts de la scène puisque “nos archives ne servent jamais à du commercial », rappelle Marie-Laure Coltee. Elles nourrissent un travail de reconstitution et de création pour des productions majeures : opéras, théâtre, cinéma, Disney, Le Roi LionLes Trois Mousquetaires, ou plus récemment Emily in Paris. Une façon de faire vivre le patrimoine, tout en préservant la rareté des matières anciennes.

Transformer la plume, gestes, teinture et création sur-mesure

Une fois la matière sélectionnée, commence le véritable cœur du métier : la transformation. La teinture occupe une place centrale dans ce processus. Réalisée entièrement à la main, à partir de colorants destinés aux matières naturelles et délicates, elle ne repose sur aucune recette figée. Hydrométrie, structure de la plume, absorption de la couleur, chaque paramètre influe sur le résultat. “On ne peut jamais reproduire exactement une teinte de la même manière”, explique Marie-Laure Coltee. Certaines plumes nécessitent un traitement spécifique, d’autres ne supportent pas la chaleur. Le séchage doit alors être adapté, sans apport thermique direct, avant que les plumes ne soient étendues puis battues pour retrouver leur volume. La teinture des plumes n’est pas « grand teint », certaines couleurs foncées ou vives peuvent dégorger. Ainsi un passage au pressing est recommandé pour certains produits afin de stabiliser la couleur, une contrainte assumée pour préserver la matière. Le reste du travail est quasi exclusivement manuel. Boas, franges, pompons, broderies ou accessoires requièrent une véritable main. “Les seules machines que nous avons sont les machines à coudre, le reste, c’est la main de la plumassière”, déclare la dirigeante. Pour un boa classique, il faut compter environ quatre jours de travail, entre tri, teinture, séchage, préparation et tournage. Cette dernière étape, aussi appelée le frimatage, consiste à faire tourner la matière sur elle-même à la main ou à l’aide d’un dispositif développé en interne, afin de lui donner volume et mouvement avant la pose sur le modèle. L’atelier innove aussi par nécessité. Les essais de teinture sont réutilisés pour créer des séries limitées, vendues en ligne permettant de ne pas gaspiller et de créer des pièces uniques. Les commandes en ligne se développent, notamment autour des plumeaux et l’atelier affectionne tout particulièrement la création de pièces exclusives, parfois produites à un ou deux exemplaires seulement. Parallèlement, Marcy Plumassier développe ses propres collections d’accessoires et de bijoux, aux couleurs chaudes et dégradées, qui seront présentées notamment sur le salon Maison & Objet du 15 au 19 janvier. Pour Marie-Laure Coltee, l’enjeu est clair, “la plume est un objet du désir, mais on ne veut pas qu’elle reste confidentielle”. Démocratiser sans banaliser, proposer des pièces accessibles sans renoncer à l’exigence : une vision fidèle à l’ADN de l’atelier, où héritage, créativité et respect de la matière avancent ensemble.   La Maison du Savoir-Faire et de la Création est affiliée à l’UFIMH et soutenue par le DEFI : www.maisondusavoirfaire.com Pour en savoir plus sur Maison Marcy Plumassier : www.plume-marcy.com

Grand entretien avec… Yann Rivoallan, Président de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin.

