Grâce au label “Les Ateliers engagés”, les façonniers révèlent leur profil RSE
Article extrait du magazine publié par la Maison du Savoir-Faire et de la Création et financé par le DEFI.
Initiée en 2020 par le GFF (Groupement de la Fabrication Française), la démarche de labellisation “Les Ateliers engagés” permet aux entreprises d’améliorer et faire valoir leurs engagements responsables.
Comment faire progresser et reconnaître ses engagements RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) quand on est façonnier ? Chez Textile du Maine qu’elle dirige, Sylvie Chailloux a été confrontée à la difficulté de répondre à certains audits de ses donneurs d’ordres (et notamment à des questions générales comme “que faites-vous pour la biodiversité” ?). Présidente du GFF, elle a décidé, en 2020, de s’attaquer au problème en lançant une démarche pour tous. Un état des lieux des stratégies RSE des façonniers, réalisé avec le consultant Marc Brunel, aboutit à un premier constat : “Si les plus gros adhérents du GFF, dotés de fonctions support, avaient déjà initié quelque chose, il restait beaucoup à faire dans les petits ateliers”.

Six critères
Des webinaires de sensibilisation des façonniers à l’ISO 26 000 (la norme internationale de la RSE) sont alors organisés par ECOEFF LAB, sous la houlette du consultant Philippe Schiesser. Mais cette norme ne pouvant pas être “labellisée”, le GFF se lance dans le développement de son propre label autour des six critères structurants – gouvernance, chaîne de valeur, empreintes sociale, environnementale, territoriale et enfin, auprès des consommateurs – de la norme ISO 26000. Pour les identifier à chaque étape de leurs process, sept ateliers sont ensuite menés en 2021 avec une quinzaine de membres du GFF. Ce travail d’approfondissement conduit au dépôt d’une labellisation comprenant des obligations “allant au-delà du simple respect de la réglementation” et des indicateurs de mesure.
Trois niveaux de labellisation sont envisagés : les Ateliers engagés avec 6 indicateurs à suivre soit 1 pour chaque thème du référentiel ; la Maîtrise (avec 18 indicateurs, 3 par thème) et enfin, Excellence (avec 30 indicateurs, 5 par thème). Excellence est aujourd’hui en stand by “car nous voulons associer nos parties prenantes à la définition des exigences supplémentaires afin de couvrir tous les champs d’audit” explique Sylvie Chailloux. “Un important travail est à mener, notamment avec les donneurs d’ordres. Nous le mènerons en 2023 pour un possible aboutissement en 2024.”. De façon générale, pour que la labellisation “Les Ateliers engagés” puisse “être reconnue comme une référence dans la profession par les donneurs d’ordres”, le GFF s’est appliqué, dès le démarrage du chantier, à impliquer ses clients.
Embarquer les salariés
Côté façonniers, pour décrocher la labellisation, valable trois ans, “il faut apporter des preuves des actions et engagements pris, et s’engager à suivre les indicateurs”. Pour faire reconnaître le respect du référentiel, le GFF est accompagné par le bureau Veritas. Outre un audit initial, en mode “physique”, l’organisme réalisera un audit intermédiaire (documentaire) au bout de 18 mois. 6 ateliers pilotes testent aujourd’hui, avec Veritas, la pertinence des deux premiers niveaux du label.
Objectif : avoir de premières entreprises labellisées début 2023. Le but “étant d’en convaincre d’autres après”. Ce label va ainsi permettre de valoriser les bonnes pratiques de la profession. Il est également une façon de se distinguer sur la Plateforme des Façonniers de la Maison du Savoir-Faire et de la Création.
Pour prêcher la bonne parole, le GFF organise tous les semestres une série de 5 ateliers s’appuyant sur le référentiel des Ateliers Engagés. “La durée d’obtention du label sera très différente d’une entreprise à l’autre : certaines vont mettre beaucoup de temps, d’autres n’en sont pas très éloignées” estime Sylvie Chailloux. A ses yeux, la priorité sera, une fois le chef d’entreprise convaincu, “d’embarquer ses salariés dans cette démarche RSE”. Car celle-ci “se vit au quotidien. Il faut que cela soit vivant. Tout cela vient aussi conforter notre marque employeur, un point très important pour recruter”.
Un univers qui connaît un succès jamais démenti. Comment avez-vous pensé votre développement ?
Dès le début, nous avons choisi un modèle de fabrication en précommande, ce qui nous permet d’optimiser les volumes, les stocks, et donc les coûts. Nous avons décidé de nous faire connaître à travers les salons, tissant des liens forts avec nos clients et partenaires à qui nous pré-vendions nos collections. Nous avons créé notre site de vente en 2017, une fois la marque déjà installée et nous avons ouvert ensuite une première boutique dans le 11ème arrondissement à Paris. Nos secteurs d'activité sont équilibrés : le prêt à porter représente un peu plus de 40% de notre CA, les accessoires textiles 45% et l’univers maison 15%.
Nous avons réussi à organiser notre croissance sans lever de fonds, dans un modèle d’autofinancement. Nous employons désormais une dizaine de salariés et si la France reste l’un de nos plus grands marchés, nous sommes très présents à l’international, en Europe (Belgique suisse, Espagne), aux Etats-Unis, en Australie et en Asie (Japon, Corée, Taïwan).
Nous sommes également très fières d’être distribuées dans des lieux prestigieux, notamment des boutiques de musée comme le MoMA à New York. Et même si nous avons pour règle de ne pas divulguer notre chiffre d’affaires, nous pouvons dire que nous connaissons une croissance continue.
Quels sont vos projets pour les prochaines années ?
Nous savourons le privilège d’être indépendantes, ce qui nous permet de gérer notre croissance comme nous l’entendons. Notre objectif est aujourd’hui de nous développer en matière de création mais également en termes de business, notamment dans les territoires où nous ne sommes pas encore, comme le reste de l’Asie.
Nous allons poursuivre notre développement de façon raisonnée, avec une vraie réflexion stratégique. Les fédérations membres de l’UFIMH, et notamment la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin - FFPAPF - nous sont pour cela très précieuses. Nous avons déjà participé au programme Talents, nous avons été coachées par les équipes qui nous ont confortées dans certains choix, et ciblé des points à optimiser. Nous bénéficions d’aides pour participer à des salons internationaux, d’un accompagnement RSE et d’un budget pour optimiser notre développement digital. Un soutien global qui a indéniablement constitué un levier d'accélération pour notre entreprise…
Mapoésie est membre de la Fédération du Prêt-à-Porter Féminin affiliée à l’UFIMH.
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