Chez Grandis, la réussite passe par l’alliance des savoir-faire…
Sous l’impulsion de son directeur général, Marc-Antoine Juvin, ce groupe tisse un modèle original qui mêle excellence artisanale, ancrage territorial et engagement social ; le tout avec succès puisque les ateliers Grandis produisent désormais des vêtements d’exception pour les plus grandes maisons du luxe français. Notre enquête réalisée par la Maison des Savoir-Faire et de la Création, affiliée à l’UFIMH.
Pour les Ateliers Grandis, tout commence en 1993, lorsque Daniel Juvin – président du groupe et père de l’actuel directeur général – reprend un atelier en liquidation. À contre-courant de la vague de délocalisations, il fait le pari audacieux de préserver les savoir-faire français liés à la confection pour les grandes Maisons. “Mon père s’est dit qu’il y avait un positionnement à prendre sur le luxe car cela requiert des savoir-faire rares et une proximité avec les studios de création”, raconte Marc-Antoine Juvin.
Le premier atelier, rapidement renommé Grandis, pose les bases d’une aventure entrepreneuriale singulière, construite autour de la sauvegarde d’ateliers souvent en difficulté, sans repreneur et/ou susceptibles de subir la délocalisation, “On était dans un univers atomisé où il y avait plein de petits ateliers de maximum 45 personnes avec une cheffe d’atelier qui gérait tout”, explique le dirigeant. L’approche est humaine autant qu’économique : “ce sont des beaux métiers, il faut se battre pour les garder en France. Il est nécessaire de préserver la richesse de notre territoire”.
En 2016, Marc-Antoine Juvin, alors jeune diplômé d’école de commerce, passé par une grande enseigne du retail français, décide de revenir aux sources : “ce qui est important pour moi, c’est mon territoire, la famille, retrouver mes racines”, explique-t-il, même si “avec mon père, on a toujours dit que la reprise de l’entreprise n’était ni un droit ni un devoir”. C’est ainsi qu’il rejoint le groupe et commence au cœur du métier : dans l’atelier. “J’ai appris pendant plusieurs mois dans l’atelier en travaillant à la coupe. Puis, j’ai étudié les outils de production, de prévision et donc élaboré des outils de planification. A partir de ce moment-là, j’ai plutôt travaillé sur la partie système d’information”, témoigne Marc-Antoine Juvin. Aujourd’hui, c’est par une grande volonté qu’il impulse un projet d’entreprise où chaque collaborateur est associé à la vision : “On a réuni un groupe de travail pour impliquer tout le monde dans notre écosystème groupe. C’est beau de parler stratégie, mais il faut qu’elle ait une âme !”.
Préserver les savoir-faire, réinventer les métiers, valoriser l’humain
Chez Les Ateliers Grandis, préserver les savoir-faire est un engagement stratégique, une promesse faite aux artisans et aux prestigieux clients. Le groupe cultive dans ses quinze ateliers une mosaïque de métiers d’excellence : le savoir-faire flou, l’art du tailleur, le double-face mais également le travail du cuir, de la lingerie et du bain. Des domaines dans lesquels Les Ateliers Grandis répondent aux cahiers des charges des plus grandes Maisons.
Chaque opération est contrôlée, le geste est précis et intransmissible autrement que par la formation et l’expérience. Ainsi, chaque atelier possède son formateur référent, chargé de former les recrues par sessions de 400 heures. Et le besoin est constant : “on recrute 100 personnes chaque année, et 80% n’ont jamais touché une machine à coudre”, confie Marc-Antoine Juvin. La reconversion professionnelle, rendue possible par l’ancrage local des ateliers et un rythme de travail compatible avec la vie de famille, devient alors un levier social puissant. Cette orientation se reflète dans les deux principaux axes d’investissement du groupe depuis ses débuts : les infrastructures et la formation.
La formation ne se résume pas à un transfert de compétences : elle nourrit aussi l’évolution des métiers. En repensant entièrement la classification historique des postes, auparavant cloisonnés par activité, le groupe a instauré un métier unique : “artisan en confection”, capable de monter une pièce de A à Z. Un artisanat polycompétent, loin des logiques industrielles séquentielles. Ainsi, chaque arrivant commence comme “artisan en formation” pour progresser jusqu’à un niveau de maîtrise polyvalente, tout en ayant la possibilité de se spécialiser comme “expert” dans une activité précise : coupe, couture machine, couture main ou repassage. “Je veux me battre pour le modèle du qualitatif, je n’ai pas de chaînes de production, j’ai des équipes de fabrication”, résume Marc-Antoine Juvin. À chaque modèle confié, les artisans se réunissent, débattent, testent et ajustent. “Dans l’atelier de Granville il y a un espace école dédié, où en dehors des périodes de formation il devient un lieu de tests et notamment de recherche de solutions pour les clients, une sorte de “plateau technique”, explique le dirigeant.