Lutte contre l’ultra fast fashion  « Maintenant, il faut faire appliquer la loi » Si l’année 2025 a permis de réelles avancées avec l’adoption par le Sénat de la proposition de loi visant à freiner l’essor de l’ultra fast fashion, il reste désormais à veiller à la mise en œuvre de l’ensemble des actions engagées. Avec Yann Rivoallan, le détail de la feuille de route 2026…  Le 1er mars prochain verra tout d’abord la mise en place d’une taxe sur les petits colis. Pouvez-vous nous en dire plus ? A partir du 1er mars en effet, une taxe de 2 euros viendra cibler les petits colis, de moins de 150 euros, en provenance des pays extra-européens. Cette mesure devrait rapporter 1,5 milliard d’euros et financer ainsi les contrôles douaniers sur les produits entrant sur le sol français. Rappelons que quelque 800 millions de colis sont arrivés en France l’an dernier et le récent contrôle de 200 000 d’entre eux a montré que 80% des colis de la marque Shein étaient hors normes, voire dangereux. Shein prendra vraisemblablement cette taxe à sa charge, rendant l’action moins visible pour ses clients. Quoi qu'il en soit, cette mesure permettra aux services des douanes de se doter d’outils plus performants et de renforcer leur personnel avec un objectif :  mieux suivre la mise en adéquation des produits arrivants avec les législations, française et européenne. Mieux encore, la commission européenne devrait mettre en place au 1er juillet une taxe sur le même modèle, cette fois de 3 ou 4 euros. Cette action européenne joue un rôle important dans la lutte ? Elle est essentielle, d’abord en terme de symbole. Elle montre une Europe unie, capable d’agir autour d’une même ambition : la préservation de notre industrie textile. Elle permet aussi un meilleur respect de la loi. Nous savons que les plateformes asiatiques d'ultra fast fashion vont chercher à détourner la législation, en tentant de recevoir leurs colis dans certains pays comme la Hongrie, pour les acheminer ensuite en France, échappant ainsi aux taxes. Si la loi européenne est votée, cette option ne sera plus possible. Revenons en France, vous attendez beaucoup du procès engagé par l’état pour bloquer la marketplace Shein, Pouvez-vous nous en dire plus ?  A l’automne dernier, l'État français a demandé le blocage total du site Shein, après la découverte de la vente de poupées sexuelles à l’apparence de fillettes, d’armes de catégorie A et de médicaments interdits. Le tribunal judiciaire de Paris a rejeté cette demande, la jugeant disproportionnée, même s’il reconnaissait un dommage grave à l’ordre public. L’Etat revient devant la cour d’appel avec un autre angle, exigeant le seul blocage de la marketplace. Ce que l’Etat demande à Shein ? Une activité limitée à la vente de vêtements de la marque et l’application de mesures de contrôle efficaces pour éviter le retour illicite de produits similaires, ainsi qu'un audit du site. Par ailleurs, vous suivez le déroulement du procès d’Aix-en-Provence, intenté à la marque Shein pour « réparation en concurrence déloyale…» Ce procès est également essentiel car il répond à une plainte déposée par 19 fédérations dont l'UFIMH bien sûr, qui représentent l’ensemble de la chaîne de valeur de la mode (de la fabrication à la distribution) sans compter les fédérations du bijou, de la chaussure… et plus d'une centaine de marques. Une mobilisation inédite qui montre la détermination, et la force de frappe, de la filière. Ceci intervient dans un contexte particulier, l’attente du passage en commission paritaire de la proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile, passage qui rendrait son adoption définitive. Avez-vous une date pour cela ? Et quelles sont les grandes lignes de la future loi ? Nous espérons que ce sera bouclé en 2026. Rappelons que cette proposition de loi s’articule autour de différents axes. D’une part, une définition officielle de la fast fashion, avec l’établissement de seuils de mise sur le marché de nouvelles références de vêtements ou d’accessoires sur un temps donné, seuils qui ne pourront pas être dépassés. D’autre part, la mise en place de différentes mesures pour sanctionner la fast fashion. Un bonus/malus pour récompenser ou condamner les entreprises selon leur note au score EcoVadis, ce malus environnemental (jusqu’à 10 euros par produit) permettant de soutenir les acteurs les plus vertueux. L’interdiction de la publicité et de la promotion des entreprises de fast fashion pour lutter contre l’incitation à la surconsommation. Enfin, les entreprises proposant de la vente en ligne devront afficher sur leur site des messages sensibilisant à l’aspect environnemental de la mode. L’UFIMH et les institutions adhérentes ont été particulièrement investies dans cette lutte. Comment pensez-vous la suite ? Nous allons poursuivre nos actions, et redoubler de vigilance. Nous sommes pour le moment très concentrés sur la question du nouvel entrepôt construit par Shein en Pologne, dont nous allons tenter de comprendre les enjeux. Nous allons également poursuivre nos observations des différentes plateformes asiatiques (Shein, Temu) pour en repérer toutes les actions illégales. Enfin, nous allons poursuivre nos actions avec les parlementaires, les médias, les consommateurs et les marques pour faire entendre notre voix. Une chose est sûre, la filière ressort plus forte et déterminée après ces années de lutte, elle est surtout plus unie que jamais face à ces marques de la honte. Les actualités de l’UFIMH sur https://www.lamodefrancaise.org et celles de la FFPAPF sur https://pretaporter.com  

