3 questions à… Simon Peyronnaud, président et cofondateur de l’entreprise Losanje
« Pour tirer parti de l’IA, il faut une stratégie globale »
Dédiée à la production mode issue de l’upcycling, Losanje a intégré l’IA dès sa création en 2020. Cinq ans plus tard, cette société constitue un modèle unique et ultra-performant, offrant à des entreprises des solutions de fabrication de vêtements et d’accessoires dans une démarche écologique et fiable sur le plan économique. Une réussite consacrée par le prix de l’innovation de l’Andam 2025.
1/ Pouvez-vous tout d’abord nous présenter votre entreprise ?
Losanje est une solution de production. Nous travaillons avec des entreprises pour les aider à fabriquer des produits issus de l’upcycling grâce à une approche industrielle utilisant les premières technologies au monde de découpe automatisée de vêtements. Pour cela, nous avons deux approches. Soit nous participons à la revalorisation de l’existant -des invendus pour une marque de mode, des vêtements de travail, des bâches publicitaires… soit nous proposons de réaliser pour elles un sourcing de produits finis, par exemple, des jeans issus de centres de tri, des sweats ou des T-shirts, qui serviront ensuite de matière première pour leur futurs produits upcyclés.
Nous avons créé Losanje en 2020 en commençant par lancer notre propre marque, avec de petites collections de hoodies, jeans, pantalons de travail, T-shirts…. Un vestiaire assez sobre car nous voulions montrer que, loin des traditionnels patchworks ou des podiums, la démocratisation de l’upcycling passait par l’invisibilisation de la méthode de fabrication. Dès 2022, nous nous sommes lancés, après une première levée de fonds, dans la R&D autour du développement de technologies spécifiques à la découpe en upcycling. Depuis 2023, nous nous consacrons exclusivement à cette activité B&B.
2/ Comment utilisez-vous l’IA dans votre entreprise ?
Nous avons tout d’abord introduit l’intelligence artificielle dans une volonté de performance économique. Nous demandons notamment à l’IA de perfectionner nos schémas de production au niveau de la coupe pour faire de l’optimisation de matières et réduire les coûts. Grâce à l’’intelligence artificielle générative, nous offrons aussi à nos clients des prévisualisations des produits qu’ils souhaitent développer, leur permettant de se projeter plus facilement. Tous ces éléments viennent au service de la performance environnementale. Plus nous arrivons à convaincre de la pertinence de notre solution, plus on convainc nos clients de favoriser l’upcycling, et donc l’économie circulaire, à des solutions de production traditionnelles. Et rappelons que nos vêtements et accessoires produisent en moyenne 95% d’émission de CO₂ en moins que des produits standards. Par ailleurs, les utilisations de l’IA sont très nombreuses et participent à l’optimisation des enjeux de production, de coupe, d’utilisation de matières….
3/Quels conseils donneriez-vous pour une utilisation efficace et raisonnée de l’IA ?
L’IA est centrale dans la construction et le développement de notre entreprise et nous l’avons d’emblée pensée dans une stratégie globale -sociale, écologique, financière. L’implémentation s’est d’abord faite autour de la production avec la volonté de réduire les coûts pour rivaliser avec l’industrie traditionnelle linéaire. Nous avons ensuite implémenté l’IA dans les fonctions de sourcing, de stylisme…. Et petit à petit au niveau de nos fonctions support -marketing, communication et certaines tâches commerciales très répétitives et souvent peu valorisantes pour nos salariés. Cette stratégie globale est, selon moi, la best practice numéro un. Il faut d’emblée penser comment, à quelle étape et pourquoi on implémente de l’IA. Certaines entreprises vont d’ailleurs jusqu’à recruter un salarié dont la seule fonction est de concevoir une stratégie d’implémentation pour traiter de façon globale tous les sujets. Cela montre à quel point la méthode et la « big picture » sont indispensables à la réussite d’un projet d’implémentation de l’IA dans les pratiques d’une entreprise.
Pour en savoir plus: www.losanje.com
Un univers qui connaît un succès jamais démenti. Comment avez-vous pensé votre développement ?
Dès le début, nous avons choisi un modèle de fabrication en précommande, ce qui nous permet d’optimiser les volumes, les stocks, et donc les coûts. Nous avons décidé de nous faire connaître à travers les salons, tissant des liens forts avec nos clients et partenaires à qui nous pré-vendions nos collections. Nous avons créé notre site de vente en 2017, une fois la marque déjà installée et nous avons ouvert ensuite une première boutique dans le 11ème arrondissement à Paris. Nos secteurs d'activité sont équilibrés : le prêt à porter représente un peu plus de 40% de notre CA, les accessoires textiles 45% et l’univers maison 15%.
Nous avons réussi à organiser notre croissance sans lever de fonds, dans un modèle d’autofinancement. Nous employons désormais une dizaine de salariés et si la France reste l’un de nos plus grands marchés, nous sommes très présents à l’international, en Europe (Belgique suisse, Espagne), aux Etats-Unis, en Australie et en Asie (Japon, Corée, Taïwan).
Nous sommes également très fières d’être distribuées dans des lieux prestigieux, notamment des boutiques de musée comme le MoMA à New York. Et même si nous avons pour règle de ne pas divulguer notre chiffre d’affaires, nous pouvons dire que nous connaissons une croissance continue.
Quels sont vos projets pour les prochaines années ?
Nous savourons le privilège d’être indépendantes, ce qui nous permet de gérer notre croissance comme nous l’entendons. Notre objectif est aujourd’hui de nous développer en matière de création mais également en termes de business, notamment dans les territoires où nous ne sommes pas encore, comme le reste de l’Asie.
Nous allons poursuivre notre développement de façon raisonnée, avec une vraie réflexion stratégique. Les fédérations membres de l’UFIMH, et notamment la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin - FFPAPF - nous sont pour cela très précieuses. Nous avons déjà participé au programme Talents, nous avons été coachées par les équipes qui nous ont confortées dans certains choix, et ciblé des points à optimiser. Nous bénéficions d’aides pour participer à des salons internationaux, d’un accompagnement RSE et d’un budget pour optimiser notre développement digital. Un soutien global qui a indéniablement constitué un levier d'accélération pour notre entreprise…
Mapoésie est membre de la Fédération du Prêt-à-Porter Féminin affiliée à l’UFIMH.
Découvrez Mapoésie :