Un groupe fédéré et agile au service de la création et de ses clients
Ce modèle renforce l’agilité du groupe car dans la mode, chaque saison amène son lot de nouveautés : un tissu jamais étudié, une coupe audacieuse, un défi technique inattendu. “Réagir aux aléas, c’est le métier-même de la production. Pour cela, il nous faut une unité, un esprit de groupe”, explique Marc-Antoine Juvin. Grâce à cette organisation en équipes complémentaires et réactives, au sein des ateliers et en mutualisant les savoir-faire de ses quinze entreprises, Les Ateliers Grandis sont capables de concevoir, prototyper, produire et livrer dans des délais restreints, tout en assurant un niveau d’excellence constant.
C’est dans cette logique de service agile et global que le pôle supply a été structuré : “Maintenant on reçoit les demandes ici (au siège) et on dispatche la production entre les différents ateliers. Nous avons un véritable service qui coordonne la conception, l’achat des matières premières, la fabrication et la logistique ”. En lien direct avec les ateliers, l’objectif affiché est clair : proposer une filière française de fabrication complète, du patronage à la pièce finie, en passant demain par la teinture ou la broderie. Cependant, le dirigeant précise que “les ateliers échangent directement avec les équipes techniques des clients car, ce sont ceux qui font, qui savent !”, s’exclame-t-il. Au niveau du bureau d’études, il y a un fonctionnement « par univers clients », car chaque maison “a sa façon de construire et normaliser”. Des équipes dédiées assurent ainsi à la fois précision technique et confidentialité. Elles peuvent intervenir “à partir d’un croquis ou d’un prototype déjà réalisé”, avec souplesse et savoir-faire.
Animé par des valeurs fortes – respect, engagement, progrès – le groupe a par ailleurs entamé une démarche RSE globale. “La RSE ne doit pas être à côté, elle doit infuser chaque étape du processus”. Cette exigence structurelle et humaine donne aux Ateliers Grandis une place à part dans l’écosystème de la façon française. Elle a permis, par un travail collectif, de faire naître une vision commune, partagée par l’ensemble des ateliers du groupe.“Faire du beau pour faire du bien, travailler dans de bonnes conditions, faire vivre les familles, donner plus à la planète que ce qu’on lui prend, tel est notre horizon”, conclut Marc-Antoine Juvin alors que l’’UFIMH vient de proposer au ministère chargé de l’Industrie de nommer son père, Daniel Juvin, en tant que représentant de l’Habillement au Conseil d’Administration de l’Institut Français du Textile et de l’Habillement (IFTH). Une façon de saluer le parcours sans faute d’une entreprise aussi désirable que vertueuse.
Un univers qui connaît un succès jamais démenti. Comment avez-vous pensé votre développement ?
Dès le début, nous avons choisi un modèle de fabrication en précommande, ce qui nous permet d’optimiser les volumes, les stocks, et donc les coûts. Nous avons décidé de nous faire connaître à travers les salons, tissant des liens forts avec nos clients et partenaires à qui nous pré-vendions nos collections. Nous avons créé notre site de vente en 2017, une fois la marque déjà installée et nous avons ouvert ensuite une première boutique dans le 11ème arrondissement à Paris. Nos secteurs d'activité sont équilibrés : le prêt à porter représente un peu plus de 40% de notre CA, les accessoires textiles 45% et l’univers maison 15%.
Nous avons réussi à organiser notre croissance sans lever de fonds, dans un modèle d’autofinancement. Nous employons désormais une dizaine de salariés et si la France reste l’un de nos plus grands marchés, nous sommes très présents à l’international, en Europe (Belgique suisse, Espagne), aux Etats-Unis, en Australie et en Asie (Japon, Corée, Taïwan).
Nous sommes également très fières d’être distribuées dans des lieux prestigieux, notamment des boutiques de musée comme le MoMA à New York. Et même si nous avons pour règle de ne pas divulguer notre chiffre d’affaires, nous pouvons dire que nous connaissons une croissance continue.
Quels sont vos projets pour les prochaines années ?
Nous savourons le privilège d’être indépendantes, ce qui nous permet de gérer notre croissance comme nous l’entendons. Notre objectif est aujourd’hui de nous développer en matière de création mais également en termes de business, notamment dans les territoires où nous ne sommes pas encore, comme le reste de l’Asie.
Nous allons poursuivre notre développement de façon raisonnée, avec une vraie réflexion stratégique. Les fédérations membres de l’UFIMH, et notamment la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin - FFPAPF - nous sont pour cela très précieuses. Nous avons déjà participé au programme Talents, nous avons été coachées par les équipes qui nous ont confortées dans certains choix, et ciblé des points à optimiser. Nous bénéficions d’aides pour participer à des salons internationaux, d’un accompagnement RSE et d’un budget pour optimiser notre développement digital. Un soutien global qui a indéniablement constitué un levier d'accélération pour notre entreprise…
Mapoésie est membre de la Fédération du Prêt-à-Porter Féminin affiliée à l’UFIMH.
Découvrez Mapoésie :