Enquête : Les corps se transforment, le vêtement s’adapte…

Grâce à sa dernière campagne de mensurations, l’IFTH dévoile les nouvelles morphologies des Français. Autant d’informations précieuses pour les marques et les confectionneurs qui bénéficient ainsi de données précises pour réaliser un vestiaire adapté, aussi confortable que désirable. Membre de l’UFIMH, la Maison du Savoir-faire et de la Création, nous détaille le résultat de cette enquête. La dernière Campagne Nationale de Mensuration (CNM) des Français datait de 2006. Depuis, les habitudes de vie et morphologies ont beaucoup évolué. L’IFTH (Institut français du textile habillement) vient donc de réitérer l’exercice, indispensable pour permettre aux confectionneurs et marques de fabriquer et proposer des vêtements combinant aisance et confort. Objectif : mettre à jour données et outils pour apporter le bon niveau de précision dans la gradation des modèles. Pour parvenir aux résultats actualisés, l’IFTH a utilisé des outils technologiques encore plus pointus qu’en 2006, époque à laquelle il s’était déjà appuyé sur les tous nouveaux scanners 3D. 9000 avatars adultes, 2,25 millions de points de mensurations adultes avaient alors été générés. De quoi constituer de riches bibliothèques de données morphologiques, permettant aux marques de viser des cibles précises. Mené de 2021 à début 2025 par l’IFTH en collaboration avec l’Université de Technologie de Tours (UTT) le projet “MOVE”, acronyme de développement d’un “MOdèle de Vieillissement d’Echantillon cible”, a tiré partie des outils algorithmiques pour réactualiser la précédente base de données à partir de celles d’une nouvelle collecte réalisée auprès de “seulement” 4000 personnes. Une actualisation nécessaire Les résultats récoltés ont validé la nécessité de cette actualisation car en vingt ans, les adultes français ont à la fois grandi et pris du poids. En moyenne, la Française mesure aujourd’hui 164,2 cm et pèse 65 kg. Son tour de poitrine s’est arrondi d’un cm supplémentaire et elle a aussi pris en tour de taille et de bassin. Conséquence : une femme sur deux s’habille entre la taille 40 et 44, une sur trois en 46 ou plus et moins de 20 % en 38 ou moins.  De son côté, le Français moyen mesure 3 centimètres de plus qu’en 2006 pour un poids moyen resté stable. Son tour de taille est de 91,5 cm (plus deux centimètres versus 2006). “Aujourd’hui les très grands sont plus nombreux qu’ils ne l’étaient en 2006 avec une stature moyenne de 1,91 m. Cela reste un marché de niche mais qui a progressé”, note François Pezeril, FabManager LE LAB by IFTH . “Tout cela a évidemment un impact sur la définition des tailles commerciales et par conséquent sur toute la chaîne de valeur, de la conception à la distribution des articles”. Un barème “Mode” et un barème “Général” Les données brutes fournies pour la CNM 2025 à l’issue du projet MOVE ne pouvant pas être directement utilisées par un bureau d’études, elles ont dû être “ajustées selon une progression arithmétique, cohérente et linéaire, de manière à garantir une graduation régulière, conforme aux exigences de l’industrialisation, tout en maintenant la cohérence avec le système de tailles commerciales existant”. Deux stratégies ont été déployées pour la standardisation des nouveaux barèmes Femme. Pour ne pas changer les habitudes de modélistes habitué(e)s à concevoir leurs vêtements pour une population cible “moyenne et grande” (environ 10,4 millions d’individus), l’IFTH a réalisé un premier barème, dit “Mode”. Mieux refléter la femme actuelle Le second barème, dit “Général” prend, lui, en compte la totalité des femmes adultes françaises (environ 21,6 millions), grâce à une gradation respectant réellement l’évolution morphologique en taille (stature moyenne de 164,2 cm). ”L’ancien  barème de 2006 n’habillait que 46 % de la population. Ce barème General, qui reflète mieux la femme actuelle, peut par exemple intéresser une entreprise proposant des vêtements sportifs très près du corps” souligne Hafida Boulahoite. Les entreprises peuvent choisir un de ces deux livrets anthropométriques (homme et femme) désormais disponibles à la vente. “Avec ces nouvelles données et des outils de CAO 3D, on pourra personnaliser les mensurations d’un avatar par rapport à sa cible client jusqu’à  visualiser les zones les plus sollicitées et/ou ajustées au corps, voire trop ajustées (entrejambes, coutures…), et débouchant sur un inconfort et des problèmes de durabilité à l’usage”, explique François Pezeril. Pour les confectionneurs, la mise en place de nouveaux barèmes n’est pas neutre. “Soit l’atelier a son propre bureau d’études qui va devoir faire évoluer sa base de patronage pour s’adapter aux évolutions morphologiques. Soit il recevra des dossiers d’industrialisation technique de la part de ses donneurs d’ordre, avec des fichiers de patronage qui auront évolué” explique Hafida Boulahoite. Cette meilleure adaptation à la réalité aura un impact sur la consommation des matières, grâce à un plan de coupe optimisé. Améliorer sa rentabilité avec Explored Pour les donneurs d’ordre, l’efficacité de l’utilisation des nouveaux barèmes sera décuplée avec l’application Explored, également développée par l’IFTH. Cet outil d’exploration et d’optimisation des barèmes à partir des données 2025 permet aux marques de connaître plus finement leur marché cible d’un point de vue morphologique. Pour que leurs collections de vêtements soient adaptées à leurs clientèles, la grille de tailles élaborée doit refléter réellement la morphologie des individus. “Notre méthode Explored permet d’avoir un barème de tailles adapté à la cible. De quoi ouvrir la discussion entre chefs de marché et modélistes afin d’avoir les tailles qui se vendent réellement et en quantité correcte”, explique Guy Scemama. Selon lui, toutes les marques ayant utilisé un outil d’optimisation ont observé une amélioration de leur rentabilité. De façon générale, “la bonne connaissance des tailles 2025 permettra aux marques de mieux connaître les parts de marché et taux de couverture de leur cible, de se positionner par rapport aux autres marques et de se projeter sur des nouveaux marchés”. A l’international aussi, Explored est précieux. L’IFTH s’appuie en effet sur le réseau Isize, réunissant des données morphologiques du monde entier (Europe, Etats-Unis, Chine, Corée du Sud, Canada, etc). Diminuer le risque de gestion des retours La CNM 2025 s’annonce comme un atout supplémentaire pour le Made in France et ses donneurs d’ordre, en permettant d’optimiser le bien-aller des produits. “Des vêtements mal taillés représentent autant de risques de retour pour les marques à l’heure du phygital, voir du direct to consumer. Cela peut entraîner une insatisfaction des clients et une baisse des ventes directes”, souligne François  Pezeril. Il cite des statistiques européennes et américaines édifiantes : le retour des marques commandées via Internet est d’environ 20 %,  dont plus de la moitié pour des problèmes de tailles non adaptées ! Or, le coût d’un vêtement renvoyé est d’environ 10 à 15 €… “Sans compter le coût écologique des retours à mesurer en termes de CO2 rejeté”. Les enjeux de compétitivité et de durabilité sont donc bien au cœur du sujet. Le premier livret anthropométrique CNM 2025 ciblant la Femme adulte est disponible auprès de l’IFTH depuis le 3 novembre 2025. Le Livret Homme est en en cours de finalisation pour décembre sera édité très prochainement. L’IFTH propose aussi un accompagnement technique complémentaire pour mieux appréhender ces nouveaux barèmes. Retrouvez les actualités de la Maison du Savoir-Faire et de la Création ici. Replay du RDV IFTH Oct 2025 –  "Mensurations : vos collections sont-elles adaptées aux Français(es) d’aujourd’hui ?"

3 questions à… Gildas Minvielle, Directeur de l’observatoire économique de l’Institut Fançais de la Mode (IFM)

« En 2026, pas d’embellie mais certains leviers de croissance » Alors que les chiffres du secteur textile & mode ont été publiés le 12 février dernier, Gildas Minvielle nous rappelle les grandes tendances de consommation qui ont signé l’année 2025 avant de nous dévoiler les perspectives pour 2026.  Quel bilan global faites-vous de l’année 2025 ? Plus précisément, quelles sont les grandes évolutions de la consommation de mode en France ?  Après une légère augmentation des ventes en 2024, le secteur a été plutôt en recul puisque nous sommes à - 1,6% en valeur pour l'ensemble textile & habillement, l'habillement seul affichant - 1,3%. Il s’agit toutefois d’une moyenne qui cache de profondes disparités selon les secteurs. La vente en ligne a augmenté chez les pure-players comme chez les distributeurs, avec une progression de + 1,2% en 2025 alors que les magasins sont en recul de 2,7%. A l’évidence, les boutiques sont particulièrement à la peine, constat renforcé par le Baromètre de l’IFM qui interroge les consommateurs tous les mois. Celui-ci confirme une dynamique pour le e-commerce, au détriment des magasins physiques. Selon ce baromètre, le commerce en ligne dans son ensemble représente, en valeur, 30,4 % des achats en 2025. On y observe une progression de la part de la seconde main avec 11,2% de la consommation d’habillement en moyenne, et jusqu’à 18% pour les 18-24 ans. Par ailleurs, le trio Shein & Temu & AliExpress représente 6% du volume total des achats d'habillement et 2% en valeur (en raison de prix moyens plus faibles). C’est considérable…. Enfin, je préciserais que si l’on associe les achats de la seconde main et ceux de l'ultra fast fashion, on obtient 25% des achats en volume, qui échappent donc aux acteurs historiques de l’habillement en France. Le tout dans un marché qui ne progresse quasiment pas, mais change totalement de nature. La filière a également fait face à l’augmentation des droits de douane vers les Etats-Unis. Quelles en ont été les conséquences ? Cela a-t-il été compensé par des exportations dans d’autres régions du monde ? On parle beaucoup des décisions prises par Donald Trump mais il faut rappeler que la filière n’est pas la plus mal lotie en termes de droits de douane effectifs vers les Etats-Unis. Nous en sommes à 9% (vêtements chaîne et trame) alors qu’ils s’élèvent à 15% pour les cosmétiques ou la parfumerie, et 12% pour les chaussures. De plus, les segments ne sont pas tous touchés de la même façon, le luxe étant le plus affecté. La tendance à retenir est néanmoins une baisse générale des exportations : -12% vers les Etats-Unis, un peu moins vers l’Europe avec de belles surprises, comme en Pologne où les exportations françaises connaissent une croissance de 8%. Après les fortes progressions des années 2022-23, alimentées de façon très artificielle par la hausse des prix, nous revenons en 2025 à la tendance de l’avant COVID. En termes d’exportations, nous avons donc dépassé les chiffres de 2019 alors que nous sommes encore en-deçà pour le marché français. Dans ce contexte, je serai plus positif sur le sujet que le discours ambiant, précisant qu’une entreprise française a tout intérêt à se tourner vers l’international, dans un marché local atone. La tendance de l'export fonctionne encore depuis 2019, même si elle connaît une pause vers les Etats-Unis, elle est bien orientée vers des zones géographiques comme les pays de l’Est qui sont dans un vrai élan économique. Quelles sont les perspectives pour 2026 ? Disons-le d’emblée, elles ne sont pas très positives. En France, l'économie est atone et à l’international, les tensions géopolitiques ne créent pas de contexte favorable à une grande dynamique commerciale. Au-delà de cette situation générale, il y a tout de même des raisons d’être un peu plus optimiste, comme en témoigne la réussite de certaines jeunes maisons françaises, qui proposent une façon neuve de penser la mode. Néanmoins, toutes les marques doivent faire face à l’évolution de notre écosystème : une concurrence accrue et une modification de la perception des consommateurs vis-à-vis des prix. Aujourd'hui, beaucoup pensent que 50 € est un montant trop élevé pour un vêtement. Ceci est totalement injuste car c’est oublier la création, la qualité, le travail. Aujourd'hui, de nombreux consommateurs sont très critiques. Ils ont l'impression que tout se vaut, que le Made in China est partout… Face à ce constat, il y a sans doute une vraie stratégie à mettre en place en proposant à nouveau des vêtements de qualité, en déployant aussi une communication capable de mettre en valeur un savoir-faire, l’excellence d’une matière, et en rappelant que tout cela vaut un certain prix. Enfin, tout économiste se doit de donner des chiffres pour l’année à venir. Le scénario optimiste est autour de + 1% en valeur pour 2026 ; le scénario médian - 0,5 et le pessimiste - 2. En étant optimiste, je mise sur une fourchette entre -0,5 et +1. Ce n'est pas une reprise, mais c’est très loin d’un effondrement. Pour en savoir plus sur l’IFM et son observatoire : https://www.ifmparis.fr/fr/expertise-economique-et-marketing  

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